La Grand-messe ★★☆☆

Chaque année, le Tour de France attire sur les bas-côtés des routes qu’il emprunte une foule bigarrée de spectateurs. Certains s’installent plusieurs jours avant dans leurs camping-cars. Le Français Méryl Fortunat-Rossi et le Belge Valéry Rosier sont allés à leur rencontre en juillet 2017 dans les Hautes-Alpes, sur les pentes de l’Izoard à quelques kilomètres de l’arrivée de la dix-huitième étape.

Les deux réalisateurs font œuvre de sociologues voire d’anthropologues en s’intéressant non pas à la course et aux coureurs vers lesquels tous les yeux sont habituellement braqués, mais à ses spectateurs. Un peu comme si on tournait les spots vers le public d’une pièce de théâtre ou d’un match de tennis. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Quelle est leur motivation à s’installer sur un bas-côté pour attendre le passage éphémère de la caravane ? leur passion pour le cyclisme ? le souhait de prendre part à un spectacle qu’ils regardent chaque année à la télé ? le désir warholien d’apparaître, aussi fugacement soit-il, soi-même à l’écran ?

Les documentaristes ont eu la surprise de découvrir dans les camping-cars qui s’installent sur les bords des routes du Tour un public assez homogène : de paisibles retraités aux profils assez proches. Ils viennent de Bretagne ou de la région parisienne, la soixantaine sinon la septantaine bien entamée, des enfants depuis longtemps autonomes. Sont-ils passionnés de vélo ? On n’en saura rien. En tous cas, ils sont passionnés par le Tour de France qu’ils suivent chaque année religieusement (d’où peut-être le titre du documentaire). Ils forment une communauté éphémère – dont rien ne dit qu’elle se reforme à l’identique d’une année sur l’autre.

C’est la France du troisième âge, qui s’est longtemps levée de bonne heure avant de jouir d’une retraite durement acquise. On ne parle pas politique, mais on suspecte qu’elle ne vote pas à gauche en dépit de ses origines prolétariennes. La répartition des tâches y est stricte : les femmes font la cuisine, les hommes lisent L’Équipe et essaient tant bien que mal de régler l’antenne parabolique. Si les premières se dérobent à leur devoir, les seconds le leur rappellent à midi moins cinq par un euphémique « on a faim ».

La caméra des deux réalisateurs n’est jamais envahissante ni malveillante. L’empathie l’emporte. D’ailleurs ces petits vieux sont plutôt sympathiques : ils sont encore en bonne santé, pleins d’énergie et de débrouillardise, acceptent sans maugréer des conditions de vie qui n’ont rien de luxueuse et semblent même se réjouir de ce confort spartiate.
Leurs confrontations avec les plus jeunes sont parfois rugueuses. Même s’ils font bonne figure au téléphone, ils regrettent que ce fils trop éloigné ne fasse pas l’effort de les rejoindre. Plus le jour J approche, plus les spectateurs plus jeunes se font nombreux sur les bords de la route. La cohabitation n’est pas toujours facile.

Parce que l’un des deux réalisateurs est belge, La Grand-messe rappelle Striptease. Mais ce documentaire, qui a l’élégance de la brièveté – il ne dure que soixante-dix minutes – n’utilise pas l’ironie méchante qui avait fait le succès de cette émission.

La bande-annonce

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