{"id":10549,"date":"2019-11-13T08:13:50","date_gmt":"2019-11-13T07:13:50","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=10549"},"modified":"2019-11-13T18:13:14","modified_gmt":"2019-11-13T17:13:14","slug":"jaccuse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2019\/11\/13\/jaccuse\/","title":{"rendered":"J&rsquo;accuse \u2605\u2605\u2606\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"http:\/\/fr.web.img2.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/19\/09\/30\/14\/41\/4194086.jpg\" width=\"317\" height=\"430\" \/>\u00ab\u00a0D&rsquo;apr\u00e8s une histoire vraie\u00a0\u00bb. On conna\u00eet tous \u00ab\u00a0l&rsquo;affaire\u00a0\u00bb (du nom du livre exceptionnel que lui avait consacr\u00e9 Jean-Denis Bredin) : comment le capitaine Alfred Dreyfus a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9, sur la base d&rsquo;un \u00ab\u00a0bordereau\u00a0\u00bb retrouv\u00e9 dans la poubelle de l&rsquo;attach\u00e9 militaire allemand \u00e0 Paris, d&rsquo;intelligence avec l&rsquo;ennemi, comment il a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 en cour martiale, d\u00e9grad\u00e9 dans la cour de l\u2019\u00c9cole militaire par un froid matin d&rsquo;hiver (que Polanski reconstitue avec un soin maniaque), comment il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9 sur l&rsquo;\u00eele du Diable au large de la Guyane.<br \/>\nOn sait aussi que Dreyfus n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;auteur du fameux bordereau r\u00e9dig\u00e9 en fait par le commandant Esterhazy mais que l&rsquo;Arm\u00e9e s&rsquo;est longtemps refus\u00e9e \u00e0 l&rsquo;admettre, s&rsquo;opposant \u00e0 la r\u00e9ouverture du dossier.<br \/>\nOn sait enfin que l&rsquo;affaire a cliv\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise entre antidreyfusards et dreyfusards, les premiers, souvent antis\u00e9mites, estimant que le respect d\u00fb \u00e0 l&rsquo;institution militaire devait tout primer, alors que les seconds, ralli\u00e9s derri\u00e8re Emile Zola et son c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0J&rsquo;accuse\u00a0\u00bb publi\u00e9 dans \u00ab\u00a0L&rsquo;Aurore\u00a0\u00bb en janvier 1898, menaient un combat victorieux pour innocenter Dreyfus au nom de la v\u00e9rit\u00e9 contre la raison d&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p>C&rsquo;est cette histoire archi-connue que raconte Roman Polanski dans un film tr\u00e8s attendu qui a re\u00e7u \u00e0 la <em>Mostra<\/em> de Venise le Grand Prix du jury. Les pol\u00e9miques qui entourent son r\u00e9alisateur ne facilitent pas sa r\u00e9ception. Autant je suis g\u00ean\u00e9 des appels aux boycotts qu&rsquo;on entend ici ou l\u00e0, autant je suis embarrass\u00e9 par le th\u00e8me de ce film et par les parall\u00e8les hasardeux que Polanski ou ses avocats (\u00e0 commencer par Pascal Bruckner) esquissent entre Dreyfus condamn\u00e9, quoiqu&rsquo;innocent, \u00e0 la vindicte populaire et le r\u00e9alisateur polonais recherch\u00e9 par la justice am\u00e9ricaine pour des faits d&rsquo;abus sexuel sur mineur commis en 1977 en Californie.<\/p>\n<p>Essayons de s&rsquo;abstraire de cette pol\u00e9mique bruyante et de juger le film pour ces qualit\u00e9s intrins\u00e8ques.<br \/>\nC&rsquo;est l\u00e0 que le b\u00e2t blesse.<\/p>\n<p>Polanski transforme l&rsquo;Affaire Dreyfus en BD fa\u00e7on Tintin. On y suit le colonel Picquart, cet officier qui, en d\u00e9couvrant les preuves de la culpabilit\u00e9 de Esterhazy, a permis d&rsquo;innocenter Dreyfus. Le film se compose de deux parties distinctes : la premi\u00e8re est une enqu\u00eate polici\u00e8re men\u00e9e tambour battant qui se conclut par la d\u00e9couverte de l&rsquo;auteur du fameux bordereau, la seconde est un proc\u00e8s au d\u00e9nouement plus ambigu. Le probl\u00e8me est que le sc\u00e9nario ne prend aucun recul, ne montre jamais ce qui \u00e9tait en jeu dans \u00ab\u00a0l&rsquo;affaire\u00a0\u00bb et pourquoi elle a traumatis\u00e9 la III\u00e8me R\u00e9publique. \u00c0 trop s&rsquo;attacher aux faits, Polanski rate l&rsquo;essentiel : le combat de la raison d\u2019\u00c9tat contre la justice.<\/p>\n<p>Pour filmer cette histoire, Polanski convoque une impressionnante galerie d&rsquo;acteurs. Jean Dujardin endosse le r\u00f4le du colonel Picquart ; mais, mal dirig\u00e9, il ne r\u00e9ussit pas \u00e0 faire oublier le charme et l&rsquo;ironie de son personnage d&rsquo;OSS 117. D\u00e8s que son \u0153il frise, on imagine qu&rsquo;il va d\u00e9cocher un trait d&rsquo;humour. Louis Garrel est beaucoup plus convaincant dans le r\u00f4le d&rsquo;Alfred Dreyfus &#8211; qui \u00e9tait en fait, \u00e0 rebours de l&rsquo;imagerie construite autour du bagnard de Guyane, pr\u00e9tentieux et raide. Comme devant la c\u00e9r\u00e9monie des C\u00e9sars, on se pla\u00eet \u00e0 reconna\u00eetre tour \u00e0 tour Matthieu Amalric, Denis Podalyd\u00e8s, Melvil Poupaud, Gregory Gadebois, Vincent Perez, Michel Vuillermoz\u2026. On dirait que la totalit\u00e9 de la Com\u00e9die fran\u00e7aise s&rsquo;est d\u00e9localis\u00e9e sur le plateau du tournage. Le casting est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment masculin et il a fallu \u00e0 Polanski gonfler l&rsquo;importance du personnage de Pauline Monnier, la ma\u00eetresse de Picquart, pour trouver un r\u00f4le \u00e0 sa femme, Emmanuelle Seigner, quasiment de tous ses films depuis <em>Frantic<\/em> en 1988.<\/p>\n<p>Pendant plus de deux heures, on ne regarde pas sa montre ; car l&rsquo;histoire est riche en rebondissements. Mais on sort de la salle pas vraiment convaincu par cette mise en sc\u00e8ne ultra-classique sur un sc\u00e9nario ultra-connu. Un peu le m\u00eame sentiment qu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9couverte des <em>Dix Commandements<\/em> de Cecil B. de Mille<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19585001&amp;cfilm=229982.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0D&rsquo;apr\u00e8s une histoire vraie\u00a0\u00bb. 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