{"id":12846,"date":"2020-10-13T08:54:18","date_gmt":"2020-10-13T07:54:18","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=12846"},"modified":"2020-12-29T09:18:44","modified_gmt":"2020-12-29T08:18:44","slug":"un-pays-qui-se-tient-sage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2020\/10\/13\/un-pays-qui-se-tient-sage\/","title":{"rendered":"Un pays qui se tient sage \u2605\u2605\u2605\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"http:\/\/fr.web.img6.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/20\/07\/07\/11\/06\/1957131.jpg\" width=\"317\" height=\"430\" \/><em>Un pays qui se tient sage<\/em> documente les violences polici\u00e8res qui ont \u00e9maill\u00e9 la crise des Gilets jaunes.<\/p>\n<p>Son r\u00e9alisateur, David Dufresne, sait de quoi il parle. Journaliste \u00e0 <em>Lib\u00e9ration<\/em> et \u00e0 <em>M\u00e9diapart<\/em>, il suit depuis trente ans les questions de police auxquelles il a consacr\u00e9 en 2007 un livre (<em>Maintien de l&rsquo;ordre<\/em>) dont il a tir\u00e9 en 2019 un roman (<em>Derni\u00e8re sommation<\/em>). En 2007, il a r\u00e9alis\u00e9 son premier documentaire sur les \u00e9meutes de 2005 <em>Quand la France s&#8217;embrase<\/em>. Pendant la crise des Gilets jaunes, il a recens\u00e9 sur son compte Twitter les t\u00e9moignages des manifestants bless\u00e9s par la police sur son compte Twitter \u00ab\u00a0Allo @Place_Beauvau, c&rsquo;est pour un signalement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>Un pays qui se tient sage<\/em> collationne les images de ces violences. Certaines ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 vues des millions de fois comme celles de l&rsquo;Arc de Triomphe, du sac du Fouquets ou de la charge muscl\u00e9e du boxeur Christophe Dettinger sur la passerelle Leopold-S\u00e9dar-Senghor ; d&rsquo;autres sont in\u00e9dites, comme celles de ces manifestants pris au pi\u00e8ge dans leur voiture ou de J\u00e9r\u00f4me Rodrigues bless\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u0153il place de la Bastille. Charges violentes, matraquages au sol, matricules dissimul\u00e9s, entraves au travail de la presse&#8230;. Le malaise est \u00e0 son comble avec ces \u00e9l\u00e8ves d&rsquo;une classe de Mantes-la-Jolie agenouill\u00e9s, les mains en l&rsquo;air film\u00e9s en d\u00e9cembre 2018 par un CRS goguenard qui f\u00e9licite une \u00ab\u00a0classe qui se tient sage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>Un pays qui se tient sage<\/em> ne se contente pas d&rsquo;aligner les images. Il les confronte \u00e0 un panel d&rsquo;intervenants, r\u00e9unis deux par deux : une juriste (Monique Chemillier-Gendreau), un avocat (William Bourdon), un sociologue, qui fut mon camarade \u00e0 Sciences Po et dont les ouvrages sur le maintien de l&rsquo;ordre font r\u00e9f\u00e9rence (Fabien Jobard), une historienne (Ludivine Bantigny) mais aussi le pr\u00e9sident d&rsquo;un syndicat de policiers et un g\u00e9n\u00e9ral de gendarmerie. Le documentaire a la bonne id\u00e9e de ne pas les identifier avant le g\u00e9n\u00e9rique de fin pour \u00e9viter que leurs paroles soient imm\u00e9diatement assign\u00e9es. Avec une mesure que le d\u00e9bat public, dans les m\u00e9dias et sur les r\u00e9seaux sociaux, n&rsquo;a pas su garder, ils analysent les images et \u00e9vitent les postures d\u00e9magogues. Le policier syndicaliste conc\u00e8de que les actes commis \u00e0 Mantes-la-Jolie sont inadmissibles ; l&rsquo;avocat inlassable d\u00e9fenseur des droits de l&rsquo;homme reconna\u00eet la n\u00e9cessit\u00e9 dans une d\u00e9mocratie d&rsquo;une force publique.<br \/>\nUne s\u00e9quence, film\u00e9e \u00e0 l&rsquo;angle des Champs et de l&rsquo;avenue Montaigne, fait l&rsquo;objet d&rsquo;une double lecture. On y voit un groupe de cinq policiers motoris\u00e9s d\u00e9bord\u00e9s par les manifestants. L&rsquo;un des intervenants insiste sur le d\u00e9s\u00e9quilibre des forces et la retenue des cinq policiers (un d\u00e9gaine son arme de service mais la rengaine imm\u00e9diatement) ; l&rsquo;autre au contraire souligne la retenue de la foule qui aurait pu lyncher les policiers mais se borne \u00e0 les faire fuir.<\/p>\n<p>Les intervenants discutent longuement de la formule c\u00e9l\u00e8bre de Max Weber : l&rsquo;\u00c9tat d\u00e9tient le monopole de la violence physique l\u00e9gitime. Ils pointent les contre-sens dont elle est souvent entach\u00e9e. Il ne s&rsquo;agit pas de reprocher \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;\u00eatre violent par essence mais au contraire d&rsquo;encadrer la violence en en interdisant l&rsquo;exercice \u00e0 des acteurs priv\u00e9s et en la r\u00e9servant au seul \u00c9tat.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas question de remettre en cause l&rsquo;adage w\u00e9b\u00e9rien. La violence priv\u00e9e, celle qu&rsquo;ont exerc\u00e9e certains <em>Gilets jaunes<\/em> n&rsquo;est pas acceptable. Le discours consistant \u00e0 justifier cette violence comme la r\u00e9ponse l\u00e9gitime aux violences symboliques exerc\u00e9es par l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 travers les politiques in\u00e9galitaires qu&rsquo;il mettrait en \u0153uvre n&rsquo;est pas d\u00e9fendable.<\/p>\n<p>La question pos\u00e9e doit \u00eatre celle des limites de l&rsquo;usage de cette violence d&rsquo;\u00c9tat soumise au double principe de n\u00e9cessit\u00e9 et de proportionnalit\u00e9. Les images de ce documentaire montrent qu&rsquo;elles ne sont pas toujours respect\u00e9es. La circonstance, comme le plaide un syndicaliste de la police, que les images montr\u00e9es aient pu \u00eatre pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d&rsquo;heures d&rsquo;affrontements o\u00f9 les objets et les insultes auraient plu sur des forces de l&rsquo;ordre pouss\u00e9es \u00e0 bout ne constituent pas une excuse valable : les professionnels du maintien de l&rsquo;ordre sont tenus, en tous lieux et en tout temps, au respect de leurs consignes. Et les manquements \u00e0 ces consignes doivent \u00eatre sanctionn\u00e9es : le documentaire \u00e9voque d&rsquo;un mot trop rapide, pour se plaindre moins de leur partialit\u00e9 que de leur lenteur, les enqu\u00eates internes de l&rsquo;IGPN pour \u00ab\u00a0usage ill\u00e9gitime de la force\u00a0\u00bb et les instructions en cours devant le juge p\u00e9nal.<\/p>\n<p>L&rsquo;inconv\u00e9nient de ce p\u00e9nible catalogue est de pointer les d\u00e9rapages et de renvoyer l&rsquo;image d&rsquo;une police syst\u00e9matiquement violente. <em>Un pays qui se tient sage<\/em> \u00e9vite cette d\u00e9rive \u00e0 la fois par la parole donn\u00e9e aux policiers et aux gendarmes &#8211; en regrettant que les autorit\u00e9s (pr\u00e9fet de police, DPN, DGGN&#8230;) aient refus\u00e9 l&rsquo;opportunit\u00e9 qui leur avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e de t\u00e9moigner elles aussi &#8211; et le rappel de quelques faits. Les violences polici\u00e8res sont rares, si on les compare \u00e0 l&rsquo;ensemble des interventions de forces de police ; elles ne sont gu\u00e8re meurtri\u00e8res (la mort d&rsquo;une Marseillaise en d\u00e9cembre 2018 et d&rsquo;un Nantais en juin 2019 ont \u00e9t\u00e9 imput\u00e9es \u00e0 la police). Une utile mise en perspective internationale relativise les choses face \u00e0 des r\u00e9gimes autrement plus policiers tels que la Russie.<\/p>\n<p>Le principal d\u00e9faut du documentaire est dans son titre. Emprunt\u00e9 on l&rsquo;a dit \u00e0 l&rsquo;expression inadmissible d&rsquo;un CRS \u00e0 Mantes-la-Jolie, il sous-entend que les violences polici\u00e8res sont l&rsquo;expression d&rsquo;un projet plus syst\u00e9matique d&rsquo;asservissement du pays tout entier. L&rsquo;existence m\u00eame de ce documentaire d\u00e9montre que la France n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait encore une dictature liberticide.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19589747&amp;cfilm=283687.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un pays qui se tient sage documente les violences polici\u00e8res qui ont \u00e9maill\u00e9 la crise des Gilets jaunes. Son r\u00e9alisateur, David Dufresne, sait de quoi il parle. 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