{"id":15431,"date":"2021-10-21T07:17:18","date_gmt":"2021-10-21T06:17:18","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=15431"},"modified":"2021-10-21T08:36:39","modified_gmt":"2021-10-21T07:36:39","slug":"illusions-perdues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2021\/10\/21\/illusions-perdues\/","title":{"rendered":"Illusions perdues \u2605\u2605\u2605\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"https:\/\/fr.web.img6.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/21\/08\/19\/11\/37\/0523511.jpg\" width=\"317\" height=\"430\" \/>Lucien Chardon (Benjamin Voisin) s&rsquo;est mis en t\u00eate d&rsquo;utiliser le nom de sa m\u00e8re pour se faire une place dans le monde. Le jeune roturier, employ\u00e9 \u00e0 Angoul\u00eame dans une modeste imprimerie, signe son premier recueil de po\u00e8mes Lucien de Rubempr\u00e9, le d\u00e9die \u00e0 Madame de Bargeton (C\u00e9cile De France), sa protectrice dont il fait sa ma\u00eetresse, et monte \u00e0 Paris avec elle avant qu&rsquo;elle ne le chasse sur les conseils de sa cousine, la marquise d&rsquo;Espard (Jeanne Balibar).<br \/>\nLucien, sans protection, sans travail et sans argent, trouve alors \u00e0 s&#8217;employer dans un journal. Lousteau (Vincent Lacoste) en est le r\u00e9dacteur en chef ; Finot (Louis-Do de Lencquesaing) le propri\u00e9taire. Loin des id\u00e9aux qu&rsquo;il avait pu nourrir, Lucien, qui est tomb\u00e9 amoureux de Coralie (Salom\u00e9 Dewaels), une actrice de boulevard, y d\u00e9couvre un monde cupide et corrompu. Il en adopte pourtant les usages et y conna\u00eetra une gloire \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/p>\n<p>Balzac a d\u00e9cid\u00e9ment la c\u00f4te. Trois semaines apr\u00e8s <a href=\"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2021\/10\/04\/eugenie-grandet\/\"><em>Eug\u00e9nie Grandet<\/em><\/a> sort cette adaptation d&rsquo;un autre des volumes, le plus connu peut-\u00eatre, des <em>Sc\u00e8nes de la vie de province<\/em>. Les deux films vont-ils se cannibaliser ? Les amoureux de Balzac ou les parents d&rsquo;\u00e9l\u00e8ve qui auront amen\u00e9 leur coll\u00e9gien de quatri\u00e8me voir <em>Eug\u00e9nie Grandet<\/em> fin septembre, am\u00e8neront-ils leur lyc\u00e9en de premi\u00e8re voir <em>Illusions perdues<\/em> trois semaines plus tard ?<\/p>\n<p>J&rsquo;avais eu la dent dure contre <em>Eug\u00e9nie Grandet<\/em>, que j&rsquo;avais trouv\u00e9 bien acad\u00e9mique. Au contraire, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 enthousiasm\u00e9 par <em>Illusions perdues<\/em> pour des motifs dont je ne parviens pas avec certitude \u00e0 d\u00e9terminer s&rsquo;ils tiennent de l&rsquo;oeuvre de Balzac ou de son adaptation par Xavier Giannoli.<\/p>\n<p>Car, \u00e0 la diff\u00e9rence d&rsquo;<em>Eug\u00e9nie Grandet<\/em>, <em>Illusions perdues<\/em> est sacr\u00e9ment moderne. Il pr\u00e9sente le monde de la presse, que Balzac connaissait bien pour y avoir longtemps travaill\u00e9, avec une acuit\u00e9 qui n&rsquo;a rien perdu de son actualit\u00e9. L&rsquo;action se d\u00e9roule sous la Restauration. Balzac \u00e9crit vingt ans plus tard. La presse est libre. Mais cette libert\u00e9 est d\u00e9tourn\u00e9e. Des journalistes sans \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me vendent leur plume aux plus offrants pour colporter des fausses nouvelles &#8211; on ne parlait pas encore de <em>fake news<\/em>, mais de \u00ab\u00a0canards\u00a0\u00bb &#8211; faire l&rsquo;\u00e9loge des spectacles ou des livres pour lesquels ils avaient re\u00e7u des pots-de-vin ou, au contraire, quelle qu&rsquo;en soit la valeur r\u00e9elle, les ex\u00e9cuter d&rsquo;une critique assassine.<\/p>\n<p>Vincent Lacoste, dont la moue molle a normalement le don de m&rsquo;horripiler (ne manquerait plus qu&rsquo;il tourne avec Isabelle Huppert), excelle dans le r\u00f4le de ce chef de r\u00e9daction au cynisme revendiqu\u00e9. Dans une sc\u00e8ne m\u00e9morable, Il apprend au jeune Lucien &#8211; qui n&rsquo;est pourtant son cadet que de quelques ann\u00e9es et qui pourrait lui ressembler bien vite s&rsquo;il d\u00e9cidait de suivre la m\u00eame voie &#8211; comment ex\u00e9cuter une oeuvre, m\u00eame si elle est bonne : \u00ab\u00a0Le r\u00e9cit est parfaitement ma\u00eetris\u00e9 ? Il est pr\u00e9visible ! L\u2019intrigue est finement observ\u00e9e ? L\u2019\u0153uvre manque de myst\u00e8re !\u00a0\u00bb. La sc\u00e8ne a pour moi, qui me pique de r\u00e9diger chaque matin une critique, un \u00e9cho f\u00e9roce, en me montrant avec quelle facilit\u00e9 on peut \u00e9crire tout ou son contraire, faire d&rsquo;une qualit\u00e9 un d\u00e9faut et transformer en exercice de style gratuit ce qui devrait toujours \u00eatre l&rsquo;expression sinc\u00e8re d&rsquo;un sentiment authentique.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs on pourrait utiliser les termes m\u00eames de cette sc\u00e8ne pour instruire le proc\u00e8s du film de Xavier Giannoli : trop long, trop acad\u00e9mique, trop pr\u00e9visible (on sait depuis la Rome antique qu&rsquo;il n&rsquo;y a qu&rsquo;un pas du Capitole \u00e0 la roche Tarp\u00e9ienne et que le succ\u00e8s de Lucien annonce sa chute in\u00e9luctable)&#8230;. mais ce serait se montrer bien injuste avec un r\u00e9alisateur qui, depuis vingt ans, trace son chemin dans le cin\u00e9ma fran\u00e7ais avec de la belle ouvrage, r\u00e9guli\u00e8rement salu\u00e9 mais jamais acclam\u00e9 (il a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 trois fois aux C\u00e9sars pour <em>Quand j&rsquo;\u00e9tais un chanteur<\/em>, <em>\u00c0 l&rsquo;origine <\/em>et <a href=\"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2016\/10\/16\/marguerite\/\"><em>Marguerite<\/em><\/a>, mais n&rsquo;a jamais d\u00e9croch\u00e9 de statuette).<\/p>\n<p>Son film est d&rsquo;une revigorante \u00e9nergie. On y d\u00e9couvre, en voisin \u00e9clair\u00e9, les galeries du Palais-Royal qui, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque \u00e9taient le haut lieu de la galanterie parisienne. On y croise des seconds r\u00f4les intimidants : Jeanne Balibar, mielleusement aristocrate, G\u00e9rard Depardieu, plus ob\u00e8se que jamais mais moins exub\u00e9rant qu&rsquo;il n&rsquo;en a l&rsquo;habitude, Xavier Dolan lui aussi admirable de retenue et de profondeur (son personnage, caricature de l&rsquo;\u00e9crivain de Cour, s&rsquo;av\u00e8re l&rsquo;un des plus profonds du film), Andr\u00e9 Bercon, l&rsquo;impresario inoubliable de <em>Marguerite<\/em>, C\u00e9cile de France d\u00e9sormais abonn\u00e9e aux r\u00f4les de MILF, Jean-Fran\u00e7ois St\u00e9venin dans son tout dernier r\u00f4le, les traits d\u00e9j\u00e0 \u00e9maci\u00e9s par la maladie&#8230;.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ces statues du Commandeur, Giannoli fait le pari de confier les premiers r\u00f4les \u00e0 deux jeunes inconnus. Benjamin Voisin avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par Fran\u00e7ois Ozon dans <a href=\"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2020\/07\/18\/ete-85\/\"><em>\u00c9t\u00e9 85<\/em><\/a> ; il est de tous les plans de ces <em>Illusions perdues<\/em> qu&rsquo;il porte sur ses jeunes \u00e9paules avec ce m\u00e9lange de fougue juv\u00e9nile et de fragilit\u00e9 qui caract\u00e9rise son jeu. Quant \u00e0 Salom\u00e9 Dewaels on ne l&rsquo;avait jamais vue, mais on fait le pari qu&rsquo;on la reverra tr\u00e8s vite.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19590288&amp;cfilm=273621.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lucien Chardon (Benjamin Voisin) s&rsquo;est mis en t\u00eate d&rsquo;utiliser le nom de sa m\u00e8re pour se faire une place dans le monde. 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