{"id":15713,"date":"2021-12-05T09:02:26","date_gmt":"2021-12-05T08:02:26","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=15713"},"modified":"2021-12-05T09:27:09","modified_gmt":"2021-12-05T08:27:09","slug":"la-fievre-de-petrov","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2021\/12\/05\/la-fievre-de-petrov\/","title":{"rendered":"La Fi\u00e8vre de Petrov \u2605\u2605\u2605\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"https:\/\/fr.web.img6.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/21\/07\/01\/12\/58\/0535380.jpg\" width=\"317\" height=\"430\" \/>Petrov est fi\u00e9vreux. Il aimerait bien rentrer chez lui. Mais Igor, un camarade de beuverie, l&rsquo;entra\u00eene dans le corbillard qu&rsquo;il conduit. D\u00e9bute une nuit de beuverie dont Petrov se r\u00e9veillera pour rejoindre sa femme Petrova, qui travaille dans une biblioth\u00e8que, et son fils qu&rsquo;il doit accompagner \u00e0 un spectacle scolaire.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s <a href=\"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2018\/12\/09\/leto\/\"><em>Leto<\/em><\/a> en 2018, le film suivant de Kirill Serebrennikov \u00e9tait de retour \u00e0 Cannes en 2021 o\u00f9 il a rat\u00e9 d&rsquo;un cheveu la palme. Le r\u00e9alisateur, d\u00e9j\u00e0 emp\u00each\u00e9 de venir en 2018, \u00e9tait encore absent en 2021, sous le coup d&rsquo;une interdiction de sortie du territoire que Vladimir Poutine a refus\u00e9 de lever malgr\u00e9 l&rsquo;intervention du ministre fran\u00e7ais des affaires \u00e9trang\u00e8res. Touche \u00e0 tout de g\u00e9nie, le dramaturge est en effet en froid avec les autorit\u00e9s de son pays pour les positions courageuses qu&rsquo;il a prises.<\/p>\n<p>Les critiques \u00e9voquent souvent au sujet de <em>La Fi\u00e8vre de Petrov<\/em> Dosto\u00efevski, sa fi\u00e8vre hallucin\u00e9e, son lyrisme typiquement slave, sa brutalit\u00e9, son humanisme noy\u00e9 dans les vapeurs de l&rsquo;alcool&#8230;.\u00a0 D&rsquo;autres r\u00e9f\u00e9rences me sont venues \u00e0 l&rsquo;esprit. Les premi\u00e8res furent les monstres sacr\u00e9s du cin\u00e9ma russe, Tarkovski, Guerman, et leurs d\u00e9lires oniriques. Devant les plans s\u00e9quence \u00e9bouriffants de virtuosit\u00e9 de <em>La Fi\u00e8vre de Petrov<\/em> m&rsquo;est revenu le souvenir de <em>Il est difficile d&rsquo;\u00eatre un dieu<\/em>, cette oeuvre monstre de plus de trois heures o\u00f9 Guerman nous perdait dans un sc\u00e9nario d\u00e9lirant, entre science-fiction et Moyen \u00c2ge.<\/p>\n<p>Mais la r\u00e9f\u00e9rence la plus \u00e9vidente, dont je ne suis surpris de n&rsquo;en avoir pas lu la r\u00e9f\u00e9rence dans d&rsquo;autres critiques est l&rsquo;<em>Ulysse<\/em> de James Joyce. <em>La Fi\u00e8vre de Petrov<\/em> partage avec lui plusieurs caract\u00e9ristiques.<br \/>\nLa premi\u00e8re est la &#8211; fausse &#8211; unit\u00e9 de temps. Tout s&rsquo;y passe en une journ\u00e9e ou presque, non sans flashbacks dans le pass\u00e9 plus ou moins r\u00e9cent de Petrov et de quelques autres protagonistes.<br \/>\nLa seconde est le th\u00e8me : celui de la d\u00e9ambulation urbaine \u00e0 travers Dublin dans un cas, \u00e0 travers Iekaterinenbourg, en Sib\u00e9rie occidentale, dans l&rsquo;autre. Si le Dublin de Joyce \u00e9tait printanier (l&rsquo;action de Ulysse s&rsquo;y d\u00e9roule le 16 juin 1904), l&rsquo;Iekaterinenbourg de Serebrennikov est lui plus sombre, film\u00e9e dans un d\u00e9cembre sans jour sous une neige \u00e9paisse.<br \/>\nLa troisi\u00e8me, la plus importante est celle, tr\u00e8s en vogue au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle, chez Joyce, mais aussi chez Faulkner, Virginia Wolff, les surr\u00e9alistes ou Durrell, du \u00ab\u00a0flux de conscience\u00a0\u00bb (<em>stream of consciousness<\/em>) qui autorise les coq-\u00e0-l&rsquo;\u00e2ne les plus d\u00e9stabilisants, les allers-retours entre le r\u00eave et la r\u00e9alit\u00e9. Sans transition par exemple, Petrov doit participer \u00e0 un peloton d&rsquo;ex\u00e9cution avant de se r\u00e9veiller dans un trolley de ce cauchemar.<\/p>\n<p>Sans doute, ce spectacle peut-il laisser hagard, comme le roman de Joyce ou les films de Tarkovski ou de Guerman. On peut se trouver d\u00e9pass\u00e9, d\u00e9bord\u00e9 par sa monstrueuse \u00e9nergie, son absence de temps mort. On peut demander gr\u00e2ce avant la fin de ses ext\u00e9nuantes deux heures vingt-six. Mais on s&rsquo;en retiendra gr\u00e2ce au jeu tr\u00e8s malin qu&rsquo;instaure le r\u00e9alisateur-sc\u00e9nariste et dont on voit les r\u00e8gles se pr\u00e9ciser lentement dans la seconde moiti\u00e9 du film. On r\u00e9alise progressivement que s&rsquo;\u00e9bauche sous nos yeux une carte mentale de la vie de Petrov, des personnages qui la composent, des liens qui se sont tiss\u00e9s entre eux \u00e0 travers les d\u00e9cennies. Pr\u00eatez attention \u00e0 la contr\u00f4leuse du trolley de la toute premi\u00e8re sc\u00e8ne ou aux aspirines p\u00e9rim\u00e9es que le h\u00e9ros avale quelques instants plus tard : vous les retrouverez (peut-\u00eatre) un peu plus tard au terme d&rsquo;une \u00ab\u00a0ronde\u00a0\u00bb (Cf. Oph\u00fcls) endiabl\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19591966&amp;cfilm=277535.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Petrov est fi\u00e9vreux. Il aimerait bien rentrer chez lui. Mais Igor, un camarade de beuverie, l&rsquo;entra\u00eene dans le corbillard qu&rsquo;il conduit. D\u00e9bute une nuit de beuverie dont Petrov se r\u00e9veillera pour rejoindre sa femme Petrova, qui travaille dans une biblioth\u00e8que, et son fils qu&rsquo;il doit accompagner \u00e0 un spectacle scolaire. 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