{"id":15939,"date":"2022-01-10T07:50:32","date_gmt":"2022-01-10T06:50:32","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=15939"},"modified":"2022-01-10T20:49:12","modified_gmt":"2022-01-10T19:49:12","slug":"twist-a-bamako","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2022\/01\/10\/twist-a-bamako\/","title":{"rendered":"Twist \u00e0 Bamako \u2605\u2606\u2606\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"https:\/\/fr.web.img3.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/21\/12\/01\/15\/18\/1228738.jpg\" width=\"317\" height=\"430\" \/>Bamako. 1962. Le Mali vient d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance et d&rsquo;instaurer le socialisme pour tourner la page de la colonisation. Mais le nouveau r\u00e9gime se heurte \u00e0 bien des obstacles.<br \/>\nSamba (St\u00e9phane Bak) est le fils d&rsquo;un riche commer\u00e7ant de textile qui ren\u00e2cle contre le contr\u00f4le des prix et l&rsquo;instauration d&rsquo;un Code du travail garantissant aux employ\u00e9s qu&rsquo;il exploite des conditions d\u00e9centes d&#8217;emploi. Ardent militant socialiste, prot\u00e9g\u00e9 par le ministre de la Jeunesse en personne, Samba m\u00e8ne avec deux de ses camarades des actions de propagande dans les provinces. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il rencontre Lara (Alicia Da Luz) qui a \u00e9t\u00e9 mari\u00e9e de force au petit-fils alcoolique d&rsquo;un chef de village hostile aux id\u00e9es du nouveau r\u00e9gime. Avec la complicit\u00e9 de Samba, Lara s&rsquo;enfuie \u00e0 Bamako. Entre les deux jeunes gens, qui fr\u00e9quentent les clubs de la capitale, une idylle se noue.<\/p>\n<p>Robert Gu\u00e9diguian nous a habitu\u00e9s \u00e0 filmer \u00e0 Marseille, sa ville, depuis bient\u00f4t quarante ans, avec une r\u00e9ussite jamais d\u00e9mentie, la m\u00eame troupe d&rsquo;acteurs : Ariane Ascaride Jean-Pierre Darroussin, Jean-Pierre Meylan, Jacques Boudet&#8230; De temps en temps, il s&rsquo;autorise quelques \u00e9chapp\u00e9es loin de la cit\u00e9 phoc\u00e9enne : dans l&rsquo;Arm\u00e9nie de ses racines (<em>Le Voyage en Arm\u00e9nie<\/em>), \u00e0 Paris pendant la R\u00e9sistance (<em>L&rsquo;Arm\u00e9e du crime<\/em>). Juste avant l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie du Covid, qui interrompit le tournage en plein milieu,, il \u00e9tait parti au S\u00e9n\u00e9gal y reconstituer \u00e0 grands frais le Mali des 60ies, juste apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance. Qui y a voyag\u00e9 ou v\u00e9cu reconna\u00eetra peut-\u00eatre le centre de Thi\u00e8s (o\u00f9 mon p\u00e8re servit en 1951-1952), les berges du fleuve S\u00e9n\u00e9gal \u00e0 Podor (o\u00f9 ma s\u0153ur a\u00een\u00e9e naquit en septembre 1951) et le pont Faidherbe de Saint-Louis&#8230;. Mais arr\u00eatons d&rsquo;\u00e9grener les souvenirs familiaux pour saluer la qualit\u00e9 de cette reconstitution (inspir\u00e9e des photographies de Malick Sidib\u00e9 que Gu\u00e9diguian d\u00e9couvrit &#8211; comme moi &#8211; \u00e0 la Fondation Cartier en 2017), les d\u00e9cors, les costumes et la musique.<\/p>\n<p><em>Twist \u00e0 Bamako<\/em> souffre \u00e0 mes yeux de deux d\u00e9fauts majeurs.<\/p>\n<p>Le premier, comme souvent dans les films de Gu\u00e9diguian, est son didactisme un peu guind\u00e9. Ce reproche m\u00e9rite des explications. Le cin\u00e9ma de Gu\u00e9diguian a d&rsquo;immenses qualit\u00e9s : son naturalisme, sa sensibilit\u00e9, son humanisme, l&rsquo;\u00e9motion qu&rsquo;il sait faire na\u00eetre (<em>Les Neiges du Kilimandjaro<\/em> compte parmi les films les plus \u00e9mouvants que j&rsquo;aie vus) ; mais il manque \u00e0 mes yeux de second degr\u00e9, de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, d&rsquo;ironie sur lui-m\u00eame. Pour le dire m\u00e9chamment, Gu\u00e9diguian, bien qu&rsquo;il sache \u00eatre dr\u00f4le, se prend au s\u00e9rieux. Et cela se voit parfois. Cela \u00e9clate dans les \u00ab\u00a0grandes\u00a0\u00bb sc\u00e8nes du film, celles o\u00f9 Samba d\u00e9barque dans une r\u00e9union de commissaires politiques, o\u00f9 il va chercher son p\u00e8re en prison, o\u00f9 il \u00e9change avec le ministre de la Jeunesse. Jusqu&rsquo;\u00e0 la sc\u00e8ne finale cens\u00e9e nous arracher des sanglots, mais trop pr\u00e9visible, trop artificielle pour nous surprendre et nous toucher.<\/p>\n<p>Second d\u00e9faut plus substantiel : le choix de ce sujet. Militant toujours aussi engag\u00e9, Robert Gu\u00e9diguian dit avoir voulu filmer un \u00ab\u00a0moment communiste\u00a0\u00bb : <i>\u00ab\u00a0Nous voulions raconter une belle et tragique histoire d\u2019amour pour incarner ce que j\u2019appelle ce \u00ab\u00a0moment communiste\u00a0\u00bb, de construction, de f\u00eate r\u00e9volutionnaire o\u00f9 les possibles se heurtent \u00e0 la contre r\u00e9volution mais aussi \u00e0 la tradition et aux coutumes ancestrales\u00a0\u00bb. <\/i>Or, Gu\u00e9diguian choisit de montrer non pas le printemps de ce socialisme en construction mais au contraire son automne, le moment o\u00f9 il se fracasse contre ses contradictions (l&rsquo;interdiction du twist et des clubs) et ses r\u00e9sistances (les int\u00e9r\u00eats mercantiles des grands commer\u00e7ants, le conservatisme des religieux). Son film prend une teinte cr\u00e9pusculaire et est coh\u00e9rent avec sa conclusion dramatique. C&rsquo;est un choix. Mais c&rsquo;est un choix en contradiction avec la tonalit\u00e9 optimiste promise par le titre du film et par son affiche, le choix de filmer non pas la r\u00e9volution en marche, mais ses lendemains qui d\u00e9chantent.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19594812&amp;cfilm=280201.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bamako. 1962. Le Mali vient d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance et d&rsquo;instaurer le socialisme pour tourner la page de la colonisation. Mais le nouveau r\u00e9gime se heurte \u00e0 bien des obstacles. 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