{"id":18060,"date":"2022-11-06T08:22:03","date_gmt":"2022-11-06T07:22:03","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=18060"},"modified":"2023-05-17T07:39:57","modified_gmt":"2023-05-17T06:39:57","slug":"seule-la-joie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2022\/11\/06\/seule-la-joie\/","title":{"rendered":"Seule la joie \u2606\u2606\u2606\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"https:\/\/fr.web.img2.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/22\/08\/30\/14\/52\/1625539.jpg\" width=\"317\" height=\"430\" \/>Sascha, la quarantaine bien entam\u00e9e, a fui la vie convenue d&rsquo;une petite ville du Brandebourg, son mari et son fils, pour s&rsquo;installer \u00e0 Berlin. Elle travaille dans une maison close. Elle y accueille une nouvelle venue, Maria, plus jeune qu&rsquo;elle d&rsquo;une quinzaine d&rsquo;ann\u00e9es, le corps couvert de tatouages, les aisselles velues en diable. Entre les deux femmes, l&rsquo;attraction est imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>Lors du d\u00e9bat qui a suivi la projection du film au Saint-Andr\u00e9 des Arts vendredi soir, la r\u00e9alisatrice allemande Henrika Kull a \u00e9voqu\u00e9 son long travail d&rsquo;enqu\u00eate dans les bordels en Allemagne &#8211; o\u00f9 les maisons closes, ferm\u00e9es en France depuis 1946, sont autoris\u00e9es. Comme Emma Becker, dans son livre <em>La Maison<\/em> (dont l&rsquo;adaptation au cin\u00e9ma sortira le 16 novembre), Henrika Kull est r\u00e9glementariste. Elle consid\u00e8re que la prostitution n&rsquo;a pas \u00e0 \u00eatre prohib\u00e9e, qu&rsquo;elle peut \u00eatre autoris\u00e9e, qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un m\u00e9tier comme un autre \u00e0 condition de respecter certaines r\u00e8gles et que la stigmatisation qui l&rsquo;entoure n&rsquo;a pas lieu d&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p>Cette position est parfaitement respectable, m\u00eame si on ne la partage pas. Elle aurait pu fort bien constituer l&rsquo;axe central d&rsquo;un documentaire consacr\u00e9 \u00e0 ces maisons, aux femmes qui y travaillent et aux clients qui les fr\u00e9quentent.<br \/>\nMais Henrika Kull a choisi la voie de la fiction. Et c&rsquo;est l\u00e0 que le b\u00e2t blesse. Car cette fiction n&rsquo;a pas pour sujet principal la prostitution l\u00e9galis\u00e9e. Elle traite d&rsquo;une histoire d&rsquo;amour qui se d\u00e9roule dans un bordel. Le message est celui-ci : deux travailleuses du sexe, dont le m\u00e9tier doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme banal, ont le droit de s&rsquo;aimer de la m\u00eame fa\u00e7on que, disons, deux caissi\u00e8res de supermarch\u00e9 ou deux inspectrices des finances.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me est que la fiction part d&rsquo;un postulat qu&rsquo;elle ne prend pas la peine de d\u00e9montrer. Elle postule que travailler dans une maison close est un m\u00e9tier comme un autre, avec son lot de d\u00e9convenues (des clients parfois <em>border line<\/em>) et de gratifications (la chaleureuse sororit\u00e9 entre les \u00ab\u00a0filles\u00a0\u00bb). Je ne dis pas que ce postulat soit faux &#8211; m\u00eame si j&rsquo;ai mon opinion sur le sujet. Mais je dis qu&rsquo;il m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre d\u00e9montr\u00e9.<\/p>\n<p>Le second probl\u00e8me, et non des moindres, est l&rsquo;histoire d&rsquo;amour que <em>Seule la joie<\/em> raconte. Elle r\u00e9unit deux femmes que tout oppose, une Allemande et une Italienne, une blonde et une brune, une quadrag\u00e9naire et une jeune trentenaire. Cette histoire est convenue. Peut-\u00eatre l&rsquo;intention de la r\u00e9alisatrice est-elle de montrer que les histoires d&rsquo;amour dans les maisons closes sont en tous points identiques \u00e0 celles qui naissent en dehors. Mais elle parvient si bien \u00e0 d\u00e9rouler le cycle ennuyeux du coup de foudre, des querelles amoureuses, de la s\u00e9paration et des r\u00e9conciliations que son objectif paradoxal est atteint : vider de tout int\u00e9r\u00eat l&rsquo;histoire qui nous est racont\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur ce sujet tabou, sans remonter \u00e0 Bu\u00f1uel (<em>Belle de jour<\/em>), Godard (<em>Deux ou trois choses que je sais d&rsquo;elle<\/em>, <em>Vivre sa vie<\/em>) ou Bonello (<em>L&rsquo;Appolonide<\/em>), on pr\u00e9f\u00e8rera dans les sorties r\u00e9centes\u00a0<em>Party Girl<\/em>, <a href=\"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2020\/06\/25\/filles-de-joie\/\"><em>Filles de joie<\/em><\/a> et surtout <a href=\"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2021\/12\/13\/une-femme-du-monde\/\"><em>Une femme du monde<\/em><\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19594793&amp;cfilm=278609.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sascha, la quarantaine bien entam\u00e9e, a fui la vie convenue d&rsquo;une petite ville du Brandebourg, son mari et son fils, pour s&rsquo;installer \u00e0 Berlin. 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