{"id":18753,"date":"2023-01-21T08:59:28","date_gmt":"2023-01-21T07:59:28","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=18753"},"modified":"2023-01-21T09:45:07","modified_gmt":"2023-01-21T08:45:07","slug":"de-humani-corporis-fabrica","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2023\/01\/21\/de-humani-corporis-fabrica\/","title":{"rendered":"De Humani Corporis Fabrica \u2605\u2605\u2606\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"https:\/\/fr.web.img6.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/22\/12\/08\/11\/52\/0494475.jpg\" width=\"317\" height=\"430\" \/><em>De Humani Corporis Fabrica<\/em> emprunte son titre au monumental trait\u00e9 d&rsquo;anatomie de V\u00e9sale \u00e9crit \u00e0 la Renaissance \u00e0 partir des premiers travaux de dissection qui constitua pendant des si\u00e8cles une r\u00e9f\u00e9rence dans les amphith\u00e9\u00e2tres de m\u00e9decine.<br \/>\nComme l&rsquo;illustre m\u00e9decin braban\u00e7on, Lucien Castaing-Taylor et Verena Paravel entendent nous donner une perception renouvel\u00e9e du corps humain en le filmant de l&rsquo;int\u00e9rieur avec les techniques les plus d\u00e9velopp\u00e9es que le cin\u00e9ma autorise.<\/p>\n<p>Les deux r\u00e9alisateurs sont avant tout des anthropologues. Le premier a cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Harvard au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 le <em>Sensory Ethnographic Lab<\/em>, un centre de recherches interdisciplinaires qui croise les arts visuels et l&rsquo;ethnographie et entend d\u00e9noncer l&rsquo;omnipotence de l&rsquo;\u00e9criture dans les travaux ethnographiques.<br \/>\nEnsemble ils ont tourn\u00e9 deux documentaires marquants. Le premier, <em>Leviathan<\/em>, en 2012, filmait la vie \u00e0 bord d&rsquo;un chalutier un film exp\u00e9rimental sur la p\u00eache industrielle. Le second, <a href=\"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2018\/08\/25\/caniba\/\"><em>Caniba<\/em> <\/a>en 2017, qui avait donn\u00e9 des sueurs froides \u00e0 la Commission de classification que je pr\u00e9sidais \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, \u00e9tait une interview en plan serr\u00e9 de Issei Sagawa, pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 pour avoir assassin\u00e9 puis mang\u00e9 des morceaux de la d\u00e9pouille d&rsquo;une \u00e9tudiante n\u00e9erlandaise \u00e0 Paris en 1981.<\/p>\n<p>On retrouve dans leur troisi\u00e8me documentaire la m\u00eame p\u00e2te que les pr\u00e9c\u00e9dents. Aucun commentaire, aucune musique, aucun sous-titre ou carton qui viendrait expliquer ce qu&rsquo;on voit \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran. C&rsquo;est au spectateur de s&rsquo;y retrouver. Et la t\u00e2che n&rsquo;est pas toujours ais\u00e9e pour qui ne poss\u00e8de pas quelques notions de m\u00e9decine. Des cam\u00e9ras endoscopiques nous font plonger dans le corps humain \u00e0 la recherche d&rsquo;un polype. Ces s\u00e9quences, dont le son a \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement travaill\u00e9, sont parfois d&rsquo;une beaut\u00e9 d\u00e9routante, comme celle de l&rsquo;examen de tissus canc\u00e9reux qui, sous le microscope de l&rsquo;anatomopathologue, prennent les couleurs d&rsquo;une toile de Pollock.<\/p>\n<p>Il faut avoir le c\u0153ur bien accroch\u00e9 pour regarder une tr\u00e9panation, l&rsquo;introduction d&rsquo;un drain dans un m\u00e9at urinaire (on apprend au passage la diff\u00e9rence entre un p\u00e9nis et une verge) ou encore une c\u00e9sarienne o\u00f9 l&rsquo;obst\u00e9tricienne plonge les mains jusqu&rsquo;au coude dans l&rsquo;ut\u00e9rus de la parturiente pour en extraire le nouveau-n\u00e9. Mais la s\u00e9quence la plus \u00e9mouvante se d\u00e9roule \u00e0 la morgue o\u00f9 deux aides-soignantes habillent un d\u00e9funt avec des gestes \u00e0 la fois m\u00e9caniques et respectueux avant que la d\u00e9pouille ne soit transport\u00e9e dans une immense chambre froide o\u00f9 un infirmier se fraie un passage entre deux dizaines de brancards identiques charg\u00e9s de cadavres.<\/p>\n<p>Ce documentaire, l\u00e9gitimement interdit aux moins de douze ans, laissera un souvenir puissant. Si les images du corps humain, d\u00e9sacralis\u00e9, impressionnent, on comprend moins les autres, celles des vigiles et de leurs rondes interminables dans les sous-sols d\u00e9cr\u00e9pits de l&rsquo;h\u00f4pital, celles des patients d\u00e9sorient\u00e9s de l&rsquo;a\u00eele psychiatrique, celle enfin qui cl\u00f4t le film et qui nous montre l&rsquo;immense fresque carnavalesque et pornographique qui orne la salle de repos des carabins. Si Castaing-Taylor et Paravel ont voulu faire un film sur la crise de l&rsquo;h\u00f4pital public (un sujet d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9 par une foultitude de films ou de documentaires), ils auraient d\u00fb s&rsquo;y prendre autrement.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19599098&amp;cfilm=284852.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Humani Corporis Fabrica emprunte son titre au monumental trait\u00e9 d&rsquo;anatomie de V\u00e9sale \u00e9crit \u00e0 la Renaissance \u00e0 partir des premiers travaux de dissection qui constitua pendant des si\u00e8cles une r\u00e9f\u00e9rence dans les amphith\u00e9\u00e2tres de m\u00e9decine. 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