{"id":18913,"date":"2023-02-16T05:27:11","date_gmt":"2023-02-16T04:27:11","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=18913"},"modified":"2023-02-16T08:51:37","modified_gmt":"2023-02-16T07:51:37","slug":"animals","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2023\/02\/16\/animals\/","title":{"rendered":"Animals \u2605\u2605\u2605\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"https:\/\/fr.web.img4.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/23\/01\/25\/09\/18\/1414388.jpg\" width=\"317\" height=\"430\" \/>En avril 2012, Ihsane Jarfi a \u00e9t\u00e9 kidnapp\u00e9, viol\u00e9, tortur\u00e9 pendant toute une nuit et laiss\u00e9 pour mort \u00e0 l&rsquo;aube par quatre criminels homophobes. Pour ce meurtre, trois d&rsquo;entre eux ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s deux ans plus tard \u00e0 la r\u00e9clusion \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, le dernier \u00e0 une peine de trente ans.<\/p>\n<p>Un r\u00e9alisateur belge, Nabil Ben Yadir, s&rsquo;est inspir\u00e9 de ce fait divers sordide pour en faire \u00e0 ce jour peut-\u00eatre le film le plus perturbant de l&rsquo;ann\u00e9e naissante. Il a \u00e9t\u00e9 l\u00e9gitimement interdit aux moins de seize ans. Il aurait pu l&rsquo;\u00eatre sans erreur de qualification juridique aux moins de dix-huit ; car il contient son lot de sc\u00e8nes \u00ab\u00a0de grande violence (&#8230;) de nature (&#8230;) \u00e0 troubler gravement la sensibilit\u00e9 des mineurs\u00a0\u00bb au sens des dispositions de l&rsquo;article R. 211-12 du code du cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Il faut, quitte \u00e0 en r\u00e9v\u00e9ler les ressorts, en d\u00e9tailler l&rsquo;architecture.<br \/>\n<em>Animals<\/em> est compos\u00e9 de trois parties qui s&rsquo;ench\u00e2ssent chronologiquement mais qui n&rsquo;en sont pas moins tr\u00e8s diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Dans la premi\u00e8re partie, on fait la connaissance de Brahim (Soufiane Chilah) alors que sa famille s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 f\u00eater l&rsquo;anniversaire de sa m\u00e8re. La sc\u00e8ne est film\u00e9e quasiment en temps r\u00e9el, en sinueux plans-s\u00e9quences cam\u00e9ra \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule, dans le petit pavillon de banlieue o\u00f9 toute la nombreuse parent\u00e8le s&rsquo;active \u00e0 la pr\u00e9paration de la f\u00eate. On comprend progressivement deux choses. La premi\u00e8re : l&rsquo;homosexualit\u00e9 longtemps cach\u00e9e de Brahim a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte par son fr\u00e8re et sa belle-soeur qui lui intiment de la taire. La seconde : Brahim avait invit\u00e9 son compagnon, Thomas, \u00e0 la f\u00eate pour le pr\u00e9senter \u00e0 ses parents &#8211; sans pour autant r\u00e9v\u00e9ler la nature des liens qui l&rsquo;attachent \u00e0 lui &#8211; mais Thomas manque \u00e0 l&rsquo;appel.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me se d\u00e9roule quelques heures plus tard et commence dans le centre ville o\u00f9 Brahim est parti chercher Thomas. Apr\u00e8s avoir pris la d\u00e9fense d&rsquo;une jeune femme harcel\u00e9e par quatre voyous, Brahim se retrouve embarqu\u00e9 avec eux dans leur voiture. La d\u00e9couverte de son homosexualit\u00e9 hyst\u00e9rise leur violence. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;on assiste en direct \u00e0 son lynchage, complaisamment film\u00e9 avec leurs t\u00e9l\u00e9phones portables par les assassins. La sc\u00e8ne est insoutenable. Plusieurs spectateurs, le c\u0153ur au bord des l\u00e8vres, quittent la salle. L&rsquo;un, plus bruyant que les autres, crie au scandale.<\/p>\n<p>Le film aurait pu se terminer l\u00e0 et nous laisser sid\u00e9r\u00e9s. Il comporte pourtant une troisi\u00e8me partie. Elle suit Lo\u00efc, un des quatre assassins qui, \u00e0 l&rsquo;aube, rentre chez lui. Lo\u00efc croise sa m\u00e8re, abrutie par l&rsquo;alcool, son beau-p\u00e8re, violent. Il nettoie ses habits ensanglant\u00e9s et rev\u00eat un \u00e9l\u00e9gant costume pour se rendre, ainsi qu&rsquo;on le comprendra bient\u00f4t, \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie organis\u00e9e pour le remariage de son p\u00e8re. L&rsquo;ultime plan du film r\u00e9v\u00e8le une surprise dont on ne dira rien mais qui \u00e9claire le d\u00e9cha\u00eenement de violence dont Lo\u00efc s&rsquo;est rendu la veille coupable d&rsquo;une lumi\u00e8re inattendue.<\/p>\n<p><em>Animals<\/em> pose la question de la repr\u00e9sentation de la violence au cin\u00e9ma. Des grands films, et non des moindres, s&rsquo;y sont frott\u00e9s : <em>Salo ou les 120 Journ\u00e9es de Sodome<\/em>, <em>Orange m\u00e9canique<\/em>, <em>Requiem pour un massacre<\/em>, <em>Tueurs n\u00e9s<\/em>, <em>Funny Games<\/em>, <em>Irr\u00e9versible<\/em>&#8230; Toujours, les m\u00eames questions reviennent : faut-il montrer la violence pour mieux la d\u00e9noncer ? Ne court-on pas ce faisant le \u00ab\u00a0risque de la jouissance de son spectacle\u00a0\u00bb pour reprendre les mots de Jacques Mandelbaum dans <em>Le Monde<\/em>.<\/p>\n<p>Regarder <em>Animals<\/em> sans fermer les yeux ni quitter la salle est une exp\u00e9rience \u00e9prouvante \u00ab\u00a0qu\u2019on ne conseillerait pas \u00e0 son pire ennemi\u00a0\u00bb \u00e9crit \u00e0 raison Marie Sauvion dans <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em>. Les amateurs de <em>feel-good movie<\/em> passeront leur chemin et iront voir cette semaine <em>Juste ciel ! <\/em>ou <em>Un homme heureux<\/em> qui leur feront passer un bon moment et qu&rsquo;ils auront oubli\u00e9 dans un mois. Mais je le recommande chaudement \u00e0 tous ceux qui aiment que le cin\u00e9ma les sorte de leur zone de confort, au risque du malaise. Et surtout, je ferai de son visionnage une peine compl\u00e9mentaire obligatoire \u00e0 toutes celles prononc\u00e9es contre des homophobes : ils y r\u00e9aliseront peut-\u00eatre leur violence, leur veulerie et leurs contradictions.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19599703&amp;cfilm=297404.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En avril 2012, Ihsane Jarfi a \u00e9t\u00e9 kidnapp\u00e9, viol\u00e9, tortur\u00e9 pendant toute une nuit et laiss\u00e9 pour mort \u00e0 l&rsquo;aube par quatre criminels homophobes. Pour ce meurtre, trois d&rsquo;entre eux ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s deux ans plus tard \u00e0 la r\u00e9clusion \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, le dernier \u00e0 une peine de trente ans. 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