{"id":19638,"date":"2023-04-22T08:11:01","date_gmt":"2023-04-22T07:11:01","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=19638"},"modified":"2023-04-28T17:57:04","modified_gmt":"2023-04-28T16:57:04","slug":"jeanne-dielman","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2023\/04\/22\/jeanne-dielman\/","title":{"rendered":"Jeanne Dielman \u2606\u2606\u2606\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"https:\/\/fr.web.img4.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/23\/04\/03\/16\/14\/5626812.jpg\" width=\"317\" height=\"430\"><em>Jeanne Dielman<\/em> a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu l&rsquo;an pass\u00e9 par la prestigieuse revue professionnelle <em>Sight &amp; Sound<\/em> meilleur film de tous les temps, juste devant <em>Vertigo<\/em> et <em>Citizen Kane<\/em>. Aur\u00e9ol\u00e9 de ce prestigieux troph\u00e9e, il ressort dans quelques salles d&rsquo;art et d&rsquo;essai et y attire un public nombreux, de cin\u00e9philes et de curieux masochistes. C&rsquo;est que le film est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&rsquo;une pesante r\u00e9putation : il dure 3h21 et diss\u00e8que la morne r\u00e9p\u00e9tition des gestes quotidiens d&rsquo;une jeune veuve sans histoires qui vit seule avec son fils, dans un appartement bourgeois de Bruxelles.<\/p>\n<p><em>Jeanne Dielman<\/em> n&rsquo;a rien vol\u00e9 de sa r\u00e9putation. C&rsquo;est un film radical.<\/p>\n<p>Par son sujet : l&rsquo;ali\u00e9nation d&rsquo;une femme condamn\u00e9e \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter chaque jour les mille et un gestes d\u00e9shumanisants d&rsquo;un quotidien sans \u00e2me. Rien ne nous en est \u00e9pargn\u00e9, du lever jusqu&rsquo;au coucher, film\u00e9 quasiment en temps r\u00e9el, l&rsquo;espace de trois journ\u00e9es, pour en montrer la longueur et l&rsquo;ennui. On voit tour \u00e0 tour la pr\u00e9paration des repas, le lent \u00e9pluchage des pommes de terre ou la confection d&rsquo;escalopes pan\u00e9es, les repas proprement dits, pris sans un mot avec Sylvain, cet adolescent taiseux qui ressemble d\u00e9j\u00e0 tant \u00e0 un petit vieux racorni qui jamais n&rsquo;esquisse un geste pour aider sa m\u00e8re ni m\u00eame pour lui manifester la moindre tendresse, la vaisselle dans la cuisine exigu\u00eb, les rares courses \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, l&rsquo;accueil chaque apr\u00e8s-midi (\u00e0 l&rsquo;insu de Sylvain ?) d&rsquo;un homme diff\u00e9rent qui paie Jeanne pour la br\u00e8ve et sordide \u00e9treinte qui se d\u00e9roule, porte close, dans sa chambre, sur une serviette pos\u00e9e sur son couvre-lit qu&rsquo;elle remplace m\u00e9ticuleusement apr\u00e8s chaque usage&#8230;.<\/p>\n<p>Par son traitement : <em>Jeanne Dielman<\/em> a beau avoir \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 par une r\u00e9alisatrice de vingt-cinq ans \u00e0 peine, il t\u00e9moigne d&rsquo;une ma\u00eetrise \u00e9tonnante du cadrage et de la mise en sc\u00e8ne, avec un soin tout particulier apport\u00e9 au son (la rue dont on entend le bourdonnement, les claquements des talons de Jeanne sur le parquet qu&rsquo;elle arpente dans tous les sens \u00e0 longueur de journ\u00e9e) et \u00e0 la lumi\u00e8re (que Jeanne allume et \u00e9teint chaque fois qu&rsquo;elle passe d&rsquo;une pi\u00e8ce \u00e0 l&rsquo;autre). Quant aux dialogues, c&rsquo;est bien simple, il n&rsquo;y en a&nbsp; quasiment pas, les rares paroles \u00e9chang\u00e9es l&rsquo;\u00e9tant sur un ton bressonien, volontairement plat, d\u00e9nu\u00e9 de tout affect &#8211; ainsi de la lecture \u00e0 son fils par Jeanne de la lettre qu&rsquo;elle re\u00e7oit de sa s\u0153ur expatri\u00e9e au Canada gr\u00e2ce \u00e0 laquelle le spectateur apprend quelques bribes de l&rsquo;histoire familiale.<\/p>\n<p>Et le sujet et son traitement, il faut en convenir, se nourrissent l&rsquo;un de l&rsquo;autre. Un film plus court n&rsquo;aurait pas fait autant ressentir au spectateur ext\u00e9nu\u00e9 l&rsquo;\u00e9crasant ennui qui r\u00e9git la vie de Jeanne et la conduit \u00e0 la folie. Il faut la regarder, dans un interminable plan fixe, \u00e9plucher pendant cinq minutes des pommes de terre pour comprendre son \u00e9tat et plus encore pour le ressentir.<\/p>\n<p>Pour autant, aussi impressionnant que soit ce film, il fait partie de ceux qu&rsquo;on est plus content d&rsquo;avoir vus que d&rsquo;\u00eatre en train de regarder. Comme l&rsquo;\u00e9crit Jacques Morice dans sa critique \u00e9videmment extatique, \u00ab\u00a0Il fut \u00e0 sa sortie le film des fauteuils qui claquent\u00a0\u00bb. Difficile en effet, m\u00eame quand on en est pr\u00e9venu, de supporter ce spectacle et de ne pas avoir la tentation de s&rsquo;en \u00e9chapper. Tel fut le cas, \u00e0 la moiti\u00e9 du film, de l&rsquo;ami que j&rsquo;avais invit\u00e9 et qui l\u00e9gitimement pourrait m&rsquo;en faire le reproche pour le restant de nos jours s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;ami le plus indulgent et le plus altruiste que j&rsquo;aie jamais eu.<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9cris cette critique sous le coup de la col\u00e8re que m&rsquo;a inspir\u00e9e hier soir, jusqu&rsquo;\u00e0 tard dans la nuit, cet interminable martyre. Je regretterai probablement dans quelques mois ce coup de gueule pavlovien. Peut-\u00eatre m\u00eame attribuerai-je alors \u00e0 Jeanne Dielman les quatre \u00e9toiles que la critique lui d\u00e9cerne unanimement. Mais, pour l&rsquo;instant, je vis le contrecoup d&rsquo;une exp\u00e9rience ext\u00e9nuante que je ne souhaite \u00e0 personne, et surtout pas \u00e0 mon meilleur ami !<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19599065&amp;cfilm=2204.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jeanne Dielman a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu l&rsquo;an pass\u00e9 par la prestigieuse revue professionnelle Sight &amp; Sound meilleur film de tous les temps, juste devant Vertigo et Citizen Kane. Aur\u00e9ol\u00e9 de ce prestigieux troph\u00e9e, il ressort dans quelques salles d&rsquo;art et d&rsquo;essai et y attire un public nombreux, de cin\u00e9philes et de curieux masochistes. 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