{"id":19659,"date":"2023-04-29T06:31:01","date_gmt":"2023-04-29T05:31:01","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=19659"},"modified":"2023-04-29T07:29:10","modified_gmt":"2023-04-29T06:29:10","slug":"tristana-1970","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2023\/04\/29\/tristana-1970\/","title":{"rendered":"Tristana (1970) \u2605\u2605\u2605\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"https:\/\/fr.web.img2.acsta.net\/r_1920_1080\/medias\/nmedia\/18\/65\/56\/14\/18870255.jpg\" width=\"317\" height=\"430\" \/>Dans l&rsquo;Espagne des Ann\u00e9es Vingt, Tristana (Catherine Deneuve) est une jeune pianiste recueillie par son oncle \u00e0 la mort de sa m\u00e8re. Vieux sexag\u00e9naire libidineux, Don Lope (Fernado Rey) professe des id\u00e9es avant-gardistes sur le mariage et l&rsquo;\u00c9glise et exerce sur sa ni\u00e8ce une emprise \u00e9touffante au point de faire d&rsquo;elle sa ma\u00eetresse. La jeune Tristana parvient \u00e0 lui \u00e9chapper avec Horacio (Franco Nero), un peintre\u00a0 sans talent, qui l&#8217;emm\u00e8ne vivre \u00e0 Madrid. Mais, deux ans plus tard, atteinte d&rsquo;une tumeur au genou qui conduira \u00e0 son amputation, elle revient vivre aupr\u00e8s de Don Lope et finira par l&rsquo;\u00e9pouser.<\/p>\n<p><em>Tristana<\/em> est, avec <em>Viridiana<\/em>, un des rares films tourn\u00e9s par Bu\u00f1uel\u00a0en Espagne. Le moindre des paradoxes du plus grand r\u00e9alisateur espagnol ne fut pas en effet d&rsquo;avoir quasi-exclusivement tourn\u00e9 hors de son pays : au Mexique, puis en France. <em>Tristana<\/em> est l&rsquo;adaptation du roman \u00e9ponyme de Benito P\u00e9rez Gald\u00f3s \u00e9crit \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. Bu\u00f1uel avait d\u00e9j\u00e0 port\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran deux romans de cet auteur espagnol naturaliste, <em>Nazarin<\/em> en 1959 et <em>Viridiana<\/em> en 1961. Bu\u00f1uel\u00a0y a en effet trouv\u00e9 un th\u00e8me qu&rsquo;on retrouve dans plusieurs de ses films \u00e0 commencer par <a href=\"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2023\/04\/01\/el-1953\/\"><em>El<\/em> <\/a>ou <em>Belle de jour<\/em> : la toxicit\u00e9 du d\u00e9sir masculin qui enferme son objet dans un amour possessif et jaloux, oppos\u00e9e \u00e0 la perversit\u00e9 du d\u00e9sir f\u00e9minin qui parvient \u00e0 renverser cette domination \u00e0 son avantage.<\/p>\n<p>Car, si Don Lope est un personnage abject, qui non seulement abuse de la fragilit\u00e9 de la jeune Tristana mais en plus se paie de mots en se faisant passer pour un libre penseur affranchi de la morale \u00e9triqu\u00e9e de son temps, Tristana n&rsquo;est pas une oie blanche et encore moins une victime. La seconde partie du film, \u00e0 partir de son retour \u00e0 Tol\u00e8de et de son amputation, voit les caract\u00e8res se renverser. Don Lope devient de plus en plus doux alors qu&rsquo;au contraire Tristana, de plus en plus am\u00e8re et dure, ach\u00e8ve logiquement son parcours par un crime qui ne figurait pas dans le roman de P\u00e9rez Gald\u00f3s.<\/p>\n<p>Autre diff\u00e9rence avec le roman, le f\u00e9tichisme avec lequel Bunuel entoure la terrible amputation de son h\u00e9ro\u00efne. Ce coup du sort asservit moins Tristana \u00e0 son tuteur qu&rsquo;il ne la pare d&rsquo;un \u00e9rotisme aussi morbide que fascinant, comme le montre la c\u00e9l\u00e8bre sc\u00e8ne du balcon o\u00f9 elle se d\u00e9nude sous les yeux m\u00e9dus\u00e9s du jeune Saturno ou celle, non moins c\u00e9l\u00e8bre, o\u00f9 elle interpr\u00e8te une \u00e9tude de Chopin. La l\u00e9gende voudrait que Hitchcock &#8211; qui ne s&rsquo;en laisser remontrer \u00e0 personne en mati\u00e8re de f\u00e9tichisme &#8211; ait nourri une fascination particuli\u00e8re pour cette sc\u00e8ne dont il connaissait par c\u0153ur le d\u00e9coupage.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai eu la chance de voir <em>Tristana<\/em> au Louxor dans le dixi\u00e8me arrondissement, avec en bonus la conf\u00e9rence tr\u00e8s inform\u00e9e de Fabienne Duszynski. Chaque dimanche depuis le 12 mars, elle y analyse un film de Bu\u00f1uel. H\u00e9las, le cycle s&rsquo;ach\u00e8ve demain avec <em>Le Charme discret de la bourgeoisie<\/em>. Aurais-je vu\u00a0<em>Tristana<\/em> sans ces commentaires \u00e9clair\u00e9s, j&rsquo;en aurais compris la moiti\u00e9 et l&rsquo;aurais d&rsquo;autant moins appr\u00e9ci\u00e9. Mais, Bu\u00f1uel fait partie de ces artistes dont j&rsquo;appr\u00e9cie d&rsquo;autant plus les \u0153uvres que je me les suis fait expliquer.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19572818&amp;cfilm=1267.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans l&rsquo;Espagne des Ann\u00e9es Vingt, Tristana (Catherine Deneuve) est une jeune pianiste recueillie par son oncle \u00e0 la mort de sa m\u00e8re. Vieux sexag\u00e9naire libidineux, Don Lope (Fernado Rey) professe des id\u00e9es avant-gardistes sur le mariage et l&rsquo;\u00c9glise et exerce sur sa ni\u00e8ce une emprise \u00e9touffante au point de faire d&rsquo;elle sa ma\u00eetresse. 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