{"id":20363,"date":"2023-07-28T07:26:33","date_gmt":"2023-07-28T06:26:33","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=20363"},"modified":"2023-07-28T07:53:49","modified_gmt":"2023-07-28T06:53:49","slug":"welfare-1975","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2023\/07\/28\/welfare-1975\/","title":{"rendered":"Welfare (1975) \u2605\u2605\u2605\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"https:\/\/fr.web.img4.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/23\/06\/01\/17\/35\/2246303.jpg\" width=\"347\" height=\"430\" \/>N\u00e9 en 1930, Frederick Wiseman, apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 le droit et l&rsquo;avoir m\u00eame un temps enseign\u00e9 dans les plus prestigieuses universit\u00e9s am\u00e9ricaines (Boston, Brandeis, Harvard&#8230;), d\u00e9cide de r\u00e9aliser, de produire et de monter ses propres documentaires. <a href=\"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2017\/09\/21\/titicut-follies\/\"><em>Titicut Follies<\/em><\/a> est le tout premier en 1967. Tout le cin\u00e9ma de Wiseman, le \u00ab\u00a0pape du documentaire\u00a0\u00bb y est d\u00e9j\u00e0 en filigrane. Le sujet : une institution, ici, un h\u00f4pital psychiatrique, plus tard une \u00e9cole, un commissariat de police, un tribunal, une caserne&#8230; Un dispositif minimal pour le filmer : Wiseman prend lui-m\u00eame le son et n&rsquo;est assist\u00e9 que d&rsquo;un seul cadreur qu&rsquo;il dirige. Et une m\u00e9thode originale qui fera \u00e9cole : aucune interview, aucun sous-titre, aucune voix off, mais des heures et des heures de rushes film\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la cam\u00e9ra r\u00e9ussisse \u00e0 se faire oublier et soigneusement tri\u00e9s durant un long montage qui en fera ressortir la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Au fur et \u00e0 mesure, les documentaires de Wiseman prennent plus d&rsquo;ampleur. <em>Titicut Follies<\/em> durait 87 minutes \u00e0 peine, <em>Welfare<\/em>, rest\u00e9 \u00e9trangement in\u00e9dit en salles, en dure d\u00e9j\u00e0 167. <em>Near Death<\/em>, tourn\u00e9 dans un service de soins intensifs explosera tous les records avec 358 minutes, soit pr\u00e8s de 7 heures ! Pourquoi une dur\u00e9e si ob\u00e8se ? Peut-\u00eatre pour nous immerger corps et \u00e2me dans cette institution que Wiseman veut nous faire reconna\u00eetre, au risque de nous \u00e9puiser (je me souviens avoir beaucoup souffert devant <em>At Berkeley<\/em> &#8211; 244 min &#8211; ou <a href=\"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2020\/10\/29\/city-hall\/\"><em>City Hall<\/em><\/a> &#8211; 272 min).<\/p>\n<p>Welfare se d\u00e9roule dans les murs &#8211; dont jamais la cam\u00e9ra ne sortira &#8211; d&rsquo;un centre d&rsquo;assistance sociale de Manhattan. Toute la mis\u00e8re du monde semble s&rsquo;y \u00eatre donn\u00e9 rendez-vous : des jeunes toxicos, des vieux clodos, quelques Blancs, beaucoup de Noirs ou de Latinos, l&rsquo;esprit embrum\u00e9 par l&rsquo;alcool, les drogues ou des troubles psychiatriques, qui, pour certains sinon pour la plupart, rel\u00e8vent plus de la m\u00e9decine que de l&rsquo;aide sociale. Que cherchent-ils pendant les longues heures o\u00f9 ils patientent dans ces salles enfum\u00e9es et bruyantes, ballott\u00e9s d&rsquo;un bureau \u00e0 l&rsquo;autre ? \u00c0 r\u00e9soudre des probl\u00e8mes administratifs kafka\u00efens et, tout simplement, \u00e0 trouver un toit pour dormir la nuit prochaine et un peu de nourriture pour manger.<br \/>\nFace \u00e0 eux, des fonctionnaires d\u00e9bord\u00e9s et souvent impuissants essaient de comprendre leurs requ\u00eates. Ils dressent devant les demandeurs des obstacles souvent infranchissables : il manque un papier, leur demande rel\u00e8ve d&rsquo;un autre service, il faut revenir demain&#8230;. Au point qu&rsquo;on pourrait presque se demander si Wiseman n&rsquo;instruit pas le proc\u00e8s de l&rsquo;administration \u00e0 charge en la peignant sous les traits inhumainement caricaturaux d&rsquo;une machine \u00e0 dire non.<\/p>\n<p>Pour autant, il serait injuste de l&rsquo;accuser de manich\u00e9isme. Les fonctionnaires ne sont pas tous des bureaucrates but\u00e9s mais bien des hommes et des femmes qui, avec une patience qui force l&rsquo;admiration, essaient, dans la mesure de leurs moyens et de ce que la r\u00e9glementation autorise, d&rsquo;apporter une r\u00e9ponse aux situations douloureuses qui leur sont expos\u00e9es. Deux cas en particulier sont longuement film\u00e9s. Il s&rsquo;agit de deux femmes noires &#8211; indice \u00e9loquent des difficult\u00e9s sociales rencontr\u00e9es par la minorit\u00e9 noire et par les femmes. La premi\u00e8re, rachitique, sort d&rsquo;h\u00f4pital et semble \u00e0 bout de souffle. Elle a d\u00fb quitter son appartement dont elle ne pouvait plus payer le loyer. L&rsquo;assistance sociale l&rsquo;a temporairement relog\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel ; mais le ch\u00e8que qu&rsquo;on lui a fait miroiter pour r\u00e9gler sa note ne lui est pas parvenu \u00e0 cause de son changement d&rsquo;adresse. La seconde vient de Caroline soigner \u00e0 New York son diab\u00e8te. L&rsquo;aide sociale est au nom de son mari qui refuse de lui donner sa part. Dans un cas comme dans l&rsquo;autre, de longues palabres ne permettront pas de r\u00e9gler la situation des deux indigentes.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on sent bien s\u00fbr de quel c\u00f4t\u00e9 son c\u0153ur penche, vers les plus fragiles, Wiseman ne se d\u00e9part pas de toute objectivit\u00e9 et n&rsquo;id\u00e9alise pas les usagers. Il consacre une longue s\u00e9quence \u00e0 un vieil homme, manifestement d\u00e9rang\u00e9, qui vient de subir une tr\u00e9panation dont la moiti\u00e9 de son cr\u00e2ne ras\u00e9 garde la trace et qui vomit sa bile et ses d\u00e9lires racistes sur un jeune vigile noir qui conserve un flegme in\u00e9branlable.<\/p>\n<p><em>Welfare<\/em> constitue un t\u00e9moignage passionnant de la \u00ab\u00a0sociologie du guichet\u00a0\u00bb &#8211; une expression emprunt\u00e9e au sociologue fran\u00e7ais Alexis Spire &#8211; et aussi de son histoire. Dire qu&rsquo;il a gard\u00e9 toute son actualit\u00e9 serait avoir la dent bien dure \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;administration. L&rsquo;informatisation &#8211; dont Wiseman a l&rsquo;intuition de filmer les premi\u00e8res manifestations &#8211; a largement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 les proc\u00e9dures : en regardant <em>Welfare<\/em>, on mesure le temps que perdaient les employ\u00e9s \u00e0 retrouver un dossier qu&rsquo;un simple clic suffit aujourd&rsquo;hui \u00e0 retrouver. On mesure aussi les progr\u00e8s effectu\u00e9s dans l&rsquo;accueil du public, dans l&rsquo;am\u00e9nagement des bureaux, dans la mani\u00e8re de conduire les entretiens : les conditions de travail des fonctionnaires que montre <em>Welfare<\/em> seraient inacceptables aujourd&rsquo;hui comme le sont les conditions d&rsquo;accueil des demandeurs. Certains diront h\u00e9las que si la forme a chang\u00e9, le fond reste le m\u00eame : aujourd&rsquo;hui comme hier, l&rsquo;aide sociale, aux Etats-Unis comme en France, sous-staff\u00e9e, sans budget, ne sait pas traiter les situations les plus urgentes. Ont-ils tort ?<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19601437&amp;cfilm=43500.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 en 1930, Frederick Wiseman, apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 le droit et l&rsquo;avoir m\u00eame un temps enseign\u00e9 dans les plus prestigieuses universit\u00e9s am\u00e9ricaines (Boston, Brandeis, Harvard&#8230;), d\u00e9cide de r\u00e9aliser, de produire et de monter ses propres documentaires. Titicut Follies est le tout premier en 1967. 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