{"id":20413,"date":"2023-07-31T08:41:54","date_gmt":"2023-07-31T07:41:54","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=20413"},"modified":"2023-07-31T08:42:03","modified_gmt":"2023-07-31T07:42:03","slug":"les-herbes-seches","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2023\/07\/31\/les-herbes-seches\/","title":{"rendered":"Les Herbes s\u00e8ches \u2606\u2606\u2606\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"https:\/\/fr.web.img6.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/23\/06\/01\/09\/22\/0157298.jpg\" width=\"347\" height=\"430\" \/>Professeur d&rsquo;arts plastiques dans un coll\u00e8ge perdu de l&rsquo;est de l&rsquo;Anatolie o\u00f9 il ronge son frein depuis quatre ans d\u00e9j\u00e0, Samet n&rsquo;a qu&rsquo;une id\u00e9e en t\u00eate : obtenir au plus vite sa mutation. Il partage l&rsquo;appartement et la frustration d&rsquo;un coll\u00e8gue, Kenan, qui, \u00e0 la diff\u00e9rence de Samet, est originaire de la r\u00e9gion, mais r\u00eave comme lui d&rsquo;en partir. Les deux hommes font la connaissance de Nuray, une professeure d&rsquo;anglais dans un lyc\u00e9e de la ville voisine, qui a perdu une jambe dans une manifestation anti-gouvernementale. Les deux hommes font l&rsquo;objet d&rsquo;une enqu\u00eate administrative du rectorat suite \u00e0 la plainte d\u00e9pos\u00e9e par plusieurs \u00e9l\u00e8ves qui leur reprochent leur comportement inappropri\u00e9.<\/p>\n<p>Le r\u00e9alisateur turc Nuri Bilge Ceylan fait l&rsquo;objet d&rsquo;une admiration universelle et r\u00e9v\u00e9rencieuse qui n&rsquo;a gu\u00e8re d&rsquo;\u00e9quivalent au monde dans le cin\u00e9ma contemporain sinon peut-\u00eatre celle qu&rsquo;inspirent Terrence Malick, Apichatpong Weerasethakul ou B\u00e9la Tarr. Il la doit aux nombreuses r\u00e9compenses glan\u00e9es dans les plus c\u00e9l\u00e8bres festivals (tous ses films depuis <em>Uzak<\/em> en 2002 ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9s en comp\u00e9tition officielle \u00e0 Cannes, <em>Winter Sleeps<\/em> y remportant la Palme d&rsquo;or en 2014 et Merve Dizdar le prix d&rsquo;interpr\u00e9tation f\u00e9minine en mai dernier pour ces <em>Herbes s\u00e8ches<\/em>).<\/p>\n<p>Il est donc difficile, sauf \u00e0 vouloir passer pour un esprit rebelle et anticonformiste &#8211; ce qui n&rsquo;est gu\u00e8re mon style &#8211; d&rsquo;en dire du mal.<br \/>\nOr force m&rsquo;est d&rsquo;avouer que je ne prends aucun plaisir \u00e0 ses films ob\u00e8ses (<em>Les Herbes s\u00e8ches<\/em> dure plus de trois heures). Pire : je vois dans les louanges qu&rsquo;on lui adresse une cuistrerie suspecte. J&rsquo;avais eu la dent tr\u00e8s dure pour son film pr\u00e9c\u00e9dent, <a href=\"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2018\/08\/13\/le-poirier-sauvage\/\"><em>Le Poirier sauvage<\/em><\/a>, au sujet duquel j&rsquo;ai \u00e9crit une critique au vitriol conclue par un z\u00e9ro point\u00e9. Je n&rsquo;aurai la main gu\u00e8re moins lourde pour celui-ci.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai d\u00fb m&rsquo;y prendre \u00e0 deux reprises pour en venir \u00e0 bout. La premi\u00e8re fois, le soir de la sortie, j&rsquo;ai plong\u00e9 dans un profond sommeil, au bout de quinze minutes \u00e0 peine, dont je suis ressorti beaucoup trop tard pour m&rsquo;autoriser \u00e0 en \u00e9crire la critique sans le revoir une seconde fois. C&rsquo;est chose faite depuis hier, non sans avoir au pr\u00e9alable pris trois caf\u00e9s pour m&rsquo;autoriser \u00e0 dire du mal d&rsquo;un film dont je n&rsquo;aurai manqu\u00e9 aucun plan.<\/p>\n<p>Mon masochisme &#8211; ou mon honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle, c&rsquo;est selon &#8211; fut bien mal pay\u00e9 de retour. Car, j&rsquo;ai trouv\u00e9 le temps bien long. C&rsquo;est, je l&rsquo;ai dit, une des caract\u00e9ristiques de l&rsquo;oeuvre de Nuri Bilge Ceylan qui, apr\u00e8s des premiers films d&rsquo;une dur\u00e9e orthodoxe, tangente dangereusement les trois heures dans ses quatre derniers films sans que rien ne justifie un tel format.<br \/>\nPourquoi faire durer un film au-del\u00e0 des limites normales que l&rsquo;attention &#8211; et la vessie &#8211; humaine autorise ? Certains motifs sont recevables : raconter une riche histoire aux multiples et incompressibles rebondissements (Christopher Nolan, Damien Chazelle), plonger le spectateur dans un \u00e9tat catatonique (Lav Diaz, Bela Tarr), en donner aux fans pour leur argent (la franchise Marvel et sa ribambelle de super-h\u00e9ros). Je n&rsquo;en trouve aucun pour justifier la dur\u00e9e de ces <em>Herbes s\u00e8ches<\/em>.<\/p>\n<p>De quoi y est-il question ? De la vie ennuyeuse d&rsquo;un enseignant veule rel\u00e9gu\u00e9 dans une province recul\u00e9e. La dur\u00e9e du film nous fait-elle plus p\u00e9niblement ressentir l&rsquo;inconfort de sa situation ? Pas s\u00fbr. Et s&rsquo;il ne se passe rien, ou du moins pas grand-chose, c&rsquo;est sans doute moins pour accr\u00e9diter l&rsquo;id\u00e9e, au demeurant tout \u00e0 fait pertinente, que la vie de Samet est oiseuse (Buzzati, Gracq ou Beckett ont bien \u00e9crit trois chefs d&rsquo;oeuvre qui racontent l&rsquo;attente et constituent autant de m\u00e9taphores saisissantes de la condition humaine), que parce que le sc\u00e9nario h\u00e9site entre deux sujets.<\/p>\n<p>Le premier, qui occupe la premi\u00e8re partie du film, tourne autour des accusations port\u00e9es contre Samet et Kenan. Elles laissent augurer sinon un suspense haletant (les deux hommes seront-ils ou non blanchis ?), \u00e0 tout le moins un questionnement tr\u00e8s contemporain sur les relations profs-\u00e9l\u00e8ves \u00e0 l&rsquo;\u00e8re #MeToo, la part ambigu\u00eb des sentiments qui s&rsquo;y glissent et la foi donn\u00e9e dans la parole des victimes.<\/p>\n<p>Mais <em>Les Herbes s\u00e8ches<\/em> oublie ce sujet l\u00e0 en cours de chemin pour s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 un autre : la relation \u00e0 trois &#8211; le trouble trouple si j&rsquo;ose dire &#8211; qui se construit entre Nuray, Samet et Kenan, les deux hommes, on l&rsquo;aura compris, tombant chacun \u00e0 sa fa\u00e7on amoureux de la m\u00eame femme. L\u00e0 encore, le suspense monte&#8230; pour se terminer en queue de poisson, dans un \u00e9pilogue printanier qui, apr\u00e8s deux heures trente hi\u00e9males pendant lesquelles la neige est tomb\u00e9e \u00e0 gros flocons, laisse enfin percer le soleil et nous ass\u00e8ne en voix off quelques apophtegmes sentencieux (on aura compris \u00e0 cette derni\u00e8re phrase amphigourique lest\u00e9e d&rsquo;un vocabulaire pompeux que je me suis lentement mais s\u00fbrement laiss\u00e9 contaminer).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19600707&amp;cfilm=280585.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Professeur d&rsquo;arts plastiques dans un coll\u00e8ge perdu de l&rsquo;est de l&rsquo;Anatolie o\u00f9 il ronge son frein depuis quatre ans d\u00e9j\u00e0, Samet n&rsquo;a qu&rsquo;une id\u00e9e en t\u00eate : obtenir au plus vite sa mutation. 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