{"id":20840,"date":"2023-09-25T06:38:50","date_gmt":"2023-09-25T05:38:50","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=20840"},"modified":"2023-09-25T09:03:04","modified_gmt":"2023-09-25T08:03:04","slug":"chronique-dun-ete-1961","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2023\/09\/25\/chronique-dun-ete-1961\/","title":{"rendered":"Chronique d&rsquo;un \u00e9t\u00e9 (1961) \u2605\u2605\u2605\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"https:\/\/fr.web.img5.acsta.net\/r_1920_1080\/medias\/nmedia\/18\/84\/81\/12\/19759416.jpg\" width=\"347\" height=\"430\" \/>Le sociologue Edgar Morin et l&rsquo;ethnologue Jean Rouch se sont rencontr\u00e9s dans le jury d&rsquo;un festival dont ils \u00e9taient tous les deux membres et ont d\u00e9cid\u00e9, malgr\u00e9 leurs divergences qui ont empoisonn\u00e9 sa r\u00e9alisation, son montage et jusqu&rsquo;\u00e0 sa diffusion, de r\u00e9aliser un documentaire ensemble. Leur objectif \u00e9tait de filmer la jeunesse fran\u00e7aise telle qu&rsquo;elle \u00e9tait, dans son intimit\u00e9 et dans son environnement social et politique. L&rsquo;ambition \u00e9tait titanesque et <em>Chronique d&rsquo;un \u00e9t\u00e9<\/em> n&rsquo;y parvient pas. Mais le film invente une m\u00e9thode &#8211; un mot cher \u00e0 Morin : le cin\u00e9ma-v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>En th\u00e9oricien du cin\u00e9ma (Morin a sign\u00e9 trois ans plus t\u00f4t <em>Les Stars<\/em>), les deux r\u00e9alisateurs s&rsquo;interrogent sur la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb documentaire. Peut-on filmer la r\u00e9alit\u00e9 ? peut-on en rendre compte sans la d\u00e9former ? la seule pr\u00e9sence d&rsquo;une cam\u00e9ra ne conduit-elle pas automatiquement ceux qui la filment \u00e0 \u00ab\u00a0jouer\u00a0\u00bb ?<br \/>\nCes questions sont depuis toujours et seront encore longtemps au centre de la d\u00e9marche documentaire. Frederick Wiseman &#8211; auquel la romanci\u00e8re, et coll\u00e8gue du Conseil d&rsquo;Etat, Cl\u00e9mence Rivi\u00e8re, consacre un roman chez Stock &#8211; a invent\u00e9 une m\u00e9thode souvent reprise : accumuler les heures de tournage pour faire oublier la cam\u00e9ra jusqu&rsquo;\u00e0 obtenir \u00ab\u00a0l&rsquo;instant d\u00e9cisif\u00a0\u00bb, pour reprendre l&rsquo;expression du photographe Henri Cartier-Bresson, la v\u00e9rit\u00e9 nue, sans artifice.<br \/>\nLa m\u00e9thode propos\u00e9e par Morin et Rouch, que reprendra trois ans plus tard Pasolini dans son <a href=\"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2023\/05\/27\/enquete-sur-la-sexualite-1964\/\"><em>Enqu\u00eate sur la sexualit\u00e9<\/em><\/a>, est diff\u00e9rente. Les intervieweurs sont \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran ; on les voit avec leur appareil d&rsquo;enregistrement &#8211; qui nous semble monstrueusement encombrant mais qui \u00e9tait pour l&rsquo;\u00e9poque \u00e0 la pointe de la miniaturisation &#8211; et leurs micros ; on entend le dialogue qu&rsquo;ils nouent avec les interview\u00e9s.<\/p>\n<p>Fort de cette m\u00e9thode, Morin et Rouch r\u00e9unissent quelques jeunes. On reconna\u00eet parmi eux, au d\u00e9tour d&rsquo;un plan R\u00e9gis Debray qui avait vingt ans \u00e0 peine. Marceline (Loridan) raconte dans un long plan tourn\u00e9 sur la place de la Concorde le vide laiss\u00e9 par la mort de son p\u00e8re et sa d\u00e9portation en camp. Angelo, un fort-en-gueule, travaille chez Renault &#8211; et s&rsquo;en fera licencier pendant le tournage. Maril\u00f9, une Italienne install\u00e9e \u00e0 Paris &#8211; qui fut l&rsquo;amante de Morin, ce que le film passe sous silence &#8211; confesse ses pulsions suicidaires. Modeste Landry, un jeune Ivoirien qui a grandi dans le Lot et que Rouch venait de faire tourner dans <em>La Pyramide humaine<\/em> (un documentaire d&rsquo;une incroyable justesse sur les relations entre Noirs et Blancs \u00e0 l&rsquo;aube de la d\u00e9colonisation) \u00e9voque le racisme ordinaire qu&rsquo;il subit.<\/p>\n<p><em>Chronique d&rsquo;un \u00e9t\u00e9<\/em> vaut par les t\u00e9moignages qu&rsquo;il livre sur une France en noir et blanc aujourd&rsquo;hui disparue. Ce qui me frappe pourrait sembler anecdotique : c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9locution des Fran\u00e7ais de l&rsquo;\u00e9poque, leur niveau de langage et leur diction, cet accent parisien si prononc\u00e9 qui me semble avoir disparu.<\/p>\n<p>Mais au-del\u00e0 de sa valeur historique et sociologique, <em>Chronique d&rsquo;un \u00e9t\u00e9<\/em> vaut plus encore pour sa construction r\u00e9flexive. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un documentaire qui r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 ce que doit \u00eatre et \u00e0 ce que peut \u00eatre un documentaire. Dans sa derni\u00e8re s\u00e9quence, il nous montre sa diffusion \u00e0 ses acteurs et leurs r\u00e9actions, certains ne s&rsquo;y reconnaissant pas, d&rsquo;autres au contraire t\u00e9moignant de leur g\u00eane \u00e0 se d\u00e9couvrir, aussi intimement d\u00e9voil\u00e9s, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/youtu.be\/dhmAVJ4_x0Y\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le sociologue Edgar Morin et l&rsquo;ethnologue Jean Rouch se sont rencontr\u00e9s dans le jury d&rsquo;un festival dont ils \u00e9taient tous les deux membres et ont d\u00e9cid\u00e9, malgr\u00e9 leurs divergences qui ont empoisonn\u00e9 sa r\u00e9alisation, son montage et jusqu&rsquo;\u00e0 sa diffusion, de r\u00e9aliser un documentaire ensemble. 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