{"id":21104,"date":"2023-10-16T04:40:43","date_gmt":"2023-10-16T03:40:43","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=21104"},"modified":"2023-10-16T06:37:05","modified_gmt":"2023-10-16T05:37:05","slug":"le-consentement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2023\/10\/16\/le-consentement\/","title":{"rendered":"Le Consentement \u2605\u2605\u2605\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"https:\/\/fr.web.img6.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/23\/07\/28\/14\/17\/5661948.jpg\" width=\"347\" height=\"430\" \/>Vanessa Springora avait treize ans \u00e0 peine quand elle rencontra Gabriel Matzneff en 1986. L&rsquo;ann\u00e9e d&rsquo;apr\u00e8s, alors qu&rsquo;il avait plus du triple de son \u00e2ge, il en fit sa ma\u00eetresse et l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne impuissante de son Journal. Trente ans plus tard, pour exorciser ses vieux d\u00e9mons, la jeune femme, devenue \u00e9ditrice, d\u00e9cida \u00e0 son tour de raconter cette histoire.<\/p>\n<p>En janvier 2020, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par un parfum de scandale, <em>Le Consentement<\/em> de Vanessa Springora eut le succ\u00e8s qu&rsquo;on sait. Elle y racontait l&#8217;emprise dont elle fut la victime \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 le consentement ne saurait \u00eatre donn\u00e9 librement, dans un \u00e9tat de faiblesse dont son amant joua et abusa, avec la complicit\u00e9 tacite de la m\u00e8re de Vanessa et d&rsquo;un milieu litt\u00e9raire et bourgeois aveugl\u00e9 par les id\u00e9aux libertaires de Mai 68.<\/p>\n<p>Quand j&rsquo;ai appris, il y a quelques semaines, que <em>Le Consentement<\/em> serait port\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 surpris, choqu\u00e9, intrigu\u00e9. Surpris, je n&rsquo;aurais pas d\u00fb l&rsquo;\u00eatre ; car h\u00e9las il est d\u00e9sormais peu de best-sellers qui ne connaissent, dans les mois ou les ann\u00e9es qui suivent, leur adaptation \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran, pariant sur le succ\u00e8s qu&rsquo;elle r\u00e9coltera aupr\u00e8s d&rsquo;une foule de lecteurs conquis par avance. Choqu\u00e9, il y avait en revanche de quoi l&rsquo;\u00eatre tant le sujet du <em>Consentement<\/em> \u00e9tait sulfureux et sa mise en image malaisante : la commission de classification l&rsquo;a d&rsquo;ailleurs interdit aux moins de douze ans, assortissant son avis d&rsquo;un avertissement b\u00e2cl\u00e9 &#8211; \u00ab\u00a0La complexit\u00e9 du film et la brutalit\u00e9 de certaines sc\u00e8nes \u00e0 caract\u00e8re sexuel sont susceptibles de heurter la sensibilit\u00e9 d&rsquo;une jeune public non averti et non accompagn\u00e9\u00a0\u00bb &#8211; ce qui t\u00e9moigne de ses h\u00e9sitations \u00e0 une interdiction plus s\u00e9v\u00e8re, qui n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 injustifi\u00e9e : peut-on s\u00e9rieusement envisager de montrer ce film \u00e0 des adolescents entre douze et seize ans ? Intrigu\u00e9 enfin de la fa\u00e7on dont la r\u00e9alisatrice et ses acteurs rel\u00e8veraient ce d\u00e9fi impossible.<\/p>\n<p>Fallait-il mettre <em>Le Consentement<\/em> en images ? Le t\u00e9moignage autobiographique de Vanessa Springora ne se suffisait-il pas \u00e0 lui-m\u00eame ? Quel \u00e9tait l&rsquo;effet recherch\u00e9, sinon celui de faire de l&rsquo;argent sur un sujet malaisant, ou un voyeurisme malsain ? La pr\u00e9sence de Vanessa Springora elle-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;affiche, qui a collabor\u00e9 au sc\u00e9nario, est rassurante. C&rsquo;est le signe que son livre ne lui a pas \u00e9chapp\u00e9, qu&rsquo;elle a eu son mot \u00e0 dire sur son adaptation. Mais c&rsquo;est surtout la qualit\u00e9 de la r\u00e9alisation et de l&rsquo;interpr\u00e9tation qui ont achev\u00e9 de me convaincre.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai mis pourtant cinq jours \u00e0 aller le voir, au point d&rsquo;\u00eatre incapable pendant ces cinq jours-l\u00e0 de mettre les pieds dans une salle de cin\u00e9ma. Je savais que <em>Le Consentement<\/em> serait le film de la semaine, sinon du mois ; je savais que j&rsquo;irais le voir puisque je professe, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, d&rsquo;aller tout voir ; je savais que ce film, qu&rsquo;il me plaise ou non, si tant est que ce verbe l\u00e0 soit le plus adapt\u00e9, susciterait un d\u00e9bat. Mais, tel le cheval devant l&rsquo;obstacle, je ren\u00e2clais, perturb\u00e9 d&rsquo;avance par l&rsquo;effet qu&rsquo;il me ferait.<\/p>\n<p>Tout compte fait, je suis content d&rsquo;avoir franchi l&rsquo;obstacle. J&rsquo;ai aim\u00e9 ce film. Et je le recommande.<br \/>\nMais j&rsquo;accompagnerai cette recommandation de nombreuses r\u00e9serves.<\/p>\n<p>La principale bien s\u00fbr est le sujet du film. La p\u00e9dophilie est r\u00e9cemment devenue le mal absolu. Celle qui est d\u00e9crite ici est la plus pernicieuse qui soit, qui se cherche, comme Matzneff l&rsquo;a fait dans toute son oeuvre, sa justification dans la libert\u00e9 de vivre sa vie \u00e0 rebours de toute morale et dans la libert\u00e9 de cr\u00e9er. Celle surtout qui abuse de la cr\u00e9dulit\u00e9 d&rsquo;une enfant qui vit avec une force in\u00e9dite la toute-puissance d&rsquo;un premier amour que tout emporte. La sc\u00e8ne du film qui m&rsquo;a le plus marqu\u00e9 n&rsquo;est pas en effet celle que l&rsquo;on pourrait penser, presqu&rsquo;insoutenable, de la d\u00e9floration de Vanessa, mais celle qui la pr\u00e9c\u00e8de, celle o\u00f9 la jeune fille, \u00e9touffant de timidit\u00e9 et du manque de confiance en elle, explose de bonheur en lisant les lettres d&rsquo;amour enflamm\u00e9es qui lui sont adress\u00e9es. Tout en elle s&rsquo;ouvre et s&rsquo;\u00e9veille, sinon son corps et sa sexualit\u00e9 encore\u00a0 trop timides : elle, si r\u00e9serv\u00e9e, mais si sensible, se sent enfin regard\u00e9e et \u00e9lue et tombe follement amoureuse d&rsquo;un homme dont la maturit\u00e9, la renomm\u00e9e et la sensibilit\u00e9 la fascinent et l&rsquo;enthousiasment.<\/p>\n<p>Vanessa n&rsquo;a pas conscience d&rsquo;\u00eatre la proie d&rsquo;un pr\u00e9dateur. L&rsquo;interpr\u00e9tation gla\u00e7ante qu&rsquo;en fait Jean-Paul Rouve ne laisse place \u00e0 aucune ambigu\u00eft\u00e9. C&rsquo;est le principal reproche que je lui ferais apr\u00e8s avoir salu\u00e9 le culot &#8211; je ne sais pas s&rsquo;il faut parler de courage &#8211; d&rsquo;accepter un tel r\u00f4le. Matzneff, jou\u00e9 par Rouve, est un \u00eatre odieux, \u00e9gocentrique, menteur, manipulateur. Les promesses mielleuses dont il couvre la jeune Vanessa sont les paravents transparents de la sexualit\u00e9 la plus brutale et la plus humiliante. On n&rsquo;oubliera pas de sit\u00f4t sa calvitie, son torse \u00e9pil\u00e9, ses mains couvertes de bagues et son \u00e9l\u00e9gance d\u00e9cal\u00e9e.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re sc\u00e8ne, o\u00f9 appara\u00eet Elodie Bouchez, cl\u00f4t le film et lui donne tout son sens &#8211; comme celle, apr\u00e8s trois mille pages, de <em>La Recherche<\/em>. <em>Le Consentement<\/em> nous appara\u00eet alors pour ce qu&rsquo;il est : l&rsquo;histoire d&rsquo;un livre sur le point de s&rsquo;\u00e9crire, d&rsquo;un livre dont l&rsquo;\u00e9criture prendra \u00e0 son propre pi\u00e8ge son h\u00e9ros \u00e9crivain autant qu&rsquo;il lib\u00e8rera trente ans apr\u00e8s les faits sa victime innocente.<\/p>\n<p>Il est difficile d&rsquo;\u00e9mettre une voix dissidente sur un sujet pareil. Je m&rsquo;y essaierai n\u00e9anmoins \u00e0 mes risques et p\u00e9rils. J&rsquo;adresserai au <em>Consentement<\/em> deux reproches. Le premier est de faire, \u00e0 la place de la Justice, le proc\u00e8s d&rsquo;un homme. On me r\u00e9pondra, \u00e0 raison, deux choses. La premi\u00e8re est que Matzneff est un \u00eatre ha\u00efssable et ind\u00e9fendable, qui s&rsquo;est non seulement rendu coupable de crimes condamnables mais les a reconnus dans ses \u00e9crits et, pire, en a fait l&rsquo;ignoble apologie. On me r\u00e9torquera aussi, m\u00eame si ce point est moins incontestable que le premier, que, les faits \u00e9tant prescrits, la Justice n&rsquo;a pu faire son oeuvre et que la litt\u00e9rature et le cin\u00e9ma sont en droit de r\u00e9parer ce d\u00e9ni.<\/p>\n<p>Le second reproche que j&rsquo;adresserai au <em>Consentement<\/em> est d&rsquo;\u00eatre un film ferm\u00e9. Je m&rsquo;explique. <em>Le Consentement<\/em> d\u00e9crit, avec une pr\u00e9cision chirurgicale, l&#8217;emprise monstrueuse d&rsquo;un homme m\u00fbr sur une adolescente. Il raconte cette manipulation et montre frontalement les actes sexuels commis par ce p\u00e9dophile sur cette enfant. Gabriel Matzneff y est \u00e9videmment coupable ; Vanessa Springora en est l&rsquo;\u00e9vidente victime. On me r\u00e9torquera que les films sur la Shoah mettent eux aussi en pr\u00e9sence des nazis \u00e9videmment coupables de la pire barbarie et des victimes juives \u00e9videmment innocentes. Sauf que <em>La<\/em> <em>Liste Schindler<\/em>, par exemple, a pour h\u00e9ros un homme confront\u00e9 \u00e0 un choix : celui de se taire ou d&rsquo;agir. Ici, c&rsquo;est vrai, Vanessa Springora d\u00e9cide de ne plus se taire, prend la plume et d\u00e9nonce son pr\u00e9dateur. Ce courage donne naissance \u00e0 ce livre, permet \u00e0 son auteure de se r\u00e9approprier son histoire, kidnapp\u00e9e par Matzneff dans ses livres, et t\u00e9moigne pour toutes les autres victimes muettes d&rsquo;actes similaires. Mais, son sujet n&rsquo;en reste pas moins ferm\u00e9. <em>Le Consentement<\/em> ne soul\u00e8ve aucune question, aucun d\u00e9bat. Ni sur le \u00ab\u00a0consentement\u00a0\u00bb, qui est pourtant le titre du film &#8211; comment une enfant de quatorze ans pourrait-elle consentir aux abus sexuels dont elle est la victime ? &#8211; ni sur la p\u00e9dophilie unanimement odieuse et r\u00e9pr\u00e9hensible.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19602128&amp;cfilm=285420.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vanessa Springora avait treize ans \u00e0 peine quand elle rencontra Gabriel Matzneff en 1986. 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