{"id":21448,"date":"2023-11-30T10:16:46","date_gmt":"2023-11-30T09:16:46","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=21448"},"modified":"2023-11-30T10:16:56","modified_gmt":"2023-11-30T09:16:56","slug":"testament","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2023\/11\/30\/testament\/","title":{"rendered":"Testament \u2605\u2605\u2606\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"https:\/\/fr.web.img6.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/23\/08\/28\/16\/40\/4254011.jpg\" width=\"347\" height=\"430\" \/>Septuag\u00e9naire sans femme ni enfants, amer mais volontiers philosophe, Jean-Michel Bouchard se sent de plus en plus d\u00e9phas\u00e9 avec le monde qui l&rsquo;entoure. Il attend sereinement la mort dans la maison de retraite cossue o\u00f9 il s&rsquo;est install\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 quatre-vingt deux ans, Denys Arcand signe, comme son titre l&rsquo;annonce, un film testamentaire. Son pitch lugubre a de quoi faire fuir. Son double autobiographique, R\u00e9my Girard, a jou\u00e9 dans ses plus grands films depuis <em>Le D\u00e9clin de l&#8217;empire am\u00e9ricain<\/em> (1986) : <em>J\u00e9sus de Montr\u00e9al<\/em> (1989), <em>Les Invasions barbares<\/em> (2003), <em>La Chute de l&#8217;empire am\u00e9ricain<\/em> (2018). Mais on retrouve \u00e0 l&rsquo;affiche quelques-uns des acteurs qui lui sont fid\u00e8les depuis pr\u00e8s de quarante ans : Marcel Sabourin, Yves Jacques, Johane-Marie Tremblay&#8230;<\/p>\n<p>Avec une ironie mordante, Denys Arcand raille les travers de notre temps. il se moque du politiquement correct. Boomer assum\u00e9, il affiche haut et fort son anti-wokisme sans craindre le retour de baton. Son film fait feu de tout bois et aurait probablement d\u00e9cha\u00een\u00e9 une pol\u00e9mique s&rsquo;il avait eu plus de notori\u00e9t\u00e9. Une s\u00e9quence, par exemple, montre le h\u00e9ros \u00e0 une remise de prix, entour\u00e9 d&rsquo;autrices plus caricaturales les unes que les autres : l&rsquo;une est queer, l&rsquo;autre revendique sa transfluidit\u00e9, la derni\u00e8re se cache derri\u00e8re un hijab. Un personnage secondaire qui, toute sa vie durant, a respect\u00e9 les consignes de sant\u00e9 draconiennes qui nous sont constamment rappel\u00e9es (manger bio, faire du sport&#8230;.), meurt brutalement d&rsquo;une attaque, provoquant par r\u00e9action chez sa veuve effondr\u00e9e une consommation effr\u00e9n\u00e9e de graisses. Une fresque du XIX\u00e8me si\u00e8cle, d\u00e9peignant l&rsquo;arriv\u00e9e de Jacques Cartier au Canada est au centre d&rsquo;une pol\u00e9mique entre des descendants autoproclam\u00e9s des Premi\u00e8res Nations qui en d\u00e9noncent le racisme et exigent sa destruction et de vieux Qu\u00e9b\u00e9cois qui, au nom de la sauvegarde du patrimoine, s&rsquo;y opposent.<\/p>\n<p>La charge est lourde. Elle est souvent caricaturale. Murielle Joudet dans <em>Le Monde<\/em> lui met un z\u00e9ro point\u00e9 et accuse Denys Arcand de \u00ab\u00a0sombrer dans l&rsquo;antiwokisme\u00a0\u00bb. La critique du <em>Monde<\/em>, solidement argument\u00e9e, n&rsquo;est pas seulement mue par un r\u00e9flexe pavlovien, hostile par principe \u00e0 tout ce qui s&rsquo;\u00e9loignerait de la bien-pensance agr\u00e9\u00e9e. Elle m\u00e9rite une longue citation : \u00ab\u00a0Pourquoi pas traiter de sujets qui hantent toutes les soci\u00e9t\u00e9s occidentales : la culpabilit\u00e9 blanche, l\u2019hyst\u00e9rie m\u00e9diatique, le remplacement d\u2019un r\u00e9cit historico-politique unifi\u00e9 par une collision de points de vue. Sauf que le cin\u00e9aste ne se montre jamais \u00e0 la hauteur des d\u00e9bats qu\u2019il soul\u00e8ve, la profondeur analytique de ses saillies pouvant se r\u00e9sumer \u00e0 un d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 \u00ab Tout fout le camp ! \u00bb et \u00ab On ne peut plus rien dire \u00bb, tandis que femmes et jeunesse sont film\u00e9es comme des monstres irrationnels.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>J&rsquo;ai bien ri &#8211; et toute la salle avec moi, majoritairement compos\u00e9e de spectateurs au moins aussi \u00e2g\u00e9s que moi &#8211; \u00e0 certaines r\u00e9pliques \u00ab\u00a0Mais qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;ils ont tous ces jeunes \u00e0 se tatouer aujourd&rsquo;hui ?\u00a0\u00bb. La faute sans doute \u00e0 mon \u00e2ge et \u00e0 ma subjectivit\u00e9 qui m&rsquo;inclinent plut\u00f4t vers l&rsquo;anti-wokisme que vers le wokisme. Pour autant, qu&rsquo;on soit woke ou anti-woke, si l&rsquo;on a la cinquantaine d\u00e9j\u00e0 bien entam\u00e9e, on ne pourra qu&rsquo;\u00eatre profond\u00e9ment remu\u00e9 par le portrait de son h\u00e9ros vieillissant qui, en quelques phrases, dans une voix off pourtant bien trop pontifiante, r\u00e9sume avec une cinglante lucidit\u00e9 le r\u00e9tr\u00e9cissement de sa vie et ce sentiment si d\u00e9moralisant de devenir progressivement \u00e9tranger \u00e0 un monde qui continuera de tourner sans nous.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/film\/fichefilm_gen_cfilm=310521.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Septuag\u00e9naire sans femme ni enfants, amer mais volontiers philosophe, Jean-Michel Bouchard se sent de plus en plus d\u00e9phas\u00e9 avec le monde qui l&rsquo;entoure. 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