{"id":25230,"date":"2025-02-28T07:56:37","date_gmt":"2025-02-28T06:56:37","guid":{"rendered":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=25230"},"modified":"2025-02-28T09:09:19","modified_gmt":"2025-02-28T08:09:19","slug":"le-rebelle-1949","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2025\/02\/28\/le-rebelle-1949\/","title":{"rendered":"Le Rebelle (1949) \u2605\u2606\u2606\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"https:\/\/fr.web.img2.acsta.net\/r_1920_1080\/medias\/nmedia\/18\/36\/10\/46\/18453064.jpg\" width=\"347\" height=\"430\" \/>Howard Roark (Gary Cooper) est un architecte avant-gardiste surdou\u00e9. Son individualisme forcen\u00e9, son refus de tout compromis compliquent ses relations avec ses donneurs d&rsquo;ordre, \u00e0 la diff\u00e9rence de son camarade d&rsquo;universit\u00e9, Peter Keating dont le carnet de commande ne d\u00e9semplit pas. Howard Roark r\u00e9ussit n\u00e9anmoins \u00e0 s&rsquo;associer \u00e0 un vieil architecte non-conformiste qu&rsquo;une campagne de presse men\u00e9e par le quotidien <em>The Banner<\/em> accule \u00e0 la faillite.<br \/>\nDominic Francon (Patricia Neal) est journaliste \u00e0\u00a0<em>The Banner<\/em>. Elle y signe des critiques d&rsquo;architecture et s&rsquo;y oppose au chef de la section, Ellsworth Toohey, plus sensible qu&rsquo;elle \u00e0 l&rsquo;air du temps et aux go\u00fbts du vulgaire. Son patron, Gail Wynand (Raymond Massey), un homme sans scrupule qui a construit un empire \u00e0 partir de rien, s&rsquo;entiche d&rsquo;elle et en fait sa femme. Mais Dominic Francon est secr\u00e8tement amoureuse de Howard Roark. Elle ira m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 devenir sa complice lorsqu&rsquo;il dynamite un projet d&rsquo;immeubles d\u00e9figur\u00e9s par les modifications apport\u00e9es par les promoteurs \u00e0 ses plans. Lors du proc\u00e8s qui le mettra en cause, Howard Roark prononcera un plaidoyer vibrant pour ses valeurs.<\/p>\n<p>Si <em>Le Rebelle<\/em> est ressorti en salles, c&rsquo;est \u00e0 cause de <a href=\"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2025\/02\/14\/the-brutalist\/\"><em>The Brutalist<\/em><\/a>. Cette autobiographie d\u00e9guis\u00e9e de Frank Lloyd Wright l&rsquo;a en effet inspir\u00e9. Il a comme lui pour h\u00e9ros un architecte qui r\u00e9alise des immeubles modernistes et fonctionnels d&rsquo;une simplicit\u00e9 qui rompt avec le style n\u00e9o-classique qui \u00e9tait \u00e0 la mode \u00e0 New York dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Comme <em>The Brutalist<\/em> et peut-\u00eatre m\u00eame plus que lui, <em>Le Rebelle<\/em> est l&rsquo;occasion de voir de sublimes r\u00e9alisations architecturales, des esquisses, des maquettes et m\u00eame des immeubles. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9, vers le milieu du film, par le superbe escalier int\u00e9rieur de l&rsquo;immeuble Enright.<\/p>\n<p>Mais <em>Le Rebelle<\/em> est avant tout l&rsquo;adaptation d&rsquo;un roman d&rsquo;Ayn Rand. Alice O&rsquo;Connor, n\u00e9e\u00a0Alisa Zinovyevna Rosenbaum \u00e0 Saint-Petersbourg en 1905, quitta l&rsquo;URSS en 1926 et n&rsquo;y revint jamais. La publication de <em>The Fountainhead<\/em> (en fran\u00e7ais <em>La Source vive<\/em>) en 1943 lui valut une immense c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. Hollywood en acheta les droits et King Vidor en signa l&rsquo;adaptation sous le titre plus explicite du <em>Rebelle<\/em>.<\/p>\n<p>Figure de l&rsquo;anti-communisme, Ayn Rand pr\u00f4ne un individualisme radical et un \u00ab\u00a0\u00e9go\u00efsme rationnel\u00a0\u00bb. Pour elle, la soci\u00e9t\u00e9 est une construction artificielle, instrumentalis\u00e9e par une minorit\u00e9. Seuls comptent l&rsquo;individu, son \u00e9thique, son m\u00e9rite et sa r\u00e9ussite.<\/p>\n<p>Regarder\u00a0<em>Le Rebelle\u00a0<\/em>aujourd&rsquo;hui est une exp\u00e9rience troublante. Son noir et blanc, ses acteurs hollywoodiens, ses personnages si arch\u00e9typiques (Roark incarne l&rsquo;intransigeance, Toohey la d\u00e9magogie, Wynand l&rsquo;ilusion de toute-puissance&#8230;.) rappellent les grands films des ann\u00e9es quarante. Mais son id\u00e9ologie est aux antipodes de l&rsquo;humanisme d&rsquo;un Capra, d&rsquo;un Ford, d&rsquo;un Lubitsch. Le mot d\u00e9mocratie n&rsquo;est jamais prononc\u00e9. La notion m\u00eame de corps social est battue en br\u00e8che. Seul l&rsquo;individu existe dont la force de conviction est glorifi\u00e9e : avoir raison contre tout le monde est la seule chose qui semble compter.<\/p>\n<p>Cette morale profond\u00e9ment individualiste et, si on osait dire, trumpienne cr\u00e9e un malaise. Elle r\u00e9sonne douloureusement avec notre \u00e9poque : comment vouer un tel culte \u00e0 l&rsquo;individu, aussi g\u00e9nial soit-il ?\u00a0 comment tourner le dos \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, aux besoins des plus fragiles et au vivre-ensemble ? Entre l&rsquo;hyperindividualisme libertarien pr\u00f4n\u00e9 par Ayn Rand et le collectivisme honni, l&rsquo;apr\u00e8s-guerre a su dessiner une voie plus mod\u00e9r\u00e9e et plus efficiente : la social-d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p>Je suis curieux de l&rsquo;\u00e9cho que ce roman et ce film ont eu \u00e0 leur sortie : 1943 pour le livre, 1949 pour le film. En 1943, les Etats-Unis entrent en guerre contre l&rsquo;Allemagne hitl\u00e9rienne au nom du droit universel \u00e0 l&rsquo;auto-d\u00e9termination, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 et au d\u00e9veloppement \u00e9conomique, alors qu&rsquo;Ayn Rand fait l&rsquo;apologie de l&rsquo;individualisme et du surhomme nietzsch\u00e9en. En 1949 commence la Guerre froide alors que le film de King Vidor, tourn\u00e9 dans des d\u00e9cors futuristes qui rappellent l&rsquo;expressionnisme russe, se termine par un plan en contre-plong\u00e9e de Gary Cooper film\u00e9 comme un h\u00e9ros stakhanoviste.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=swOxKu80JpU\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Howard Roark (Gary Cooper) est un architecte avant-gardiste surdou\u00e9. Son individualisme forcen\u00e9, son refus de tout compromis compliquent ses relations avec ses donneurs d&rsquo;ordre, \u00e0 la diff\u00e9rence de son camarade d&rsquo;universit\u00e9, Peter Keating dont le carnet de commande ne d\u00e9semplit pas. 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