{"id":25627,"date":"2025-04-21T06:44:12","date_gmt":"2025-04-21T05:44:12","guid":{"rendered":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=25627"},"modified":"2025-04-21T06:44:37","modified_gmt":"2025-04-21T05:44:37","slug":"a-la-lueur-de-la-chandelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2025\/04\/21\/a-la-lueur-de-la-chandelle\/","title":{"rendered":"\u00c0 la lueur de la chandelle \u2606\u2606\u2606\u2606\/\u2605\u2605\u2605\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"https:\/\/fr.web.img6.acsta.net\/r_1920_1080\/img\/09\/bc\/09bcccd020484d9702fc374fa7d0bb58.jpg\" width=\"347\" height=\"430\" \/><\/p>\n<p>Andr\u00e9 Gil Mata est un r\u00e9alisateur portugais form\u00e9 \u00e0 la <em>Film Factory<\/em> de B\u00e9la Tarr, l&rsquo;immense r\u00e9alisateur hongrois aux films aussi longs (<em>Le Tango de Satan<\/em> dure sept heures trente) qu&rsquo;hypnotisants. Si on rajoute que Mata se revendique des influences d&rsquo;Andrei Tarkovski, de Chantal Akerman et de Manoel de Oliveira, son c\u00e9l\u00e8bre compatriote, on imagine \u00e0 quel niveau d&rsquo;exigence son cin\u00e9ma se hisse.<\/p>\n<p><em>\u00c0 la lueur de la chandelle<\/em> m&rsquo;a inspir\u00e9 des sentiments radicalement contradictoires. La lecture de l&rsquo;excellente critique de Mathieu Macheret (c&rsquo;est un pl\u00e9onasme car toutes les critiques de Mathieu Macheret sont excellentes et leurs lectures sont pour moi une le\u00e7on d&rsquo;humilit\u00e9) m&rsquo;avait mis en garde. N&rsquo;\u00e9tant pas un grand fan du cin\u00e9ma contemplatif, j&rsquo;aurais d\u00fb me m\u00e9fier d&rsquo;un film \u00ab\u00a0presque impossible \u00e0 raconter tant il se refuse \u00e0 toute certitude narrative\u00a0\u00bb et je n&rsquo;aurais pas d\u00fb conclure trop vite \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9trange et stimulant pacte d\u2019herm\u00e9tisme (au sens \u00e9sot\u00e9rique) que le cin\u00e9aste noue avec son spectateur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le visionnage fut une purge. De la premi\u00e8re \u00e0 la derni\u00e8re minute, je me suis ennuy\u00e9 comme un rat mort (comment diable un rat mort peut-il s&rsquo;ennuyer ?). Chaque plan, \u00e9tendu jusqu&rsquo;au sadisme, a produit sur moi une irritation croissante, voire une hilarit\u00e9 difficilement contenue. Chaque silence d&rsquo;un film quasiment muet &#8211; c&rsquo;est le chat qu&rsquo;on entend le plus &#8211; m&rsquo;a sembl\u00e9 peser des tonnes. Paradoxalement, dans un film o\u00f9 il ne se passe quasiment rien, je n&rsquo;ai pas compris grand chose, ne r\u00e9ussissant pas \u00e0 identifier les diff\u00e9rents personnages ni \u00e0 saisir \u00e0 quel \u00e2ge de leur vie ils \u00e9taient film\u00e9s. Bref, je suis sorti de la salle en fulminant et en jurant qu&rsquo;on ne m&rsquo;y reprendrait pas (m\u00eame si, \u00e9videmment, je suis all\u00e9 voir d\u00e8s le lendemain un film ouzbek sur un couple de vieux paysans).<\/p>\n<p>Mais, apr\u00e8s y avoir r\u00e9fl\u00e9chi, apr\u00e8s m&rsquo;\u00eatre document\u00e9, apr\u00e8s avoir laiss\u00e9 mon irritation retomber, j&rsquo;ai chang\u00e9 d&rsquo;avis sur ce film exigeant. J&rsquo;ai compris l&rsquo;intention proustienne de l&rsquo;auteur : faire revivre, sans s&rsquo;attacher \u00e0 la lin\u00e9arit\u00e9 du r\u00e9cit, sans rien corriger de la confusion n\u00e9buleuse dans laquelle ils persistent, les souvenirs d&rsquo;une vie attach\u00e9e \u00e0 la maison qui en fut le cadre.<\/p>\n<p>Car &#8211; j&rsquo;aurais peut-\u00eatre d\u00fb commencer par l\u00e0 &#8211; <em>\u00c0 la lueur de la chandelle<\/em> est une biographie. Celle de la\u00a0 propre grand-m\u00e8re du r\u00e9alisateur, pr\u00e9nomm\u00e9e Alziria. Toute sa vie durant, jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en 2008, cette femme tr\u00e8s pieuse a habit\u00e9 dans une grande maison bourgeoise du nord du Portugal. Une domestique br\u00e9silienne, Beatriz, l&rsquo;a servie pendant pr\u00e8s de soixante ans. Pour raconter cette vie immobile, Mata use d&rsquo;un proc\u00e9d\u00e9 exigeant et d\u00e9routant. Sans jamais quitter cette maison, sinon pour quatre promenades circulaires dans le jardin qui rythment le temps qui passe au clocher de l&rsquo;\u00e9glise et les saisons qui se succ\u00e8dent, il filme de longs plans silencieux des deux vieilles femmes qui se regardent en chiens de fa\u00efence et auxquelles reviennent des souvenirs enfouis.<br \/>\nOn voit Alziria plus jeune, avec ses parents, pratiquant le piano et la peinture, mais sacrifiant toute ambition artistique et professionnelle, \u00e0 un mariage sans amour et \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation de ses enfants.<\/p>\n<p>Vu sous cet angle, <em>\u00c0 la lueur de la chandelle<\/em> est autrement plus intelligent et stimulant que l&rsquo;impression que j&rsquo;en avais en sortant de la salle. Il n&rsquo;en reste pas moins que son visionnage fut une \u00e9preuve douloureuse dont je peinerai \u00e0 me remettre.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=20616269&amp;cfilm=305867.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Andr\u00e9 Gil Mata est un r\u00e9alisateur portugais form\u00e9 \u00e0 la Film Factory de B\u00e9la Tarr, l&rsquo;immense r\u00e9alisateur hongrois aux films aussi longs (Le Tango de Satan dure sept heures trente) qu&rsquo;hypnotisants. 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