{"id":4830,"date":"2017-11-30T08:57:44","date_gmt":"2017-11-30T07:57:44","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=4830"},"modified":"2017-11-30T08:58:04","modified_gmt":"2017-11-30T07:58:04","slug":"12-jours","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2017\/11\/30\/12-jours\/","title":{"rendered":"12 jours \u2605\u2605\u2605\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"http:\/\/fr.web.img2.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/17\/08\/01\/14\/15\/512235.jpg\" width=\"317\" height=\"430\" \/>Depuis 2013, le maintien sans son consentement d&rsquo;un patient en h\u00f4pital psychiatrique au-del\u00e0 de douze jours est subordonn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autorisation du juge des libert\u00e9s et de la d\u00e9tention (JLD). Des audiences foraines sont d\u00e9sormais organis\u00e9es dans les h\u00f4pitaux. Raymond Depardon est all\u00e9 les filmer \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique du Vinatier pr\u00e8s de Lyon.<\/p>\n<p>Encore \u00e9tudiant, j&rsquo;avais d\u00e9couvert Raymond Depardon en 1994 avec un documentaire au dispositif similaire : <em>D\u00e9lits flagrants<\/em> filmait en champ contrechamp la comparution imm\u00e9diate devant le substitut du procureur d&rsquo;accus\u00e9s arr\u00eat\u00e9s en flagrant d\u00e9lit.<\/p>\n<p>Vingt ans plus tard, Depardon utilise avec la m\u00eame efficacit\u00e9 le m\u00eame proc\u00e9d\u00e9 : une dizaine d&rsquo;audiences cadr\u00e9es serr\u00e9es. Cette r\u00e9p\u00e9tition \u00e9mousse un peu mon enthousiasme. Mais il ne retire rien \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de son film qui, cette fois-ci, n&rsquo;a pas pour d\u00e9cor un palais de justice, mais un h\u00f4pital psychiatrique dont les couloirs, les cours sont film\u00e9s en longs plans fixes qui s&rsquo;intercalent entre les auditions.<\/p>\n<p>La folie humaine est un sujet qui int\u00e9resse de longue date le documentariste septuag\u00e9naire. Il lui a d\u00e9j\u00e0 consacr\u00e9 deux films : <em>San Clemente<\/em> (1982) et <em>Urgences<\/em> (1987) tourn\u00e9s, le premier, dans un asile v\u00e9nitien, le second aux urgences psychiatriques de l&rsquo;H\u00f4tel-Dieu \u00e0 Paris. Que le grand documentariste Frederick Wiseman ait consacr\u00e9 l&rsquo;une de ses toutes premi\u00e8res \u0153uvres au service psychiatrique d&rsquo;un h\u00f4pital militaire n&rsquo;est pas anodin (<a href=\"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2017\/09\/21\/titicut-follies\/\"><em>Titicut Follies<\/em><\/a>, 1967). C&rsquo;est le signe qu&rsquo;un asile est un microcosme o\u00f9 se montrent, d\u00e9form\u00e9es, les maux de nos soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un tel \u00e9chantillon d&rsquo;humanit\u00e9 d\u00e9glingu\u00e9e que nous pr\u00e9sente, avec une douceur et une bienveillance qui \u00e9vite le pi\u00e8ge du voyeurisme, la cam\u00e9ra de Depardon : une employ\u00e9e d&rsquo;Orange qui se plaint de harc\u00e8lement moral, une toute jeune femme qui a tent\u00e9 de se trancher les veines suite aux viols qu&rsquo;elle dit avoir subis, un jeune Maghr\u00e9bin parano\u00efaque qui suspecte l&rsquo;appartement de ses voisins d&rsquo;abriter une cache d&rsquo;armes, un schizophr\u00e8ne qui s&rsquo;enquiert de la sant\u00e9 d&rsquo;un p\u00e8re qu&rsquo;il a assassin\u00e9, une m\u00e8re de famille qui demande de retrouver la garde d&rsquo;un enfant qui lui a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e&#8230; Le tableau n&rsquo;est pas gai. Il n&rsquo;est jamais triste.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le du magistrat qui auditionne ces patients est \u00e9troitement circonscrit. Il n&rsquo;est pas un docteur qualifi\u00e9 pour remettre en cause les traitements que les comparus suivent. Mais il contr\u00f4le que la proc\u00e9dure a \u00e9t\u00e9 suivie, qu&rsquo;une premi\u00e8re \u00e9valuation m\u00e9dicale a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e dans les vingt-quatre heures de l&rsquo;hospitalisation, qu&rsquo;une deuxi\u00e8me l&rsquo;a \u00e9t\u00e9 par un autre praticien dans les soixante-douze heures. Des dix patients qui comparaissent devant la cam\u00e9ra, aucun ne sera lib\u00e9r\u00e9 (alors que le taux de refus est en fait de 9 %). On pourrait en conclure que son r\u00f4le est d\u00e9risoire, qu&rsquo;il est &#8211; pour reprendre une expression foucaldienne &#8211; un agent r\u00e9pressif suppl\u00e9mentaire d&rsquo;un biopouvoir \u00e9crasant et anonyme. Ce serait m\u00e9conna\u00eetre un effet que la cam\u00e9ra de Depardon ne capte pas faute d&rsquo;avoir interview\u00e9 les m\u00e9decins eux-m\u00eames : l&rsquo;intervention du JLD les oblige \u00e0 motiver leur diagnostic et les dissuade d&rsquo;ordonner des internements abusifs.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19573013&amp;cfilm=253727.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis 2013, le maintien sans son consentement d&rsquo;un patient en h\u00f4pital psychiatrique au-del\u00e0 de douze jours est subordonn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autorisation du juge des libert\u00e9s et de la d\u00e9tention (JLD). Des audiences foraines sont d\u00e9sormais organis\u00e9es dans les h\u00f4pitaux. Raymond Depardon est all\u00e9 les filmer \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique du Vinatier pr\u00e8s de Lyon. 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