{"id":4998,"date":"2018-01-17T07:36:54","date_gmt":"2018-01-17T06:36:54","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=4998"},"modified":"2018-01-18T08:45:54","modified_gmt":"2018-01-18T07:45:54","slug":"la-prisonniere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2018\/01\/17\/la-prisonniere\/","title":{"rendered":"La Prisonni\u00e8re \u2605\u2605\u2605\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"http:\/\/fr.web.img2.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/17\/10\/23\/10\/40\/4272387.jpg\" width=\"317\" height=\"430\" \/>On conna\u00eet de Clouzot les chefs d&rsquo;\u0153uvre en noir et blanc qu&rsquo;il a r\u00e9alis\u00e9s pendant les ann\u00e9es quarante et cinquante : <em>L&rsquo;Assassin habite au 21<\/em>, <em>Le Corbeau<\/em>, <em>Quai des Orf\u00e8vres<\/em>, <em>Le Salaire de la peur<\/em>, <em>Les Diaboliques<\/em>&#8230;<br \/>\nLa r\u00e9trospective qui lui est consacr\u00e9e permet de d\u00e9couvrir des \u0153uvres moins connues. Ainsi de cette <em>Prisonni\u00e8re<\/em> &#8211; sans rapport avec le cinqui\u00e8me tome de la Recherche &#8211; sortie en couleurs en 1968, le dernier film de sa carri\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce film n&rsquo;a pas grand&rsquo;chose \u00e0 voir avec les pr\u00e9c\u00e9dentes r\u00e9alisations du ma\u00eetre. Celles-ci inspir\u00e9s des films noirs am\u00e9ricains, notamment de Fritz Lang, sont le t\u00e9moignage d&rsquo;une \u00e9poque. Celui-l\u00e0 en est le t\u00e9moignage d&rsquo;une autre : les ann\u00e9es soixante, l&rsquo;exp\u00e9rimentation artistique, la libert\u00e9 sexuelle&#8230; Loin de s&rsquo;endormir sur ses lauriers et de tourner ad nauseam le m\u00eame film en utilisant les m\u00eames recettes, Clouzot a le courage de s&rsquo;aventurer dans de nouvelles voies. Cette inlassable remise en question rappelle les ann\u00e9es Mao de Godard &#8211; telles qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 parfaitement d\u00e9crites dans <a href=\"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2017\/09\/28\/le-redoutable\/\"><em>Le Redoutable<\/em> <\/a>&#8211; ou la d\u00e9marche d&rsquo;un Antonioni dans <em>Blow Up<\/em> (1966) ou d&rsquo;un Bu\u00f1uel avec <em>Belle de jour<\/em> (1967). Il n&rsquo;est pas anodin que ces films aient vu le jour \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque et aient explor\u00e9 les m\u00eames th\u00e9matiques.<\/p>\n<p>Comme <em>Blow up<\/em>, comme <em>Belle de jour<\/em>, <em>La Prisonni\u00e8re<\/em> est un film qui interroge les fronti\u00e8res du d\u00e9sir. Grand collectionneur, Clouzot imagine une fiction cens\u00e9e se d\u00e9rouler dans le monde de l&rsquo;art. Son h\u00e9ros Stanislas est un riche dilettante qui dirige une galerie d&rsquo;art contemporain (Laurent Terzieff). Dans son appartement, il photographie des mod\u00e8les qu&rsquo;il d\u00e9nude et qu&rsquo;il soumet. Il expose dans sa galerie les r\u00e9alisations de Gilbert (Bernard Fresson). La compagne de celui-ci Jos\u00e9e (Elisabeth Wiener) est attir\u00e9e par Stanislas. Elle accepte de poser pour lui au risque de se perdre.<\/p>\n<p><em>La Prisonni\u00e8re<\/em> parle de sexe. Des pulsions sexuelles qui passent d&rsquo;abord par le regard.\u00a0 Stanislas expose dans sa galerie des \u0153uvres qui jouent avec notre vision : des mobiles, des trompe-l&rsquo;\u0153il, des \u0153uvres cin\u00e9tiques de Vasarely ou Soto, des peintures g\u00e9om\u00e9triques de Genevi\u00e8ve Claisse. \u00c0 l&rsquo;\u00e9tage, le regard fou, les yeux verts magn\u00e9tiques, il photographie des mod\u00e8les dans son cabinet secret, encombr\u00e9 de peintures et de sculptures qui cr\u00e9ent une atmosph\u00e8re lourde. Il ne touche pas ses mod\u00e8les. Impuissant, il jouit \u00e0 travers l&rsquo;\u0153il. Il jouit aussi de la domination qu&rsquo;il exerce sur elles. Au rez-de-chauss\u00e9e et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage, dans la sph\u00e8re publique comme dans la sph\u00e8re priv\u00e9e, c&rsquo;est au fond le m\u00eame homme : voyeur et dominateur.<\/p>\n<p>Comme dans <em>Cinquante nuances de Grey<\/em>, une petite oie d\u00e9couvre le SM au contact d&rsquo;un homme plus \u00e2g\u00e9 et plus riche qu&rsquo;elle. Les fantasmes misogynes du vieux Clouzot (il filme <em>La Prisonni\u00e8re<\/em> \u00e0 soixante ans pass\u00e9s) peuvent faire sourire ou embarrasser. Comme devant un mauvais film d&rsquo;Alain Robbe Grillet, on peut ricaner de cet \u00e9rotisme de romans photos. Un \u00e9rotisme sulfureux que la seconde partie du film d\u00e9samorce voire annule, soulignant mi\u00e8vrement qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de sexe sans amour &#8211; l\u00e0 o\u00f9 la morale d&rsquo;<em>Emmanuelle<\/em>, six ans plus tard, sera nettement moins conventionnelle.<\/p>\n<p>Pour autant, les sc\u00e8nes \u00e9rotiques de <em>La Prisonni\u00e8re<\/em> suscitent un frisson que des r\u00e9alisations plus r\u00e9centes ne cr\u00e9ent pas. De <em>Neuf semaines et demie <\/em>\u00e0 <em>Cinquante nuances&#8230;<\/em> le cin\u00e9ma soi-disant \u00e9rotique \u00e9volue pour le pire. Il y a dans <em>La Prisonni\u00e8re<\/em> une recherche esth\u00e9tique et une sinc\u00e9rit\u00e9 \u00e9rotique que ces superproductions, format\u00e9es pour \u00e9moustiller les couples \u00e0 la Saint-Valentin, ont perdues.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19574595&amp;cfilm=5720.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On conna\u00eet de Clouzot les chefs d&rsquo;\u0153uvre en noir et blanc qu&rsquo;il a r\u00e9alis\u00e9s pendant les ann\u00e9es quarante et cinquante : L&rsquo;Assassin habite au 21, Le Corbeau, Quai des Orf\u00e8vres, Le Salaire de la peur, Les Diaboliques&#8230; La r\u00e9trospective qui lui est consacr\u00e9e permet de d\u00e9couvrir des \u0153uvres moins connues. 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