{"id":5937,"date":"2018-10-17T06:33:43","date_gmt":"2018-10-17T05:33:43","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=5937"},"modified":"2018-10-17T10:19:42","modified_gmt":"2018-10-17T09:19:42","slug":"the-house-that-jack-built","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2018\/10\/17\/the-house-that-jack-built\/","title":{"rendered":"The House That Jack Built \u2606\u2606\u2606\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"http:\/\/fr.web.img2.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/18\/05\/02\/18\/51\/2896701.jpg\" width=\"317\" height=\"430\" \/>J&rsquo;ai grandi avec Lars Von Trier. Ses premiers pas au cin\u00e9ma co\u00efncident avec la naissance de ma cin\u00e9philie. Je me souviens encore de <em>Breaking The Waves<\/em>, vu en 1996 lors de ce qui \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque une des toutes premi\u00e8res s\u00e9ances du matin. J&rsquo;\u00e9tais tomb\u00e9 imm\u00e9diatement amoureux d&rsquo;Emily Watson et lui avais pr\u00e9dit le destin d&rsquo;une star. Je me souviens de <em>Les Idiots<\/em>, de sa folle libert\u00e9, de son audace transgressive. Je me souviens de <em>Dogville<\/em>, de sa mise en sc\u00e8ne \u00e9pur\u00e9e, de l&rsquo;intelligence machiav\u00e9lique de son sc\u00e9nario. Je me souviens, plus r\u00e9cemment de <em>Melancholia<\/em>, de ses premiers plans, d&rsquo;une beaut\u00e9 plastique digne d&rsquo;un tableau de ma\u00eetre, de la beaut\u00e9 catatonique de Kirsten Dunst.<\/p>\n<p>Et puis je me souviens aussi de <em>Antechrist<\/em>, de mon incompr\u00e9hension face \u00e0 ce long huis clos, de mon d\u00e9go\u00fbt devant ce sexe mutil\u00e9 film\u00e9 en gros plan. Je me souviens de <em>Nymphomaniac<\/em>, d&rsquo;une longue succession de Sc\u00e8nes SM mettant en sc\u00e8ne Charlotte Gainsbourg, dont ni la douleur ni le plaisir ne m&rsquo;\u00e9taient compr\u00e9hensibles.<\/p>\n<p>C&rsquo;est donc lest\u00e9 de tous ces souvenirs, bons ou mauvais, que j&rsquo;ai abord\u00e9 le dernier film du ma\u00eetre danois qui fit, comme de bien entendu, un scandale au dernier festival de Cannes. Comment aurait-il pu en \u00eatre autrement pour un r\u00e9alisateur qui y avait tenu, neuf ans plus t\u00f4t, des propos pour le moins ambigus sur le nazisme ? Car, strat\u00e9gie inconsciente ou volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, Lars Von Trier choque et y prend manifestement du plaisir.<\/p>\n<p><em>The House That Jack Built<\/em> ne laissera pas indiff\u00e9rent. On y voit un tueur en s\u00e9rie (Matt Dillon, qui a bien vieilli depuis <em>Rusty James<\/em> et dont la carri\u00e8re prometteuse a \u00e9t\u00e9 cannibalis\u00e9e par ses quasi-sosies James Carrey et Matthew McConaughey) d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es raconter cinq de ses crimes. Le proc\u00e9d\u00e9 n&rsquo;est pas d&rsquo;une grande subtilit\u00e9. Il permet au sc\u00e9nariste de coller bout \u00e0 bout cinq historiettes &#8211; qui auraient tout aussi bien pu \u00eatre mont\u00e9es dans un autre ordre. Il pr\u00e9sente surtout, du point de vue du spectateur l&rsquo;inconv\u00e9nient de scander ce film de deux heures trente en cinq tranches de trente minutes environ chacune, qu&rsquo;on accuse l&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre comme autant de passages oblig\u00e9s d&rsquo;une pi\u00e8ce en cinq actes.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;y voit-on ? Un tueur en s\u00e9rie qui en rappelle d&rsquo;autres. Au premier chef Patrick Bateman, le h\u00e9ros de <em>American Psycho<\/em>, qui commettait en toute impunit\u00e9 des crimes sordides. On ne sait d&rsquo;ailleurs ce qui est le plus d\u00e9rangeant de la barbarie de ses crimes (une automobiliste en panne tu\u00e9e \u00e0 coups de cric, une m\u00e8re et ses deux enfants tu\u00e9es \u00e0 la carabine comme du gibier de chasse, une femme dont Jack d\u00e9coupe les seins parfaits&#8230;) ou de l&rsquo;impunit\u00e9 dans laquelle cet assassin, peu soucieux de couvrir sa trace, les commet. Le ch\u00e2timent, s&rsquo;il arrive lors d&rsquo;une tardive catabase (\u00e0 vos dictionnaires !) patauge dans des r\u00e9f\u00e9rences mythologiques sinon psychanalytiques qui p\u00e8sent des tonnes.<\/p>\n<p>Les crimes en s\u00e9rie de Jack sont racont\u00e9s avec un humour pince sans rire, un second degr\u00e9, qui tout \u00e0 la fois en att\u00e9nuent la monstruosit\u00e9 (on ne sursaute jamais pas plus qu&rsquo;on ne s&rsquo;angoisse) et en accroissent l&rsquo;inhumanit\u00e9 (Jack ne tue pas des \u00eatres humains mais traite des \u00ab\u00a0mat\u00e9riaux\u00a0\u00bb). Car, en commettant ces crimes, Jack entend signer un geste d&rsquo;artiste. D\u00e9lire psychotique o\u00f9 Lars Von Trier, mi-lard mi-cochon, fait mine de suivre son h\u00e9ros. Et c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;on d\u00e9croche. D\u00e9finitivement. Car s&rsquo;il n&rsquo;est pas question d&rsquo;imposer \u00e0 un artiste le respect d&rsquo;une quelconque moralit\u00e9, si le beau comme le laid, le sublime comme le sordide, peuvent et doivent \u00eatre montr\u00e9s, l&rsquo;art ne saurait avoir pour objet de glorifier le laid, de magnifier le sordide. La complaisance de Lars Von Trier, le plaisir malsain qu&rsquo;il prend \u00e0 choquer le bourgeois (qui en a h\u00e9las vu d&rsquo;autres) sont les limites de son g\u00e9nie. Il les a d\u00e9pass\u00e9es. Puisse-t-il dans ses derniers films comprendre que son talent s&rsquo;y \u00e9gare.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19578419&amp;cfilm=245109.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai grandi avec Lars Von Trier. Ses premiers pas au cin\u00e9ma co\u00efncident avec la naissance de ma cin\u00e9philie. 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