{"id":9238,"date":"2019-05-20T07:12:34","date_gmt":"2019-05-20T06:12:34","guid":{"rendered":"http:\/\/un-film-un-jour.com\/?p=9238"},"modified":"2019-12-26T23:54:06","modified_gmt":"2019-12-26T22:54:06","slug":"douleur-et-gloire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/un-film-un-jour.com\/index.php\/2019\/05\/20\/douleur-et-gloire\/","title":{"rendered":"Douleur et Gloire \u2605\u2605\u2606\u2606"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"http:\/\/fr.web.img2.acsta.net\/r_1920_1080\/pictures\/19\/04\/18\/11\/45\/1896822.jpg\" alt=\"\" width=\"317\" height=\"430\" \/><\/p>\n<p>Pas facile d&rsquo;\u00e9mettre quelques r\u00e9serves au sujet du dernier film de Pedro Almod\u00f3var. Les critiques sont en p\u00e2moison. Mes amis l&rsquo;ont d\u00e9j\u00e0 vu et ador\u00e9 : l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, parmi les plus grands, le pla\u00e7ant m\u00eame \u00ab\u00a0au-del\u00e0 de tout \u00e9loge\u00a0\u00bb. Avant m\u00eame la cl\u00f4ture du festival de Cannes, la Palme d&rsquo;or lui est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cern\u00e9e &#8211; au motif, \u00e0 mon sens cruellement inop\u00e9rant, qu&rsquo;elle n&rsquo;aurait jamais \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e au c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9alisateur espagnol.<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par l&rsquo;affiche. Son h\u00e9ros regarde vers la gauche, vers le pass\u00e9. Bienvenue dans l&rsquo;autobiographie du r\u00e9alisateur madril\u00e8ne dont on reconna\u00eet la silhouette dans l&rsquo;ombre chinoise de son acteur f\u00e9tiche. Le nom de Pedro Almod\u00f3var est juste au-dessus de celui de Antonio Banderas qui s&rsquo;est vieilli de dix ans, s&rsquo;est blanchi la barbe et fris\u00e9 le chef pour endosser le r\u00f4le. Celui de Pen\u00e9lope Cruz est aussi en gros caract\u00e8res, un peu plus bas, qui incarne la m\u00e8re, id\u00e9alis\u00e9e, jeune, belle, aimante et dure \u00e0 la t\u00e2che, du h\u00e9ros.<\/p>\n<p>Le titre <em>Dolor y Gloria<\/em> ne brille pas par sa finesse. L&rsquo;antith\u00e8se est transparente : il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ombre sans lumi\u00e8re, de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 sans servitude, de gloire sans douleur.<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9rique qui lance le film entrelace les images psych\u00e9d\u00e9liques de ces merveilleux papiers marbr\u00e9s utilis\u00e9s pour relier les vieux livres. Les couleurs intenses s\u2019interp\u00e9n\u00e8trent et cr\u00e9ent les motifs les plus inattendus : marbrures, zigzags, fleurs, tourniquets, plumes, chevrons et cailloux. Chaque image est unique ; la figure qu&rsquo;elle dessine n&rsquo;est pas fig\u00e9e.<\/p>\n<p><em>Douleur et Gloire<\/em>, construit comme un patchwork avec de nombreux flash-back, est une autofiction. Un des plus c\u00e9l\u00e8bre cin\u00e9astes du moment : Pedro Almod\u00f3var (69 ans) a choisi pour alter ego dans la force de l\u2019\u00e2ge Antonio Banderas (58 ans) et dans la petite enfance le malicieux Asier Flores, rebaptis\u00e9s Salvador Mallo, un anagramme quasi-parfait.<\/p>\n<p>Antonio Banderas \u00e9vite le pi\u00e8ge du cabotinage en interpr\u00e9tant ce personnage \u00e9gocentrique, homosexuel, artiste g\u00e9nial et fortun\u00e9. Il vit dans un appartement-mus\u00e9e o\u00f9 se c\u00f4toient des bibelots d\u2019exception, un mobilier design rare (le cabinet aux papillons et le secr\u00e9taire \u00e0 armoires <em>Architettura<\/em> de Piero Fornasetti), une admirable commode syrienne, une collection de toiles contemporaines (dont Antonio Lopez Garcia). Les livres d\u2019art et d\u2019architecture (Gaudi, Sottsass) t\u00e9moignent de la culture du ma\u00eetre qui lit le dernier Goncourt (<em>L&rsquo;Ordre du jour<\/em> de Eric Vuillard) pendant ses insomnies. Tout est parfaitement agenc\u00e9, rang\u00e9, codifi\u00e9, mais aussi exhib\u00e9 dans une furieuse qu\u00eate d\u2019esth\u00e9tisme.<\/p>\n<p>Cette carapace ne suffit plus \u00e0 prot\u00e9ger le cr\u00e9ateur. Fragilis\u00e9 par mille infirmit\u00e9s (acouph\u00e8nes, pharyngites, maux de dos, migraines, difficult\u00e9 \u00e0 avaler), il ne parvient plus \u00e0 cr\u00e9er. Sa vie n\u2019a plus aucun sens.<br \/>\nC\u2019est avec humour que Pedro Almod\u00f3var nous parle de ses douleurs tant physiques que morales. Les faiblesses du corps le r\u00e9v\u00e8lent hypocondriaque et sujet \u00e0 l\u2019autom\u00e9dication. Les chagrins du c\u0153ur d\u00e9voilent son incapacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre aim\u00e9, sinon de sa m\u00e8re Jacinta (interpr\u00e9t\u00e9e successivement par la sensuelle Pen\u00e9lope Cruz et l\u2019ent\u00eat\u00e9e Julieta Serrano) et de son assistante d\u00e9vou\u00e9e Mercedes (Nora Navas).<\/p>\n<p>En pleine d\u00e9pression, il retrouve l&rsquo;acteur d&rsquo;un de ses premiers films avec lequel il s\u2019\u00e9tait brouill\u00e9 : Alberto Crespo (Asier Etxeandia). Ce dernier lui apprend \u00e0 \u201cchasser le dragon\u201d en l&rsquo;initiant aux plaisirs interdits de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne. Ce puissant v\u00e9hicule calme les douleurs de Salvador, apaise son spleen et le renvoie \u00e0 ses souvenirs : la po\u00e9sie de la vie \u00e0 la campagne o\u00f9 sa m\u00e8re et ses voisines lavent le linge \u00e0 la rivi\u00e8re, l&rsquo;installation dans une cave sordide qui deviendra, avec sa chaux blanche et ses azulejos chatoyants, le monde enchant\u00e9 du jeune Salvador, l&rsquo;\u00e9veil \u00e0 la sexualit\u00e9 avec un jeune ma\u00e7on analphab\u00e8te au corps d&rsquo;alb\u00e2tre, puis l\u2019amour fou pour Federico (Leonardo Sbaraglia) qui s&rsquo;expatriera en Argentine pour se marier et faire des enfants&#8230;<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9voquais au d\u00e9but de cette longue pr\u00e9sentation quelques r\u00e9serves. Elles sont de deux ordres. Sur le fond et sur la forme.<br \/>\nLe fond : Almod\u00f3var ne se foule pas. La septantaine approchant, il se filme en artiste vieillissant. Quelle imagination ! Il le fait en ench\u00e2ssant les flash-back. Quelle audace ! Un peu de <em>Volver<\/em> (l&rsquo;ode \u00e0 la m\u00e8re), un chou\u00efa de <em>La Mauvaise \u00c9ducation<\/em> (l&rsquo;enfance au s\u00e9minaire, les s\u00e9vices sexuels en moins). Quelle originalit\u00e9 !<br \/>\nLa forme. Avec l&rsquo;\u00e2ge, le porte-drapeau de la <em>movida<\/em> a perdu son chien. O\u00f9 est pass\u00e9e l&rsquo;ironie subversive de ses premiers films ? Almod\u00f3var s&rsquo;est embourgeois\u00e9. Il s&rsquo;est institutionnalis\u00e9. Tout baigne d\u00e9sormais dans une profonde bienveillance, ni touchante ni dr\u00f4le. Comme la pur\u00e9e que son h\u00e9ros ing\u00e8re, tout y est fade.<\/p>\n<p>On me dira que j&rsquo;ai l&rsquo;esprit bien chagrin pour ne pas me laisser \u00e9mouvoir par les retrouvailles de Salvador et de Federico : le long baiser qu&rsquo;ils \u00e9changent &#8211; \u00e9cho \u00e0 celui du <em>Labyrinthe des passions<\/em> qui en 1982 avait fait scandale &#8211; a vocation \u00e0 devenir iconique. Et on n&rsquo;aura pas tort.<\/p>\n<p>Mais une sc\u00e8ne ne fait pas un film.<br \/>\nEt la Palme d&rsquo;or n&rsquo;a pas vocation \u00e0 r\u00e9compenser une \u0153uvre ni \u00e0 corriger les oublis des palmar\u00e8s ant\u00e9rieurs.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.allocine.fr\/video\/player_gen_cmedia=19582286&amp;cfilm=264147.html\">La bande-annonce<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pas facile d&rsquo;\u00e9mettre quelques r\u00e9serves au sujet du dernier film de Pedro Almod\u00f3var. Les critiques sont en p\u00e2moison. Mes amis l&rsquo;ont d\u00e9j\u00e0 vu et ador\u00e9 : l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, parmi les plus grands, le pla\u00e7ant m\u00eame \u00ab\u00a0au-del\u00e0 de tout \u00e9loge\u00a0\u00bb. 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