Incroyable mais vrai ★★★☆

Alain (Alain Chabat) et Marie (Léa Drucker) déménagent. Un agent immobilier leur a vendu leur nouvelle maison en les avertissant du secret qu’elle recèle. Ils refusent de s’en ouvrir à Gérard (Benoît Magimel) et à sa nouvelle fiancée (Anaïs Demoustier) qui viennent leur annoncer une nouvelle étonnante.

Le cinéma de Quentin Dupieux étonne et détonne. J’avoue ne pas être un inconditionnel de son humour nonsensical. J’ai détesté Mandibules ; Au poste ! m’a semblé bien insignifiant ; j’ai vaincu mes réserves pour mettre au Daim deux chiches étoiles.

La bande-annonce de Incroyable mais vrai m’avait laissé perplexe qui annonçait un film dans la même ligne que les précédents. L’affiche, hideuse (on dirait un mauvais Mocky), me laissait augurer le pire. Aussi quelle ne fut pas ma surprise à la découverte en avant-première, grâce au Club Allociné, de ce petit bijou.

Il est construit autour d’un mystère dont il ne faut rien dire. La bande-annonce – ou plutôt les bandes-annonces – joue sur sur cet effet d’attente. Le début du film aussi. Le procédé est délicieusement sadique : « Je vais vous dire un secret … ». On rêve qu’un film l’utilise tout du long sans jamais révéler ce fameux secret. Frustré d’une révélation toujours retardée, crierait-on au génie ou à la fumisterie ?

Incroyable mais vrai ne va pas jusque là et révèle ce fameux secret. On n’en dira rien bien entendu sinon qu’il est suffisamment étonnant et absurde pour justifier l’attente de son annonce repoussée et pour servir de sujet au reste du film. En revanche, l’autre secret révélé par Gérard et sa fiancée, aussi drôle soit-il, semble peut-être superflu, même s’il crée un effet de miroir entre la situation des deux couples, minés par la même obsession. Peut-être Incroyable mais vrai aurait-il gagné à se concentrer sur le seul couple d’Alain et Marie (pourquoi avoir laissé à Alain Chabat son prénom et avoir privé Léa Drucker du sien ?).

Autre défaut du film : son rythme. Le premier quart d’heure, on l’a dit, est sadiquement jubilatoire. Il l’est d’autant plus que le montage multiplie les flashbacks et les flashforwards : on voit Alain et Marie en train de visiter leur nouvelle maison et en train de s’y installer. Le montage devient plus linéaire ensuite avant de connaître, dans son dernier quart d’heure une brusque accélération, comme si Quentin Dupieux voulait bâcler son histoire sans se laisser le temps de la développer. J’ai suffisamment pesté contre des films trop longs pour en critiquer un qui dure 1h14. Mais pour autant, je n’aurais pas détesté que celui-ci me fasse rire pendant quelques dizaines de minutes encore.

La bande-annonce

Compétition officielle ★★☆☆

Humberto Suarez, un milliardaire mégalomane veut laisser son nom à la postérité. Il décide de produire un film. Il en confie la direction à la réalisatrice la plus cotée du moment, Lola Cuevas (Penélope Cruz). Elle recrute deux acteurs célèbres : Felix Rivero (Antonio Banderas) est une star internationale qui tourne dans des blockbusters hollywoodiens tandis que Ivan Torres (Oscar Martinez) est un acteur de théâtre radical et exigeant.
Les deux acteurs commencent les essais dans l’immense fondation Suarez. Ils n’ont jamais tourné ensemble et éprouvent aussitôt une antipathie spontanée l’un pour l’autre.

La présence au sommet de l’affiche de Penélope Cruz et Antonio Banderas, avec lesquels le réalisateur espagnol a tourné une dizaine de fois, pourrait laisser penser que Compétition officielle est un film d’Almodovar. Mais c’est le duo argentin Cohn & Duprat qui est aux manettes. On lui doit le très réussi Citoyen d’honneur en 2016 avec déjà Oscar Martinez dans le rôle principal : l’histoire d’un prix Nobel de retour dans sa ville natale.

Ils s’en donnent à cœur joie avec leur trio d’acteurs époustouflants filmés tout au long des essais que dirige d’une main de fer le personnage interprété par Penélope Cruz avec une coiffure démente. Antonio Banderas est incroyable dans sa propre caricature, celle d’un bellâtre égocentrique cachant sous son apparente médiocrité un sacré talent. Le personnage d’Oscar Martinez est un chouïa moins intéressant – et cet acteur partait avec le handicap de nous être moins familier que les deux autres que nous retrouvons avec tant de plaisir.

Compétition officielle ne sort pas des murs de la luxueuse fondation où se déroulent les essais. L’aurait-il fait que je lui aurais reproché de s’écarter de son sujet. Mais son parti pris fait naître, au fil du temps, une certaine routine et une lassitude. On a vite compris les rapports de force qui se créent dans ce trio électrique entre les deux acteurs que tout oppose et vis-à-vis de cette réalisatrice castratrice et tyrannique. Aurait-elle été plus rythmée, plus rebondissante, cette satire grinçante aurait été franchement réussie.

La bande-annonce

Mizrahim – Les Oubliés de la Terre promise ★☆☆☆

La Française Michale Boganim ressuscite la mémoire de son père, décédé en 2017. Juif marocain immigré en Israël dans les années cinquante, il faisait partie des Black Panthers israéliennes, un mouvement radical composé de Juifs et d’Arabes qui combattait la domination des Juifs ashkénazes.
Michale Boganim part en Israël sur la trace des Mizrahim, ces Juifs orientaux, originaires du Maroc, d’Algérie, de Syrie, du Yemen, attirés dans la Terre promise par la promesse d’une vie meilleure, mais souvent relégués dans des cités pionnières, en lisière du désert, et cantonnés à des tâches subalternes.

Son documentaire a le mérite de nous faire découvrir une vérité sociologique méconnue. Israël s’est construit avec une immigration plurielle. Aux premières vagues de Juifs ashkénazes fuyant les pogroms et les persécutions nazies en Europe ont succédé des Juifs séfarades. Ils venaient de terres d’Islam où la cohabitation pourtant séculaire avec la population musulmane était devenue impossible après les indépendances et l’arrivée au pouvoir de dirigeants pourtant laïcs mais volontiers antisémites, en Égypte ou en Irak par exemple.
Loin de l’image d’Epinal du kibboutz cosmopolite où ces Juifs, laïcs ou religieux, se seraient harmonieusement fondus, la réalité fut plus sombre. L’élite ashkénaze exerçait une domination de fait. Les minorités séfarades, dont la langue, les coutumes, la couleur de la peau les assimilaient aux Palestiniens honnis, étaient relégués aux marges de la société.

Mizrahim raconte l’histoire de ces discriminations et celle du mouvement politique créé par le père de la réalisatrice pour les combattre. Ce mouvement a fait long feu et a disparu avec le sursaut d’unité nationale provoqué par la guerre du Kippour en 1973. Les Mizrahim ont exprimé leurs revendications autrement : via la droite nationaliste qu’ils soutinrent dans son accession au pouvoir contre la gauche historique de David Ben Gourion et Golda Meir.

Mizrahim a le défaut d’osciller entre trois niveaux de lecture sans arrêter son parti. 1. Le documentaire historique sur l’histoire des Mizrahim hélas pas assez documentée. 2. Le road movie à la rencontre de leurs descendants, un peu trop mécanique. 3. L’émouvante histoire familiale, hélas à peine effleurée.

La bande-annonce

All Eyes Off Me ★★★☆

Avishag (Elisheva Weil) est une jeune Israélienne libérée. Elle entame une liaison avec Max dont l’ex petite amie, Danny, vient pourtant de tomber enceinte. Dogwalker en attendant mieux, Avishag s’occupe du chien de Dror, son voisin, et se sent attiré par lui.

J’expliquais doctement à une amie que j’avais besoin qu’on me raconte une histoire, avec un début, un milieu, une fin, pour aimer un film. All Eyes Off Me est bizarrement construit en trois épisodes d’inégale longueur et n’a ni début, ni milieu, ni fin. J’ajoutais que rien ne m’irritait autant que les films qui créent une atmosphère, présentent des personnages, sans rien raconter. All Eyes Off Me ne raconte rien et n’a d’autre objet que de nous introduire aux contradictions intimes de son héroïne.

All Eyes Off Me avait donc, sur le papier, tout pour me déplaire. Pourtant ce deuxième film d’une jeune réalisatrice israélienne, emblématique de la génération post-Oslo, lassée des querelles politiques qui ont enflammé ses aînés et d’une guerre sans nom et sans issue, m’a profondément bouleversé.
Je ne suis pas suffisamment assuré de mon jugement pour affirmer que cet enthousiasme est objectif et pour conseiller les yeux fermés un film qui m’a touché mais auquel peut-être d’autres resteront insensibles.

À quoi tient mon émotion ? Pas à la première séquence filmée dans une soirée festive où plusieurs jeunes femmes se confient les unes aux autres. L’une d’entre elle raconte, sans affect, l’avortement qu’elle a subi. On oscille entre la gêne et la sidération.
C’est le personnage d’Avishag qui m’a touché, personnage secondaire du premier épisode qui devient le personnage principal des deux suivants. Sa relation avec Max pourrait être banale. Elle ne l’est pas. Ou plutôt elle l’est sans l’être. Comme deux amants qui se découvrent, ils explorent ensemble leur sexualité.

All Eyes Off Me, qui a étonnamment reçu de la commission de classification un visa tous publics alors qu’il montre sans fard de longues scènes de sexe non simulé, nous entraîne alors dans un territoire intime. Pas celui caricatural de Neuf Semaines et Demie ou Cinquante nuances de gris (pourquoi diable les pornos soft ont-ils un nombre dans leur titre ?!) mais celui très troublant de l’intimité ordinaire d’un couple. Avishag demande à son amant de lui faire mal, de la gifler, de la mordre, de lui cracher dans la bouche… Perversité malsaine ? Ou quête des limites dans un monde qui n’en a plus ?

Cette longue scène de sexe entre Avishag et Max, qui aura provoqué chez les spectateurs qui n’y étaient pas préparés bien des raclements de gorge embarrassés, constitue le deuxième épisode du film. Max disparaît du troisième qui met en présence Avishag et Dror, son voisin, beaucoup plus âgé qu’elle. Compte tenu de la substance du deuxième, on appréhende le contenu de ce troisième épisode. Que se passera-t-il entre Avishag et Dror ? Comment s’exprimera la tension érotique qu’on sent naître ? On redoute le pire. Je vous laisse découvrir la scène qui clôt le film qui est peut-être l’une des plus étonnantes que j’aie jamais vue.

La bande-annonce