Eruption ★☆☆☆

Bethany (Charli XCX) est en vacances à Varsovie pour quelques jours avec Rob (Will Maden) son fiancé qui veut profiter de ce voyage pour lui faire officiellement sa demande en mariage. Si Rob n’a jamais mis les pieds à Varsovie, Bethany connaît bien la ville ; elle y est venue plusieurs fois ; elle y entretient une relation au long cours, depuis son adolescence, avec Neil (Lena Góra), une Polonaise lesbienne.

Eruption est un film cosmopolite tourné à Varsovie sous la direction d’un réalisateur américain avec une actrice britannique, star de l’hyperpop qui a décidé de mener carrière au cinéma. Son tournage, nous dit le dossier de presse, a laissé une grande place à l’improvisation.

Le résultat est sympathique. On y voit une Varsovie estivale, une ville moderne et européenne, loin de l’image lugubre et soviétique qu’en renvoyaient les films de Kieslowski. Son personnage principal est à la croisée des chemins : elle est sur le point de s’engager dans une relation maritale confortable mais sans passion et a gardé la nostalgie des émois du cœur et du corps que son amie polonaise provoque à chacune de leurs rencontres.

L’histoire de ce trio est joliment posée. Mais, au milieu du film, qui dure une heure onze à peine, le scénario, faute d’avoir été suffisamment travaillé, souffre d’un gros coup de mou. Comme si le réalisateur n’avait pas su que faire de ses personnages. Dommage…

La bande-annonce

Miss Mermaid ☆☆☆☆

La vie n’est pas très gaie pour Fanny (Aloïse Sauvage). Récemment divorcée, elle est retournée vivre chez ses parents. Cette jeune fécampoise tire le diable par la queue. Son travail de nuit dans une poissonnerie industrielle ne lui suffit pas pour rembourser ses dettes. Mais Fanny découvre via Internet un monde qui la fait rêver : le mermaiding.

J’aurais appris grâce à ce film un mot et un monde dont j’ignorais tout. Le mermaiding, la nage artistique en costume de sirène, nous vient des Etats-Unis.

Au départ, Pauline Brunner et Marion Verlé ont eu l’idée de consacrer un documentaire à Alexia Colibert, la « sirène de Fécamp ». Cette personnalité haute en couleurs a ensuite suscité chez les deux jeunes réalisatrices l’idée d’une fiction.

Celle-ci est noyée (c’est le cas de le dire !) de bons sentiments. Tout y est : divorce, surendettement, condition ouvrière… On se croirait dans un film des frères Dardenne passé à la moulinette de Plus belle la vie. Aloïse Sauvage a beau donner de sa personne et mouiller le maillot (sic !), son énergie sacrément communicative, couplée à celles de Thomas VDB en pêcheur grincheux au grand cœur et d’Annie Mercier en Mamie Nova de combat, ne suffisent pas à hisser cette comédie racoleuse au-dessus du tout-venant télévisuel.

Le film fait pschitttt…. ou splash.

La bande-annonce

Notre histoire – Chroniques du Caire ★★☆☆

Né d’un père égyptien et d’une mère autrichienne, Abu Bakr Shawky raconte l’histoire de ses parents et de leur rencontre dans les années 70.

Notre histoire est une coproduction internationale tournée en Égypte et en Autriche. Elle a le parfum intemporel des fresques familiales. Elle a aussi celui d’une pièce de théâtre puisqu’elle ne sort quasiment jamais du petit appartement où s’entassent les membres de la famille Shawky : le père et la mère d’Ahmed, ses deux frères, son oncle…

On pense à L’Immeuble Yacoubian, aux romans d’Alaa al-Aswany pour la bruyante exubérance de tout ce petit monde. On pense aussi aux documentaires autobiographiques de Namir Abdel Messeeh (La Vierge, les Coptes et moi, La Vie après Siham) et à leur sens de l’auto-dérision. On pense enfin aux comédies italiennes des années 70 de Dino Risi ou d’Ettore Scola.

En arrière-plan, Notre histoire avec une minuscule raconte la grande histoire avec une majuscule. Celle de l’Égypte de Nasser, battue en 1967 pendant la guerre des Six-Jours. Celle de Sadate, battue en 1973 lors de la guerre du Kippour, qui laissera paradoxalement en Égypte un souvenir glorieux. Une Égypte dont les citoyens ont le sentiment honteux d’être les éternels vaincus de l’histoire, à la guerre comme au football.

On crie beaucoup chez les Shawky. On y crie autant qu’on y s’aime. L’arrivée d’un corps étranger en la personne de Liz, la correspondante autrichienne devenue, après un séjour d’Ahmed en Autriche, sa fiancée, pourrait remettre en cause l’harmonie familiale. Mais, il n’y a aucun mauvais sentiment dans ce feel-good-movie. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. En tout cas, ils en eurent un…. qui rend hommage à ses aïeux cinquante ans plus tard dans ce beau film autobiographique placé sous le signe de la nostalgie.

La bande-annonce

André Is An Idiot ★★★☆

Après avoir dédaigné effectuer le test de dépistage du cancer colo-rectal, André Ricciardi se voit diagnostiqué à cinquante-deux ans un cancer de phase IV. Ce publicitaire californien iconoclaste décide de filmer les derniers mois de sa vie.

André est un idiot devrait être remboursé par la Sécu. Pour deux raisons au moins. La première : c’est une pub d’1h30 pour le dépistage du cancer colo-rectal. Chaque quinquagénaire de France et de Navarre aura reçu, aux alentours de son cinquantième anniversaire, une enveloppe rembourrée de l’Assurance-maladie l’invitant à lui envoyer, par retour de courrier, un échantillon de ses fèces. 30 % d’entre nous seulement effectuent ce test qui permet de dépister ce cancer à un stade précoce et de le traiter efficacement (un cancer colo-rectal de phase 1 est guéri dans 99 % des cas). Les autres, atteints de « paresse administrative », convaincus d’être immortels ou dégouttés à l’idée de déféquer dans une enveloppe, négligent ce dépistage. André Ricciardi fut de ceux-là…. et en est mort trois ans et demi plus tard.

La seconde : en filmant sa lutte contre le cancer, André Ricciardi nous livre une fantastique leçon de vie. Les stoïciens et les épicuriens prônaient deux stratégies radicalement opposées pour se préparer à la mort. Les premiers recommandaient d’y penser chaque jour, les seconds de n’y penser jamais. André Ricciardi en préconise une troisième : en rire.

Avec beaucoup d’auto-dérision, il rit de lui-même et de son « idiotie ». Cela commence dès le premier plan, qu’on découvre dans un éclat de rire… et une grimace de douleur. Et cela continue pendant la quasi-totalité du film jusqu’à son extrême fin où il faut peut-être, comme le psy d’André le lui recommande, accepter que la mort est une chose sérieuse. André est un comique-né. Tout pour lui est sujet à plaisanterie, y compris sa propre mort.

André Ricciardi nous dévoile, sans en rien cacher, la réalité crue d’une chimiothérapie, les nausées, l’amaigrissement et les cheveux qui tombent (et Dieu sait qu’il en avait beaucoup !). Il nous montre son corps décharné, ses traits creusés, cadavériques, son abdomen gonflé par l’ascite. Les images sont dures, presque insoutenables. Il a la chance d’être formidablement entouré, par sa femme Janice dont il raconte les circonstances rocambolesques de son mariage, par ses deux filles adorables, par sa famille, par ses amis, mais aussi la conscience aiguë de la douleur que sa fin prochaine leur cause.

André is an idiot est une formidable leçon de vie, une formidable leçon de mort. Il nous enseigne que le rire et l’auto-dérision sont de formidables antidotes et que l’amour de ses proches est le plus puissant des remèdes. Si vous avez un cancer en phase terminale, ce film vous aidera peut-être ; si vous n’en avez pas (encore) un, il vous aidera certainement !

La bande-annonce

La Bataille de Gaulle – Partie 2 : J’écris ton nom ★★☆☆

Après le premier volet sorti le 3 juin, le second du diptyque d’Antonin Baudry, en salles depuis samedi, reprend en 1943 au lendemain du débarquement allié en Afrique du Nord. S’il a conquis la confiance de Churchill (Simon Russell Beale), de Gaulle (Simon Abkarian) peine à convaincre Roosevelt (Campbell Scott) de sa légitimité, qui lui préfère Giraud (Thierry Lhermitte). Pour asseoir son autorité et éviter que la France devienne, après la victoire alliée, un protectorat américain, le chef de la France libre dispose de deux atouts : sur le front extérieur, le courage et la pugnacité des troupes de Leclerc (Niels Schneider), sur le front intérieur, le travail silencieux de Jean Moulin (Félix Kysyl) qui réussit à unifier la Résistance au péril de sa vie.

Vous avez aimé la première partie ? Courez voir la seconde. Elle en constitue le parfait prolongement. Vous avez trouvé au contraire le début de ce diptyque inutilement grandiloquent (poke mon épouse) ? Dispensez-vous de voir sa fin.

Tout y est exaltant et exalté : le montage, la musique omniprésente, le jeu des acteurs… Le film ne connaît aucun répit. On ne regarde pas une seule fois sa montre, sinon peut-être vers la fin de la deuxième heure, où on se demande s’il restera suffisamment de temps pour débarquer en France et libérer Paris ou si les dernières pages de la guerre seront traitées dans une troisième partie dont on n’avait pas entendu parler.

Le problème selon moi de ce De Gaulle est le décalage pour ne pas dire la dissonance entre la forme et le fond. La forme est celle somme toute très classique du film de guerre, boostée par les dizaines de millions de budget de cette superproduction et de ses effets spéciaux, avec son lot de scènes épiques.

Le fond lui est tout autre. L’histoire de De Gaulle, comme le montre d’ailleurs la biographie de Julian Jackson à laquelle le film est très fidèle, n’est pas celle d’un combat à mort avec l’occupant allemand. Les nazis sont d’ailleurs étonnamment absents des cinq heures du diptyque. On n’en voit quasiment aucun : ni Hitler, ni Rommel, ni von Choltitz, ni même Barbie qui torture pourtant Moulin à Montluc.
L’histoire de De Gaulle, beaucoup plus politique, beaucoup moins cinématographique, c’est faire admettre par les Britanniques et les Américains, alors que la France de Weygand et de Reynaud est vaincue, alors que la France de Vichy sombre dans le déshonneur de la collaboration, qu’il incarne encore une France éternelle avec les soldats de la France libre, à Londres et en Afrique, et quelques résistants courageux en métropole.

Le problème du film d’Antonin Baudry à mon sens est, tout en étant très respectueux de la vérité historique de De Gaulle, d’avoir voulu à tout prix réaliser un film de guerre, alors que son sujet ne s’y prêtait pas. Un exemple : la rivalité entre de Gaulle et Giraud, qui occupe presque la moitié du film et qui se résout autour d’une table de réunion sans qu’on comprenne pourquoi Giraud renonce si vite au poste que les Américains lui avaient réservé.

De ce point de vue, L’Armée des ombres ou Lacombe Lucien ou même Paris brûle-t-il ? sont autrement plus réussis. Leur forme correspond à leur sujet.

La bande-annonce

Maspalomas ★★☆☆

Vicente a soixante-seize ans. Vingt-cinq ans plus tôt, il a eu le courage de quitter sa femme et sa fille pour partir vivre avec Esteban, son amoureux. Depuis sa rupture avec son compagnon, il partage avec Roman, un vieil ami, un appartement à Maspalomas, la cité balnéaire gay des Canaries. Mais un AVC le foudroie. Vieilli de dix ans, hémiplégique, il est interné par sa fille dans une maison de retraite sinistre au Pays basque.

L’affiche du film et son premier quart d’heure rappellent L’Inconnu du lac de Garaudie ou Jim Queen, l’hilarant film d’animation sorti le même jour que Maspalomas : ils sont joyeusement transgressifs, gay et gais. Brutale rupture de ton après l’apparition du titre : l’action se déplace dans le Nord, pluvieux et gris, de l’Espagne. Plus de gaîté, plus de gays, sinon l’aide-soignant séduisant de Vicente, Iñaki.

Quel est le thème principal de Maspalomas ? L’homosexualité au troisième âge ? C’était le sujet que sa bande (si j’ose dire) -annonce m’avait laissé augurer. Le sujet est passionnant. Peut-on être homosexuel à soixante-dix ans passés à Mykonos ou à Maspalomas, sur une plage nudiste, dans une marche des fiertés, dans un gang bang sous poppers ? Comment les plaisirs de la chair et les emballements du cœur se concilient-ils avec une chair de plus en plus flasque et un cœur de moins en moins solide ? À quel moment doit-on renoncer au sexe, s’il faut un jour y renoncer ? L’amour et la tendresse s’y substituent-ils ? Le renoncement est-il douloureux ?

Autant de questions que le sujet pose et que le film que j’imaginais aurait pu poser. Mais on ne voit pas toujours les films qu’on imaginait. Tant pis ou tant mieux. Faut-il leur en faire le reproche ?

Le sujet de Maspalomas n’est pas tant la fin de vie que l’éternel retour. Vicente, paralysé par une hémiplégie, a l’impression de faire un saut dans le temps, de revenir un quart de siècle en arrière et de se retrouver dans le placard dont il pensait avoir réussi à sortir. Il est en butte à l’hostilité de sa fille, qui n’a jamais accepté son départ du foyer familial. Il est pris au piège de la maison de retraite où elle l’a consigné, entouré de vieillards séniles et rétrogrades. Son voisin de chambre, Xanti, est par exemple un macho homophobe, même si au fil du temps il se révèlera moins buté qu’il n’en a l’air.

Maspalomas se déroule au moment où l’épidémie de Covid se déclenche. On se demande comment cet événement va impacter l’histoire. Mais le film dure déjà depuis près de deux heures et il est temps de le conclure, sans que toutes ses potentialités aient été épuisées. Dommage…

La bande-annonce

L’Étrangère ★★☆☆

Son mari disparu, enlevé par les forces de sécurité syriennes, Selma (on reconnaît l’actrice iranienne Zar Amir Ebrahimi découverte dans Les Nuits de Mashhad) a fui son pays. Elle a laissé derrière elle, aux soins de sa mère, son fils Rami, âgé de six ans à peine. Elle a trouvé refuge à Bordeaux où elle occupe un logement de fortune et travaille au noir dans une brasserie, dans l’attente fiévreuse d’untitre de séjour. Son chemin croise celui d’un avocat (Alexis Manenti) dont elle sollicite les conseils.

L’Étrangère est l’œuvre de Gaya Jiji, une réalisatrice syrienne installée en France. Il aura fallu attendre près de huit ans la sortie de son second film, après Mon tissu préféré. Celui-ci pourrait être la suite de celui-là : Mon tissu préféré mettait en scène une jeune femme, prisonnière de la guerre civile à Damas et rêvant de quitter son pays.

L’Etrangère se focalise sur le personnage de Selma. La première question est celle de la légalisation de son séjour. On croit d’ailleurs à tort que ce sera la seule du film : finira-t-elle par se voir délivrer un statut de réfugié ? Le problème est qu’elle est entrée dans l’espace Schengen via la Hongrie, que ses empreintes y ont été relevées et que, en vertu de la « procédure Dublin » alors applicable, le traitement de sa demande d’asile relève du pays de première entrée. Selma devrait donc être reconduite en Hongrie. Seule solution pour elle, effroyable : effacer ses empreintes pour ne pas être identifiable.

Mais le film, à tort et à raison, n’est pas tout entier organisé autour de ce fil-là. Il en compte deux autres. Le premier est la relation qui se noue lentement entre Selma et son avocat. Alexis Manenti, dont je ne parviens pas à déterminer s’il est un excellent acteur ou pas, joue le rôle d’un Français ordinaire, issu de la haute bourgeoisie bordelaise collet-monté, avocat d’affaire, marié et père de famille, dont la vie percute celle de cette réfugiée syrienne qu’il n’aurait jamais dû croiser. Le deuxième, qu’il ne faudrait pas divulgâcher, mais que l’affiche laisse présager, est l’arrivée impromptue du mari de Selma, libéré des geôles syriennes après cinq années de captivité.

L’enjeu du film se déplace. Il ne s’agit plus, comme dans les deux premiers tiers de savoir si Selma réussira à rester en France mais de savoir comment. Restera-t-elle fidèle à son mari ? ou tournera-t-elle la page de la Syrie pour entamer en France un nouveau chapitre de sa vie ? L’intrigue se dénoue dans la dernière très belle scène du film sur une plage landaise inondée de soleil.

La bande-annonce

The Giaccomo ★★☆☆

Originaire d’Amiens, Michaël a un rêve : devenir influenceur et atteindre le million de followers.

The Giaccomo est un mockumentaire, un vrai/faux documentaire qui se présente comme le biopic d’un personnage plus vrai que nature. Il rappelle Borat ou Fatal. Il a comme eux pour héros un personnage outrancier dont la sincérité met autant mal à l’aise que ses transgressions. Un personnage qui interroge les clés de la célébrité et du succès dans nos sociétés hypermédiatisées.

Giaccomo est interprété par Xavier Lacaille, un jeune homme sage qu’on avait découvert en collaborateur dévoué dans Parlement. On l’avait revu à l’affiche de Bis repetita aux côtés de Louise Bourgoin, et dans Police Flash 80, un des meilleurs films de ce début d’année injustement ignoré. Il ose tout : une intonation ultra-beauf, des coupes de cheveux toutes plus délirantes les unes que les autres, des fringues pas possibles et surtout un culot monstre. Son personnage est à la fois ridicule, exaspérant et touchant.

The Giaccomo a la bonne idée de réunir de vrais influenceurs dont le faux Giaccomo va croiser la route : Bastos, qui a contribué à l’écriture du scénario, Tibo Inshape, Ragnar le Breton ou Magali Berdah, l’agente des influenceurs. Ces rencontres créent des mises en abyme parfois troublantes. La plus étonnante met en scène Benjamin Castaldi, croisé dans un café du 8ème arrondissement, qui, après s’être moqué de Giaccomo, essaie de lui faire toucher du doigt, avec beaucoup d’auto-dérision, la réalité banale de la vie d’un ex-influenceur.

Pour culotté qu’il soit The Giaccomo n’en a pas moins deux défauts. Le premier est, tout bien considéré la banalité de son scénario qui raconte le parcours très linéaire et très prévisible de son héros, depuis ses origines modestes jusqu’à son pic de célébrité qui précèdera fatalement une chute inéluctable. Le second est, à la différence de Jim Queen sorti le même jour de ne pas compter de gags aussi percutants : si on sourit beaucoup, on n’éclate jamais vraiment de rire devant The Giaccomo.

La bande-annonce

Seuls les rebelles ★★☆☆

Suzanne (Hiam Abbass) a soixante-quatre ans. Elle vit à Beyrouth et travaille dans une mercerie. Elle est veuve et ses deux enfants vivent désormais loin d’elle. Un soir, elle secourt un réfugié sud-soudanais, Osmane (Amine Benrachid), agressé en pleine rue par deux malabars, et le fait monter chez elle. Malgré la différence d’âge, Suzanne et Osmane tombent amoureux. Leur couple fait scandale.

Danielle Arbid est une réalisatrice franco-libanaise entière, dont j’ai beaucoup aimé les précédents films : Passion simple en 2020, adapté d’Annie Ernaux, Peur de rien en 2015 qui a révélé Manal Issa. J’ai été heureux de la voir mardi soir à l’Arlequin présenter son dernier film, dans un joyeux désordre, entourée de toute son équipe.

Son action se déroule à Beyrouth. Mais l’équipe du film n’a pu y tourner en raison de la situation sécuritaire. Aussi le film recourt-il à un dispositif étonnant. Il a été tourné en transparence, les acteurs jouant en studio, près de Paris, devant un écran où étaient projetées des images de Beyrouth. Le procédé pourrait sembler artificiel. Il est à peine identifiable. Et quand bien même on l’aurait remarqué, il n’altère en rien la narration.

Seuls les rebelles – un titre dont je n’ai pas compris la signification – est inspiré de Tous les autres s’appelent Ali, un film de Fassbinder de 1974 mettant en scène une veuve allemande en couple avec un immigré marocain, lui-même inspiré de Tout ce que le ciel permet un mélo de Douglas Sirk de 1955 où une élégante veuve tombe amoureuse du fils de son jardinier interprété par Rock Hudson.
Chacun de ces trois films traite du même sujet, l’union transgressive d’une femme âgée et d’un homme plus jeune qu’elle. Le film de Sirk dans l’Amérique collet-monté du code Hays des années 50 évoquait la barrière de la classe, celui de Fassbinder la barrière de la race.

Le film de Danielle Arbid actualise ces thèmes dans le Liban contemporain. Le couple qu’elle forme avec Osmane est, pour les voisins de Suzanne et pour sa famille, triplement choquant. Choquant en raison des presque quarante années de différence entre la veuve qu’on croyait rangée des voitures et le séduisant jeune homme. Choquant en raison de la différence de race et de religion – Suzanne est catholique, comme en témoigne la croix qu’elle porte en pendentif, alors qu’Osmane est musulman. Choquant en raison de la différence de milieu social, Osmane étant immédiatement suspecté de vouloir abuser de la crédibilité de Suzanne.

L’interprétation de Seuls les rebelles n’appelle aucune réserve. Hiam Abbass y est, comme toujours, parfaite ; le novice Amine Benrachid est charmant. C’est le scénario qui pèche, un peu trop planplan, un peu trop plat, un peu trop prévisible.

La bande-annonce

Shana ★☆☆☆

Shana (Eva Huault) voudrait bien faire. Mais son naturel explosif lui joue des tours. Elle a le don de se mettre dans des situations impossibles, pour s’embrouiller.

La bande-annonce de Shana était séduisante. Certes, le film qu’elle laissait escompter ne brillait pas par son originalité : des cagoles, on en a déjà filmé treize à la douzaine avec une particulière accélération ces dernières années (Shéhérazade, Diamant brut, Ma Frère….). Mais celle interprétée par Eva Huault, lèvres liposucées, tous seins dehors, kilos en trop crânement exhibés, s’annonçait particulièrement roborative.

Le film ne ressemble pas à sa bande-annonce. On me rétorquera que, trop souvent, un film est tout entier contenu dans sa bande-annonce qui en divulgâche les meilleurs moments. On n’aura pas tort. Mais, le cas est suffisamment rare pour être signalé.

Loin des filles-de-cité déjà si souvent filmées, Shana appartient en effet à une famille juive séfarade de la classe moyenne, très attachée aux traditions et aux rites : la famille se réunit pour célébrer le repas de Pessah, la demi-soeur de Shana prépare sa bat-mitzvah, sa mère aimerait qu’elle épouse un bon séfarade… et sa grand-mère lui dit de se méfier des Arabes ! Elle entretient avec sa mère (Noémie Lvovsky) des relations compliquées qui l’ont conduite à prendre ses cliques et ses claques dès sa majorité, à s’installer dans un petit appartement à Belleville et à se mettre en couple avec un bad boy, Moïse, dealer à la petite semaine qui multiplie les passages en prison.

L’écriture du scénario est étonnamment lâche. Rien ne se tient dans ce film qui valdingue de droite et de gauche. Un exemple : la rencontre, inutile, avec une serveuse à la fin du film. Il se termine par la scène photographiée sur l’affiche qui ouvre potentiellement sur une suite…. ou révèle plutôt l’incapacité du scénariste à clore son récit.

La bande-annonce