
Mai a réalisé son rêve en devenant une « idole », la chanteuse adulée d’un groupe de J-Pop. Mais en intégrant le Happy Fanfare, elle a signé un contrat léonin lui interdisant toute relation amoureuse qui risquerait d’abîmer son image auprès de ses fans. L’une des membres du groupe, Nanaka, vient d’être mise à l’index pour avoir noué une amourette. C’est donc en toute connaissance de cause que Mai cède aux avances de Kei, un artiste des rues. Son agence lui intente un procès pour violation de contrat.
Love on Trial est tiré d’une histoire vraie qui a impliqué au Japon une chanteuse et son agence. On imagine mal une clause contractuelle plus contraire à l’ordre public que celle, manifestement exorbitante, interdisant à un artiste toute relation amoureuse. C’est d’ailleurs cette absence d’incertitude sur l’issue du procès qui ôte à Love on Trial une partie de son intérêt.
Mais Kôji Fukada, qui n’en est pas à son coup d’essai (Love Life, Suis-moi je te fuis/Fuis-moi je te suis, Le Soupir des vagues, L’Infirmière, Harmonium) a l’intelligence de changer d’axe et de tromper nos attentes. Loin de se focaliser sur le procès et sur son issue, il se concentre sur le personnage de Mai et sur son évolution : Love on Trial est l’histoire d’une épiphanie, montrant comment Mai, qui était prête à tous les sacrifices pour devenir une « idole », prend lentement conscience de l’absurdité de ce statut.
Love on Trial vaut d’abord par la description naturaliste d’un groupe de J-Pop. On y voit quatre jeunes femmes à peine majeures, attifées comme des fillettes pré-pubères, qui se trémoussent en playback dans de savantes chorégraphies parfaitement minutées devant un public quasi-uniquement masculin de fans complexés et parfois déséquilibrés. Leur vie est entièrement contrôlée par leur coach, une ancienne « idole », depuis leur régime alimentaire, leur entraînement, leurs activités sur les réseaux sociaux presqu’aussi importantes que leurs concerts pour entretenir la popularité du groupe, les longues séances de dédicaces…
Le film est curieusement construit en trois parties d’inégale durée [attention spoiler]: la première se termine lorsque Mai décide de quitter le groupe pour rejoindre Kei, la deuxième commence au tribunal huit mois plus tard, la troisième, la plus courte, a lieu un temps indéterminé après la fin du procès dont on ignorera la sentence. Cette construction peut déconcerter.
Ce qui nous déconcerte surtout, nous spectateurs occidentaux, ce sont les réactions des protagonistes aux situations auxquelles ils sont confrontés. En tout temps et en tout lieu, ils se montrent d’une parfaite politesse et d’une totale impavidité. En Europe ou aux Etats-Unis, le même film aurait donné lieu à d’ardentes plaidoiries, à des cris et à des larmes. Rien de tel dans la société japonaise qui proscrit de tels épanchements.
Ce manque de sensibilité handicape le film. Love on Trial est censé raconter une ardente histoire d’amour. Or on n’y voit guère d’amour entre Mai et Kei sinon dans une scène très poétique où Kei présente à Mai un tour de magie. Le coup de foudre censé souder les deux amants n’a rien de très électrique et le tour que prenait leur liaison au fur et à mesure de l’avancement du procès m’a semblé bien triste.








