
Réalisé sous la forme d’un vrai-faux documentaire, Punishment Park est une dystopie tournée en 1970 dans le désert californien de San Bernardino. Robert Watkins imagine que le président Nixon a déclaré l’état d’urgence, que tous les contestataires peuvent être arrêtés et qu’un choix leur serait proposé après un procès sommaire : effectuer une longue peine dans un pénitencier ou participer pendant trois jours dans le camp de Punishment Park à une épuisante course à mort.
Le film suit deux arcs narratifs montés parallèlement : tandis qu’une cohorte avance dans le désert, prise en chasse par les policiers, une autre comparaît devant un tribunal spécial.
Vieux de plus d’un demi-siècle, Punishment Park est à la fois un film daté, témoin de son temps, et une œuvre d’une étonnante actualité.
C’est un film daté qui s’inscrit dans la contestation hippie des années soixante. Le mouvement de résistance à l’ordre établi connaissait différents courants : certains, inspirés de Gandhi, prônaient la non-violence, d’autres au contraire, tels les Black Panthers, considéraient légitime le recours à la violence, comme seul mode de résistance à la violence d’État. Il est l’œuvre d’un réalisateur engagé, le Britannique Peter Watkins (1935-1925), pacifiste convaincu et critique aiguisé des mass média, dans la veine d’un Guy Debord.
Le film, projeté à Cannes, avait fait scandale à sa sortie. Il avait été retiré des salles new yorkaises au bout de quatre jours.
Mais c’est un film qui, cinquante ans plus tard, a encore du sens. Son pacifisme – comme celui de Johnny Got his Gun ou Full Metal Jacket – n’a rien perdu de son actualité. La violence des échanges entre les accusés et leurs juges rappelle les critiques radicales que l’extrême gauche adresse aujourd’hui encore au système, à son militarisme, à son racisme structurel. La course poursuite dans le désert pointe du doigt les violences policières. Elles sont filmées par une équipe de reporters étrangers. Ce témoignage, le seul qui restera des crimes commis, souligne le poids des images.








