
Alice (Elodie Bouchez) est sociologue, Vladimir (Stanislas Mehrar) est pianiste. Leur joie est immense quand ils apprennent qu’ils auront un enfant. Ce sera un garçon, prénommé Ulysse, qui présente hélas des retards de développement : il ne marche pas, mange avec difficulté. Après une batterie de tests, les médecins diagnostiquent un syndrome de Noonan. Pour Alice, qui doit assumer seule l’éducation d’Ulysse après le départ de Vladimir pour les États-Unis et leur séparation, commence une véritable odyssée.
Réalisatrice installée, ancienne directrice de la Fémis, Laetitia Masson emprunte à son expérience personnelle pour raconter la vie d’une mère Courage, débordante d’amour pour son fils affligé d’un lourd handicap génétique. D’ailleurs elle a recruté son propre fils, Alphonse Roberts, pour jouer le rôle d’Ulysse jeune adulte.
Ulysse montre l’énergie qu’une mère doit déployer pour entourer son fils handicapé de l’amour qui lui permettra de grandir et de s’autonomiser. Ulysse raconte les démarches harassantes qu’Alice est obligée d’entreprendre, dans le monde médical et dans le monde éducatif, pour trouver les structures capables d’accueillir son fils et de lui fournir les soins et l’accompagnement les mieux adaptés. Le film tourne au règlement de comptes contre les services publics déficients et contre les structures privées qui, sous prétexte de participer à une mission de service public, sont guidées par des logiques de rentabilité. La délicieuse Anne Consigny y joue trois scènes d’une cruelle méchanceté.
La place du père dans l’éducation d’Ulysse interroge. Il partage certes l’affiche avec la mère. Mais il quitte lâchement le navire pour s’expatrier aux Etats-Unis et abandonne à Alice la charge mentale ô combien envahissante de l’éducation de ce fils difficile. Peut-on, comme une amie me l’a dit, retenir à décharge l’amour qu’il porte à son fils, le soutien financier qu’il apporte à Alice, sa présence fût-elle virtuelle et ses cadeaux ? ou au contraire, plus durement, lui reprocher à charge sa fuite ?
Le sujet est profondément émouvant. Il faut avoir un cœur de pierre pour rester insensible à l’immense amour d’Alice pour son fils et ne pas fondre en larmes à la dernière scène.
Pour autant Ulysse m’a laissé un malaise. Il prospère sur une idée simple sinon simpliste : l’amour d’une mère peut déjouer les pronostics les plus pessimistes des professionnels. À Anne Consigny qui lui assène qu’Ulysse ne pourra jamais travailler, Elodie Bouchez et Laetitia Masson à travers elle lui démontrent qu’elle a tort et qu’à force d’amour et de bienveillance, Ulysse pourra trouver sa place, aussi modeste soit-elle, sur le marché du travail.
Je ne connais rien au monde du handicap. je veux bien croire que l’amour maternel – auquel je ne connais pas grand-chose non plus – peut déplacer des montagnes. Mais je suis gêné par l’idée que les professionnels se trompent.








