
Ce documentaire est consacré aux Soulèvements de la Terre, un mouvement créé en 2021 par des militants engagés dans la préservation de l’environnement. Il s’inscrit dans la mouvance écologiste radicale, promeut la désobéissance civile et participe à des actions de « désarmement » contre des projets ou des installations dont ses membres estiment qu’ils portent atteinte à l’environnement, tels que des retenues d’eau, des sites industriels polluants, des exploitations agricoles intensives, des infrastructures routières en cours de construction…
Le documentaire que leur consacre Thomas Lacoste est ouvertement militant et empathique. Il s’agit de donner la parole à ses militants et de présenter le mouvement dans sa diversité.
Les Soulèvements de la Terre partagent une double conviction : la primauté des droits de la Nature et l’urgence de les défendre. Cette urgence autorise des actions illégales. Elles constituent, selon les Mouvements de la Terre, une réponse légitime à un pouvoir politique et économique qui exerce une violence structurelle et oppressive. Ce sera le cas notamment à Sainte-Soline, un combat qui a marqué l’histoire du mouvement mais auquel hélas le documentaire ne donne pas la place qu’il aurait méritée, ou contre l’A69 dans le Tarn.
Le pouvoir a tenté de dissoudre le mouvement sans succès, le Conseil d’Etat ayant annulé le décret pris en juin 2023 par le ministre de l’intérieur. Il criminalise leurs actions, y voyant des atteintes à la propriété, aux biens et aux personnes. Il lui oppose une violence disproportionnée comme l’ont montré les affrontements sanglants entre les manifestants et les forces de l’ordre à Sainte-Soline.
Aucun contrepoint n’est opposé à la présentation de ces thèses. La parole ne sera jamais donnée aux pouvoirs publics, aux forces de l’ordre, aux juges, aux grandes organisations agricoles ou aux autres mouvances écologistes prônant des actions moins radicales.
Selon qu’on est ou pas un militant de la cause, on portera un regard différent sur ce documentaire. Sur un terrain moins polémique, on peut s’accorder sur ses qualités cinématographiques, médiocres. Le documentaire est une succession d’interviews, trop longues, mal montées, dont la seule qualité est de donner à voir le mouvement dans la diversité des luttes qu’il mène. Sa durée est la seule chose qui le distingue du documentaire télévisuel formaté de cinquante-deux minutes.
Je l’ai vu dans une avant-première organisée avec le journal L’Humanité dans une salle acquise à la cause qui lui a réservé une ovation. Je crois pouvoir affirmer sans crainte de me tromper que l’ovation était moins destinée à l’objet filmique et à ses qualités cinématographiques qu’à la cause qu’il présentait. Ce militantisme ne m’a nullement choqué. Il ne méconnaît aucune règle qui encadre en France la liberté d’expression. Mais il m’a fait penser à la polémique qui avait entouré l’automne dernier la diffusion du film Sacré Coeur par la société Saje, ouvertement prosélyte et accusé d’être financé par l’extrême droite. Pourquoi un documentaire sur le Sacré-Cœur provoque-t-il un tel tollé ? pourquoi un autre sur les Soulèvements de la Terre – ou sur des idéologies qui s’inscrivent à gauche voire à l’extrême gauche de l’échiquier politique comme on en voit treize à la douzaine – ne fait-il pas débat ?



Phillip Vanderploeg 



