
Marie-Claire Chevalier (Saül Benchetrit) est une jeune fille de seize ans inculpée pour avoir avorté. À l’automne 1972, l’avocate Gisèle Halimi (Charlotte Gainsbourg) la convainc et convainc sa mère (Cécile De France), elle aussi inculpée, pour complicité, de ne pas plaider coupables, quitte à encourir la peine maximale, et à faire de leur procès celui de la loi de 1920 qui pénalise l’avortement. Sa stratégie audacieuse réussira à condition de mobiliser l’opinion politique et de convaincre des autorités morales et politiques de témoigner en leur faveur.
Les procès de Bobigny – car il y en eut deux, l’un à huis clos devant le tribunal des enfants, contre Marie-Claire, mineure, l’autre ouvert au public, devant le tribunal correctionnel contre les quatre femmes qui l’aidèrent à avorter – eurent à l’époque un immense retentissement et ouvrirent la voie à la dépénalisation de l’avortement avec la loi Veil deux ans plus tard. La stratégie de rupture de l’audacieuse avocate paya : Marie-Claire fut relaxée, sa mère condamnée à une amende symbolique avec sursis. Les juges avaient, contre les réquisitions du procureur, décidé sciemment de ne plus appliquer la loi.
Aussi le suspense du film est-il mince. On sait déjà avant qu’il commence comment il se terminera. Pour le reste, sa bande-annonce nous raconte tout ce qu’il faut en savoir. Le spectateur hésitant pourra avec profit regarder les 1’46 » de la bande-annonce et faire l’économie de l’1h42min du film. On y voit David contre Goliath – l’expression se retrouve dans le film : une femme courageuse, persuadée d’œuvrer pour le Bien, engagée dans une entreprise risquée, franchir successivement tous les obstacles qui se dressent devant elle.
Le film – qui reconstitue fidèlement les années 70, ses chemisiers hideux aux couleurs criardes, ses pantalons pattes d’eph, ses brushings… – ne tait pas les failles de Gisèle Halimi. Elle trahit la mère de sa cliente qui refusait que le nom et le visage de sa fille soient dévoilés en acceptant leur publication dans Paris Match ; elle rompt avec l’association Choisir de Simone de Beauvoir qui refusait que des hommes soient sollicités par la défense ; elle s’aliène l’hostilité de sa mère, une modeste veuve tunisienne qui n’adhère pas aux valeurs émancipatrices de sa fille.
Ces coups de canif à la figure iconique de l’avocate évitent à ce film engagé de verser dans l’hagiographie.








