
Bouchra est un film d’animation dont l’héroïne, une louve lesbienne marocaine expatriée à New York, est en plein tournage d’un film autobiographique sur son coming out.
De deux choses l’une. Soit ce résumé vous a définitivement détourné de la lecture de cette critique que vous avez peut-être déjà abandonnée avant d’en lire la deuxième phrase. Soit au contraire il a aiguillonné votre curiosité. Dans les deux cas, je le prends comme un feu vert à continuer.
Bouchra est un récit largement autobiographique. Meriem Bennani, une artiste multimédia marocaine, s’y met en scène. Elle raconte sa vie à New York – elle parle l’anglais avec une délicieuse pointe d’accent marocain. Elle raconte surtout ses relations tendues avec ses parents depuis que, huit ans plus tôt, elle leur a fait par courrier l’aveu de son homosexualité.
Ce film résonne avec celui, récent, de Leyla Bouzid, À voix basse. À voix basse racontait le retour en Tunisie d’une jeune femme qui n’osait pas faire l’aveu à sa famille de son homosexualité. J’avais beaucoup aimé ce film, même si je lui avais reproché de se mettre tout entier au service d’un seul sujet. C’est exactement le même reproche qu’on pourrait adresser à Bouchra. Il ne traite, tout bien considéré, que d’un seul sujet, aussi déchirant soit-il : la difficulté dans le Maghreb d’aujourd’hui, et même dans les couches les plus évoluées de sa société, d’y faire ouvertement l’aveu de son homosexualité.
La comparaison entre À voix basse et Bouchra est cinématographiquement fascinante. Elle montre qu’un même sujet peut être traité de deux façons radicalement différentes. La forme de Bouchra est sacrément disruptive. Meriem Bennani a choisi, avec sa co-réalisatrice Orian Bakri, l’animation pour raconter son histoire. Elle a sacrément bien fait, donnant ainsi à une histoire qui aurait été banale, une forme étonnante. Pour ce faire, elle a utilisé le logiciel Blender, le même que celui utilisé par les étudiants des Gobelins qui ont travaillé sur le dernier Dupieux.
Mais le problème est qu’elle a donné à son personnage et à ceux qu’elle croise des traits surprenants : ceux des animaux les moins sympathiques du zoo : louve (ou coyote ?), hyène, serpent (ou lézard ?)… Le personnage de Bouchra a certes des yeux immenses et attendrissants, mais aussi un pelage repoussant et des canines menaçantes. Pourquoi ce parti pris de laideur qui prend le contre-pied de la douceur et la délicatesse des sentiments que le film entend présenter et promouvoir ?








