Diamanti ★☆☆☆

Alberta Canova (Luisa Ranieri) dirige avec sa sœur, à Rome, dans les années 70, le prestigieux atelier de couture qu’elle a hérité de sa mère. Spécialisé dans la confection de costumes d’époque pour le théâtre et pour le cinéma, il emploie une dizaine de personnes. Il doit répondre à une commande particulièrement délicate pour un film dont la costumière oscarisée se montre extrêmement exigeante.

Ferzan Özpetek est un réalisateur italien d’origine turque aujourd’hui sexagénaire qui, depuis une trentaine d’années, tourne des comédies romantiques élégantes. Homosexuel affiché, il aime raconter des histoires d’amour et d’amitié entre des hommes et des femmes empêchés par leur milieu social. Ses deux films les plus réussis ont déjà près d’un quart de siècle : Tableau de famille en 2001 et La Fenêtre d’en face en 2003.

Il nous livre avec Diamanti un film intemporel qui lorgne du côté de Douglas Sirk et se pose en hommage autoproclamé aux femmes. Pratiquant une forme de film dans le film, il commence par une joyeuse scène durant laquelle il rassemble ses actrices, ses « diamants », de nos jours à Rome sur sa terrasse, autour d’un déjeuner, pour leur présenter le film qu’il leur propose de tourner ensemble.

Le film vaut surtout par son cadre, cet atelier de couture, cette ruche bourdonnante où le bruit ne cesse jamais. Il vaut aussi par ses actrices – car le film se conjugue exclusivement au féminin – qui ont chacune leur histoire à raconter. On se croirait presque dans un film à sketches avec sa succession de courtes historiettes qui mettent en scène chacun des personnages à tour de rôle.

Cette structure nuit à la cohérence de l’ensemble et au scénario dont le seul fil rouge est la confection de la robe que l’héroïne portera dans la dernière scène du film. On pourrait imaginer que c’est celle de l’affiche qu’en fait on ne verra jamais. C’en est une autre, tout aussi imposante mais nettement moins belle.

Diamanti s’étire sur plus de deux heures. Son format mal calibré porte la marque de son défaut de fabrication. Diamanti ressemble plus à une (mini) série, avec sa foule de personnages et d’intrigues secondaires qu’à un film avec un début, un milieu et une fin.

La bande-annonce

Le Son des souvenirs ★★☆☆

Lionel (Paul Mescal) a été bercé pendant toute son enfance au Kentucky par le son des ballades interprétées par ses parents. Il poursuit des études de musique en 1917 à Boston. Il y rencontre David, un autre étudiant en musicologie. Entre les deux jeunes hommes, c’est le coup de foudre, interrompu par la Première Guerre mondiale et le départ de David pour l’Europe. Trois ans plus tard, Lionel et David se retrouvent pour un long voyage hivernal dans le Maine où ils collectent des chants folkloriques.

Le Son des souvenirs avait fait forte impression à Cannes mais en était reparti bredouille. Il est porté par deux des acteurs les plus bankables du moment : Josh O’Connor, découvert avec la saison 3 de The Crown dans le rôle du jeune prince Charles, tête d’affiche de Challengers, Rebuilding et The Mastermind, qu’on retrouvera dans le prochain Spielberg en juin prochain et Paul Mescal (Aftersun, Sans jamais nous connaître, Gladiator II, Hamnet….).

The History of Sound souffre de la comparaison avec Brockeback Mountain : même romance gay entravée, mêmes grands espaces américains sauvages et vierges, mêmes époques reculées, même nostalgie de la vie qu’on aurait pu avoir si on avait eu le courage d’assumer ses sentiments et si on avait vécu à une autre époque…

Brockeback Mountain avait eu un succès éclatant. Il le devait à ses qualités intrinsèques. Il le devait aussi à l’aura tragique de Heath Ledger, qui s’était suicidé deux ans plus tard. Il le devait peut-être surtout à son époque : celle où l’homosexualité a définitivement cessé d’être taboue en Occident et où l’union des personnes de même sexe y a progressivement été légalisée.

Le Son des souvenirs n’a plus cette actualité-là. Il ne résonne plus avec notre époque comme Brockeback Mountain l’avait fait. Il déploie d’autres qualités pour nous séduire. La parfaite interprétation de ses deux acteurs principaux – qui éclipsent tous les seconds rôles. Le sujet qui le sous-tend – l’ethnomusicologie – qui donne à la B.O. une saveur surannée. Sa langueur revendiquée – le film dure plus de deux heures – et son rythme pépère avec une fin qui n’en finit pas et qui risque de venir à bout des spectateurs les moins patients.

La bande-annonce

Les Immortelles ☆☆☆☆

Nous sommes à Nice en 1992. Charlotte (Lena Garrel) et Liza (Louza Aura), lycéennes en terminale, ont dix sept ans et sont inséparables. Elles ont un rêve : monter à Paris et y créer leur duo de musique, sur le modèle des Rita Mitsouko qu’elles adulent. Mais la mort frappe, laissant Charlotte inconsolable.

Les Immortelles se voudrait une ode à l’amitié, à celle qui unit pour la vie deux adolescentes qui se font l’une à l’autre le serment de rester à jamais les meilleures amies du monde. Le film joue sur la corde de la nostalgie en prenant pour cadre la Côte d’Azur au début des années 90. Son esthétique s’en ressent, ses couleurs vives (voir l’affiche), sa musique pop.

Mais hélas, rien ne fonctionne dans Les Immortelles, un film coupé en deux par le drame qui en constitue l’épicentre. Sa première partie raconte niaisement une amitié fusionnelle sur le mode « Hi hi hi ! Le prof de gym est trop sexy !! ». Sa seconde n’a plus rien de niaiseux. On y bascule dans un laborieux travail de deuil et ses étapes obligées (dépression, TDS…) dont on connaît par avance l’issue bisounours.

La bande-annonce

Cycle Depardon photographe ★★★★

Les Films du losange qui distribue les films de Raymond Depardon ressort l’intégralité de son œuvre en quatre cycles. Le premier, l’automne dernier, s’intitulait « Depardon Citoyen » et rassemblait les films politiques de Depardon sur la police, la justice, la santé. Il m’avait donné l’occasion de voir San Clemente tourné dans un asile psychiatrique vénitien. « Depardon photographe » est le deuxième. Suivront en mars et en avril « Depardon paysan » et « Depardon en Afrique » que j’attends avec impatience.

Ce cycle est le plus intimiste, le plus autobiographique. Il raconte le travail artisanal de Depardon, l’œil rivé à son appareil photo ou à sa caméra. Je me souviens avoir vu Paris à sa sortie à la fin des années 90 et combien il m’avait transporté. J’ai vu aussi Les Habitants qui sera peut-être la toute dernière réalisation de Depardon – il n’a plus rien tourné depuis lors – et qui n’est pas sa meilleure œuvre. Grâce à cette rétrospective, j’ai enfin eu l’occasion de voir en salle Numéros Zéro sur le lancement du Matin de Paris en 1977 et Reporters sur le travail des photographes de l’agence Gamma.

Mais c’est Les Années déclic qui est le plus intéressant. C’est un documentaire très bref, d’une heure huit à peine, que Depardon a réalisé à la va-vite pour les rencontres photographiques d’Arles en 1984. Eclairé par deux projecteurs, il y commente, en temps direct, d’une voix sourde, les photographies qu’il a prises tout au long de sa vie, depuis son enfance en Saône-et-Loire, jusqu’à ses reportages au long cours au Venezuela, au Tchad ou en Tchécoslovaquie. Il raconte comment, sans formation et sans le sou, il est monté à Paris à dix-sept ans, comment il y a trouvé un petit boulot de photographe et comment il s’y est fait une place jusqu’à co-fonder l’agence Gamma en 1966. On voit aussi dans Les Années déclic quelques extraits de ses premiers films : 1974, une partie de campagne – dont la diffusion à l’époque avait été interdite par Giscard – Numéros Zéro, ReportersSan Clemente

Ce qui ressort de cette autobiographie est l’immense modestie de Depardon. Il ne se pose pas en artiste génial ou inspiré. Il raconte un métier en train de se faire, une débrouille permanente qui doit s’arranger des contraintes techniques ou humaines. Depardon ne pratique pas un art ; il exerce un métier. Tout simplement.

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Orwell: 2+2=5 ★☆☆☆

Le réalisateur haïtien Raoul Peck (Lumumba, I am not uour Negro, Le Jeune Karl Marx) revisite 1984, l’œuvre prophétique de George Orwell, et en souligne la brûlante actualité.

Son documentaire dure deux heures remplies à ras bord. Il comporte deux parties entrelacées.
La première est une évocation de la vie d’Eric Blair alias George Orwell et de ses dernières années durant lesquelles, affaibli par la tuberculose, il rédige 1984 avant de mourir à quarante-six ans. Cette évocation est accompagnée en voix off d’écrits d’Orwell. Elle est complétée d’extraits des adaptations cinématographiques de 1984, celle de 1956 et celle de 1984 que j’avais vue adolescent et qui m’avait tellement marqué avec John Hurt et Richard Burton (et la musique d’Eurythmics !).

La seconde est un collage hétéroclite d’images d’actualité, de Donald Trump, de Vladimir Poutine, de Giorgia Meloni, de Gaza détruite par les bombes israéliennes, de l’Ukraine ravagée par les frappes russes, des défilés militaires sur la place Rouge à Moscou, devant la Cité interdite à Pékin ou à Pyongyang devant le Leader Suprême Kim Jong-un.

Le résultat met mal à l’aise. On y apprend sans doute beaucoup sur la vie d’Orwell, sur son éducation dans « la couche inférieure de la classe moyenne supérieure » (sic), des cinq années qu’il a passées dans la police impériale en Birmanie, de sa participation à la Guerre d’Espagne, de sa collaboration avec la BBC, du décès prématuré de son épouse, de l’amour qu’il vouait à son fils adoptif, Richard, de sa maladie débilitante contre laquelle il se bat tandis qu’il mène à terme la rédaction de 1984 six mois avant sa mort.

Mais on est étouffé par la voix off sentencieuse d’Eric Ruf, l’ancien administrateur général de la Comédie-Française, par la musique édifiante d’Alexeï Aïgui et surtout par le flux d’images montées à la façon d’un clip vidéo.
Emporté par son militantisme, Raoul Peck oublie toute nuance, par exemple lorsqu’il estime que « l’usage légal de la force » serait l’euphémisme utilisé pour cacher des violences policières ou « l’antisémitisme » un « terme instrumentalisé pour faire taire toute critique de l’action militaire d’Israël ».
Sans doute 1984 était-il prophétique, notamment sur la corruption du langage que connaissent nos sociétés contemporaines. Orwell avait imaginé une novlangue imposée par le bien mal-nommé ministère de la Vérité d’un pouvoir dictatorial et intrusif : « 2+2 = 5 », « la guerre, c’est la paix », « la liberté, c’est l’esclavage », « l’ignorance, c’est la force »…

Mais de là à affirmer que nous vivons aujourd’hui dans la dictature prophétisée par Orwell en 1949, il y a un pas qu’il faut se garder de franchir. Nous avons la chance de vivre en démocratie, de jouir de la liberté d’expression. Nous jouissons même du droit de dire, contre toute raison, que nous sommes sous la botte de dictateurs. Soyons-en toujours conscients !

La bande-annonce

Woman and Child ★★★☆

Veuve dans la quarantaine, Mahnaz élève avec sa mère et sa sœur cadette, son fils et sa fille. Elle entretient en secret une liaison avec Hamid, un séduisant ambulancier. Les deux amants souhaitent régulariser leur situation.

Le cinéma iranien est décidément d’une étonnante richesse. La Palme d’or attribuée l’an dernier au film de Jafar Pahani, Un simple accident, en atteste. Mais l’arbre, pahanien, ne doit pas cacher la forêt, iranienne. Derrière lui se dresse une foule de réalisateurs remarquables. Le plus connu est sans doute Ashgar Fahradi : c’est son film exceptionnel, Une séparation, qui en 2011 a donné au cinéma iranien une notoriété qu’il n’avait jamais eue jusqu’alors aussi grande que fût la réputation des Kiarostami, Makhmalbaf ou Ghobadi. S’ensuivit une décennie prodigieuse marquée par une exceptionnelle vitalité avec des réalisateurs aussi remarquables que Mohammad Rassoulof (Un homme intègre, Le diable n’existe pas, Les Graines du figuier sauvage), Ali Abbassi (Les Nuits de Mashhad), Mani Haghighi (Les Ombres persanes, Pig) Ahmad Bahrami et son diptyque The WastelandThe Wastetown ou précisément Saeed Roustaee  (La Loi de Téhéran, Leila et ses frères), le réalisateur de Woman and Child.

La réussite de ce cinéma tient à la combinaison de deux facteurs.
Le premier est conjoncturel : ce cinéma nous confronte à une société patriarcale régie par un pouvoir théocratique qui étouffe les citoyens et au premier chef les femmes. Les cinéastes iraniens, souvent au péril de leur vie, s’emploient courageusement à la dénoncer. Jafar Pahani, qui joue au chat et à la souris avec le régime qui l’embastille régulièrement, est devenu leur porte-drapeau.
Le second est structurel : ces films brillent par l’inventivité et la richesse de leur scénario.

C’est le cas tout particulièrement de ce Woman and Child, au titre pourtant bien pauvret. À la lecture de son résumé et au visionnage de sa bande-annonce, on pense que son histoire se résumera aux amours contrariées de Mahnaz et de Hamid et se conclura peut-être (ou peut-être pas) par leur mariage. Mais après une demi-heure, le film prend une direction que rien ne laissait imaginer.

En résulte (Woman and Child dure plus de deux heures) une suite quasi-ininterrompue de rebondissements qui nous tiennent en haleine au risque de nous donner le tournis. Son héroïne, admirablement interprétée par Parinaz Izadyar, qu’on avait déjà vue dans La Loi de Téhéran et dans Pig, n’est pas d’une pièce : si on compatit à son chagrin, sa dérive nous glace. Un petit bémol sur la scène finale qui n’était certes pas prévisible mais qui n’était pas inéluctable comme les bonnes fins doivent l’être.

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Le Mystérieux Regard du flamant rose ★☆☆☆

Au début des années 80, dans un village perdu du nord du Chili, un cabaret animé par quelques travestis aux noms d’oiseaux (Aigle, Lionne, Boa, Flamant rose….) accueille un public de miséreux. Lidia, une gamine de onze ans, y est recueillie. Un mal terrible s’est répandu. La rumeur dit qu’il se transmet par un simple regard.

Le Mystérieux regard du flamant rose est le premier long métrage d’un jeune réalisateur chilien de trente ans à peine. Sélectionné à Cannes, il y a remporté le prix « Un certain regard ». Neuf mois plus tard, il arrive sur les écrans français accompagné de critiques louangeuses. Libération évoque un « récit d’initiation à la lisière du merveilleux », Télérama un « film unique en son genre », Les Inrocks « un film hautement recommandé à ceux et celles qui aiment les films qui sortent des sentiers battus ».

Peut-être n’aimé-je pas assez les films qui sortent des sentiers battus ? J’ai trouvé que sous le couvert d’un faux exotisme, pas si exotique que ça (les hauts plateaux désertiques latino-américains ont déjà été souvent filmés), Le Mystérieux Regard du flamant rose ne proposait rien de bien nouveau. On me dira certes, qu’outre son décor, il s’inscrit à l’intersection de plusieurs genres : le film LGBT stigmatisant l’homophobie bas du front et glorifiant la solidarité sororale qui unit les travestis du cabaret de Maman Boa, le western avec son ambiance Far West et ses pistolets fumants, le coming-of-age movie envisagé du point de vue de la jeune Lidia, le film fantastique… La belle affaire ! Cette richesse indéniable ne suffit pas à insuffler un peu d’énergie à ce film exsangue, trop long de vingt minutes, sans rythme et sans enjeu.

La bande-annonce

Un monde fragile et merveilleux ★☆☆☆

Nino et Yasmina sont nés le même jour, à la même heure, dans la même maternité beyrouthine sous les bombes. Elèves à la même école, ils sont inséparables. Mais le divorce des parents de Yasmina et la mort brutale de ceux de Nino les éloignent. Ils se retrouvent par hasard vingt ans plus tard. Mais quel avenir un couple amoureux peut-il avoir au Liban aujourd’hui ?

Cyril Aris avait monté le film de Mounia Akl Costa Bravo Lebanon et en avait réalisé le making-off Danser sur un volcan, sur la difficulté de réaliser un film au Liban de nos jours. Les rôles ont permuté : Mounia Akl est passée devant la caméra que tient désormais Cyril Aris.

Le titre de ce film est ambitieux. Son sujet l’est doublement. Il s’agit à la fois de raconter une grande histoire d’amour sur trente années et de dresser en arrière-plan le portrait du Liban contemporain, un pays si attachant et un Etat si failli.

On a scrupule à avoir la dent dure avec ce film attachant. Mais hélas force est de constater que son double pari n’est qu’en partie tenu. L’histoire d’amour façon Jeux d’enfants avec le couple Canet-Cotillard de deux ravissants bambins qui, devenus adultes, retrouvent leur complicité enfantine n’est qu’à moitié réussie faute peut-être d’alchimie entre les deux comédiens principaux. Quant au portrait du Liban déchiré, c’est devenu un tel lieu commun avec Journal intime du Liban, Le Quatrième Mur, Sous le ciel d’Alice ou précisément Danser sur un volcan du même Cyril Aris, qu’on y a l’impression de faire du sur-place sans y rien apprendre.

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Coutures ★☆☆☆

Quatre femmes se croisent à Paris lors de la Fashion Week.
Maxine (Angelina Jolie), une réalisatrice américaine de films Z, a été choisie par une maison de haute couture pour réaliser le vidéo-clip qui accompagnera son défilé.
Ada (Anyer Anei) est une jeune mannequin sud-soudanaise qui fait ses premiers pas sur les catwalks.
Angèle (Ella Rumpf) est une maquilleuse qui court les shootings pour gagner sa vie mais aspire à devenir écrivaine et noircit des carnets.
Christine (Garance Marillier) est une couturière qui s’est vu confier le soin de réaliser la robe qui fera l’ouverture du défilé.

Scénariste de tous ses films (Augustine, Maryland, Proxima, Revoir Paris), Alice Winocour choisit une fois encore de donner le premier rôle aux femmes. Cette fois-ci, elle opte pour le film choral. C’est donc par une narration éclatée que nous découvrirons tour à tour l’histoire de Maxine, d’Ada, d’Angèle et de Christine.

Le procédé a ses inconvénients, bien connus, que Coutures n’évite pas : certaines histoires sont plus intéressantes que d’autres, certaines prennent plus de place que d’autres. Ici, la balance penche en faveur d’Angelina Jolie dont le statut de star et aussi l’indéniable charisme ont conduit la réalisatrice à lui donner la part du lion. Son histoire envahit le film au détriment des trois autres actrices, notamment au détriment de Garance Marillier dont le personnage est réduit à quasiment rien. Celui d’Angelina Jolie bénéficie au contraire de longs développements qui nuisent à la cohérence du récit même s’ils approfondissent le personnage : un oncologue plein d’empathie (Vincent Lindon) lui annonce qu’elle souffre d’un cancer du sein et un assistant réalisateur affectueux (Louis Garrel) lui apporte la tendresse dont elle a cruellement besoin.

Coutures m’a semblé être un exercice de style un peu vain, une ronde sans centre, une roue sans moyeu. Si le sujet du film est la haute couture, Alice Winocour aurait dû le raconter autrement, prendre une autre focale pour décrire le travail minutieux des couturières, la beauté fragile des modèles, le talent des artistes et la superficialité de ce luxe « inutile et nécessaire ». On lui préfèrera les documentaires autrement plus éclairants sur Yves Saint Laurent ou Olivier Rousteing.

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Send Help ★☆☆☆

Linda Liddle (Rachel McAdams) est une vieille fille solitaire, une fan de Survivor, une sorte de Koh Lanta made in USA, et un bourreau de travail dont les efforts désespérés pour obtenir une promotion au sein de l’entreprise dont vient d’hériter Bradley Preston (Dylan O’Brien) se sont heurtés à un plafond de verre. Lorsque le jet privé qui les amène à une importante réunion à Bangkok s’écrase dans le golfe de Thaïlande, Bradley et elle sont les seuls survivants du naufrage.

Si Send Help avait été une RomCom éculée, les deux naufragés, aussi dissemblables l’un que l’autre, façon Katherine Hepburn et Humphrey Bogart dans African Queen, auraient surmonté leur répugnance à coexister pour s’unir face à l’adversité avant de céder au charme l’un de l’autre et de se tomber dans les bras.

Attention spoiler ! Mais #MeToo est passé par là et les recettes patriarcales de la RomCom ne sont plus au goût du jour. L’heure est à l’empowerment féministe. Et Linda Liddle en sera l’incarnation. Cette comptable sale et mal fringuée au bureau devient sur une île déserte une vraie amazone capable d’allumer un feu, de construire un abri et de tuer à mains nues un entélodonte, toute chose que le PDG en mocassins est évidemment inapte à faire.

Send Help n’est donc pas une RomCom au happy end prévisible. Mais il en a le défaut exactement symétrique. Il ne laisse planer aucun suspens sur l’incompatibilité du duo voué à se déchirer en dépit de quelques armistices. Tout au plus peut-on se demander comment leur mésentente se conclura. On peut compter sur Sam Raimi, vieille légende hollywoodienne, promu trop jeune à la célébrité avec des films d’horreur auto-parodiques (Evil Dead et ses suites), réalisateur à la chaîne de trois Spider-Man, pour nous réserver quelques surprises gentiment gore (Send Help est interdit aux moins de douze ans mais cette restriction peut sembler bien sévère).

La bande-annonce