Polvo serán ★★☆☆

Claudia (Angela Molina qu’on vient de voir dans Cosmos) est une grande actrice de théâtre atteinte d’un glioblastome incurable. Sentant venir sa fin prochaine, elle a décidé d’aller en Suisse pour s’y donner la mort. Son compagnon, Flavio, a décidé de l’accompagner. Claudia et Flavio doivent annoncer la nouvelle à leurs trois enfants.

Des films sur la fin de vie et l’euthanasie passive, on en a déjà vu beaucoup. J’ai gardé un souvenir poignant de Quelques heures de printemps (2012) avec Vincent Lindon et Hélène Vincent car c’était peut-être la première fois que je voyais ce thème traité à l’écran avec une telle frontalité. D’autres films ont suivi : Blackbird avec Susan Sarandon, L’Ordre des médecins avec Jérémie Renier, Tout s’est bien passé adapté d’un récit autobiographique d’Emmanuèle Bernheim, La Chambre d’à côté d’Almodovar.

Polvo Seran – un titre qui s’inspire d’un verset bien connu de la Genèse : « Porque polvo eres y al polvo volverás » (« Car tu es poussière et tu retourneras à la poussière ») – tient les promesses de son titre. Ses dernières images documentent avec une précision morbide la crémation d’un cercueil et la collecte des cendres du défunt. On en ressort passablement secoué.

Le réalisateur Carlos Marques-Marcet fait un pari culotté : le recours à la comédie musicale. Qui connaît mon adoration inconditionnelle pour La La Land et pour Les Parapluies de Cherbourg sait mon inclination pour ce genre cinématographique. Mais son utilisation se justifie à trois conditions : que la musique en vaille la peine, que la chorégraphie soit parfaite, que les scènes musicales ne se réduisent pas à des intermèdes mais servent à faire avancer l’action. Pas sûr que ces trois conditions, et en tous cas la troisième, soient remplies…

Polvo Seran compte trois parties. Les deux premières se déroulent en Espagne sous un beau soleil printanier dans la belle maison de Claudia et de Flavio et dans le jardin qui l’entoure. Ils y ont réuni leurs trois enfants : la sœur benjamine qui est la seule à vivre près de ses parents et assume la charge mentale de leur bien-être, la sœur aînée, mariée et mère de famille qui vit loin d’eux, s’est déchargée sur sa benjamine du soin de leur garde tout en lui reprochant paradoxalement la proximité dont elle jouit et enfin l’unique garçon dont on comprend qu’il s’est expatrié au Chili et qu’un vieux contentieux (lié à son homosexualité ?) l’oppose à son père. Cette réunion familiale a pour prétexte le mariage de Claudia et de Flavio qui vivaient jusqu’alors en concubinage ; mais sa raison d’être est l’annonce de la décision de Claudia et celle, tout aussi dramatique, de Flavio qui a décidé de se donner la mort en même temps qu’elle.
La troisième partie se déroule en Suisse, sous la neige.

Cette troisième partie quasi-documentaire est la plus perturbante. Peut-être le scénariste aurait-il dû se concentrer sur elle. Le film tel qu’il est construit marche sur deux pieds déséquilibrés : la bruyante assemblée familiale des deux premières parties espagnoles vs. l’épilogue suisse.

La bande-annonce

Ma famille chérie ★★☆☆

Dans la famille d’Estelle (Elodie Bouchez), mère courage de trois enfants et épouse battue par un mari romain et toxique (Stefano Cassetti), je demande la mère : une diva irlandaise aussi aimante qu’autocentrée (Marisa Berenson). Je demande le père, qui a abandonné jadis sa femme et ses enfants et dont les cendres sont à présent l’objet d’une ultime réunion familiale. Je demande la sœur aînée : Jeanne Balibar, sa voix melliflue et ses répliques cinglantes. Je demande le frère cadet, qui avait rompu toute relation avec sa famille et qui, tel l’enfant prodigue, revient au foyer vingt ans après un drame enfoui.

Isild Le Besco, qu’on avait connue si frêle et qu’on découvre gironde, n’en finit pas de creuser un sillon original dans le cinéma français. La sœur de Maïwenn – avec laquelle, nous dit la presse people, elle a rompu tout lien – fut très jeune une enfant de la balle, tournant encore mineure Sade sous la direction de Benoît Jacquot, contre lequel elle a porté plainte vingt-cinq ans plus tard avec Anna Mouglalis et Judith Godrèche. Puis elle est passée derrière la caméra, réalisant par exemple La Belle Occasion.

La quarantaine resplendissante, elle est au four et au moulin de son dernier film Productrice, réalisatrice, comédienne, elle en a écrit le scénario et en a assuré le montage. Son frère aîné est à la photographie, son fils cadet interprète l’un des enfants d’Estelle. Bref, on est en famille et entre copains. Le tournage a eu lieu dans les champs de lavande de la Drôme où Isild Le Besco vit à l’année et à Wimille dans le Pas-de-Calais à une encablure du cap Gris-Nez.

Cette réalisation avec trois bouts de ficelle rend l’entreprise fort sympathique mais en constitue aussi la limite. Certes, Ma famille chérie est d’une grande spontanéité, laissant la part belle à l’improvisation d’un casting cinq étoiles. Mais le son est décidément trop mauvais. Et le scénario présente de coupables faiblesses. Ainsi de son premier quart d’heure qui se déroule dans un superbe appartement romain où on découvre le piège dont Estelle est prisonnière et dont elle a l’énergie de s’évader : le film nous lance dans une direction et un univers qu’il a le tort d’oublier ensuite.

Le titre du film doit évidemment se comprendre par antiphrase. La famille est depuis toujours chez Isild Le Besco, comme chez Maïwenn, le terreau autobiographique de toutes les névroses. C’est à la fois un refuge et un bouillon de culture. Ses déchirements n’offrent toutefois pas grand-chose d’inattendu. Un vague suspense se noue autour du drame fondateur qui a traumatisé la famille et provoqué l’exil du jeune frère et de son père. Mais des flashbacks dispensables dissipent bien vite le mystère. Le film, fleuve tranquille, suit gentiment son cours vers une conclusion apaisée, que les protagonistes ont sans doute pris plus de plaisir à jouer que les spectateurs à la regarder.

La bande-annonce

Entroncamento ★☆☆☆

Des dealers se livrent un combat à couteaux tirés dans une petite ville portugaise livrée aux trafics. L’arrivée de la cousine de l’un d’eux, Laura (Ana Vilaça), rebat les cartes.

Entroncamento est une ville de vingt mille habitants située dans le centre du Portugal à une centaine de kilomètres au nord de Lisbonne. Le parti d’extrême droite Chega (« ça suffit ») vient d’y remporter les municipales. Le réalisateur Pedro Cabeleira y a grandi.

Projeté dans une section parallèle à Cannes en 2025, ce premier film a mis un an à se frayer un chemin jusqu’en France où il est sorti la semaine dernière dans quelques rares salles parisiennes et de province.

Entroncamento est un film noctambule, poisseux. C’est un polar qui louche du côté du cinéma de genre français ou américain et qui joue avec les archétypes du film noir. Son héroïne féminine et féministe pourrait être un personnage de western, qui débarque en ville par le train…. et en repartira de la même façon après y avoir semé le chaos. C’est aussi un film politique qui évoque la stigmatisation dont sont victimes les Roms au Portugal.

Mais hélas, malgré ses bonnes intentions, Entroncamento souffre de l’absence criante d’un scénario solide. Pendant plus de deux heures, le film s’émiette sans qu’on en saisisse le sens. Il faut regarder la bande-annonce pour le comprendre.

La bande-annonce

Cuba & Alaska ★★☆☆

Yulia alias Cuba et Oleksandra alias Alaska sont deux secouristes ukrainiennes engagées sur le front russe en 2022 et liées par une amitié indéfectible.

Cuba & Alaska est un documentaire ukrainien qui réussit le pari impossible de filmer l’horreur de la guerre avec une formidable énergie. Le mérite en revient à ses deux protagonistes au charme fou et au flair du réalisateur Yegor Troyanovski, pour les avoir dénichées. Cuba, la trentaine bien entamée, est une militaire de carrière qui a rejoint l’armée en 2014. Passionnée de dessin, elle rêve de faire carrière dans la mode. Alaska est plus jeune, qui veut poursuivre une carrière de journaliste.

Les deux jeunes femmes, brutalement projetées dans un monde d’hommes, font la guerre sur la ligne de front. Alaska y est blessée et doit entamer une longue convalescence qui la mine durablement. Pendant ce temps, Cuba essaie de la réconforter tandis qu’elle noue une relation amoureuse avec un soldat de son bataillon. Face à la dureté de la guerre, face aux corps blessés ou tués, les deux femmes opposent leurs rires, leur humour punk, leur rage de vivre.

Ces deux femmes ukrainiennes nous sont d’autant plus sympathiques qu’on est spontanément enclin à soutenir l’Ukraine dans le combat qu’elle livre à son agresseur russe. Comment réagirait-on si le même film avait été tourné de l’autre coté du front avec deux soldates russes ? Y aurions-nous vu un scandaleux instrument de propagande pro-Poutine ?

La bande-annonce

L’Heure de la libération a sonné ★☆☆☆

De 1964 à 1976, la région du Dhofar, à l’ouest du sultanat d’Oman, fut le théâtre d’une guerre civile. Elle opposa le régime du sultan Qabous, soutenu par le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Iran du Shah et la Jordanie, à un mouvement de libération nationale d’obédience maoïste.
Jeune réalisatrice libanaise, formée à l’ethnologie en France, Heiny Srour réussit à rassembler les fonds nécessaires pour monter une expédition et se rendre à pied, sous les bombardements de la Royal Air Force, dans les camps du PFLOAG (Popular Front for the Liberation of Oman and the Arabian Gulf). Elle en ramena un témoignage unique qui sortit sur les écrans en novembre 1974 et qui, restauré, ressort en salles en avril 2026.

Ce documentaire a valeur historique. Il témoigne d’une page de l’histoire oubliée, d’une guerre de libération populaire au cœur de la péninsule arabique, à la frontière avec le Yémen du Sud, où venait de s’installer en 1970 un régime communiste. Le film proprement dit, qui dépasse à peine une heure, compte deux parties. Dans la première, qui se veut très pédagogique, il contextualise la guerre du Dhofar, évoque la colonisation britannique à Oman, le pouvoir féodal du sultan Saïd, son renversement par son fils et l’accession d’Oman et des autres Etats du Golfe à une « indépendance de papier » sous la férule britanno-américaine.

La seconde est la plus intéressante. Elle contient les images ramenées par Heiny Srour des camps de la guérilla. On y voit les combattants en armes, les enfants eux aussi en uniforme dans une vaste école de tentes, une ferme-pilote…

Aucune distance critique n’est prise dans ce film qui ressemble à un tract propagandiste en faveur de la guérilla. Certains aspects de son action sont certes remarquables : le refus du tribalisme, la promotion des femmes qu’on voit, les cheveux courts, la tête dévoilée, porter les armes comme les hommes. D’autres sont plus critiquables comme ces enfants qui dès leur plus jeune âge sont enrégimentés dans les rangs du mouvement.

Le documentaire ne nous dit pas que la guérilla a rendu les armes deux ans plus tard, défaite par la coalition des forces omanaises et occidentales, victime de ses divisions entre ceux qui prônaient la négociation avec Mascate et ceux qui revendiquaient la lutte à mort, fragilisée surtout par la politique d’ouverture du sultan Qabous qui, avec les dividendes du choc pétrolier de 1973, a conduit son pays sur la voie de la prospérité et l’a sorti de l’arriération dans laquelle son père l’avait laissé croupir.

La bande-annonce

The Fin ☆☆☆☆

L’action de The Fin (en anglais, l’aileron) se déroule dans une Corée dystopique, réunifiée, claquemurée derrière une muraille censée la protéger des agressions extérieures, réduite par la crise climatique et la carence en eau à un état de pauvreté effroyable. Des mutants ichtyoformes, les Omégas, chargés de nettoyer les rivages de leurs déchets toxiques, sont bannis et impitoyablement traqués par la police. L’un d’entre eux réussit pourtant à se glisser en ville pour y retrouver Mia, qui travaille dans un magasin de pêche clandestin. Il lui transmet un lourd secret. Sujin, une nouvelle recrue de la police, est à leurs trousses.

La bande annonce de ce film coréen m’avait mis l’eau à la bouche. Son affiche évoque Blade Runner et Jia Zhang-Ke. pas moins. Hélas, il ne suffit pas d’avoir un scénario incompréhensible pour se revendiquer de Tarkovski.

The Fin est une série B ou Z filmée avec des moyens dérisoires, dont le sujet aurait pu inspirer une super-production hollywoodienne. Hélas, son scénario vraiment trop confus a tôt fait de perdre le spectateur : on passe la première moitié du film à essayer de comprendre qui est qui et la seconde à s’en désintéresser en attendant que cette purge se termine. Et les affèteries d’une photographie prétentieuse (j’aurais dû me méfier de la boule à facettes et des couleurs saturées de l’affiche) achèvent de détruire le capital que ce film raté possédait pourtant.

La bande-annonce

Microstar ★★☆☆

Gabriel Rose (Abraham Wapler aux faux airs de François Civil) entretient une relation compliquée avec Pauline (Raïka Hazanavicius) et rêve de devenir influenceur. Mais la fortune ne lui sourit pas jusqu’à sa rencontre avec Stanislas (Félix Lefebvre), un fils à papa qui veut s’associer avec lui pour commercialiser les bijoux bling-bling qu’il fabrique. 

Léopold Kraus a vingt-sept ans à peine et quelques courts-métrages à son actif. Microstar – dont le sens du titre s’éclaire grâce à une de ses séquences les plus drôles – est son premier film. Il a le même héros que The Giaccomo, sorti une semaine plus tôt, auquel j’ai été bien chiche de ne pas mettre une troisième étoile. Ce mockumentaire transgressif était autrement plus original que cette comédie romantique très classique.

Pour autant, si je vous conseille en priorité le premier, allez voir aussi le second si vous en avez le temps et le goût. Vous ne serez pas déçu. Microstar est une comédie rythmée et drôle, bien écrite, bien dialoguée, bien jouée grâce notamment à Félix Lefebvre révélé par Eté 85 et vu notamment dans La Passagère, Rien à perdre, Une vie rêvée et L’Epreuve du feu. Abraham Wapler, fils de Valérie Benguigui, et Raïka Hazanavicius, fils de Michel Hazanavicius, s’y moquent des népo-babies, comme on appelle désormais ces héritiers promis à une gloire suspecte, et d’eux-mêmes. Rien qui ne révolutionne durablement le cinéma mais un film aimablement troussé.

La bande-annonce

La Chaleur ★★☆☆

Marouane vient de passer son bac et s’apprête à rentrer en fac. Il passe l’été avec ses parents, son frère et sa sœur dans un camping des Landes. S’il est proche de Noé, un ami que ses kilos en trop ne complexent guère, Marouane se sent en marge d’un groupe auquel il n’arrive pas à s’intégrer. La veille du départ, Marouane se dispute avec Oscar et cause involontairement sa mort. Il enterre son corps. la culpabilité le ronge.

« C’est Crime et Châtiment au camping ! Ou Dostoïevski en tongs ». C’est Stéphane Demoustier qui résume le mieux son cinquième film, après les succès de La Fille au bracelet, Borgo, L’Inconnu de la Grande Arche. Trois films trois étoiles. J’en mettrais une de moins à celui-ci.

Certes, Stéphane Demoustier, qui adapte le premier roman de Victor Jestin, prix Femina des lycéens 2019, réussit fort bien à restituer l’ambiance d’une fin de vacances au camping. On sentirait presque la crème solaire, le sable qui crisse sous les pieds et l’odeur des merguez. Il réussit encore mieux à faire le portrait d’un adolescent qui s’apprête, non sans appréhension, à entrer dans l’âge adulte, qui se sent en marge d’un groupe dont il ne parvient pas à embrasser les codes, qui étouffe sous l’injonction de plaire et de pécho.

Mais La Chaleur souffre d’un défaut rédhibitoire dont le cinéma français pourtant réussit la plupart du temps à se prémunir. Ses acteurs, amateurs, sont mauvais. Très mauvais. Certes, Tristan Richard qui interprète Noé a de la gouaille et des kilos à revendre. Mais Hadrien Hussein dans le rôle de Marouane n’a aucune profondeur et ne sait rien faire d’autre que de promener ses trois poils de moustache taiseux d’un bout à l’autre du camping, écrasé par la chaleur. La seule à sortir son épingle du jeu est Martina La Manna dans le rôle de la solaire Giulia, qui apprend à Marouane que l’amour n’est pas une chose si compliquée ni si sérieuse.

La bande-annonce

Ghost Elephants ★★☆☆

À quatre-vingts ans passés, Werner Herzog a encore de l’énergie à revendre. Pour National Geographic, il est parti sur les hauts plateaux du centre de l’Angola, le château d’eau de toute l’Afrique centrale, sur les traces d’une sous-espèce qu’on croyait disparue d’un éléphant géant.

Son dernier spécimen a été abattu en 1955 par un riche chasseur hongrois, Josef Fénykövi, dont on aurait aimé que le documentaire nous raconte l’histoire. Il faisait plus de quatre mètres, pesait plus de dix tonnes. C’était le plus grand mammifère terrestre jamais connu. Son squelette est conservé dans les caves du Smithsonian Institue à Washington DC et son moulage campe au milieu du hall d’entrée du musée.

Un baroudeur haut en couleur, Steve Boyes, moitié Fitzcarraldo, moitié don Quichotte, s’est mis en tête de retrouver ses éventuels descendants. Il a monté une expédition à partir du nord de la Namibie, avec quelques pisteurs san. Werner Herzog et son équipe l’accompagnent dans sa quête.

Le sujet du film est trompeur. Il ne s’agit pas d’un documentaire naturaliste anodin comme son affiche pourrait nous le laisser penser. Il s’agit avant tout de l’histoire d’une quête, de la folie d’une quête façon Moby Dick. Car Steve Boyes, moderne capitaine Achab, a pour réelle raison de vivre non pas la découverte de ces éléphants grandioses qui ont peut-être survécu, cachés, au centre de l’Angola, mais leur quête pendant des années et des années. Plusieurs fois, la question revient : que fera-t-il une fois qu’il les aura découverts ?

Sa quête est donquichottesque. Par son objet : on se demande diable l’intérêt d’aller découvrir des éléphants juste un peu plus grands que ceux, ordinaires, qui peuplent la savane africaine. Par les détours qu’elle emprunte : un raid automobile puis cyclomoteur dans des terres impénétrables où l’eau et la forêt entravent la progression de l’homme. Quelques rares habitants les peuplent, dont il faut aller embrasser la babouche du roi de pacotille. La scène est à la fois drôle et ridicule, qui se reproduit sur le chemin du retour.

Bien sûr, le documentaire est tendu par un suspense : l’expédition découvrira-t-elle ou pas ces fameux éléphants ? rassemblera-t-elle des preuves, des images, des échantillons de leur existence ? ces preuves suffiront-elles à établir la filiation avec le fameux éléphant de Fénykövi ? Mais on a compris depuis le début que ce suspense-là importe peu et que le film est ailleurs.

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Un champ de fraises pour l’éternité ★★☆☆

C’est l’histoire, en quatre chapitres et un épilogue, au bord d’un petit lac des Alpes de Haute Provence, des derniers jours d’un camping menacé de fermeture par un projet de construction d’une base nautique. Sept personnages y habitent encore : Serge, un vieux libertaire qui anime une radio libre (Philippe Rebbot), Raymond, un quadra timide, conducteur d’un camion poubelle (Grégory Montel) amoureux de Jocelyne (Florence Loiret Caille), un couple à la recherche d’un second souffle (Estelle Meyer et Oussama Kheddam) et un jeune idéaliste qui rêve de se construire une maison dans les bois (Quentin Dolmaire) et qui a le coup de foudre pour une amazone à cheval (Kim Higelin lancée par Le Consentement).

Voici un film étonnant. Étonnant par son titre d’abord que n’auraient pas renié les surréalistes. Étonnant par son cadre : un camping perdu au milieu de la nature, dont on ne sortira quasiment pas, donnant ainsi l’impression paradoxale d’un huis clos théâtral dans un décor naturel ouvert aux quatre vents. Étonnant par son scénario qui raconte à quatre reprises à la Rashōmon la même journée envisagée de quatre points de vue différents.

Alain Raoust avait réalisé en 2019 Rêves de jeunesse, dans un décor similaire, celui d’une casse perdue au cœur des Alpes à la morte saison. Son film suivant, son troisième long-métrage seulement en plus de trente ans de carrière, est un film qui se mérite. L’absence de stars à l’affiche, la distribution timide en salles le condamnent à l’invisibilité. Pour autant il mérite le détour. Même si son scénario refuse tout sensationnalisme – et à ce titre la première séquence avec le kidnapping de Serge par des maquisards encagoulés façon Ku Klux Klan n’est pas la plus réussie – on finit par s’attacher aux personnages et à leurs destins minuscules.

La bande-annonce