
Shoaib et Chandan sont les fils de deux familles pauvres, qui voisinent dans un village du nord de l’Inde. L’une est musulmane, l’autre de basse caste. Aussi l’avenir des deux garçons, en âge d’entrer sur le marché du travail, est-il sombre. Un fragile espoir leur est néanmoins offert : réussir le concours d’entrée dans la police.
En lisant le pitch de ce film indien, sélectionné à Cannes dans la section Un certain regard, on pense à tort connaître déjà tout ce que le film va dérouler : la success story, dickensienne à souhait, de deux enfants pauvres qui, à force de persévérance, d’intelligence et d’humanité, vont venir à bout de tous les obstacles que la société et la méchanceté des hommes dressent devant eux.
Mais Une jeunesse indienne, produit par Martin Scorsese, nous réserve plusieurs surprises. Son scénario contient de nombreux rebondissements et remplit largement les deux heures, trop courtes, du film. L’idée en est venue à son réalisateur à la lecture d’un article de journal relatant un épisode dramatique évoqué seulement dans le dernier quart du film. Le titre original, Homebound, concerne cet épisode-là seulement. Mais le scénario est plus ambitieux qui évoque d’abord le concours que passent les deux jeunes hommes puis les voies de traverse qu’ils devront emprunter dans l’attente fébrile de ses résultats, sans cesse repoussés.
Le film vaut surtout par la charge qu’il lance contre les discriminations toujours vivaces, en dépit de l’égalité de principe affichée dans la Constitution indienne, dont sont victimes les Indiens musulmans et les Intouchables. Le propos n’est pas dénué d’une certaine bien-pensance, d’un manichéisme parfois bien grossier ; il n’en est pas moins salvateur et émouvant.
Le film vaut aussi par l’histoire d’amitié à la vie à la mort entre ces deux amis unis par une même invisibilisation, par un même désir de revanche et par une même générosité. Certes, le tableau est trop lyrique, trop naïf. Le film manque plusieurs fois de sombrer dans le mélo. Mais on serait bien scrogneugneu de lui en faire le reproche.








