
Un homme hirsute vêtu de haillons fait irruption dans un banal diner américain à 22h10 tapantes. Il prétend venir du futur et avoir pour mission d’éviter qu’un geek qui habite à quelques blocs de là crée une IA qui détruira l’humanité. Menaçant de faire exploser sa ceinture d’explosifs, il kidnappe six clients pour l’assister dans sa tâche.
Gore Verbinski était l’un des réalisateurs les plus cotés des années 200 à Hollywood. Révélé en 2001 par Le Mexicain, avec Brad Pitt et Julia Roberts et le remake de The Ring en 2002, il dirigea en 2003 Pirates des Caraïbes puis en 2006 et 2007 ses suites dispensables. Après l’échec d’A Cure for Life en 2016, il a connu une longue traversée du désert dont il n’est pas sûr que l’échec de Good Luck Have Fun Don’t Die aux États-Unis (pour un budget de vingt millions de dollars, il n’a fait que quatre millions de dollars de recettes au bout d’un mois d’exploitation) lui permette de sortir.
Ce film original n’a pas réussi à trouver son public. Gorgé de références cinéphiles (Retour vers le Futur, Un monde sans fin, Terminator, Matrix, Chucky, Black Mirror…) qui leur seraient passées par-dessus la tête, il n’a pas attiré les plus jeunes. Il n’a pas attiré non plus les plus âgés que son pitch SF a rebutés. Le cœur de cible : des adulescents geek de 20-30 ans qui étaient largement majoritaires dans la salle où je l’ai vu hier.
Pourtant ce film au titre improbable (mais depuis qu’Everything Everywhere All at Once a décroché l’Oscar en 2023, tout est concevable) mérite le détour. À Retour vers le Futur, il emprunte son personnage principal de savant fou qui voyage dans le temps. D’Un jour sans fin, il reprend le thème hilarant de la répétition perpétuelle d’une boucle temporelle dont le héros teste toutes les alternatives. Comme dans Terminator, l’histoire est celle d’une apocalypse à venir que seul un retour dans le passé permettra d’éviter. L’hypothèse d’un monde factice tout entier manipulé par une intelligence supérieure est copiée de Matrix. On reconnaît la figure monstrueuse de la poupée de Chucky. Enfin, les flashbacks qui décrivent le passé de chacun des membres du groupe rappellent les courtes histoires de Black Mirror.
Good Luck Have Fun Don’t Die menace de crouler sous le poids de ces encombrantes références. D’autant que son message sous-jacent – les nouvelles technologies sont dangereuses – n’a rien de bien original et est passablement simpliste. Il aurait gagné à être écourté d’une demi-heure. Sa fin n’en finit plus. Il part dans un grand n’importe quoi new age façon 2001, Odyssée de l’espace, inutilement bavard et désespérément poussif.








