
Les Films du losange ressort en quatre cycles l’intégralité des vingt-et-un films de Raymond Depardon. Le premier cycle en octobre 2025 s’intitulait « Depardon Citoyen » et rassemblait les films politiques de Depardon sur la police, la justice, la santé (ainsi de San Clemente). J’ai rendu compte du deuxième « Depardon photographe » avec, fait rare, quatre étoiles, et une critique dithyrambique. Le troisième, « Depardon paysan », projetait en mars 2026 la trilogie Profils paysans tournée dans les années 2000. « Depardon et l’Afrique » est le quatrième et dernier cycle. Il rassemble quatre films dont la sortie s’étale sur près de vingt ans.
Empty Quarter (1985) suit une femme que le cinéaste rencontre à Djibouti (on apprendra dans Afriques : comment ça va avec la douleur ? que ces scènes ont été filmées dans un hôtel de Mogadiscio qui rappelle celui où Frédéric Mitterrand tournait quelques années plus tôt Lettres d’amour en Somalie) et qui l’accompagne dans son voyage jusqu’en Egypte à travers la Corne de l’Afrique
La Captive du désert (1990) est inspiré, sans jamais la mentionner explicitement ni la contextualiser, de l’enlèvement d’une Française, Françoise Claustre, au Tibesti dans les années 70.
Afriques : comment ça va avec la douleur ? (1996) est un long documentaire de presque trois heures sur le voyage effectué par Raymond Depardon en Afrique depuis son extrémité méridionale au cap de Bonne-Espérance jusqu’à Alexandrie, via l’Angola, le Rwanda – où éclate le génocide quelques semaines seulement après son premier passage et où il retourne quelques semaines plus tard pour une plongée dantesque dans la prison de Kigali – en Ethiopie, au Soudan et en Egypte où se terminait déjà le voyage d’Empty Quarter.
Un homme sans l’Occident (2003) est l’adaptation d’un ouvrage écrit en 1935 par un officier méhariste, Diego Brosset, qui avait tenté de se glisser dans la peau d’un jeune chasseur nomade.
Autant j’adore le travail de photographe de Raymond Depardon et les documentaires wisemaniens qu’il a tournés en France, autant ses films africains me laissent plus sceptique. Il y est moins rigoureux. Il s’y autorise plus de longueurs, plus d’abstraction, plus de poésie, au motif, contestable, que le continent africain nous y inviterait. Pourquoi ne pas utiliser en Afrique la même précision adamantine qu’il manifeste lorsqu’il dissèque les grandes institutions françaises, la prison, l’hôpital, le tribunal ?
Un bon exemple est, dans Afriques : comment ça va avec la douleur ? son passage à la prison de Kigali fin 1996 après le génocide où s’entassent des prisonniers hutus accusés d’avoir prêté la main au massacre d’un million de Tutsis. Utilisant sa caméra comme un bouclier, Raymond Depardon marche dans la cour du pénitencier, entouré d’une foule dense et menaçante. Il tend longuement le micro à une ancienne enseignante hutue qui se dit victime d’une injustice. On aurait aimé qu’il aille plus loin dans cette enquête, comme il l’avait fait en France dans 12 jours par exemple, qu’il donne la parole à la direction de la prison, aux juges, aux survivants…. Mais dans Afriques, une étape chasse l’autre. Depardon ne prend pas le temps de s’arrêter.
La bande-annonce de la rétrospective Raymond Depardon cinéaste








