
Colette (Laetitia Casta) est professeur de cinéma, spécialiste d’Hitchcock. Son mari, François (Gilles Lellouche) écrit à la chaîne des romans policiers historiques dont le marquis de la Rose est le héros. Le couple traverse un trou d’air lorsque s’installe dans l’appartement d’en face un nouveau voisin, Yann Kerbec (Guillaume Galienne), un comédien. Le comportement de Kerbec intrigue Colette qui est convaincue qu’il a assassiné sa femme.
Vous connaissez tous Fenêtre sur cour, l’un des films les plus fameux d’Hitchcock : le couple mythique formé par James Stewart et Gene Kelly y enquêtait sur le crime, dont ils avaient été les témoins, commis par un voisin. Sans doute connaissez-vous aussi Le Magnifique de Philippe de Broca : un écrivain parisien vit par procuration les aventures rocambolesques d’un agent secret, tombeur de ces dames.
Le Crime du 3e étage est le pastiche revendiqué de ces deux films. C’est à Hitchcock qu’il fait les références et les emprunts les plus explicites. Tout y est dès le générique, qui rappelle celui, mythique, de Sueurs froides, signé par Saul Bass, la musique, tout aussi surdéterminante que celle de Bernard Herrmann, les chignons sophistiqués de Laetitia Casta, répliques de ceux d’Eva Marie Saint ou de Kim Novak. On a même droit à un caméo de Hitch (à l’entrée du Shangri La !) et au remake de la scène de la douche dans Psychose.
La barque pourrait sembler bien chargée si le film n’en jouait. C’est ce qui fait tout son sel. Au moment précis où on va lui reprocher d’être trop prévisible, de marcher trop scrupuleusement sur les pas du Maître du suspense, il nous rappelle une des plus grandes leçons de cinéma d’Hitchcock et désamorce le reproche qu’on était sur le point de lui adresser : le suspense naît du temps d’avance que le scénario donne au spectateur qui pressent avant eux ce qui va arriver aux personnages.
De la même façon, le sous-texte du film nous est annoncé dès son début. Godard l’avait dit : Hitchock est avant tout un cinéaste du couple. Comme Fenêtre sur cour qui est moins une enquête policière que l’aboutissement des efforts du personnage joué par Grace Kelly pour convaincre celui joué par James Stewart de l’épouser (ah ! l’épisode de l’alliance !), Le Crime du 3e étage est l’histoire d’un couple qui se rabiboche, qui fait renaître l’étincelle de la complicité et du désir. Gilles Lellouche et Laetitia Casta y font parfaitement le job, lui toujours aussi bourru, quelque part entre Dujardin et Bacri, elle dont la beauté immarcescible illumine chacune de ses apparitions.
Ce Crime du 3e étage est de loin le meilleur film d’une semaine qui s’annonçait très riche mais qui jusque là m’avait laissé sur ma faim (Le Testament d’Ann Lee, Orphelin, Victor comme tout le monde, Il Maestro….).

Ancienne directrice de la photographie chez Varda, Féret ou Allio, la franco-israélienne Nurith Aviv consacre sa retraite studieuse à la réalisation de documentaires autour de sa passion : les langues, leur traduction, leur transmission. Après Traduire (2011), 






