Maigret et le Mort amoureux ★★☆☆

Le commissaire Maigret (Denis Podalydès) est sommé par le Quai d’Orsay de mener une délicate enquête : un grand ambassadeur à la retraite a été assassiné de cinq balles de pistolet automatique dans son appartement de la rue de Bellechasse. Sa gouvernante (Anne Alvaro) affirme ne rien avoir entendu. La mort de l’ambassadeur est-elle liée à celle, quelques jours plus tôt, du prince de Vuynes avec la femme de laquelle la victime entretenait depuis une cinquantaine d’années une correspondance enflammée ?

On ne compte plus les adaptations de Simenon au cinéma et à la télévision et les Maigret d’anthologie depuis Harry Baur jusqu’à Gérard Depardieu (en 2022 dans un film de Patrice Leconte qui ne m’avait pas convaincu) en passant bien sûr par Michel Simon, Jean Gabin, Jean Richard et Bruno Crémer. On peut s’interroger sur l’intérêt d’en rajouter une nouvelle, sinon la quasi-certitude qu’un public fidèle, plutôt âgé, aussi parisien que provincial, s’y laissera prendre sur la foi d’un réalisateur de renom et d’un casting solide.

Maigret et les Vieillards a été écrit en 1960. Pascal Bonitzer choisit de l’adapter de nos jours ou, pour être plus précis, au début des années 2000, à l’époque où la PJ était encore quai des Orfèvres. Cette transposition interroge ; car ce Maigret conserve le parfum indélébile des années 50. On y croise encore des domestiques en uniforme, des princesses et des directeurs de conscience. On s’y écrit des lettres qu’on conserve pieusement en les entourant d’un ruban. On y souffre de la goutte. On y évoque avec nostalgie notre « légation à Cuba ».

Denis Podalydès modernise le personnage mythique du commissaire le plus célèbre de France. S’il n’a ni la carrure imposante ni l’embonpoint de ses prédécesseurs, il en porte la gabardine, la pipe et le chapeau. Signe des temps, la femme de Maigret, longtemps invisible, a désormais un visage, celui d’Irène Jacob, et trois scènes.

Maigret mène son enquête tambour battant. Le film de Bonitzer, d’une heure vingt à peine, a la concision sèche et l’efficacité des romans de Simenon. Les interrogatoires de Maigret sont brefs et précis. Leur répétition chronométrique constitue d’ailleurs le point faible de ce film qui atteint bientôt sa vitesse de croisière  jusqu’à son épilogue, qui prend quelque liberté avec celui du livre, plus fermé. Mais ces interrogatoires serrés sont aussi l’occasion de croiser des seconds rôles talentueux : Dominique Reymond en aristocrate d’un autre temps, Micha Lescot en antiquaire traumatisé, Hugues Quester en notaire goutteux et surtout Anne Alvaro à laquelle, si nous n’étions pas en février, j’aurais déjà prophétisé un César.

La bande-annonce

Le Rêve américain ★★☆☆

Passionnés de basket, Bouna (Jean-Pascal Zadi) et Jérémy (Raphaël Quenard) rêvent de devenir agents de joueurs et d’accompagner des basketteurs français dans la prestigieuse NBA américaine. Mais ils n’ont aucune relation et ne parlent pas un mot d’anglais.

Faut-il que j’aime mes amis pour les avoir accompagnés dimanche dernier à l’avant-première de cette comédie dont je craignais le pire ? Après avoir vu (et revu) sa bande-annonce, je pensais en connaître par avance tous les rebond(issement)s prévisibles.

Alors ? Je serais bien pisse-vinaigre de dire que je m’y suis ennuyé – même si ce Rêve américain aurait gagné à être plus court d’une demi-heure. Je serais un vrai bonnet de nuit à affirmer que je ne me suis pas amusé et que je n’ai pas été ému.

Certes Le Rêve américain ne nous offre rien de plus que ce que sa bande-annonce promet : l’histoire de deux associés qui, à force de volonté et de débrouillardise, réalisent leur rêve. Il le fait avec des moyens éculés qui ne révolutionnent pas le cinéma. Ca tombe bien : tel n’était pas son ambition.

Mais Le Rêve américain s’inspire d’une histoire vraie dont il sait tirer tout le profit. C’est une ode à l’amitié qui réjouira la France de gauche à travers le portrait de deux fils d’immigrés, sénégalais et algériens, et leur parcours exemplaire d’intégration méritocratique. C’est aussi une ode à la persévérance, au travail, à la France qui se lève tôt qui réjouira la France de droite.

Bref, Le Rêve américain est un feel-good movie totalement consensuel. Mais pourquoi lui en faire le reproche ?

La bande-annonce

Marty Supreme ★★★☆

Marty Mauser (Timothée Chalamet) est un pongiste surdoué. Il vient de remporter l’Open d’Angleterre face au champion du monde en titre, un juif hongrois rescapé des camps. Marty pourrait fort bien décrocher le titre mondial aux prochains championnats qui se dérouleront en 1952 à Tokyo. Encore faut-il qu’il trouve l’argent pour payer son billet d’avion et solder la dette qu’il a contractée à Londres auprès de la fédération. Pour parvenir à ses fins, Marty est prêt à tout : mouiller dans les arnaques les plus dangereuses, obtenir le parrainage du PDG dont il vient de séduire la femme…

Josh Safdie, qui tournait jusqu’à présent toujours avec son frère Benny (Good TimeUncut Gems), s’est lancé en solo dans le vrai/faux biopic d’une star oubliée d’un sport qui, aux Etats-Unis, n’a jamais été pris au sérieux : le ping-pong.

L’action se déroule au début des années 50 à un moment clé de l’histoire de ce sport. Longtemps réservé aux Blancs (les premiers champions du monde furent britannique, hongrois, autrichien ou tchécoslovaque), ce sport immensément populaire en Asie fut à partir de cette époque dominé par les Japonais puis par les Chinois. Ce basculement est concomitant de l’introduction de la mousse sur les raquettes qui permet de donner à la balle un effet que les raquettes en bois (hardbat) ne lui donnaient pas.

Mais, qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore, le tennis de table n’est pas le sujet principal de ce film – dont je serais quand même curieux de savoir si les frères Lebrun l’ont vu et ce qu’ils en ont pensé. Marty Supreme, comme son nom l’indique, est un one man show de la méga star du moment, j’ai nommé le beau Timothée, le crush de l’Amérique, combinaison explosive de masculinité féline, d’énergie inépuisable et de culot monstrueux.

Car son personnage, pour être culotté, l’est sacrément. Il ose tout. Rien ne lui fait peur : coucher avec la femme de son voisin (la ravissante Odessa A’Zion à laquelle je prophétise un brillant avenir), dormir au Ritz aux frais de la fédération internationale qui lui en gardera un chien de sa chienne, draguer une ancienne star de cinéma (Gwyneth Paltrow cougar à souhait qu’on n’avait plus vue depuis belle lurette) mariée à un magnat du stylo (Kevin O’Leary que j’ai confondu pendant tout le film avec Kevin Spacey), arnaquer un dangereux mafieux (Abel Ferrara en guest star autoparodique)…

Le tout est mené à un tempo d’enfer dans un gigantesque chaos qui constitue la signature des frères Safdie. La B.O. est audacieuse, composée de tubes des années 80 totalement anachroniques : Alphaville, Tears for Fears, Peter Gabriel…

Marty Supreme part dans tous les sens, à toute allure, parfois sur des chemins de traverse qui nous détournent du droit chemin censé nous mener aux championnats du monde de Tokyo. On s’attend depuis la première minute du film au triomphe annoncé du jeune pongiste charismatique. La fin est surprenante qui ne nous offre pas tout à fait ce que nous escomptions. Et c’est tant mieux !

La bande-annonce

Urchin ★★★☆

Mike est un « urchin », un voyou, un garnement. Il fait des allers-retours entre des foyers, la rue et la prison. Il s’y retrouve une fois encore après un vol avec agression. Il en ressort quelques mois plus tard. Sera-t-il enfin sur la voie de la rédemption ?

Urchin est l’œuvre de Harris Dickinson, un jeune acteur en voie de starification, qui partageait la tête d’affiche de Babygirl avec Nicole Kidman et celle de Iron Claw avec Zac Effron avant d’interpréter prochainement John Lennon sous la direction de Sam Mendes. La jeune star a réalisé son premier film. Il laisse le premier rôle à Frank Dillane récompensé par le prix du meilleur acteur de la section Un certain regard à Cannes l’an dernier. Récompense méritée tant son interprétation est incandescente.

Urchin raconte, sans effet de manche, sans figure de style, une page de la vie d’un SDF. On voit Mike tenter de renouer avec une vie normale, travailler dans les cuisines d’un restaurant, s’essayer à la vie de couple avec une collègue de travail. Urchin n’est pas un film social, un film à thèse, façon Ken Loach dans lequel la grandeur des gens de peu est glorifiée et l’inhumanité d’une société sans cœur stigmatisée.

Son personnage est extraordinairement ambigu ce qui en fait la richesse et l’intérêt. Mike est-il un gamin détruit par une enfance sans amour dont la rédemption est possible ? ou un sauvageon perverti que rien n’empêchera de glisser inexorablement sur la pente de ses addictions ? Si j’osais, je dirais qu’on aura l’une ou l’autre opinion de lui selon qu’on est de droite ou de gauche. Etant au centre, j’ai eu les deux et j’ai adoré cette indécision.

La bande-annonce

« Hurlevent » ★☆☆☆

On a quasiment tous lu un jour ou l’autre l’unique roman d’Emily Brontë, morte à trente ans, Les Hauts de Hurlevent, ou vu une de ses innombrables adaptations cinématographiques ou télévisuelles, la plus remarquable étant à ce jour celle de 1939 avec Lawrence Oliver et Merle Oberon. On se souvient qu’Heathcliff est un bohémien adopté par M. Earnshaw et élevé dans sa ferme perdue dans les landes venteuses du Yorkshire. Heathcliff est en butte à l’hostilité du fils aîné de M. Earnshaw – un personnage qui disparaît dans le film de 2026. En revanche, il est l’objet des tendres attentions de sa fille, Cathy, qui, doit se résoudre à épouser un riche bourgeois, Edgar Linton.

À partir de ce point de départ, Emerald Fennell réalise une superproduction hollywoodienne à 80 millions de dollars, sortie en grande pompe dans le monde entier pour la Saint Valentin, dont le principal atout est ses deux têtes d’affiche. Margot Robbie et Jacob Elordi (que Fennell avait dirigé dans Saltburn) sont les deux stars les plus sexy du moment dont la présence au casting est censée séduire l’humanité tout entière, homme ou femme, hétéro ou homo.

Le film est un immense vidéo-clip à leur dévotion façon Mylène Farmer ou Jean-Paul Gaultier dans lesquels ils apparaissent tour à tour vêtus des costumes les plus incroyables et coiffés des perruques les plus impressionnantes. Le tout est filmé dans des décors d’une artificialité revendiquée – ainsi de la chambre à coucher de Cathy dont les murs sont recouverts de latex qui reproduisent la peau, les veines et même les grains de beauté de Margot Robbie. Les deux acteurs, constamment trempés par les embruns du Yorkshire et/ou leurs larmes qui coulent à flots, y affichent les signes de la plus fougueuse des passions.

Le tout prête souvent à sourire alors que tel n’est pas évidemment sa fonction. On se demande si on n’est pas en train de regarder le plus grand navet de l’année, une sorte de 50 nuances de Grey épicé d’une petite pointe de SM pas trop relevé pour ne pas effaroucher le cœur de cible des 12-16 ans. J’ai hésité à mettre zéro étoile et, par bonté d’âme, parce que je ne me suis pas ennuyé une seule seconde, parce que les décors m’ont bluffé, parce que Margot Robbie est à mes yeux la plus belle actrice du monde et du moment, je lui en ai mis une.

PS : Pourquoi diable le titre est-il entre guillemets ?

La bande-annonce

Aucun autre choix ★★★☆

You Man-su s’est fait sèchement licencier de l’entreprise où il travaillait fidèlement depuis vingt-cinq ans. Il sombre lentement dans la dépression en essayant sans succès de retrouver un emploi. Sa prime de licenciement dépensée, il doit désormais, la mort dans l’âme, penser à réduire le train de vie de sa famille. Sa recherche d’emploi restant vaine, il fomente un plan machiavélique : éliminer le cadre qui occupe le poste qu’il convoite et y candidater après avoir écarté tous les candidats potentiels à son remplacement.

Aucun autre choix est la seconde adaptation d’un roman de Donald Westlake publié en 1997. On devait la première à Costa-Gavras. Tournée en Belgique, elle était sortie en 2005 sur les écrans français.. José Garcia y interprétait à contre-emploi le rôle de ce chômeur serial killer.

Le Couperet était un thriller où un homme, suivant une logique criminelle, éliminait l’un après l’autre ses rivaux potentiels. Aucun autre choix suit la même trame linéaire, mais se donne le temps de s’en écarter (il dure deux heures dix-neuf). C’est d’ailleurs ce qui en fait l’intérêt.

Il commence par une (longue) mise en place, où l’on découvre You Man-su, sa femme, son beau-fils, sa fille, violoncelliste surdouée et autiste, ses deux chiens… C’est très progressivement que l’intrigue se met en place, lors de la scène capturée sur l’affiche, au cours de laquelle le héros réalise qu’éliminer le cadre dont il ambitionne le poste ne règlera pas son problème et qu’il faut préalablement éliminer d’abord les candidats potentiels à ce poste s’il venait à se libérer. Il passe alors une fausse petite annonce qui lui permet de récolter les CV de ses rivaux potentiels.

Commence alors une lente chasse à l’homme où You Man-su, par un troublant effet de miroir, se retrouve face à des chômeurs aussi paumés que lui. Le premier a sombré dans l’alcoolisme au grand dam de son épouse. Le second a trouvé un emploi chez un marchand de chaussures (comme Marty Mauser !). Sa dernière victime, le cadre qu’il veut remplacer, nage dans l’opulence mais n’en mène pas pour autant une vie plus épanouie.

Park Chan-wook est sans doute l’un des plus grands réalisateurs coréens avec Bong Joon-ho, l’auteur de Parasite. Il a signé quelques-uns des films les plus marquants du dernier quart de siècle : je ne me suis toujours pas remis du traumatisme causé par Old Boy. Le sens de la provocation qu’il déployait dans ses premiers films sanguinolents est mis ici au service d’un propos plus politique : Aucun autre choix est une dénonciation implacable du capitalisme et de l’aliénation au travail qu’il fait naître.

Aucun autre choix est volontiers gore. Il est fort légitimement interdit aux moins de douze ans. Ceux qui espéraient voir pour la Saint Valentin une romance sucrée lui auront hélas préféré Hurlevent (que je chroniquerai demain). Il n’en reste pas moins un vrai et grand moment de cinéma jubilatoire par l’énergie qu’il dégage, la parfaite maîtrise de ses effets et la qualité exceptionnelle du jeu de son acteur principal, Lee Byung-Hun, acteur fétiche de Park Chan-Wook depuis Joint Security Agreement.

La bande-annonce

Les Voyages de Tereza ★☆☆☆

Tereza a soixante-dix-sept ans. Dans un Brésil dystopique où les personnes âgées ne doivent plus peser sur la population active et sont invitées à quitter leur maison pour s’installer dans des « colonies », l’heure du départ va bientôt sonner pour elle. Mais cette femme indépendante et encore ingambe s’y refuse de toutes ses forces. Avant la retraite, elle veut réaliser un ultime rêve : voler. Aussi déjouant la télésurveillance, s’enfuit-elle à travers l’Amazonie.

Les Voyages de Tereza est un petit film brésilien dont le pitch rappelle inévitablement Soleil vert, un des plus grands films de science-fiction qui a marqué des générations de cinéphiles, ou plus récemment le japonais Plan 45. Mais la piste est trompeuse. Les Voyages de Tereza n’a rien de science-fictionnel ou de dystopique.

L’argument n’est qu’un prétexte à un « boat-trip », l’errance aquatique sur l’Amazone et ses affluents d’une vieille femme qui ne veut pas mourir avant d’avoir réalisé son rêve. Cette errance est parsemée de rencontres : le propriétaire d’un bateau qui lui enseigne des rudiments de navigation et utilise la bave turquoise de certains escargots pour s’offrir des trips déjantés, celui d’un ULM qui refuse de décoller malgré ses multiples tentatives, une prédicatrice évangéliste qui commercialise des bibles électroniques…

Les Voyages de Tereza ne dure qu’une heure vingt-six à peine. Il s’arrête brutalement alors qu’on pensait n’en être qu’à son début, comme si le réalisateur était à court de pellicule. Sa fin est d’autant plus brutale qu’elle laisse en suspens les deux questions posées par le film : en quoi consiste la mystérieuse « colonie » où sont conduites les personnes âgées ? Tereza réussira-t-elle enfin à accomplir son rêve ?

La bande-annonce

La reconquista ★☆☆☆

Manuela et Olmo se sont passionnément aimés à quinze ans. La vie les a séparés. Ils se retrouvent avec nostalgie quinze ans plus tard.

Jonás Trueba est un réalisateur espagnol à l’aura grandissante. Il est devenu célèbre avec Eva en août et a confirmé son talent avec ses films suivants : Qui à part nous (pour ceux qui ont tenu pendant ses trois heures quarante), Venez voir et Septembre sans attendre. Avant ces trois films-là, Jonas Trueba avait réalisé en 2016 La reconquista (avec ou sans majuscule ?) resté inédit en France. C’est le premier film tourné avec son actrice fétiche Itsaso Arana, devenue depuis sa compagne à la ville.

Son sujet est de ceux qui me touchent infiniment : la nostalgie des premières amours. Son pitch, son titre, sa première moitié semblent dérouler un scénario assez prévisible : Manuela et Olmo se retrouvent après une longue séparation, se remémorent leur ancienne relation et, alors que la nuit avance, se convainquent de l’erreur commise en se séparant. Mais le scénario n’emprunte pas cette voie (trop ?) attendue. Il en emprunte une autre au petit matin quand Olmo reprend son scooter, quitte Manuela et rentre chez lui où l’attend sa femme. C’est alors que s’ouvre la seconde moitié du film – que laissait augurer la moitié haute de l’affiche : un long flashback mettant en scène les deux tourtereaux quinze ans plus tôt.

Le tour que prend le film a certes l’avantage d’éviter l’écueil d’un scénario trop prévisible. Mais le résultat n’est pas meilleur que ce qu’on escomptait. Au contraire, le film est déséquilibré entre ses deux pieds, ses deux époques et ses quatre acteurs. Peut-être aurait-il été mieux construit si le montage avait opté pour des allers-retours. Le parti pris est particulièrement languissant, conduisant à une seconde moitié interminable où on se demande à chaque plan si ce sera le dernier, le film ayant très bien pu se finir sur le long plan séquence d’Olmo rentrant chez lui en scooter.

Décidément, Jonás Trueba n’est pas ma came. Je n’aurai aimé aucun de ses films alors que la critique quasi-unanime s’accorde à en dire le plus grand bien. Pour preuve : Le Monde consacre encore à La reconquista une pleine page et intronise Trueba en « héritier putatif de Rohmer ». Rien moins….

La bande-annonce

Soulèvements ★☆☆☆

Ce documentaire est consacré aux Soulèvements de la Terre, un mouvement créé en 2021 par des militants engagés dans la préservation de l’environnement. Il s’inscrit dans la mouvance écologiste radicale, promeut la désobéissance civile et participe à des actions de « désarmement » contre des projets ou des installations dont ses membres estiment qu’ils portent atteinte à l’environnement, tels que des retenues d’eau, des sites industriels polluants, des exploitations agricoles intensives, des infrastructures routières en cours de construction…

Le documentaire que leur consacre Thomas Lacoste est ouvertement militant et empathique. Il s’agit de donner la parole à ses militants et de présenter le mouvement dans sa diversité.

Les Soulèvements de la Terre partagent une double conviction : la primauté des droits de la Nature et l’urgence de les défendre. Cette urgence autorise des actions illégales. Elles constituent, selon les Mouvements de la Terre, une réponse légitime à un pouvoir politique et économique qui exerce une violence structurelle et oppressive. Ce sera le cas notamment à Sainte-Soline, un combat qui a marqué l’histoire du mouvement mais auquel hélas le documentaire ne donne pas la place qu’il aurait méritée, ou contre l’A69 dans le Tarn.

Le pouvoir a tenté de dissoudre le mouvement sans succès, le Conseil d’Etat ayant annulé le décret pris en juin 2023 par le ministre de l’intérieur. Il criminalise leurs actions, y voyant des atteintes à la propriété, aux biens et aux personnes. Il lui oppose une violence disproportionnée comme l’ont montré les affrontements sanglants entre les manifestants et les forces de l’ordre à Sainte-Soline.

Aucun contrepoint n’est opposé à la présentation de ces thèses. La parole ne sera jamais donnée aux pouvoirs publics, aux forces de l’ordre, aux juges, aux grandes organisations agricoles ou aux autres mouvances écologistes prônant des actions moins radicales.

Selon qu’on est ou pas un militant de la cause, on portera un regard différent sur ce documentaire. Sur un terrain moins polémique, on peut s’accorder sur ses qualités cinématographiques, médiocres. Le documentaire est une succession d’interviews, trop longues, mal montées, dont la seule qualité est de donner à voir le mouvement dans la diversité des luttes qu’il mène. Sa durée est la seule chose qui le distingue du documentaire télévisuel formaté de cinquante-deux minutes.

Je l’ai vu dans une avant-première organisée avec le journal L’Humanité dans une salle acquise à la cause qui lui a réservé une ovation. Je crois pouvoir affirmer sans crainte de me tromper que l’ovation était moins destinée à l’objet filmique et à ses qualités cinématographiques qu’à la cause qu’il présentait. Ce militantisme ne m’a nullement choqué. Il ne méconnaît aucune règle qui encadre en France la liberté d’expression. Mais il m’a fait penser à la polémique qui avait entouré l’automne dernier la diffusion du film Sacré Coeur par la société Saje, ouvertement prosélyte et accusé d’être financé par l’extrême droite. Pourquoi un documentaire sur le Sacré-Cœur provoque-t-il un tel tollé ? pourquoi un autre sur les Soulèvements de la Terre – ou sur des idéologies qui s’inscrivent à gauche voire à l’extrême gauche de l’échiquier politique comme on en voit treize à la douzaine – ne fait-il pas débat ?

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Les Dimanches ★★★☆

Ainara a dix-sept ans. Intimement attirée par la vie monastique, elle hésite à prendre le voile. Mais sa vocation religieuse se heurte à bien des résistances. La société la considère comme une bizarrerie anachronique. Sa famille y voit le risque d’un endoctrinement sectaire.

Ce film est un bijou qui décevra à la fois les bigots qui, à son pitch, escomptaient un film de la même veine que Sacré Cœur, et les laïcards forcenés qui dégainent leurs revolvers dès qu’ils entendent le mot religion. Car Les Dimanches réussit miraculeusement à tenir la balance égale entre les deux extrêmes, celui d’une religiosité pure de tout questionnement et celui d’un sécularisme qui considère toute pratique religieuse comme une dangereuse dérive sectaire.

Comment peut-on devenir religieuse aujourd’hui ? C’est sur un mode presqu’ironique que la question est posée tant elle peut sembler anachronique. Comment diable (!) une jeune adolescente en pleine possession de ses moyens pourrait-elle être attirée de nos jours par une vie de réclusion et de silence entre les quatre murs d’un couvent glacial au milieu de vieilles filles voilées et velues ?

Alors que le lycée se termine, la vie offre tous ses possibles à Ainara : l’université, les études, les voyages, les fêtes… Son père, endetté jusqu’au cou par l’ouverture de son restaurant, sa tante, qui sert à Ainara de mère de substitution depuis la mort de sa génitrice, et sa grand-mère l’incitent à croquer la vie. Ils réagissent très mal quand Ainara s’ouvre à eux de son projet. Certes, en bons Espagnols, ils ont été élevés dans la foi catholique mais ne sont plus guère pratiquants. Ils craignent pour leur fille/nièce/petite-fille chérie qu’elle se fasse embrigader et ne puisse faire machine arrière. Que doivent-ils faire ? la laisser partir au risque de la perdre ou qu’elle se perde ? la retenir contre sa volonté ?

La jeune actrice Blanca Soroa oppose son visage de madone et son épaisse chevelure à la Mona Lisa coupée par une sage raie au milieu à tout le tohu-bohu qui règne autour d’elle. Elle n’entretient pas de relation malsaine au corps ou à la chasteté. Il n’y a chez elle aucun manque à combler, aucun traumatisme à soigner, juste un appel qui se fera peut-être entendre et auquel elle est prête à répondre. C’est peut-être la partie la plus difficile à comprendre pour ceux qui, comme moi, n’ont pas la foi : l’entrée dans les ordres n’est pas une décision souveraine mais la réponse à un appel transcendant.

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