
C’est le grand jour pour Nina Cardi (Pauline Clément), une jeune sociétaire de la Comédie-Française. Le jour de la première de sa première mise en scène au Français. Elle s’est attaquée à un monument : Macbeth de Shakespeare. Et, à trois heures du rideau, tout semble se liguer contre elle : Pauline a perdu son badge, l’actrice principale en galère à Brest doit être remplacée au pied levé, les éclairages ne sont pas réglés, les acteurs sont tétanisés par le trac…
Je suis allé voir avec quelques réticences ce film. J’imaginais déjà son scénario prévisible : une succession de galères s’enchaînant tambour battant avant que le rideau ne se lève et que la magie du théâtre opère dans un happy end fédérateur. Mes craintes étaient renforcées par la lecture de quelques critiques sanglantes, écrites notamment par une amie férue de théâtre qui tente depuis des années de me convertir à un art auquel je reste obstinément sourd. En entrant dans la salle de cinéma hier après-midi, mon inquiétude a encore augmenté : elle était pleine de retraités grabataires en déambulateur, accompagnés de leurs enfants (sexagénaires) qui pensaient sans doute qu’un film sur la Comédie-Française constituerait pour leurs vieux parents une stimulante distraction dominicale.
J’ai vite ravalé mes a priori sarcastiques devant un film pétillant qui m’a fait rire du début à la fin et dont la séquence sentimentale a même réussi à faire perler une larme. Il est l’œuvre des deux co-réalisateurs de la pastille humoristique Broute diffusé de 2018 à 2022 sur Canal + qu’on n’attendait pas sur ce terrain là. Mais leur humour fait mouche et la présence de Pauline Clément, qui avait participé à la création de Broute, fait des étincelles. C’est sur elle que repose le film tout entier qui la voit courir dans tous les sens pour régler les problèmes qui lui pleuvent sur la tête.
La totalité du casting est interprété par des sociétaires de la Comédie-Française qui jouent non seulement le rôle des acteurs – Laurent Stocker fait un Macbeth vaniteux à souhait – mais aussi celui du gardien (Guillaume Galienne), du régisseur (l’immense Christian Hecq), de l’ouvreur (Sefa Yeboah), de la maquilleuse (Sephora Pondi)… et même celui de la ministre de la culture (Françoise Gillard). Le film est également l’occasion de visiter les coulisses du théâtre, le tournage ramassé en trois semaines ayant bénéficié d’une fermeture exceptionnelle pour travaux.
Télérama a bien raison d’y voir « la comédie française de l’été », Prix du public et Prix spécial du jury au dernier Festival de l’Alpe d’Huez, qui séduira tous les publics, avec ou sans déambulateur.








