
Elisabeth (Agathe Rousselle, découverte dans Titane) est américaine et vit à Paris. Faute de mieux, elle est employée par un service de conciergerie chargé, alors que les Jeux olympiques commencent, de réserver le meilleur accueil à des hôtes VIP dans de luxueux appartements. Le travail n’est pas facile et Isabelle vit mal la pression d’un patron toxique et les lubies de ses clients. Mais la rencontre d’Elijah (Alex Lawther), Américain hyper cool aux cheveux roses, conduit Elisabeth à relativiser bien des choses.
Ainsi présenté, A Second Life pourrait laisser augurer une RomCom mielleuse à la Emily in Paris. Or, tel n’est pas le sujet de ce premier film, tourné à l’arrache, sans autorisation, dans les rues joyeuses et cosmopolites d’un Paris qui accueillait durant l’été 2024 les Jeux. Il s’agit plutôt du portrait d’une jeune fille anxieuse, à défaut d’être en feu. Comme le héros du Virtuose, Elisabeth souffre d’une affection auditive qui l’a obligée à s’appareiller. Le chaos du monde, bruyant et agressif, lui arrive déformé à travers ses écouteurs. Comme dans Le Virtuose, comme dans Sorda, A Second Life a réalisé un gros travail sur le son, nous donnant à entendre les mêmes rumeurs confuses, le même brouhaha que celui qu’Elisabeth entend, selon qu’elle porte ou non ses appareils.
A Second Life est l’occasion de se replonger dans la fièvre joyeuse de l’été 2024. J’y ai été d’autant plus sensible que je faisais partie de ces vieux Parisiens ronchons qui appréhendaient avec déplaisir cette invasion de touristes et qui, une fois les Jeux commencés, ont communié avec enthousiasme à la liesse populaire. En regardant le film, j’ai retrouvé les lieux familiers où je passe chaque jour – la place de l’Hôtel de Ville, la rue Saint-Honoré, celle du Pont-Neuf… – et la foule enjouée des touristes en goguette.
C’était la même atmosphère que filmait déjà Le Rendez-vous de l’été. Ces deux films, qui se déroulent exactement au même endroit et au même moment et mettent l’un comme l’autre en scène une jeune héroïne, méritent d’être mis côte à côte. Le premier est une variation typiquement rohmérienne du thème ; A Second Life en est une déclinaison plus moderne, plus tendue, plus gender fluid.
Elisabeth n’est pas sereine, mais au contact d’Elijah le deviendra lentement. Sa rencontre avec ce jeune ludion américain ne sera pas le début d’une belle histoire d’amour comme dans les comédies romantiques américaines, mais lui donnera l’occasion d’un nouveau départ et de commencer une « seconde vie » moins angoissante et moins angoissée.








