
Épouse effacée d’Antoine Casetta (Eric Caravaca), l’héritier d’une riche famille d’industriels angevins, Marianne (Mélanie Thierry) a tout d’une « femme de ». Sa belle-mère, asservie à un époux tyrannique, vient de mourir ; son beau-père (l’immense dramaturge Jérôme Deschamps méconnaissable) exige d’elle des soins attentifs. La fille aînée de Marianne est en pensionnat et son fils cadet, qui héritera un jour du château familial et de la direction de l’entreprise, ressemble chaque jour un peu plus à son père et à son grand-père. Marianne chasse l’ennui en entretenant une liaison avec son beau-frère (Arnaud Valois). L’arrivée impromptue d’un photographe (Jérémie Renier) croisé dans son adolescence éveille en elle des désirs d’évasion.
David Roux avait réalisé en 2018 l’excellent L’Ordre des médecins. Jérémie Renier y jouait le rôle du chef de service d’une unité de gériatrie confronté à des dilemmes éthiques face à l’agonie de sa propre mère. Il a fallu attendre près de huit ans la sortie de son film suivant où Jérémie Renier, encore lui, le cheveu long et gras, est invité dans un second rôle.
C’est Mélanie Thierry qui interprète le premier. On la verra beaucoup ces jours-ci puisqu’elle est en haut de l’affiche de Morlaix, qui sortira mercredi prochain, et de C’est quoi l’amour ? en salles le 6 mai. La jeune « Lolita » – pour reprendre les propres mots de son interview dans Le Parisien avant-hier – a magistralement négocié le virage de la quarantaine. La plus belle bouche du cinéma français – ça, c’est moi qui l’ajoute, en tremblant qu’on me reproche mon male gaze libidineux – est dans tous ses rôles d’une présence magnétique, d’une justesse parfaite : en navigatrice échouée se battant pour sa survie dans Soudain seuls, en cadre essorée aspirant à un retour aux sources dans Connemara, en prostituée maternante dans La Chambre de Mariana… La coupe au carré, elle incarne à merveille une héroïne qu’on croirait tout droit sortie d’un film de Chabrol ou d’un livre de Mauriac.
La Femme de, adaptée d’un livre d’Hélène Lenoir dont on se demande pourquoi on n’a pas gardé le titre, Le Nom d’avant, alors même qu’il y fait à deux reprises allusions, fait en effet immanquablement penser à ces deux auteurs. On y respire, comme chez Mauriac, l’atmosphère étouffante des grandes demeures provinciales. On y partage, comme chez les héroïnes de Chabrol, la tentation transgressive de la subversion. Un seul regret peut-être : un scénario qui, s’il réserve son lot de rebondissements et garde le rythme, est trop sage pour laisser une marque durable.








