
Claudia (Angela Molina qu’on vient de voir dans Cosmos) est une grande actrice de théâtre atteinte d’un glioblastome incurable. Sentant venir sa fin prochaine, elle a décidé d’aller en Suisse pour s’y donner la mort. Son compagnon, Flavio, a décidé de l’accompagner. Claudia et Flavio doivent annoncer la nouvelle à leurs trois enfants.
Des films sur la fin de vie et l’euthanasie passive, on en a déjà vu beaucoup. J’ai gardé un souvenir poignant de Quelques heures de printemps (2012) avec Vincent Lindon et Hélène Vincent car c’était peut-être la première fois que je voyais ce thème traité à l’écran avec une telle frontalité. D’autres films ont suivi : Blackbird avec Susan Sarandon, L’Ordre des médecins avec Jérémie Renier, Tout s’est bien passé adapté d’un récit autobiographique d’Emmanuèle Bernheim, La Chambre d’à côté d’Almodovar.
Polvo Seran – un titre qui s’inspire d’un verset bien connu de la Genèse : « Porque polvo eres y al polvo volverás » (« Car tu es poussière et tu retourneras à la poussière ») – tient les promesses de son titre. Ses dernières images documentent avec une précision morbide la crémation d’un cercueil et la collecte des cendres du défunt. On en ressort passablement secoué.
Le réalisateur Carlos Marques-Marcet fait un pari culotté : le recours à la comédie musicale. Qui connaît mon adoration inconditionnelle pour La La Land et pour Les Parapluies de Cherbourg sait mon inclination pour ce genre cinématographique. Mais son utilisation se justifie à trois conditions : que la musique en vaille la peine, que la chorégraphie soit parfaite, que les scènes musicales ne se réduisent pas à des intermèdes mais servent à faire avancer l’action. Pas sûr que ces trois conditions, et en tous cas la troisième, soient remplies…
Polvo Seran compte trois parties. Les deux premières se déroulent en Espagne sous un beau soleil printanier dans la belle maison de Claudia et de Flavio et dans le jardin qui l’entoure. Ils y ont réuni leurs trois enfants : la sœur benjamine qui est la seule à vivre près de ses parents et assume la charge mentale de leur bien-être, la sœur aînée, mariée et mère de famille qui vit loin d’eux, s’est déchargée sur sa benjamine du soin de leur garde tout en lui reprochant paradoxalement la proximité dont elle jouit et enfin l’unique garçon dont on comprend qu’il s’est expatrié au Chili et qu’un vieux contentieux (lié à son homosexualité ?) l’oppose à son père. Cette réunion familiale a pour prétexte le mariage de Claudia et de Flavio qui vivaient jusqu’alors en concubinage ; mais sa raison d’être est l’annonce de la décision de Claudia et celle, tout aussi dramatique, de Flavio qui a décidé de se donner la mort en même temps qu’elle.
La troisième partie se déroule en Suisse, sous la neige.
Cette troisième partie quasi-documentaire est la plus perturbante. Peut-être le scénariste aurait-il dû se concentrer sur elle. Le film tel qu’il est construit marche sur deux pieds déséquilibrés : la bruyante assemblée familiale des deux premières parties espagnoles vs. l’épilogue suisse.








