
Un instituteur d’une école primaire du sud du Japon est accusé par une mère d’élève d’avoir harcelé Takuto, l’un de ses élèves, de l’avoir frappé et de l’avoir même poussé à se suicider.
Takashi Miike aurait réalisé plus de cent-vingt films. Seule une minorité est sortie en France, qui ne permet guère qu’une vision partielle de l’œuvre de ce réalisateur prolifique. J’ai gardé un souvenir vif de l’ambiance sado-masochiste de Audition, au début des années 2000, interdit aux moins de seize ans.
Son dernier film est beaucoup plus classique. Il est tous publics, alors que sa bande-annonce (qui contient une scène qui ne figure pas dans le film et laisse augurer un événement qui finalement ne s’y déroule pas), elle, est interdite aux moins de douze ans – une telle classification est rarissime.
Son sujet est terriblement contemporain – et on constate qu’il est hélas universel : la mise en accusation d’un enseignant pour les maltraitances qu’il a fait subir à un de ses élèves. Le sujet du film n’est pas la maltraitance proprement dite mais l’innocence d’un enseignant injustement accusé, lâché par sa hiérarchie et bientôt victime d’un lynchage médiatique.
La bande-annonce du film et sa première moitié sont remarquables parce qu’elles ne tranchent pas sur la la culpabilité ou l’innocence du héros. Elles nous présentent d’abord un odieux personnage, manifestement coupable de harcèlement et de maltraitance, avant de renverser complètement nos préjugés en nous le présentant sous un tout autre jour. Le renversement aurait pu être plus subtil, comme il l’est d’ailleurs lorsque nous est décrite deux fois la visite tardive de l’enseignant chez la mère de Takuto, en envisageant façon Rashōmon l’exacte même scène de deux points de vue différents. Mais l’effet est là qui plonge dans le doute le spectateur : l’instituteur est-il coupable ou innocent ?
Le défaut de Sham est de prendre fait et cause pour l’instituteur dans sa seconde moitié et d’y perdre toute ambiguïté. Ce qui y est raconté devient beaucoup plus univoque. Il s’agit de la descente aux enfers de l’instituteur abandonné de tous, sinon de sa femme et de son fils, obligé à des excuses publiques humiliantes, mis à pied, lynché médiatiquement, puis mis en accusation devant la Justice. Et après la descente aux enfers vient, comme de bien entendu, la rédemption : la rencontre avec un avocat qui accepte de prendre sa défense et les audiences d’un procès au fil desquelles tombent l’une après l’autre toutes les fielleuses accusations de la mère de Takuto.
Le récit ambigu d’une situation qui brouillait le vrai et le faux devient un récit à charge sur les dénonciations mensongères en milieu scolaire.








