
Otto Vidal (Milo Machado-Graner, l’enfant malvoyant d’Anatomie d’une chute) a quatorze ans. Elève de troisième d’un collège d’une petite ville de Normandie, il est la tête de Turc de ses camarades. Poussé à bout, il décide de se suicider. Il écrit une lettre d’adieu, la photocopie en cinquante exemplaires, la poste à tous les élèves de son collège avant de se jeter du haut d’un pont. L’instinct de survie est toutefois le plus fort. Douché mais indemne, Otto regrette son geste. Mais c’est trop tard : le courrier a déjà été levé et distribué.
Otto se cache dans un pensionnat désaffecté. Une jeune collégienne, Léna (Jane Beever), l’y débusque et le prend sous sa coupe. Elle le loge dans une chambre vide de la pension de famille que tient sa mère, le ravitaille, le choie. Les deux adolescents s’attachent l’un à l’autre et rêvent de disparaître.
Félix de Givry est un réalisateur étonnant. Après des études à Sciences Po, il travaille avec Olivier Assayas et se voit confier le premier rôle d’Eden de Mia Hansen-Løve. Avec son ami Ugo Bienvenu, le réalisateur d’Arco, il crée une société de production. Adieu monde cruel est son premier long métrage.
Il se présente, dès son générique, comme un hommage appuyé à la Nouvelle Vague. Lisieux y ressemble à Thiers où Truffaut tournait en 1975 L’Argent de poche. La voix off est celle de Françoise Lebrun, l’héroïne aujourd’hui octogénaire de La Maman et la Putain. La musique très présente d’Arnaud Toulon, césarisée pour celle d’Arco, rappelle celles de Georges Delerue.
L’intemporalité, l’hommage un peu trop appuyé à un cinéma qu’on pourrait juger désuet, la voix off omniprésente, les fondus au noir pourraient être malvenus. Mais Adieu monde cruel réussit son pari audacieux. Il réussit à nous embarquer dans une histoire pas toujours très crédible mais d’un romantisme fou.








