Rural ★★☆☆ / Pédale rurale ★★☆☆ / Un été à la ferme ★★☆☆

Hasard du calendrier ou heureuse coïncidence : arrivent sur les écrans simultanément ces trois documentaires ainsi que la ressortie de la trilogie que Raymond Depardon a consacrée au monde paysan (L’Approche sorti en 2001, Le Quotidien en 2005 et La Vie moderne en 2008). Ils ont en commun de nous dire quelque chose de la ruralité et de la façon dont elle est filmée aujourd’hui.

À la lecture du Mag, le magazine hebdomadaire du Monde, j’ai appris le week-end dernier ce qu’était l’urban gaze, un concept forgé par la journaliste Emma Conquet : « cousin éloigné du male gaze, qui décrit la tendance des cinéastes masculins à sexualiser les personnages féminins, l’urban gaze est le produit d’une industrie centralisée à Paris, composée de professionnels majoritairement issus de la bourgeoisie et du monde intellectuel ».

Le concept peut s’articuler à deux voire à trois niveaux. D’abord, l’objet filmé : le cinéma filme la ville mieux qu’il filme la campagne. Elle a longtemps constitué un angle mort dans sa prétention encyclopédique à filmer la vie telle qu’elle est. La vie, oui, pourrait-on objecter aux cinéastes de la Nouvelle Vague et à leurs héritiers…. mais la vie en ville !

Ensuite l’identité de ceux qui filment : le cinéma est l’œuvre de citadins qui, même quand ils s’aventurent au-delà du périphérique, portent un regard biaisé car situé sur l’objet qu’ils filment. On retrouve ici les analyses marxisantes d’un Bob Grams qui, dans  Bourgeois Gaze. La domination de classe au cinéma, adresse au monde du cinéma la même question que celle que lançaient irrespectueusement les soixante-huitards à leurs maîtres : d’où parlez-vous ?

Troisième niveau de lecture postérieur aux deux premiers, au double constat d’une ruralité rarement filmée et filmée du point de vue de la ville : la dimension programmatique, à la fois artistique et politique. Il faut filmer le monde rural. Et il faut le filmer autrement. On a commencé à le faire depuis une vingtaine d’années – et, ici encore, Depardon fait figure de pionnier avec sa trilogie Profils paysans. On le fait dans des fictions, comme Petit Paysan, Au nom de la terre ou Vingt Dieux, dans des documentaires comme La Ferme des Bertrand, qui rencontrent un succès à la sociologie étonnante. Ces films là cartonnent…. à la campagne, auprès de spectateurs qui semblaient avoir délaissés le cinéma. Rien au fond que de très logique : les spectateurs aiment à se voir.

Les trois documentaires qui sont sortis la semaine dernière et cette semaine reflètent cette richesse. Ils traitent des mêmes sujets – l’agriculture, la ruralité… –  dans une forme documentaire très classique et assez proche (comme en atteste la ressemblance de leurs affiches) mais en choisissant trois angles d’approche très différents.

Rural d’Edouard Brégeon, le réalisateur d’Au nom de la terre, est le mieux distribué. Il se focalise sur la figure de Jérôme Bayle, un agriculteur du Volvestre pyrénéen devenu le leader charismatique du mouvement des agriculteurs en janvier 2024 et vainqueur surprise des élections à la chambre d’agriculture de Haute-Garonne en janvier 2025. À vouloir trop embrasser, Rural mal étreint les deux sujets qu’il s’est donné pour mission de traiter : on n’apprend pas grand chose sur le mouvement de protestation, ses origines, ses revendications, sa restructuration et pas grand chose non plus sur Jérôme Bayle, dont on apprend que son père s’est suicidé – comme celui d’Edouard Brégeon – et qu’on voit commencer à transmettre son savoir-faire au fils d’une voisine, mais dont la personnalité nous reste opaque.

Les deux autres documentaires sortis les 4 mars et 25 février sont plus confidentiels. Pédale rurale parle moins d’agriculture que de ruralité. Il se focalise sur Benoît, un personnage queer qui s’est installé à la campagne, dans un Eden iliastrique. Antoine Vazquez, queer revendiqué lui aussi, le filme amoureusement. Il passe à côté du vrai sujet de son film : la préparation par Benoît et par quelques amis LGBTQIA+ de la Gay Pride dans les rues d’un petit village du Nontronnais qui n’était pas habitué à un spectacle aussi décoiffant. C’est l’occasion de faire la radioscopie d’une « homophobie ordinaire » qui gangrène encore les campagnes et qui se manifeste de diverses façons.

Un été à la ferme nous emmène dans le Nord de la France, dans l’Avesnois. On y voit un fermier et ses deux fils, Paul et Germain, pré-adolescents d’une dizaine d’années. Leurs jeux ont l’innocence enfantine des premières bêtises mais posent déjà la question fort sérieuse de leur formation et de leur préparation à une succession qui se fera peut-être un jour. Un été à la ferme pose une question politique intéressante : s’agit-il d’un documentaire de droite – alors que Pédale rurale serait un documentaire de gauche et Rural revendiquerait une forme d’apolitisme hors des partis et des syndicats constitués ? Peut-on y voir une exaltation de la France qui travaille, de la France qui se lève tôt et de la terre qui, on le sait depuis Pétain et Berl, elle, ne ment pas ?

La bande-annonce de Rural
La bande-annonce de Pédale rurale
La bande-annonce d’Un été à la ferme

Alter Ego ★★☆☆

Chauve mais bas du front, Alex (Laurent Lafitte) habite avec sa femme Nathalie (Blanche Gardin) dans un pavillon de banlieue. Un couple de voisins, Axel et Tatiana (Olga Kurylenko) s’installe dans le pavillon mitoyen. Alex est frappé de sa ressemblance avec son nouveau voisin dont il est semble-t-il le seul à s’émouvoir. Alex est surtout très jaloux d’Axel, si séduisant, si sympathique, si sportif, qui le surpasse sur tous les plans et qui vient même d’être embauché par son entreprise où les deux voisins partagent bientôt le même bureau.

Alter Ego sort sur les écrans au lendemain du César du meilleur acteur décerné à Laurent Lafitte pour son interprétation du fantasque photographe François-Marie Banier dans La Femme la plus riche du monde. La récompense, longtemps attendue (jamais nominé pour le César du meilleur acteur, Laurent Lafitte l’avait été trois fois sans succès pour le César du meilleur acteur dans un second rôle) était largement méritée. Mais elle l’aurait plus encore été pour son interprétation incroyable dans Alter Ego. Car les deux rôles gémellaires qu’il interprète, à une moumoute près, lui offrent l’occasion de déployer toute la riche palette de son jeu. Un sourcil dressé, le coin des lèvres qui s’abaissent suffisent à faire pétiller son regard et à donner une physionomie tout autre à Alex/Axel.

Alter Ego est une réalisation de Nicolas & Bruno, un duo de réalisateurs venus de la télévision qui doit sa célébrité aux Messages à caractère informatif, désopilante parodie des films d’entreprise, diffusée sur Canal, raillant l’esprit managérial à la mode durant les années Tapie. Ils avaient pour cadre la Cogip, une société à l’activité floue, qu’on retrouve dans Alter Ego – et dont l’activité demeurera à jamais tout aussi floue. La Cogip est dirigée par un personnage interprété par Zabou Breitman qui arbore une moustache aussi incongrue que drôle. Le reste d’Alter Ego baigne dans une atmosphère étrange, absurde voire fantastique dans la veine des films de Quentin Dupieux (j’ai pensé à Incroyable mais vrai avec Alain Chabat).

Pendant la première demi-heure d’Alter Ego, je me suis imaginé sa fin. Avec la prescience souvent pontifiante qui me caractérise, j’étais certain qu’Alter Ego serait un film sur la perception, reposant sur la distorsion de la réalité chez Axel. J’ai parié qu’il s’agirait d’une hallucination, d’un cauchemar paranoïaque, comme La Moustache de Carrère (un homme se rase la moustache qu’il a toujours portée sans que personne autour de lui ne note ce changement). Je me trompais lourdement. Et c’est tant mieux.

Un scénario rebondissant nous entraîne dans une tout autre voie. On n’en dira pas plus pour ne pas divulgâcher. On se permettra toutefois une question : n’en fait-il pas trop ? le dernier quart d’heure d’Alter Ego est-il une fin à la fois imprévisible et inéluctable ? ou bien un grand n’importe quoi ?

La bande-annonce

Is This Thing On? ★☆☆☆

Après vingt-six ans de mariage, Alex (Will Arnett) et Tess (Laura Dern) décident de divorcer. Ils l’annoncent à leurs deux enfants, à leurs parents, à leurs amis. Rongé par le chagrin, désormais installé seul dans un petit appartement new yorkais, Alex monte par hasard sur une scène de stand-by et y trouve un exutoire à son mal-être. Ancienne joueuse de volley professionnelle, qui a sacrifié sa carrière pour élever ses enfants, Tess aimerait préparer l’équipe nationale américaine aux prochains JO.

Passé à la postérité pour son rôle dans la trilogie Very Bad Trip, la star Bradley Cooper est passée, comme Clint Eastwood, Kevin Costenr et quelques autres, derrière la caméra pour réaliser A Star is Born en 2018 et Maestro en 2023. Aucun de ces deux films ne m’avait convaincu. Tel est le cas aussi hélas de cet Is This Thing On? intraduisible (« on jette l’éponge ? » ou bien « est-ce que notre relation existe encore ? » est la question que se posent Alex et Tess dans la première scène du film).

Bradley Cooper – qui joue un rôle secondaire – laisse le rôle d’Alex à Will Arnett. Suis-je le seul à trouver qu’Arnett et Cooper se ressemblent étonnamment au point parfois de semer le doute sur l’identité de l’acteur qui interprète le personnage ?

J’adresse à ce film trois reproches.
Le premier est son montage qui se pique de modernité, coupe certaines scènes avant leur fin, en filme d’autres avant qu’elles aient réellement commencé.
Les deux autres sont plus substantiels.

L’un est de ne pas trouver très crédible ce quinquagénaire qui monte sur scène et y raconte ses déboires domestiques. On me rétorquera que l’histoire est inspirée de faits réels : la vie du footballeur britannique John Bishop devenu acteur de stand-up à succès après une première carrière dans les stades.

L’autre est d’être une énième comédie du remariage, avec ses rebondissements attendus : séparation, réconciliation, etc. En son milieu on y voit une scène exceptionnelle qui constitue l’axe du film. Elle est à la fois drolatique et malaisante. Je n’en dirai pas plus à son sujet. Mais je n’irai pas jusqu’à vous conseiller d’aller voir le film pour elle.

La bande-annonce

Rue Málaga ★☆☆☆

Maria Angeles fait partie de ces Espagnols tangérois. Elle y est née. Elle y a vécu toute sa vie – comme la propre grand-mère de la réalisatrice Maryam Touzani (Adam, Le Bleu du caftan). Depuis la mort de son époux, elle vit seule dans le bel appartement de la rue Málaga où elle a toutes ses habitudes. Mais sa fille, madrilène et divorcée, qui en a hérité, souhaite le mettre en vente. Maria Angeles accepte dans un premier temps de se plier à ses exigences ; mais ne supportant pas la maison de retraite où sa fille l’a placée, elle décide bientôt de revenir à la rue Málaga en cachette.

On avait vu en 2021 sortir en salles plusieurs films sur le grand âge :  Tout s’est bien passéFallingSupernovaThe Father… Leur concomitance tenait peut-être au hasard. Ou peut-être nous disait-elle quelque chose sur l’état du cinéma et de la société qui mériterait une plus fine analyse : quel regard le cinéma porte-t-il sur les vieux ? quelle place occupent-ils dans la société ?

Rue Málaga a pour héroïne une « vieille » comme on aimerait en voir plus souvent : une presque octogénaire parfaitement ingambe, en pleine capacité de ses moyens intellectuels et d’une élégance soignée qui n’est pas exempte d’un soupçon de coquetterie. Elle est interprétée par la grande Carmen Maura, égérie de la movida, muse d’Almodovar et interprète de ses plus grands films  : Volver (2005), Femmes au bord de la crise de nerfs (1988), La Loi du désir (1986)…

Le scénario est étonnant. Il commence par un renoncement et un déménagement : Maria Angeles accepte sans mot dire, tout en la maudissant in petto, la décision de sa fille qui lui brise le cœur et lui refuse ce qu’elle avait de plus cher : vivre jusqu’à sa mort dans son appartement. Mais, par une machination soigneusement ourdie, dont on peut légitimement interroger la crédibilité, le scénario lui offre au bout d’une demi-heure la possibilité de réintégrer ses murs. La manière dont elle financera sa réinstallation et le rachat de son mobilier auprès d’un antiquaire, moins cupide qu’il n’en a l’air mais plus Cupidon qu’on ne l’aurait imaginé, est tout aussi peu crédible. On n’en dira pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découvrir.

On pourra certes dire avec Elle que Rue Málaga est « charmant et drôle », avec Les Echos qu’il est « émouvant et cocasse ». On pourra aimer l’exotisme de ses décors, ce bout d’Espagne où tout le monde parle espagnol, délocalisé à l’extrême pointe du Maroc. On pourra enfin souligner que Rue Málaga brise un tabou : filmer la sexualité des seniors,  leurs peaux ridées, leurs fleurs de cimetières, leurs bourrelets disgracieux… Pour autant, on serait bien généreux d’y voir une quelconque audace ni même une grande originalité. Carmen Maura, aussi talentueuse soit-elle, coche avec un peu trop de systématisme toutes les cases de la grand-mère idéale pour être autre chose qu’un archétype.

La bande-annonce

Pillion ★★★☆

Fils unique couvé par ses parents, éternel Tanguy incapable de quitter le nid familial, choriste amateur dans un quatuor a cappella, Colin (Harry Melling, ancien cousin obèse d’Harry Potter) est homo et cherche romantiquement l’âme sœur. Le hasard le place sur la route de Ray (Alexander Skarsgård, fils du célèbre acteur suédois Stellan Skarsgård), motard cuir et queer. Irrésistiblement attiré par la beauté et le magnétisme de Ray, Colin accepte le contrat implicite qu’il lui propose : devenir son soumis, s’installer chez lui, coucher au pied de son lit, préparer ses repas, faire ses courses et assouvir sans mot dire tous ses désirs sexuels.

Pillion est interdit aux moins de seize ans à bon droit. Il raconte une liaison SM et compte deux scènes pas piquées des hannetons où on entrevoit – fait suffisamment rare dans un UGC du Quartier latin pour être relevé – une verge de belle taille ornée d’un piercing monumental et happée par la bouche d’un amant gourmand.

Plutôt que de perdre votre temps à lire ma critique, je vous recommande celle de l’excellent Mathieu Macheret dans Le Monde qui, fort subtilement, adresse à Pillion deux reproches.

Le premier justement est de ne pas nous dire grand-chose de cette relation, à part les deux scènes sus(!)-évoquées qui troublèrent les spectateurs qui m’entouraient dans la salle où je l’ai vu hier soir : des quinquagénaires solitaires, dont je me suis immédiatement demandé s’ils étaient plutôt S ou M et, étonnamment, quelques jeunes filles en fleurs qui gloussaient bêtement dès qu’Alexander Skarsgård faisait glisser le zip de sa combinaison. Pillion n’est pas pour autant un film sur le BDSM gay-cuir qui en décrirait les codes, sonderait les âmes de ceux qui s’y adonnent, interrogerait son acceptabilité dans la société contemporaine et montrerait l’impasse ou au contraire l’épanouissement d’une relation fondée sur l’humiliation et l’avilissement. Pillion contient des angles morts, des non-dits qui ne sont jamais levés : quel est le passé de Ray ? son métier ? qui sont les trois femmes dont les noms sont tatoués sur son sternum ? quelle est la nature de l’amitié qui le lie aux autres bikers ?

La relation entre Colin et Ray est la relation homosexuelle d’un esclave à son maître. Mais c’aurait pu être n’importe quelle relation codifiée entre deux êtres humains en quête d’amour : exhibitionnisme, travestissement, sissification, ABDL, etc. Colin est tout simplement amoureux de Ray et il est prêt à tout pour gagner son amour. Et on en vient ainsi à la seconde critique, adjacente à la première : Pillion n’est tout bien considéré qu’une banale comédie romantique.

Les sentiments de Ray sont plus opaques. Qu’éprouve-t-il pour Colin ? On n’en sait rien. Toujours est-il qu’il a accepté que Colin entre dans sa vie à condition qu’il se plie à ses exigences. Colin y trouve-t-il son compte ? Que se passerait-il s’il se rebellait ? C’est ici que Pillion emprunte les codes classiques de la comédie romantique en explorant la domestication du désir, l’éveil des sentiments et leur révélation à travers quelques moments clés comme celui du baiser – on se croirait dans Pretty Woman.

Une fois cette déconstruction très intellectualisante de ce film effectuée, je peux toutefois témoigner du plaisir et de l’intérêt que j’y ai pris. Pillion est un film étonnant, un film hors normes. Il ne cherche pas à choquer gratuitement le bourgeois. Au contraire, il traite avec beaucoup de douceur d’une relation choquante. À ce titre les parents de Colin sont nos porte-parole qui se félicitent que leur fils bien-aimé, dont l’homosexualité est parfaitement tolérée, ait enfin trouvé l’amour mais, en même temps, s’inquiètent qu’il se mette en danger.

Son scénario prend des bifurcations inattendues. J’aurais aimé vous interroger sur la toute dernière [attention spoiler] Après la disparition de Ray, Colin s’inscrit sur une application de rencontre, y affiche son penchant pour la soumission et rencontre un nouveau maître. Cette fin est-elle cohérente avec le personnage ? Pour poser la question autrement, sa relation avec Ray a-t-elle révélé à Colin son penchant pour la soumission, qui sera désormais la forme de toutes ses relations amoureuses futures ? Ou bien – et c’est plutôt mon opinion – Colin n’est pas intrinsèquement un soumis, la soumission ayant été la forme conjoncturelle qu’a prise cette relation-là et que ne prendront pas nécessairement les suivantes ?

La bande-annonce

Au-delà de Katmandou ★☆☆☆

Deux sœurs, Jamuna et Anmuna, vivent à Katmandou loin de leur famille. Jamuna est sur le point de partir étudier au Japon pendant de longues années. Avant son départ, elles retournent une dernière fois chez leurs vieux parents, dans la montagne. Elles y retrouvent leurs deux sœurs qui ont pris des chemins de vie différents. Les deux parents et les quatre sœurs montent tous ensemble vers les sommets pour y récolter le yarsagumba, un champignon-chenille qui se vend à prix d’or.

Les occasions sont rares de voir des films népalais. L’an dernier, on se souvient de Pooja, Sir, un polar féministe très semblable aux films indiens dont on est plus familier. Cette année, à l’autre bout du Népal, ce film-ci nous entraîne sur les contreforts de l’Himalaya à plus de cinq mille mètres d’altitude.

Est-ce une fiction ou un documentaire ? L’ambiguïté n’est jamais levée. Sans doute un peu des deux. Le sujet est sacrément exotique. J’ignorais tout de la récolte du yarsagumba et ai naturellement été transporté par les images à couper le souffle des hautes cimes himalayennes.

Mais de belles images ne suffisent pas à faire un bon film. Au-delà de Katmandou pèche par son scénario trop faiblard qui ne réussit pas à maintenir l’attention pendant l’heure et demie que dure ce trek trop long.

La bande-annonce

Christy and his brother ★★☆☆

Christy va bientôt avoir dix-huit ans. Il a passé son enfance en famille d’accueil mais quitte la dernière qui l’hébergeait après une violente altercation. Il trouve refuge chez son demi-frère, jeune mari et père de famille, qui essaie vainement de lui faire mettre un pied dans le monde du travail. Ensemble, ils devront solder de vieux comptes familiaux.

Christy – traduit en français Christy and his brother pour éviter peut-être la confusion avec le film de David Michôd qui sort en France demain – nous vient d’Irlande. Son action se déroule dans la périphérie de Cork, la deuxième ville du pays. Ses personnages ont un fort accent, difficilement compréhensible à qui, comme moi, n’est pas familier du Munster.

Pour irlandais qu’il soit, Christy and his brother ressemble aux films de Ken Loach. Mêmes personnages empêchés par leurs dures conditions de vie ; même humanité dans la peinture de leurs relations pas toujours simples ; même ciel bas et lourd ; mêmes décors urbains déprimants. On pense aussi au récent Scrapper qui mettait en scène une gamine débrouillarde et son père immature, interprété par Harris Dickinson, dans une banlieue londonienne sans grâce.

Cet air de déjà-vu est la principale qualité et le principal défaut du film. Christy and his brother se regarde sans déplaisir mais s’oublie très vite.

La bande-annonce

Diamanti ★☆☆☆

Alberta Canova (Luisa Ranieri) dirige avec sa sœur, à Rome, dans les années 70, le prestigieux atelier de couture qu’elle a hérité de sa mère. Spécialisé dans la confection de costumes d’époque pour le théâtre et pour le cinéma, il emploie une dizaine de personnes. Il doit répondre à une commande particulièrement délicate pour un film dont la costumière oscarisée se montre extrêmement exigeante.

Ferzan Özpetek est un réalisateur italien d’origine turque aujourd’hui sexagénaire qui, depuis une trentaine d’années, tourne des comédies romantiques élégantes. Homosexuel affiché, il aime raconter des histoires d’amour et d’amitié entre des hommes et des femmes empêchés par leur milieu social. Ses deux films les plus réussis ont déjà près d’un quart de siècle : Tableau de famille en 2001 et La Fenêtre d’en face en 2003.

Il nous livre avec Diamanti un film intemporel qui lorgne du côté de Douglas Sirk et se pose en hommage autoproclamé aux femmes. Pratiquant une forme de film dans le film, il commence par une joyeuse scène durant laquelle il rassemble ses actrices, ses « diamants », de nos jours à Rome sur sa terrasse, autour d’un déjeuner, pour leur présenter le film qu’il leur propose de tourner ensemble.

Le film vaut surtout par son cadre, cet atelier de couture, cette ruche bourdonnante où le bruit ne cesse jamais. Il vaut aussi par ses actrices – car le film se conjugue exclusivement au féminin – qui ont chacune leur histoire à raconter. On se croirait presque dans un film à sketches avec sa succession de courtes historiettes qui mettent en scène chacun des personnages à tour de rôle.

Cette structure nuit à la cohérence de l’ensemble et au scénario dont le seul fil rouge est la confection de la robe que l’héroïne portera dans la dernière scène du film. On pourrait imaginer que c’est celle de l’affiche qu’en fait on ne verra jamais. C’en est une autre, tout aussi imposante mais nettement moins belle.

Diamanti s’étire sur plus de deux heures. Son format mal calibré porte la marque de son défaut de fabrication. Diamanti ressemble plus à une (mini) série, avec sa foule de personnages et d’intrigues secondaires qu’à un film avec un début, un milieu et une fin.

La bande-annonce

Le Son des souvenirs ★★☆☆

Lionel (Paul Mescal) a été bercé pendant toute son enfance au Kentucky par le son des ballades interprétées par ses parents. Il poursuit des études de musique en 1917 à Boston. Il y rencontre David, un autre étudiant en musicologie. Entre les deux jeunes hommes, c’est le coup de foudre, interrompu par la Première Guerre mondiale et le départ de David pour l’Europe. Trois ans plus tard, Lionel et David se retrouvent pour un long voyage hivernal dans le Maine où ils collectent des chants folkloriques.

Le Son des souvenirs avait fait forte impression à Cannes mais en était reparti bredouille. Il est porté par deux des acteurs les plus bankables du moment : Josh O’Connor, découvert avec la saison 3 de The Crown dans le rôle du jeune prince Charles, tête d’affiche de Challengers, Rebuilding et The Mastermind, qu’on retrouvera dans le prochain Spielberg en juin prochain et Paul Mescal (Aftersun, Sans jamais nous connaître, Gladiator II, Hamnet….).

The History of Sound souffre de la comparaison avec Brockeback Mountain : même romance gay entravée, mêmes grands espaces américains sauvages et vierges, mêmes époques reculées, même nostalgie de la vie qu’on aurait pu avoir si on avait eu le courage d’assumer ses sentiments et si on avait vécu à une autre époque…

Brockeback Mountain avait eu un succès éclatant. Il le devait à ses qualités intrinsèques. Il le devait aussi à l’aura tragique de Heath Ledger, qui s’était suicidé deux ans plus tard. Il le devait peut-être surtout à son époque : celle où l’homosexualité a définitivement cessé d’être taboue en Occident et où l’union des personnes de même sexe y a progressivement été légalisée.

Le Son des souvenirs n’a plus cette actualité-là. Il ne résonne plus avec notre époque comme Brockeback Mountain l’avait fait. Il déploie d’autres qualités pour nous séduire. La parfaite interprétation de ses deux acteurs principaux – qui éclipsent tous les seconds rôles. Le sujet qui le sous-tend – l’ethnomusicologie – qui donne à la B.O. une saveur surannée. Sa langueur revendiquée – le film dure plus de deux heures – et son rythme pépère avec une fin qui n’en finit pas et qui risque de venir à bout des spectateurs les moins patients.

La bande-annonce

Les Immortelles ☆☆☆☆

Nous sommes à Nice en 1992. Charlotte (Lena Garrel) et Liza (Louza Aura), lycéennes en terminale, ont dix sept ans et sont inséparables. Elles ont un rêve : monter à Paris et y créer leur duo de musique, sur le modèle des Rita Mitsouko qu’elles adulent. Mais la mort frappe, laissant Charlotte inconsolable.

Les Immortelles se voudrait une ode à l’amitié, à celle qui unit pour la vie deux adolescentes qui se font l’une à l’autre le serment de rester à jamais les meilleures amies du monde. Le film joue sur la corde de la nostalgie en prenant pour cadre la Côte d’Azur au début des années 90. Son esthétique s’en ressent, ses couleurs vives (voir l’affiche), sa musique pop.

Mais hélas, rien ne fonctionne dans Les Immortelles, un film coupé en deux par le drame qui en constitue l’épicentre. Sa première partie raconte niaisement une amitié fusionnelle sur le mode « Hi hi hi ! Le prof de gym est trop sexy !! ». Sa seconde n’a plus rien de niaiseux. On y bascule dans un laborieux travail de deuil et ses étapes obligées (dépression, TDS…) dont on connaît par avance l’issue bisounours.

La bande-annonce