Mica ★☆☆☆

Mica est un gamin de onze ans abandonné à lui-même par des parents qui n’ont pas les moyens de l’envoyer à l’école. Ils le confient à un proche qui l’emmène à Casablanca travailler dans un club de tennis pour bourgeois huppés. Le garçonnet y découvre un monde qui lui est étranger. S’il est vite en butte à l’hostilité des garçons bien nés de son âge qui y prennent des cours de tennis, il s’attire la bienveillance de Sophia, une ancienne championne qui y donne des leçons. Il révèle vite des dons exceptionnels. Mais son statut l’autorise-t-il à participer à un tournoi ?

On se souvient de Ali Zaoua, prince de la rue, le tout premier long métrage de Nabil Ayouch, sorti en 2001, qui documentait la vie de quelques enfants des rues de Casablanca. Mica voudrait s’inscrire dans le même registre, déjà souvent visité depuis Oliver Twist et Sans Famille de l’enfance exploitée.

Le problème est qu’il entend croiser ce sujet là avec un autre : la naissance d’un champion. Le genre n’est pas mauvais en soi, même s’il est lui aussi bien balisé. On en connaît par avance chacune des étapes : d’abord la révélation d’un don, puis les difficultés à le laisser éclater, enfin la victoire finale.

Le problème (décidément, Mica en a beaucoup) est que le film ne va pas au bout de cette logique. Il s’agit moins de la naissance d’un champion que de l’émancipation d’un enfant des rues qui, malgré les obstacles placés sur sa route, pourra se faire une place dans la vie, pourra accéder à une forme de dignité et de reconnaissance.

On aurait scrupule à trouver à redire à ce programme. Pour autant, il est traité avec beaucoup de naïveté. Et la maladresse de Sabrina Ouazani, qui manifestement n’avait jamais tenu une raquette de sa vie, à interpréter une championne se voit et se paie.

La bande-annonce

White Building ★☆☆☆

Samnang a vingt ans. Il forme avec ses deux amis Ah Kah et Tol un trio inséparable. Les trois jeunes gens sillonnent Phnom Penh sur le scooter de Samnang et participent à des concours de danse hip hop en rêvant de devenir célèbres.
L’immeuble où habite Samnang et sa famille est menacé de destruction. Le père de Tol préside l’association des copropriétaires qui est confrontée à un dilemme : accepter l’indemnisation ridicule que leur proposent les promoteurs immobiliers ? ou la refuser au risque de tout perdre ?

White Building a débarqué à la dernière Mostra de Venise – où le prix du meilleur acteur a été décerné à Piseth Chhun, l’interprète de Samnang – avec deux impressionnants parrains : le Chinois Jia Zhangke qui coproduit le film et le Cambodgien Davy Chou avec qui Kavich Neang a cofondé sa société de production. Il partage d’ailleurs nombre de traits caractéristiques avec les films de ces deux réalisateurs : des paysages urbains filmés avec une poésie paradoxale, des scénarios qui interrogent la famille et les défis qu’elle doit relever, un regard nostalgique vers un passé fuyant, une vision désabusée d’une modernité deshumanisée…

Avant de tourner White Building, Kavich Nenang a filmé la destruction du « White » un immeuble emblématique du centre de Phnom Penh construit dans les années soixante, vidé durant le régime des Khmers rouges, finalement rasé en 2017. Il en fit un documentaire intitulé Last Night I Saw You Smiling et sorti en 2019. Deux ans plus tard, il en tire un film – dont il dut reconstituer les décors dans un immeuble voisin, presqu’aussi décrépit.

Son film a valeur de témoignage géographique. Il se veut porteur de la mémoire d’un lieu emblématique. Plus largement, il illustre le combat de petits propriétaires de centres-villes, dans beaucoup de métropoles, contre la promotion immobilière qui les menace d’expulsion et de déclassement, la modicité des indemnités compensatoires et la flambée des prix à l’achat leur interdisant de se reloger au même endroit.

Le problème de White Building est son manque d’originalité. Le cinéma asiatique, et même le cinéma cambodgien, n’est plus aussi exotique qu’à l’époque où il nous parvenait au compte-gouttes. On a déjà eu notre lot de plans-séquences de scooters circulant dans les rues embouteillées d’une métropole asiatique. On a déjà vu, comme dans White Building, des Mères ou des Pères Courage impuissants à enrayer la disparition de leur univers. Certes le khmer a une musique d’une douceur unique au monde. Mais cet atout là ne suffit pas à lui seul à faire un bon film.

La bande-annonce

La Croisade ★☆☆☆

Abel (Louis Garrel) et Marianne (Laëtitia Casta) vivent dans un appartement cossu du très bourgeois septième arrondissement parisien. Il découvre un beau jour que Joseph, leur fils unique, âgé de treize ans à peine, a vendu plusieurs de leurs biens : la petite robe Dior de Marianne, les montres de collection d’Abel, les plus vieilles bouteilles de leur cave. Pressé de questions, Joseph leur dévoile le pot-aux-roses : ces ventes permettent de financer le projet qu’il met en œuvre avec des centaines de camarades de son âge, en France et à l’étranger : créer au cœur de l’Afrique une immense mer intérieure pour y freiner la désertification.

Louis Garrel, assisté de Jean-Claude Carrère qui mourra avant d’en voir l’aboutissement, a co-signé ce scénario furieusement dans l’air (pollué) du temps et en a assuré seul la réalisation. L’idée en est simple sinon simpliste et résonne avec l’actualité de la génération Thunberg : face à des adultes irresponsables qui n’ont pas pris la mesure du danger que fait peser sur nous le réchauffement climatique, les enfants doivent se mobiliser en utilisant l’expertise scientifique disponible et les moyens démultipliés que les réseaux sociaux leur offrent.

Le résultat est un peu simpliste lui aussi. La faute en est peut-être au format ultra-bref choisi : le film dure soixante-six minutes seulement, un format qui le rapproche du moyen sinon du court métrage. Certes, sa première scène est savoureuse – à condition que le plaisir qu’on prend à la découvrir n’ait pas été éventé par sa bande-annonce – mais le reste du film est un peu mièvre. Et les premiers émois adolescents du jeune Joseph n’apportent rien de neuf ni d’intéressant au sujet. Seul lot de consolation : Laëtitia Casta dont on cherche en vain dans le visage ou dans le port altier la moindre imperfection et dont la sollicitude maternelle qu’elle déploie à l’égard de son fils laisse penser que, non contente d’être la plus belle femme au monde, elle est peut-être aussi la mère la plus aimante.

La bande-annonce

Goodbye Mister Wong ★☆☆☆

Plusieurs personnages se croisent au bord du lac Nam Ngum, une réserve d’eau artificielle créée par la construction d’un barrage dans les années soixante, près de Vientiane, la capitale du Laos. France (la sublime Nini Phonesavanh Vilivong), métisse franco-laotienne, est revenue épauler sa mère qui dirige une petite entreprise touristique. Sa survie est menacée par les ambitieux projets d’un homme d’affaires chinois, Tony Wong. Wong tombe amoureux de France ; mais la mystérieuse jeune femme lui préfère Xana, un beau pêcheur solitaire. Hugo (Marc Barbé) est un touriste français venu au Laos chercher son épouse, Nadine (Nathalie Richard), qui l’a quitté depuis un an pour s’installer au Laos.

Comme Luzzu, cet exotique film maltais sorti le 5 janvier, j’étais curieux de découvrir ce film laotien, sorti dans un circuit confidentiel de deux ou trois salles parisiennes deux semaines plus tôt. Sa belle affiche, la promesse d’un dépaysement rare, la patine rétro d’une bande annonce au charme langoureux avaient constitué autant d’incitations supplémentaires.

Malgré tous mes préjugés positifs, je dois hélas avouer ma déception. J’aurais pourtant aimé aimer ce petit film fragile. Mais sa langueur typiquement durassienne (je peine encore à me remettre de Suzanna Andler), ses longueurs, ses dialogues un brin trop sentencieux, ses lents et répétitifs travelings sur l’onde ont eu raison de ma patience.

La bande-annonce

My Kid ★★☆☆

Aaron a sacrifié sa vie à Uri, son fils autiste. il lui a sacrifié sa carrière de dessinateur. Il lui a sacrifié son couple qui a éclaté. Il a organisé son quotidien autour de routines mille fois répétées et rassurantes. Mais Uri a vingt ans à présent et sa mère exige qu’il soit placé dans une institution spécialisée. Uri, que toute nouveauté effraie, n’y est pas prêt et Aaron, après avoir vainement tenté de le convaincre, n’a d’autre solution que de prendre la tangente avec lui.

Je suis allé à reculons voir My Kid, sorti depuis la fin décembre et presque disparu des écrans après quelques semaines d’exploitation. Je craignais d’y voir une démonstration dégoulinante d’amour paternel pour un enfant autiste, enchaînant les crises, testant les limites de l’incommensurable patience de son père, sous les yeux de tiers consternés, effrayés ou attendris.

Je me trompais à moitié. My Kid ne nous trompe pas sur la marchandise et vante les trésors d’amour infini qu’il faut posséder pour élever un enfant autiste. Mais il ne verse pas pour autant dans le sentimentalisme qu’on avait redouté. Certaines situations malaisantes sont ébauchées (Uri se roule par terre sur le quai d’une gare, Uri se perd dans une fête foraine, Uri a une érection à la piscine devant une bande de jolies filles) ; mais la pudeur du réalisateur le retient de les exploiter jusqu’à la corde.

Je n’ai pas d’enfants autistes autour de moi. Je n’ai pas eu la lourde responsabilité d’avoir à en élever. Je ne sais d’ailleurs pas si j’en aurais été capable. Je n’ose pas recommander aux amis qui en ont de voir ce film – de peur qu’ils voient à tort ou à raison dans cette recommendation une assignation identitaire. Mais je serais curieux de connaître leurs réactions.

La bande-annonce

A Perfect Enemy ★★☆☆

De passage à Paris pour une conférence, le célèbre architecte polonais Jeremiasz Angust (Tomasz Kot) accepte, sur le chemin de Roissy, de prendre dans son taxi une jeune touriste néerlandaise qui répond au nom étrange de Texel Textor (Athena Strates). Le duo rate son avion et doit patienter deux heures au salon VIP. Le dialogue s’engage, de plus en plus troublant, entre les deux voyageurs.

Amélie Nothomb est probablement l’une des romancières les plus célèbres et les plus vendues en France. À chaque rentrée littéraire depuis bientôt trente ans, son dernier livre prend place parmi les meilleures ventes. Pourtant, elle a été très peu adaptée au cinéma : Hygiène de l’assassin est sorti en 1999 avant qu’elle ait acquis la célébrité qu’elle a aujourd’hui, Stupeurs et Tremblements en 2003 a eu plus de succès, Tokyo Fiancée, adaptée de Ni d’Ève ni d’Adam, est passé inaperçu.

Il est à craindre que cette adaptation de Cosmétique de l’ennemi subisse le même sort. Ses droits, après bien des péripéties, ont été rachetés par plusieurs sociétés de production espagnole, allemande et française. Un réalisateur espagnol fut choisi. Le casting est très international : Tomasz Kot (Cold War) est polonais, Aretha Strates sud-africaine, Marta Nieto (l’héroïne de Madre) espagnole. On reconnaît le Français Dominique Pinon dans un second rôle. Le film a évité de justesse la sortie directe en DVD mais n’a fait l’objet que d’une distribution minimaliste : une seule salle parisienne l’a programmée pendant deux semaines à peine fin 2021.

Le résultat reste fidèle au court roman et met en scène une logomachie entre les deux principaux protagonistes, une joute verbale qu’une mise en scène rythmée réussit à ne pas rendre monotone. Elle est ponctuée de flashbacks qui éclairent progressivement l’enjeu du film et permettent de comprendre sa première image énigmatique. À équidistance du navet et du chef d’œuvre, on se laisse gentiment porter par une histoire dont on est curieux de connaître le dénouement.

La bande-annonce

The Cloud in Her Room ☆☆☆☆

Une jeune femme de vingt-deux ans, Muzi, revient passer les fêtes du Nouvel an lunaire à Hangzhou sa ville natale. Elle s’installe dans l’ancien appartement désaffecté de ses parents qui se sont séparés. Son père, batteur dans un orchestre de jazz, a pris une nouvelle femme. Sa mère, de plus en plus alcoolique, enchaîne les amants. Muzi retrouve à Hangzhou un ami d’enfance et vit avec lui une aventure. Elle sympathise aussi avec le propriétaire d’un établissement de nuit.

La réalisatrice de The Cloud in Her Room est photographe de formation. C’est la raison qui explique le soin porté à l’image, sous toutes ses déclinaisons. C’est là, de mon point de vue, l’unique intérêt de ce film qui donne, par ailleurs, la désagréable impression de se moquer de ses spectateurs.

On a un peu l’impression que la réalisatrice a filmé, au fil de l’eau (car il pleut beaucoup dans ce film hivernal et froid), quelques scènes et nous les jette façon puzzle à la vue, à charge pour nous d’en restaurer la chronologie et la logique.

La bande-annonce

La Méthode Williams ☆☆☆☆

Richard Williams (Will Smith) a méticuleusement planifié la carrière de ses filles, Vénus et Serena, pour en faire deux des  joueuses les plus titrées de l’histoire du tennis.

J’avais raté à sa sortie, le 1er décembre 2021, ce film, d’ailleurs éclipsé par le dernier Almodovar et une énième resucée de SOS Fantômes. L’Oscar du meilleur acteur attribué à Will Smith et le tollé provoqué par sa gifle colérique sur la scène du Dolby Theater de Los Angeles m’ont incité à rattraper mon retard. Que de temps perdu ! La Méthode Williams (dont le titre original, King Richard, est autrement savoureux, mais nettement moins explicite) est un mauvais film parasité par le cabotinage de son héros-producteur.

Venus Williams et Serena, sa cadette de quinze mois, sont des sportives hors du commun dont la carrière méritait sans l’ombre d’un doute un biopic. La façon dont leur père les a coachées, dont il a décidé, contre toute raison, de ne pas leur faire suivre la voie traditionnelle empruntée par toutes leurs prédécesseurs pour les inscrire directement dans le circuit pro sans les faire concourir aux Juniors, est originale. Pour autant, l’hagiographie à laquelle se prête Will Smith – et que co-produisent les deux tenniswomen – est bien trop univoque pour satisfaire la curiosité que ce sujet avait fait naître.

Richard Williams y est présenté comme un homme sans défaut, sinon celui de nourrir une ambition démesurée pour ses filles et de mettre en oeuvre un plan sans jamais y déroger. Rien n’est dit de son passé – avant de rencontrer la mère de Venus et Serena, il eut une première épouse et, avec elle, quatre enfants – ni de son divorce en 2003, ni de son remariage en 2010 avec une jeune femme de trente-sept ans sa cadette. Rien n’est dit non plus de sa « méthode » dont on ne saura pas après deux heures et vingt-cinq minutes de film, comment elle réussit à faire de deux filles apparemment ordinaires des joueuses d’exception.

La Méthode Williams tangente un sujet qui aurait mérité de plus amples développements : la complicité et la rivalité entre les deux sœurs, leur père ayant d’abord fait le choix de n’encourager que l’aînée avant que la cadette, grandie dans son ombre, ne l’égale puis ne la dépasse.

La bande-annonce

Copyright Van Gogh ★★☆☆

À Dafen, près de Shenzhen, dans le sud de la Chine, des milliers de peintres reproduisent à la chaîne les chefs d’œuvre de la peinture occidentale qui seront ensuite exportés en Europe et aux États-Unis et vendus à vil prix.
Parmi eux, Zhao Xiaoyong s’est spécialisé dans les reproductions des œuvres de Van Gogh. En une vingtaine d’années, à des cadences infernales, les apprentis de ses ateliers, sa femme et lui en ont copié une centaine de milliers. Répondant à l’invitation d’un importateur hollandais, il décide d’aller à Amsterdam puis en France à la découverte des œuvres originales de son peintre fétiche.

Copyright Van Gogh a été réalisé par un duo père-fille : Yu Haibo est photographe et avait déjà immortalisé les peintres de Dafen, Yu « Kiki » Tianqi est documentariste.

Copyright Van Gogh nous plonge d’abord dans un lieu surréaliste : une sorte d’entrepôt du faux où se réalisent à la chaîne, dans des ateliers minuscules et bondés, des copies de toiles de maîtres. Il y aurait eu beaucoup à dire sur cette industrie, son économie, sa sociologie, sur les copistes chinois, sur les donneurs d’ordre occidentaux… et surtout sur les acheteurs qui affichent dans leur salon une copie des Tournesols ou de La Nuit étoilée. Mais ce n’est pas la voie explorée par le documentaire.

Copyright Van Gogh se concentre sur un personnage. La quarantaine bien entamée, il a déjà usé sa vie à recopier ad nauseam les mêmes modèles et à transmettre sa technique à ses apprentis. Sa femme est elle aussi copiste. Et sa petite famille vit, avec les apprentis, dans l’atelier dont les murs étroits semblent borner son univers.
Pour autant, Zhao reste un artiste qui s’émerveille du génie de Van Gogh, qui a l’humilité de reconnaître les limites de son propre talent et qui rêve un jour de peindre ses propres toiles. Le déclic s’effectuera après un voyage en Europe, longtemps retardé, qui constitue le moyeu du documentaire.

On s’attache à ses pas, de Dafen à Auvers-sur-Oise, en passant par Amsterdam, Paris et Arles. On le suit aussi dans son village natal, au cœur de la Chine rurale, où sa grand-mère posera pour son premier tableau original.

La bande-annonce

Lamb ★★☆☆

Maria et Ingvar vivent seuls dans une ferme isolée au milieu d’une austère vallée islandaise. Y naît un être mi-humain mi animal, au corps d’enfant mais à la tête d’agneau auquel le couple va immédiatement s’attacher comme si c’était son propre enfant. L’arrivée inattendue de Pétur, le frère d’Ingvar, va-t-elle perturber ce fragile équilibre ?

Lamb est un film inclassable. Le jury de Cannes ne s’y est d’ailleurs pas trompé qui lui a attribué un curieux « prix de l’originalité » dans la section Un certain regard en juillet dernier. C’est un film construit sur une idée étonnante : la naissance d’un être monstrueux dans cette ferme islandaise du bout du monde est vécue par ses deux témoins, Maria et Ingvar, comme un événement « normal ». Cette réaction soulève une question : pourquoi ce couple a-t-il cette réaction-là ? En amont, cette naissance extraordinaire en soulevait déjà une autre : comment peut-on l’expliquer ?

On pense à l’incroyable film suédois Border, dont je m’étonne qu’il ne soit pas (encore) devenu culte. Comme Border, Lamb évoque les frontières de l’humanité et de l’animalité. Qu’est-ce qu’un homme ? qu’est-ce qu’un animal ? En quoi sont-ils proches ? différents ? L’un comme l’autre méritent-ils le même respect ? le même amour ?

Lamb prend son temps – presque deux heures – pour répondre à ces questions. Il le fait dans les splendides paysages du nord de l’Islande qui avaient déjà servi de décors à un autre film islandais au titre similaire, Béliers, qui, s’il avait pour protagonistes deux frères ennemis, éleveurs de moutons, empruntait à un tout autre registre, celui de la comédie sociale. Lamb peine un peu à tenir la durée et se voit obligé de convoquer une tierce personne, ce frère ancien rockeur, béquille un peu trop visible à un scénario qui aurait pu/dû tenir sur ses deux jambes.

Lamb souffre d’un autre défaut. Il est coincé entre deux registres. Il est trop zarbi pour être vu sans malaise (le film est pourtant tous publics même si ce visa est assorti d’un avertissement passe-partout : « des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs ») ; mais il ne l’est pas assez pour basculer dans le film de genre. Un peu comme le faux plat dans le cyclisme ou l’opérette dans l’art lyrique, Lamb pâtit de ce positionnement ambigu.

La bande-annonce