The King of Staten Island ★★☆☆

Scott (Pete Davidson) a vingt-quatre ans. Il vit à Staten Island, le borough le plus calme de New York, le plus ennuyeux aussi, à une encablure de Manhattan. Même s’il s’en défend, il ne s’est jamais remis de la mort de son père, pompier professionnel, dans son enfance. Il habite encore chez sa mère, n’a d’autre projet professionnel que d’ouvrir un improbable resto-tattoo, n’ose pas s’engager dans une relation amoureuse avec une amie d’enfance. La décision de sa mère de se mettre en couple va l’obliger à prendre ses responsabilités.

Judd Apatow est de retour. Les comédies qu’il a produites (Disjonctée, SuperGrave, Mes meilleures amies), celles qu’il a réalisées (40 ans, toujours puceau, En cloque, mode d’emploi) ont marqué l’histoire du cinéma américain de ces vingt dernières années, donnant au genre une direction qu’il n’avait pas : plus régressif, plus authentique aussi. Son dernier film, Crazy Amy, remontait à 2015. On le retrouve cinq ans plus tard avec un film sorti directement sur Internet aux États-Unis, par la faute du Covid, et diffusé en salles en France à une date qui n’en a guère facilité la réception.

Dans The King of Staten Island, l’humour est moins potache, plus sombre aussi. Pete Davidson, une vedette de stand-up comedy (comme Seth Rogen ou Amy Schuster que Judd Apatow a contribué à faire connaître), y interprète un personnage très proche de lui qui a perdu son père dans l’incendie des Tours jumelles le 11 septembre 2001.

Mais comme dans ces précédents films, Judd Apatow a le don de donner à ses personnages une densité, une épaisseur uniques. Il y parvient en se donnant le temps de nous faire entrer dans leur intimité. Le film dure 2h17, un format inhabituel pour ce genre de comédie. Le revers de la médaille est qu’il souffre de baisse de rythme et qu’on s’y ennuie parfois un peu. Cet ennui n’est paradoxalement pas un défaut ; car il participe de l’expérience vécue du personnage, un « adulescent » que la vie ennuie faute d’avoir réussi à faire le deuil de son père.

Dommage que la fin – comme c’est souvent le cas des films d’Apatow finalement moins transgressifs qu’ils prétendent l’être – en soit si gnangnan.

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Una Promessa ★☆☆☆

Angela travaille dans une exploitation agricole et meurt dans des circonstances mystérieuses. Son mari, Giuseppe, accompagné de son fils, Anto, décide de s’y faire employer pour élucider les circonstances de sa disparition. Il découvre la réalité du travail des journaliers et la violence de l’oppression que font peser sur eux un patron sans cœur et son contremaître sanguinaire.

Résumé comme je viens de le faire, Una Promessa pourrait passer pour un film policier sur l’élucidation d’un crime et la réalisation d’une vengeance. Il n’en est rien. Le film des frères De Serio, venus du documentaire, est plus proche du naturalisme d’un Mediterranea, ce film sorti en 2015 qui documentait l’impossible insertion d’un immigré africain dans le sud de l’Italie

Son véritable objet est la description révoltante de l’esclavage moderne imposé aux travailleurs immigrés dans les champs de l’Italie du sud. Son moteur est l’amour père-fils qui unit irréductiblement Giuseppe et Anto, façon La vita è bella.

L’histoire s’achève dans un paroxysme de violence qui a valu au film une interdiction aux moins de douze ans. Cette scène, éprouvante, fait oublier la lenteur de l’heure qui la précède où quasiment rien ne se passe. Elle ne suffit pas pour autant à sauver le film, plombé par des personnages trop manichéens.

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Just Kids ★☆☆☆

Jack, Lisa et Mathis forment une fratrie mise à mal par la mort de leur mère, frappée par une longue maladie, et la disparition de leur père. À la mort de leur père, les trois jeunes gens sont mis au pied du mur. Lisa (Anamaria Vartolomei) préfère la fuite. Jack (Kacey Mottet Klein), qui est à peine majeur, se voit confier la tutelle du petit Mathis (Andrea Maggiulli), âgé de dix ans à peine. La responsabilité est écrasante pour le jeune homme qui peine à l’assumer.

Le sujet de Just Kids est touchant. Comment une fratrie vit-elle le deuil de ses parents ? Comment un jeune majeur assume-t-il la responsabilité de son cadet ? Sujet d’autant plus touchant que le réalisateur, Christophe Blanc, nous dit qu’il est en partie autobiographique.

Le résultat hélas est bien fade et le semblera d’autant plus à ceux qui ont vu et aimé sur le même thème Amanda.

La faute n’en est pas aux deux acteurs principaux. Dans le rôle de Mathis, on découvre le jeune Andrea Maggiulli, les cheveux longs, quelques kilos en trop et une sacrée énergie. Dans celui de Jack, on retrouve Kacey Mott Klein. L’acteur a vingt ans à peine ; mais voilà bien une dizaine d’années qu’on le voit grandir sous l’œil d’abord de la Suissesse Ursula Meier (Home, L’Enfant d’en haut), d’Anne Fontaine (Gemma Bovery), d’André Téchiné (Quand on a 17 ans, L’Adieu à la nuit), de Xabi Mollia (Comme des rois) ou de Joachim Lafosse (Continuer). Les plus cinéphiles se souviendront que l’histoire de L’Enfant d’en haut où il interprétait un gamin espiègle vivant sous la seule garde de la très jeune Léa Seydoux, dont on comprendra à la fin du film qu’elle n’est pas sa sœur mais sa mère, anticipait la structure de Just Kids en diagnostiquant les relations entre un jeune adulte et un pré-adolescent.

Le problème n’est pas dans le jeu d’acteurs mais dans un scénario qui faute d’avoir grand-chose à dire le dit en prenant la tangente et en quittant Grenoble où la première moitié du film s’était déroulée. C’est d’abord une échappée belle en Espagne où Jack et Mathis vont récupérer à leur corps défendant une cargaison de jambons. Puis c’est l’installation sur la Côte d’Azur où Lisa a trouvé un job.

Devinez comment le film se termine ! Les deux frères vont lentement accepter la mort de leurs parents et Jack, mûri par l’expérience, est désormais capable d’assurer la tutelle de son cadet. Ça alors !

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White Riot ★☆☆☆

White Riot – du nom d’un des titres des Clash – raconte l’histoire d’un mouvement anti-raciste né en Angleterre à la fin des années 70 en réaction à la montée de la xénophobie : Rock Against Racism.

Documentaire sorti en salles l’été dernier entre deux confinements, White Riot intéressera deux publics.

D’une part les amateurs de musique qui se régaleront en écoutant The Clash, Tom Robinson Band, X-Ray Spex, The Selecters, Street Pulse… et qui pinailleront prétentieusement en relevant que London Calling, le titre iconique avec lequel s’ouvre le documentaire, n’est sorti qu’en décembre 1979, après les faits qu’il relate.

D’autre part les passionnés d’histoire qui replongeront dans l’Angleterre des années 70. On a oublié que la crise profonde qu’elle traversait alors avait nourri, dix ans avant l’essor du Front national en France, un puissant mouvement de racisme et de xénophobie. White Riot montre, à partir de documents d’archives les discours enflammés d’Enoch Powell, le chef du National Front, et les dérives de quelques grands noms de la scène musicale – David Bowie, Eric Clapton. Alors que le mouvement punk criait No Future, les activistes de Rock Against Racism lançaient un fanzine TempoRARy Hoarding dénonçant la peste brune et aspirant à un futur moins noir.

Sans doute White Riot raconte-t-il une page d’histoire qui résonne encore avec notre époque – même si on aurait aimé savoir pourquoi l’extrême-droite anglaise s’était dissoute dans le thatchérisme à la différence de ses cousins continentaux. Sans doute Rubika Shah, sa réalisatrice, a-t-elle honnêtement fait son travail en retrouvant de nombreuses archives et quelques protagonistes de l’époque – dont la dégaine de gentils retraités aujourd’hui ne laisse pas deviner l’engouement des luttes passées. Pour autant, on comprend mal l’intérêt de la sortie de ce documentaire très conventionnel en salles sinon celui de peupler des écrans laissés orphelins depuis que le robinet hollywoodien s’est tari.

La bande-annonce

Last Words ★☆☆☆

En 2086, la population mondiale a été décimée par une épidémie qui a asséché les sols et pollué les eaux. Une poignée d’humains a survécu parmi lesquels Kal qui, après la mort de sa sœur, quitte Paris pour Bologne en Italie. Il y retrouve dans les ruines de la cinémathèque, un vieil amoureux du cinéma (Nick Nolte) qui possède encore quelques bobines de films et qui incite Kal à fabriquer une caméra pour immortaliser la vie qui s’en va. Ensemble, ils se rendent près d’Athènes et y découvrent la dernière communauté humaine.

J’ai toujours aimé les films post-apocalyptiques, les uchronies qu’ils envisagent (que deviendrait notre monde après une catastrophe planétaire ?), les drames poignants qu’ils permettent de concrétiser (quelle pulsion de vie nous animerait encore si nous étions le dernier humain sur terre ?). Dans ce genre là, mes films préférés sont, sans surprise, Mad Max (même si le tout dernier ne m’a pas autant enchanté que le tout premier), La Route, adapté du chef d’œuvre de Cormac McCarthy, et Les Fils de l’homme.

En 2020, Last Words sort à pic qui imagine qu’un méchant virus attaquant le système respiratoire aurait décimé l’essentiel de l’humanité. Pourtant, son projet est bien antérieur au Covid. Il est adapté d’un roman de Santiago Amigorena publié en 2015.

Last Words emprunte son esthétique à Mad Max : paysages désertiques, personnages loqueteux ; mais ce n’est pas un film d’action avec son lot de course-poursuites et de zombies cannibales. Last Words se veut plutôt un conte philosophique, une réflexion sur la capacité du cinéma et des images à créer du lien social.

Son casting est un mélange cosmopolite d’acteurs de toutes origines qui déambulent en guenilles, comme des âmes en peine, dans les ruines de Paestum : un jeun Gambien dans le rôle principal, un Américain (Nick Nolte), un Suédois (Stellan Skarsgård), une Française (Charlotte Rampling), une Italienne (Alba Rohrwacher), une Anglaise (Maryam d’Abo qui fut jadis une oubliable James Bond girl aux côtés de Timothy Dalton)…

La conclusion du film est pessimiste. Elle résonne peut-être avec l’expérience du réalisateur, Jonathan Nossiter, venu du documentaire (on lui doit l’excellent Mondovino), reconverti à l’agriculture biologique en Italie. Il semble être arrivé à la conclusion que le cinéma ne sert à rien. Bien triste constat….

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Lil Buck Real Swan ★☆☆☆

Lil Buck – né Charles Riley – est devenu une icône de la danse contemporaine. Il a grandi à Memphis et y a pratiqué très jeune le jookin, une danse urbaine cousine du gangsta-walk. Il complète sa formation au New Ensemble Ballet de Memphis avant de partir poursuivre sa carrière en Californie. En 2011, le réalisateur Spike Jonze filme sur son téléphone portable son interprétation du Cygne de Camille Saint-Saëns accompagné par le violoncelliste Yo-Yo Ma. La vidéo devient virale. C’est le début du succès pour le jeune artiste.

Louis Wallecan, qui lui avait déjà consacré un documentaire en 2013, lui en consacre un second dont on peine à comprendre l’intérêt, si ce n’est dans la publicité qu’il fait pour le danseur.

Certes son art est étonnant, audacieuse synthèse du street dancing et de la danse classique. Je n’avais pas vu son interprétation du Swan et me sens désormais moins ignare. Mais j’aurais aimé en savoir davantage sur le jookin, sur les amis qui ont entouré Lil Buck à ses débuts dans les rues de Memphis, dont on se désintéresse dès que l’enfant prodige prend son envol. Et surtout, je n’ai pas aimé me sentir pris en otage par une œuvre tout entière à la dévotion de son héros.

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Le Fantôme de Laurent Terzieff ★★☆☆

Laurent Terzieff est mort en 2010. Jacques Richard lui consacre un long documentaire pour retracer sa vie et son œuvre, grâce à des documents d’archive, des extraits de ses films, des captations de ses pièces et les interviews de ceux qui l’ont bien connu.

Laurent Terzieff, c’était d’abord une gueule incroyable : des yeux verts, des lèvres énormes, les traits de plus en plus émaciés avec l’âge, un sourire à la fois carnassier et doux qui s’ouvrait sur des dents jaunies par la cigarette. Laurent Terzieff, c’était aussi une voix inimitable, grondante ou murmurante. Laurent Terzieff, c’était enfin une diction théâtrale qu’il n’abandonnait jamais même hors des planches.

Très jeune il découvre le théâtre. Mais c’est au cinéma qu’il doit ses premiers succès. Son physique de jeune premier lui vaut autant de succès que Delon ou Belmondo et annonce une brillante carrière internationale. Il tourne à Paris et à Rome, avec Autant-Lara, Clouzot, Garrel, Pasolini, Buñuel ou Bolognini. Mais, il décline les appels du pied de Hollywood – où dit-on un film avec Marylin Monroe lui avait été proposé – et préfère se consacrer à sa passion : le théâtre.

Au cours de Tania Balachova, il rencontre Pascale de Boysson qu’il ne quittera plus – même s’il ne se mariera jamais et n’aura jamais d’enfants. Ensemble, ils fondent en 1961 la compagnie Laurent Terzieff qui se spécialise dans le théâtre contemporain : Paul Claudel, Arthur Adamov, Murray Schisgal, Edward Albee …

Le documentaire de Jacques Richard ne brille pas par son originalité. Il peine à se hisser au-delà du tout-venant télévisuel. Si le Lucernaire est la seule salle parisienne à l’avoir diffusé, c’est sans doute en raison du rôle que Terzieff a joué dans la création de cet espace culturel unique, en 1968 impasse d’Odessa près de la gare Montparnasse, avant de déménager rue Notre-Dame-des-Champs.

Le Fantôme de Laurent Terzieff nous permet toutefois pendant deux heures de nous replonger dans la vie et dans l’œuvre de cet exceptionnel homme de théâtre et dans l’intensité d’une vie toute entière vouée à sa passion.

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Tijuana Bible ★☆☆☆

À la frontière du Mexique et des Etats-Unis, Tijuana est une ville violente rongée par la prostitution et le trafic de drogue. Nick (Paul Anderson, l’aîné des frères Shelby dans la série Peaky Blinders), un vétéran d’Irak, traumatisé par la mort de ses frères d’armes, est venu s’y enterrer vivant. Sa route croise celle d’Ana (Adriana Paz), une jeune Mexicaine qui recherche son frère, et celle de Topo (Noé Hernadez) un chef de gang sans foi ni loi.

Le réalisateur Jean-Charles Hue trace un sillon original. Ses deux premiers films, La BM du Seigneur et Mange tes morts, suivaient les pas d’une famille yéniche dans le Nord de la France. Son troisième change radicalement d’horizon et nous amène en Amérique du Nord, dans un territoire anomique que le réalisateur connaît bien pour le fréquenter depuis douze ans.

Son ambition, on le sent, est de nous faire toucher du doigt la réalité de cette ville violente et âpre. Avec son chef opérateur, il capte des jeux de lumière d’une beauté bouleversante, reflets du parcours intérieur du héros qui traque la poésie dans la fange. Il est aidé par la prestation impressionnante de Paul Anderson, dont l’interprétation à fleur de peau dans Peaky Blinders avait révélé l’immensité du talent. Nul doute qu’on tient ici une « gueule » hors pair qui, si elle sait choisir ses rôles et si Hollywood sait lui en écrire, peut espérer une carrière à la Willem Dafoe ou à la Mickey Rourke.

Mais cette visée documentaire est contredite par l’objet du film. Jean-Charles Hue signe une fiction avec un scénario. Le problème est que ce scénario est bien faiblard, même si la quête quasi-policière du fils disparu aurait dû suffire à le tendre. Sans doute aurait-il mieux fait de sauter le pas et de consacrer à Tijuana le documentaire qu’il avait envie de réaliser.

La bande-annonce

The Climb ★★☆☆

The Climb raconte sur plusieurs années, à travers sept chapitres tournés en plans séquences, l’amitié chaotique de Mike et Kyle. Les deux hommes, la petite quarantaine, ont grandi ensemble, mais ne se ressemblent guère. Kyle, un peu rondouillard, est bon comme le pain ; Mike, plus sportif (le vélo est sa passion avant de devenir son métier) est plus dépressif.
Le film s’ouvre par leur ascension en vélo du col de Vence au cours de laquelle Mike annonce à Kyle qu’il a eu une liaison avec Ava, la femme que Kyle est sur le point d’épouser.

Voilà plus d’un an, depuis sa projection à Cannes en 2019 où il a reçu le Coup de cœur du jury de la section Un certain regard qu’on attendait la sortie en salles de The Climb. La bande-annonce a été largement diffusée en février pour une sortie annoncée le 25 mars. On connaît la suite de l’histoire : le confinement la repoussait de quatre mois au 29 juillet. Le film le plus attendu du mois (de mars) devenait le film le plus attendu du mois (de juillet)

On évoquait un nouveau Woody Allen, aussi caustique que brillamment dialogué. C’est peut-être parce que je suis allé le voir avec trop d’attente que j’en ai été déçu.

J’ai trouvé The Climb bien prétentieux dans sa mise en scène. On a l’impression que le plan séquence est devenu depuis quelques années le Graal de réalisateurs en mal de reconnaissance. Ils y sont encouragés par des critiques et des spectateurs qui s’ébaubissent devant leur complexité. Autant son recours se justifie pour faire revivre en temps réel l’hystérie haletante de la survie dans les tranchées (1917 de Sam Mendes), autant on voit mal son intérêt pour raconter l’amitié entre deux Américains moyens.

Et surtout, je n’ai pas trouvé The Climb très convaincant dans l’histoire qu’il raconte.
Quel en est le sujet ? L’amitié. Quelle en est la morale ? L’amitié résiste à tout, même aux trahisons les plus radicales. Car l’amitié de Mike et Kyle va traverser bien des tempêtes. Je ne les raconterai pas pour ne pas en éventer les rebondissements – passablement crédibles. Mais j’avouerai que cette accumulation un peu répétitive de saynètes sur le même thème – la complicité oblative qui unit deux amis les oblige à une franchise destructrice – ne m’a pas conquis.

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Hotel by the river ☆☆☆☆

Unité de temps, unité de lieu. Toute « l’action » de Hotel by the River se déroule, comme son titre l’annonce, dans un hôtel au bord d’une rivière glacée, en l’espace de vingt-quatre heures.
Un vieil homme y réside. C’est un poète au crépuscule de sa vie qui a été invité par le propriétaire de l’hôtel. Ses deux fils le rejoignent, qui ne cessent de se chamailler, pour passer une journée avec lui. Dans une chambre voisine, une femme seule tente de se remettre d’une récente rupture amoureuse. Une amie est venue l’épauler.

Hong Sangsoo tourne deux ou trois films par an. Celui-ci, sorti l’été dernier en France, a été bouclé en quinze jours, durant l’hiver 2018 et il vient s’ajouter à la liste déjà longue de ceux que j’ai chroniqués ici et que je continuerai à chroniquer.

Car, ma foi, comme on lit les romans de Modiano, on va voir les films de Hong Sangsoo. On va les voir parce qu’ils sont toujours précédés d’une critique élogieuse. On va les voir parce que Hong Sangsoo fait figure d’immense réalisateur coréen. Et enfin on va les voir parce qu’ils ne sont pas bien longs et que, s’ils ne nous plaisent pas, on les aura vite terminés.

Le problème est qu’on a parfois l’impression que Hong Sangsoo se fiche un peu du monde. Sans doute son noir et blanc est-il d’une grande élégance et la silhouette de ces femmes longilignes dans leur grand manteau noir sur la rivière gelée est-elle d’une infinie poésie. Sans doute aussi, la maturité approchant, Hong Sangsoo s’éloigne-t-il de ces sujets de prédilection et signe-t-il pour la première fois une réflexion sur la mort. Mais, ce film qui ne prend même pas la peine de s’éloigner de l’hôtel où ces cinq acteurs et son équipe technique étaient probablement installés, filmant à tour de rôle ses chambres sans attrait, son hall d’entrée, sa terrasse et le restaurant qui le jouxte, n’en donne pas moins l’impression d’avoir été bouclé à la va-vite histoire de tenir le rythme stakhanoviste que ce réalisateur trop prolifique s’est imposé.

La bande-annonce