Le Chant de la forêt ★☆☆☆

Ihjãc, un jeune Indien de la tribu des Kahrô, a le pouvoir de dialoguer avec les morts. Son père défunt lui intime d’organiser le Pàrcahàc, la cérémonie marquant la fin de son deuil. Mais Ihjãc ne veut pas devenir un chaman.
Il s’enfuit à la ville pour échapper à son destin, loin de sa femme et de son fils.

Mi-fiction, mi-documentaire, Le Chant de la forêt est d’abord un témoignage ethnographique comme en filmait Jean Rouch en Afrique occidentale dans les années cinquante. Les deux co-réalisateurs, un Portugais et une Brésilienne en couple à la ville, ont posé leur caméra dans un village indien au cœur du Cerrado. Ils en ont filmé les jours et les heures : les repas, les bains, les jeux et le Pàrcahàc, cette cérémonie censée marquer la fin du deuil et le départ définitif de l’esprit du défunt (comparable à la cérémonie des quarante jours dans l’Islam ou à celle marquant la fin du sheloshim dans le judaïsme).

C’est aussi un témoignage sur le sort que les Blancs réservent aux Indiens. Il ne s’agit pas ici d’opposer des Bons sauvages à des Blancs cruels. Quand Ihjãc va à la ville, il n’est en butte à aucun mauvais traitement. C’est plutôt une molle indifférence qui l’accueille, un refus de comprendre sa culture, une volonté cartésienne de soigner par la médecine le tourment qui l’habite.

Mais, au-delà de ce témoignage ethnographique, Le Chant de la forêt pose de belles questions universelles. La première concerne le travail de deuil : comment l’esprit du père de Ihjãc trouvera–t-il la paix et cessera-t-il de hanter les vivants ? La seconde touche à l’acceptation de son destin : Ihjãc deviendra-t-il chaman comme les esprits – et le vieux chaman qui sent sa fin prochaine et se cherche un remplaçant – l’y poussent.

Sur le papier, ce projet a de quoi séduire. Mais hélas le résultat est moins convainquant. Comme il fallait le redouter, la narration est d’une lenteur hypnotisante. Il ne se passe rien, ou pas grand-chose dans ce Chant de la forêt qui, passé les premières minutes d’un exotisme intriguant, peine à retenir l’intérêt du spectateur.

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Rêves de jeunesse ★☆☆☆

Salomé revient dans la région des Alpes où elle a grandi. Elle y a trouvé un job d’été dans une déchetterie quasiment tombée à l’abandon. Jess l’y rejoint bientôt qui vient d’être disqualifiée d’une émission de télé réalité.
Salomé retrouve Clément, le frère cadet de Mathis qui fut, plus jeune, son ami et qui était parti vivre sur une ZAD par militantisme.

Le troisième long métrage d’Alain Raoust a quelques qualités.
La principale est son actrice principale, Salomé Richard. On l’avait déjà remarquée début 2016 dans Baden Baden un film français qui m’avait fait chavirer. Je ne l’avais pas immédiatement reconnue dans Rêves de jeunesse car elle y joue un rôle plus effacé. Elle y est d’une justesse absolue.

Mais il a aussi de nombreux défauts.
Le moindre n’est  pas de vouloir jouer sur deux registres. Il s’agit d’une part, très classiquement, de brosser le portrait de quelques jeunes, à la recherche d’une place dans un monde qui ne les a pas attendus. Mais cette quête se double d’une autre : la recherche d’un monde meilleur, débarrassé des faux-semblants de notre société hypocrite et fonctionnant selon des règles moins inhumaines que celles du capitalisme triomphant.

Rêves de jeunesse se veut politique. Cette ambition n’est pas en soi criticable. Mais elle le devient lorsque le film ne s’en donne pas les moyens.

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Les Faussaires de Manhattan ★★☆☆

Lee Israel (Melissa McCarthy) a cinquante ans passé. Elle vit seule avec son chat dans un appartement miteux de l’Upper East Side. Auteure de biographies à succès, sa renommée littéraire l’a quittée et, avec elle, sa compagne. Lee a vieilli, a grossi, s’est aigrie. Sans ressources, elle en est réduite à contrefaire des lettres d’écrivains célèbres pour les revendre à des bibliophiles.
Elle n’a qu’un seul confident, qui devient son complice : Jack Hock (Richard E. Grant), homosexuel flamboyant, cocaïnomane et mythomane.

Les Faussaires de Manhattan est inspirée de l’histoire vraie de Lee Israel qu’elle a racontée dans son autobiographie. Elle a contrefait quelques quatre cents lettres autographes, les a vendues avant d’être arrêtée par le FBI.

L’intérêt du film ne vient donc pas de son faux suspense. On sait, dès le début, ce qu’il adviendra de son héroïne. Mais on ne sait pas par quel chemin elle y arrivera.

Tout son charme vient du jeu de ses acteurs. Brune gironde, passée par le seul-en-scène, Melissa McCarthy s’était fait remarquer en interprétant des rôles comiques de personnages sympathiques en surpoids dans des comédies souvent grasses : 40 ans : mode d’emploi,Very Bad Trip 3, Les Flingueuses… C’est une révélation dans le rôle dramatique d’une vieille fille revêche en colère contre le monde entier. Son rôle lui a valu une nomination aux Oscars 2019. On la retrouvera la semaine prochaine dans Les Baronnes dont on dit le plus grand bien. Richard E. Grant, des faux airs de Christopher Walken, lui renvoie la balle à merveille.

Les Faussaires de Manhattan est le premier film de Marielle Heller. Il ne vaut ni par l’audace de sa mise en scène ni par l’inventivité de son scénario. Il ose un classicisme sans esbroufe, une narration platement chronologique à une époque où la déconstruction du récit et des points de vue est devenue la règle [c’est celui qui a encensé Ricordi ? la semaine passée qui parle]. Et il a raison d’oser.

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Perdrix ★☆☆☆

Le capitaine Pierre Perdrix (Swann Arlaud, César 2018, taillé un peu trop large pour lui, du meilleur acteur masculin) dirige, sans toujours se faire respecter, une brigade de gendarmerie perdue au fond des Vosges. Soutien de famille depuis la mort de son père, il vit avec sa mère (Fanny Ardant), son frère (Nicolas Maury) et la fille adolescente de celui-ci.
Sa vie sans histoire est brutalement tourneboulée par l’arrivée en ville de Juliette Webb (Maud Wyler). La jeune femme, sans feu ni lieu, vient de se faire voler sa voiture par un gang de « nudistes révolutionnaires » (sic) et compte sur le capitaine et ses acolytes pour la retrouver.

Le cinéma français se porte bien. Ce premier film d’un réalisateur venu du journalisme (Erwan Le Duc travaille au sevice Sports du Monde) en témoigne, qui s’inscrit dans une riche généalogie. La lumineuse relation amoureuse qui se noue entre les deux héros rappelle Vincent n’a pas d’écailles ; la famille Perdrix avait sa pareille dans Gaspard va au mariage ; le personnage de Juliette, joyeusement barrée et farouchement indépendante, n’est pas sans ressembler à ceux joués par Vimela Pons comme par exemple dans La Fille du 14 juillet.

On se laisse immédiatement conquérir par ces personnages. La vraie héroïne est Juliette. C’est par elle que le bonheur arrive, qui pousse chaque personnage, à commencer par Pierre Perdrix, mais aussi sa mère, son frère, sa nièce, à commencer à vivre. Dans Théorème de Pasolini, l’arrivée d’un mysterieux visiteur jetait le trouble dans une riche famille milanaise. Terence Stamp était un astre noir, d’une diabolique beauté. Maud Wyler est un rayon de soleil.

Perdrix est burlesque, tendre, surréaliste. En un mot charmant. On pourra s’en satisfaire. Mais on pourra aussi faire la fine bouche. Passer la comédie romantique au tamis du burlesque tendre change la recette mais pas les ingrédients : il s’agit toujours d’une histoire d’amour qui frise l’inconsistance. Et si la galerie de personnages est attachante, la mère animatrice radio, le frère géodrilologue [le mot rare du jour] et la nièce apprentie pongiste, il n’est pas certain que leur présence soit utile à l’histoire, sinon pour lui donner une épaisseur artificielle.

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Once Upon a Time… in Hollywood ★★★☆

Hollywood. Février 1969. Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) a réussi à inscrire son nom en haut de l’affiche d’une série TV. Mais il redoute une gloire éphémère. Sa doublure Cliff Booth (Brad Pitt) est aussi son chauffeur et son seul ami.
Rick Dalton habite sur Cielo Drive une luxueuse villa à côté de laquelle Sharon Tate (Margot Robbie) et son mari Roman Polanski viennent de s’installer.
À quelques kilomètres, Charles Manson, un hippie psychopathe, a pris sous sa coupe quelques jeunes filles en rupture de ban.

On l’attendait avec une adolescente impatience. Le neuvième film de Quentin Tarantino, projeté à Cannes en sélection officielle, précédé d’un matraquage publicitaire digne d’un film MCU, est sorti hier sur les écrans. Le succès est immediat : il a attiré près de deux cent mille spectateurs. J’en étais dans une salle du sud de la France, entouré d’estivants en espadrilles, avec quelques amis ravis de partager l’espace d’un soir ma cinéphagie autour d’un film qui, pour une fois, n’était ni lituanien ni en noir et blanc.

Ils sont sortis de la salle mitigés : « trop long, trop décousu ».
Je comprends volontiers leur déception, à la hauteur de l’attente suscitée par ce qui s’annonçait comme le meilleur film de l’été.

Pour autant, un Tarantino même mineur reste mille pieds au-dessus du tout-venant cinématographique. Il y a dans les 2h41 de Once Upon a Time… – durant lesquelles on ne regarde jamais sa montre – à boire et à manger pour tout un été.

Une reconstitution soignée des sixties finissantes avant que la tuerie de Cielo Drive n’en sonne le glas.
Une BO éclectique que je vais écouter en boucle dans les prochaines semaines.
Une pléiade de stars qu’on retrouve avec jubilation. Mention spéciale pour Brad Pitt – dont le devoilement des abdos parfaits à 56 ans laisse pantois la salle – dans un « second » rôle sans malice et pour Margaret Qualley (la jeune fille déjà remarquée dans la série The Leftovers) en hippie sexy. Et pour Margot Robbie dont la photo sur l’affiche lui vaudrait selon moi sans hésitation le titre de plus belle femme au monde (mes amis ne sont pas d’accord et invoquent Emma Stone ce qui, je l’avoue, m’ébranle).
Enfin – quoi qu’on puisse reprocher aux langueurs du scénario – une histoire avec un début, un milieu et une fin. Et quelle fin ! Tarantinesque à souhait jusque dans ses outrances killbillesques et uchronique comme seuls les contes sont capables d’en raconter.

Ne boudons pas notre plaisir !

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Une grande fille ★★★☆

Iya et Masha ont combattu dans les rangs de l’Armée rouge pendant la Seconde guerre mondiale. Surnommée « la girafe », Iya est une jeune femme sylphide embarrassée par son immense stature, une « longue perche » (Dylda en russe), une « tige de haricot » (Beanpole en anglais). La minuscule et rousse Masha a eu au front un enfant qu’elle a confiée aux bons soins de Iya dont les fréquentes crises de tétanie lui ont valu d’être démobilisée avant elle. Mais quand Masha revient à son tour à Leningrad et retrouve Iya dans l’hôpital militaire où celle-ci est désormais affectée au chevet de soldats lourdement handicapés, la réalité qu’elle découvre l’autorise à exiger de son amie un sacrifice exorbitant.

On avait découvert Kantemir Balagov en 2017 à Cannes avec Tesnota et on l’avait immédiatement classé parmi les grands realisateurs russes contemporains capables de vous chavirer l’âme en vous coupant le souffle : Sokourov, Zviaguintsev, Serebrennikov, Bykov, Loznitsa, Khlebnikov…
Deux ans plus tard, Balagov est de retour sur la Croisette, toujours dans la section Un Certain regard (je prends le pari que son troisième film sera en sélection officielle) qui lui décerne son Prix mérité de la mise en scène.

Une grande fille est un film dostoïevskien. Les personnages y sont hystériques, les situations dramatiques, les dilemmes cornéliens. Pas sûr que l’idée de situer l’action en 1945 fût pertinente : sans doute le scénario l’exigeait-il, mais la réalité de l’époque (pas une seule fois n’aperçoit-on l’effigie de Staline dont on sait pourtant l’encombrante omniprésence) semble moins intéresser le réalisateur que la psychologie de ses personnnages.

On trouvera peut-être à Une grande fille (pourquoi ce titre sans caractère ? « La Géante » n’aurait-il pas été plus fidèle à l’original et plus saillant ?) certaines longueurs. 2h17 c’est beaucoup. C’est peut être trop. Le film n’aurait pas perdu en efficacité à être plus ramassé.

Pour autant, il est difficile de ne pas reconnaître sa puissance. Une grande fille contient plusieurs scènes à couper le souffle : un homicide involontaire, un dîner de famille à couteaux tirés. On n’oubliera pas de sitôt le double mètre de Iya jouée par Viktoria Miroschnichenko, dont le visage rappelle Tilda Swinton et la taille Gwendoline Christie (l’interprète de Brienne de Torth dans GOT).

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Ricordi ? ★★★☆

Elle (Linda Caridi brindille gracile) et Lui (Luca Marinelli grands yeux tristes), dont les prénoms ne seront jamais prononcés, se sont rencontrés un soir de fête sur une île méditerranéenne. Le coup de foudre fut immédiat. Les deux amoureux s’installent dans l’appartement où Lui a passé une enfance douloureuse.
Mais des tensions bientôt se font jour. Lui est trop triste ; Elle est trop gaie. Leurs différences semblent irréductibles.

C’est l’histoire d’un couple façon puzzle. Une narration diffractée. Le procédé n’est pas nouveau. Lawrence Durrell, dans l’avant-propos du Quatuor d’Alexandrie lançait déjà « un défi à la forme sérielle du roman conventionnel » pour raconter les amours contrariées de Justine et Darley.
Au cinéma, on ne compte plus les histoires d’amour déconstruites : Eternal Sunshine of a Spottless Mind, (500) jours ensemble, 5×2

Le procédé est casse-gueule : on perd vite le spectateur à force de jouer avec le fil du temps. Ricordi ? évite cet écueil de justesse : il faut un certain temps pour s’y retrouver, au point de se dire qu’un second visionnage ne serait pas inutile. Le montage est d’une virtuosité qui frise l’esbroufe. Mais, comme dans les puzzles les plus difficiles, les pièces finissent par s’agencer pour la plus grande joie des joueurs. L’entrelacs touffu de flashbacks et de flashforwards qui constitue la trame de Ricordi ? loin d’égarer le spectateur donne au récit, somme toute banal, d’une passion amoureuse tout son intérêt.

Mais Ricordi ? ne se borne pas à distordre la chronologie pas plus qu’il ne se réduit à son seul procédé. Comme son sous-titre l’annonce, c’est un film sur les souvenirs. Pourquoi garde-t-on de bons souvenirs ? Pourquoi la réalité est-elle plus belle passée au tamis de la nostalgie ? Parce que nos souvenirs l’embellissent ? Ou bien parce qu’elle était intrinsèquement belle mais que nous ne l’avions pas réalisé au moment de la vivre ?

Pour explorer les deux versants de la question, Ricordi ? montre les souvenirs subjectifs de chacun des deux membres du couple. Ses souvenirs à Lui, dans des coloris bleus gris, sont plus tristes ; ses souvenirs à Elle, dans des coloris marron rouges sont plus gais. Ainsi présenté, le procédé pourrait sembler simpliste. Il ne l’est pas. Les lumières et le montage sont autrement subtils qui, sans jamais nous perdre, jouent sur les temporalités et les points de vue.

On me demande souvent pourquoi je vois un film par jour, au risque d’en être déçu. Ricordi ? est une réponse. Sorti au cœur de l’été, sans publicité, ce film anonyme, au sujet sans éclat, que ne précédait aucune critique élogieuse, que ne portait aucun bouche à oreille, est un film aussi intelligent que sensible. Une lumineuse surprise. Un cadeau de cinéma.

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Never Grow Old ★★☆☆

1849. Patrick Tate (Emile Hirsch), sa femme Audrey (Déborah François) et leurs deux enfants se sont arrêtés sur le chemin de la Californie dans une petite bourgade sous la coupe d’un predicateur anglican. Patrick y est devenu charpentier et croque-mort. Audrey attend un troisième enfant. La famille vivrait en paix si le sinistre Dutch Albert (John Cusack), flanqué de ses deux acolytes, le Sicilien et le Muet, n’avait pas décidé de s’installer en ville et d’y ouvrir un saloon au grand dam du pasteur et du shérif.

Après son âge d’or dans les années cinquante, le western est entré dans une longue décadence. On a annoncé sa renaissance au début des années quatre-vingt-dix avec Impitoyable. Mais le genre est aujourd’hui moribond dont les realisations chaque année ne se comptent tout au plus que sur les doigts d’une ou deux mains : l’excellent Hostiles, l’oubliable Jane Got a Gun, le surcoté Les Frères Sister

Never Grow Old n’est pas sans rappeler le western de Jacques Audiard : mêmes lumières nocturnes, même âpreté des caractères, même boue sale. Mais son scénario est plus ramassé, qui jamais ne franchit les limites de la petite ville où les destins de Pat Tate et de Dutch Albert s’entrechoquent.

On comprend mal le sens de cette histoire digne d’une tragédie grecque, si ce n’est peut-être comme l’annonce l’affiche de dénoncer la cupidité. Le pasteur anglican y apparaît au départ comme un fanatique dangereux qui entend imposer sa loi à ses concitoyens. Mais dès que Dutch Albert apparaît, cette figure disparaît – presque – sans combattre, laissant les deux principaux protagonistes seuls face à face. Ils ne le sont pas tout à fait, Déborah François réussissant à trouver sa place entre les deux acteurs masculins.

Never Grow Old n’est sans doute pas un chef-d’œuvre, qui échoue à se hisser à la hauteur de ses ambitions. Mais c’est un film beau et grave dont la date de sortie en plein cœur de l’été, coincée entre Midsommar et Once upon a time… le condamne à l’invisibilité.

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Un havre de paix ★☆☆☆

Trois frères se retrouvent dans le kibboutz de leur enfance pour porter en terre la dépouille de leur père, décédé un an plus tôt. Avishaï, le cadet, effectue son service militaire et est sur le point d’être envoyé avec le corps expéditionnaire israélien au Liban. Yoav a été durablement traumatisé par son passage sous les drapeaux et souhaite en préserver son benjamin. Itaï, l’aîné, qui est resté au kibboutz auprès de ses parents, considère au contraire que cette expérience va aguerrir Avishaï.

Tchekhov a écrit Trois sœurs. Ce film aurait pu s’intituler Trois Frères. En raison de son sujet qui vient d’être rappelé. Et parce qu’il a été tourné par une vraie fratrie, les frères Rozenkier, dont l’aîné se charge de la réalisation.

Un havre de paix est en même temps un film ancré dans une réalité typiquement israélienne et qui aspire à l’universalité en racontant une histoire de famille qui pourrait se dérouler sous toutes les latitudes. Hélas, sur les deux terrains, l’objectif est raté. Le kibboutz décrit ressemble plus à une colonie de vacances ou à une maison de retraite qu’à une communauté de travail. Les relations au sein de la famille, qui gravite autour du père défunt (dont on nous épargne de justesse l’évocation à travers un embarrassant flash-back), n’ont rien que de très ordinaire.

On imagine volontiers quelle catharsis familiale son écriture et son tournage ont permise. Pour autant, le résultat à l’écran peine à convaincre.

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Le Choc du futur ★☆☆☆

Paris, 1978. Ana Klimova (Alma Jodorowsky) vit dans l’appartement d’un ami dans le dix-neuvième arrondissement. Elle essaie non sans mal d’y inventer la musique du futur.

Le Choc du futur part d’une bonne idée : raconter, sur le mode de la fiction, l’émergence d’un style musical, en imaginant la journée d’une jeune compositrice, de son réveil à son coucher. Il choisit de le faire en donnant le rôle principal à une femme et en rendant ainsi hommage aux compositrices (dont une liste apparaît dans le carton de fin), moins connues que leurs homologues masculins.

Il réussit à filmer le travail, ce qui constitue au cinéma une gageure : combien de biopics sont tournés sur des écrivains qu’on ne voit pas écrire, sur des peintres qu’on ne voit pas peindre ? Ici, au contraire, la meilleure scène du film montre l’héroïne Ana Klimova (pourquoi ce patronyme à la Dostoïevski ?) remettre l’ouvrage cent fois sur le métier avec la chanteuse Clara Luciani – même si, dans la réalité, une chanson ne s’invente pas en quinze minutes.

Ce sont hélas les seules qualités d’un film qui tourne court – et qui a la modestie de le reconnaître. L’absence criante de budget se voit. Les décors se cantonnent aux limites du petit appartement d’Ana sinon pour une escapade nocturne sur les bords du canal de l’Ourcq. La musique n’a pas la richesse et la diversité qu’un tel sujet appelle. Et le scénario a l’indigence d’un film x : Ana se réveille, fait sa gym en culotte blanche, a une panne de synthé, accueille son agent excédé par ses retards, rencontre une chanteuse, organise une soirée entre amis avec un producteur snob et méchant, etc.

Si on est tout surpris de reconnaître l’intro de Oxygène de Jean-Michel Jarre qu’on n’a plus entendu depuis ses dix ans, l’émotion fait long feu.

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