Mémoires de jeunesse ★★☆☆

« Mémoires de jeunesse » est un film qui nous parle de la mort. Son titre en anglais « Testament of youth » a d’ailleurs une nuance morbide que sa traduction en français a gommée.
La mort, c’est la première guerre mondiale qui fauche la fine fleur de l’aristocratie britannique. ils sont jeunes, ils sont beaux, mais ils vont mourir. Sortez les Kleenex !

Mais « Mémoires de jeunesse » nous parle aussi de la vie [c’est beau ce que j’écris !!]
La vie de Vera, jeune, belle, intelligente, féministe. Sauvée du narcissisme par le choc de la guerre. Admise à Oxford – dont les jeunes filles avaient à l’époque le droit de suivre les cours mais pas d’en décrocher le diplôme – elle suspend ses études pour s’engager comme infirmière. En Angleterre, puis en France, elle assiste, impuissante à la boucherie. Quelques deuils plus tard, elle en reviendra avec un nouvelle cuase à défendre : le pacifisme.

Les noms des acteurs principaux ne vous diront peut-être rien.
Pourtant Alicia Vikander et Kit Harrington sont de futurs stars. La première, qui sort avec Michael Fassbinder (la veinarde !), a partagé l’affiche du dernier Jason Bourne avec Matt Damon. Le second, plus connu sous le nom de John Snow, a ressuscité dans la dernière saison de Game of Thrones.

La bande-annonce

Brooklyn Village ★☆☆☆

Une famille new-yorkaise emménage dans une maison à Brooklyn héritée d’un père défunt. Son rez-de-chaussée est occupé par une couturière à laquelle le propriétaire avait accordé un loyer modéré. Les nouveaux propriétaires ne l’entendent pas de cette oreille.

« Brooklyn Village » est le titre français (sic) de « Little Men ». Les distributeurs français ont parié sur le cachet local du film. Alors qu’il n’en a aucun. Et ajouté un commentaire stupide : « Un cousin éloigné de Woody Allen ». Alors que ce film ne se situe jamais sur le registre comique.

Tout au plus « Brooklyn Village » peut-il se voir comme un documentaire sur la gentryfication d’un quartier de New York jadis populaire. L’arrivée des classes moyennes fait monter les prix et entraîne l’éviction des classes laborieuses.

Mais le sujet du film est ailleurs. C’est dans son titre original qu’il faut le chercher. « Little Men » : des gens de peu, des petites gens qui, comme l’aurait dit Jean Renoir, ont tous leur raison. Leur raison d’élever le loyer pour ces bobos moins aisés qu’il n’y paraît (elle fait bouillir la marmite tandis qu’il rêve de percer sur les planches) et leur raison de s’y opposer pour cette immigrée chilienne unie au précédent propriétaire par des liens dont la nature restera mystérieuse.

Mais surtout « Little Men » fait référence aux deux ados : le fils du couple, artiste et rêveur, le fils de la couturière, plus extraverti. Entre eux naîtra dès la première rencontre une amitié comme seule l’adolescence en connaît. Viendra-t-elle à bout du conflit qui oppose les adultes ? C’est tout l’enjeu du scénario.

Et telle est la limite de « Brooklyn Village ». Tout le film est basé sur un suspense assez pauvre : les adultes trouveront-ils une solution à leur conflit immobilier ? La réponse brutale manque de subtilité.

La bande-annonce

Classe à part ★★★☆

Dans les teen movies, tout commence en général mal pour le héros/l’héroïne, lâché(e) dans un univers hostile dont il/elle ne maîtrise pas les codes. Puis tout finit par s’arranger jusqu’au happy end inévitable.

« Classe à part » renverse les codes. Tout y commence plutôt bien pour Lena, une adolescente belle comme le jour, qui, après plusieurs années recluse chez elle à soigner une myopathie qui l’a privée de l’usage de ses jambes, est admise dans une classe d’adaptation. Premières rencontres, premiers baisers… on nage en plein teen movie.

Et puis tout se détraque. Parce qu’on est en Russie et pas en Californie. Dans une société dure aux faibles où la cruauté des enfants entre eux n’a d’égale que la lâcheté des adultes. C’était la même société, la même cruauté qu’avait dépeint The Tribe, le film ukrainien de Myroslav Slaboshpytskiy dont l’action se déroulait dans un internat spécialisé pour sourds et muets.

« Lamborghini aux roues cassées », Lena vivra une lente descente aux enfers. Jusqu’au dénouement qui glace les sens.
Un des meilleurs films de l’année 2015

La bande-annonce

Victoria ★★★☆

Ténor du barreau, sexy et intelligente, Victoria est pourtant en pleine crise de la quarantaine : sa vie sexuelle est un néant, son ex la diffame sur son blog, son meilleur ami, accusé d’agression à main armée, insiste pour qu’elle assure sa défense au mépris des règles déontologiques de sa profession.

La bande-annonce semblait tout dire d’une RomCom au déroulé prévisible : cette cousine de Bridget Jones allait se tirer d’une mauvaise passe en retrouvant l’amour avec son baby sitter. Bizarrement, « Victoria » raconte cela. Mais il le fait avec une telle subtilité, un tel charme, une telle intelligence que ce film moins léger qu’il n’y paraît est une réussite absolue.

Grâce à qui ? À Justine Triet, espoir de la nouvelle vague française, révélée par son premier film « La Bataille de Solférino ». Son scénario est un splendide portrait de femme. Sur la corde raide de la comédie et du drame. Infiniment crédible. Victoria, on l’a tous déjà rencontrée – surtout si on est parisien, juriste et quarantenaire. C’est la fille sympa, brillante et drôle qui a toujours su traverser la vie et ses cahots à force de volonté. On sent qu’elle a des fêlures, mais elle les cache bien. Le film de Justine Triet montre à la perfection comment ces fêlures menacent de s’élargir. La séquence sans paroles qui voit Victoria sombrer dans la dépression est un modèle du genre.

Mais c’est surtout à Virginie Efira que « Victoria » doit sa réussite. De tous les plans, l’actrice belge a peut-être trouvé le rôle de sa vie. Un rôle qui la tire loin des comédies un peu pataudes dans lesquelles sa fraîcheur menaçait de se faner. Un rôle loin des caricatures que ce cinéma-là nous sert trop souvent : Victoria n’est ni une célibataire en mal de mec, ni une bourgeoise mal mariée. Victoria est une femme de son temps. Une mère célibataire. Qui aime son travail, mais n’y réussit pas toujours. Qui aime ses enfants mais ne leur consacre pas assez de temps. Qui aime l’amour, mais est saturée de sexe ; qui aime le sexe, et qui cherche l’amour. Victoria, c’est vous ; Victoria, c’est moi. Enfin presque.

La bande-annonce

War Dogs ★★☆☆

Deux potes deviennent trafiquants d’armes… pour le gouvernement américain.

Que tourner après « Very Bad Trip » ? Pour répondre à ce défi, Todd Phillips a commencé par tourner « Very Bad Trip 2 » en 2011 puis « Very Bad Trip 3 » en 2013. Puis, parce qu’il fallait bien passer à autre chose, il s’est emparé de cette histoire vraie.

Des war dogs, des chiens de guerre qui s’enrichissent du commerce des armes, le cinéma en a déjà montrés. « Lord of War » d’Andrew Niccol avec Nicholas Cage peignait la vie du trafiquant d’armes ukrainien Viktor Bout.

Mais « War Dogs » n’est pas un film sur la guerre et ses trafics. « Arms and the Dudes » aurait fait un titre plus fidèle. Car s’il y est question d’armes, son sujet est les deux lascars qui s’enrichissent de leur commerce. Jonah Hill est un escroc à la petite semaine dont le bagout se rit de tous les obstacles. Miles Teller joue son ami d’enfance, entrainé malgré lui dans des mensonges de plus en plus dangereux. 

« War Dogs » a un double défaut. Il n’est pas assez drôle pour être drôle : malgré la présence de Jonah Hill au générique, Todd Phillips a égaré l’humour transgressif qui avait fait le succès du premier « Very Bad Trip » (jetons un voile pudique sur les deux suivants oubliables et oubliés). Il n’est pas non plus assez sérieux pour être sérieux. « Lord of War » et son inoubliable première scène étaient indépassables. Ils ne seront pas dépassés.

La bande-annonce

The Look of Silence ★★★☆

Cette page de l’histoire indonésienne est mal connue en Occident : en 1965-1966 la dictature du général Suharto a massacré entre 500.000 et un million de communistes ou suspectés de l’être.

Joshua Oppenheimer, un documentariste américain, est parti à la recherche des auteurs de ces crimes et de leurs survivants survivants. Il en a tiré un premier film en 2012 « The Act of Killing ». « The look of silence » en constitue le second volet qui s’attache aux pas du frère de l’une des victimes. Sans esprit de vengeance, avec une étonnante placidité, il profite de l’exercice de son métier d’opticien de campagne pour reconstituer les circonstances de la mort de son frère.

« The Act of Killing » présentait des assassins bravaches qui, loin de nier les crimes commis ou de s’en repentir, s’en enorgueillissaient, allant même jusqu’à en reconstituer la scénographie devant la caméra. « The Look of Silence » est tout aussi troublant qui place les bourreaux face à leurs victimes. Ce face-à-face est extrêmement malaisant. Car les bourreaux comme les victimes n’ont pas le comportement ou les réactions qu’on attendrait d’eux. L’opticien enquêteur affiche en toutes circonstances un visage impavide comme si aucun sentiment le traversait : ni désir de vengeance, ni chagrin. Les bourreaux et leurs familles ne sont guère plus expressifs, manifestant tout au plus quand ils sont poussés dans leurs retranchements, une gêne agacée.

Du coup, ces confrontations produisent sur le spectateur occidental un résultat paradoxal. Au lieu de nous sensibiliser aux atteintes portées à l’universalité de la condition humaine, elles nous font toucher du doigt l’immense fossé culturel qui nous sépare.

La bande-annonce

Cézanne et moi ★☆☆☆

L’amitié qui lia les deux Aixois Cézanne et Zola était un beau sujet de film. Las ! c’est Danièle Thompson, la fille de Gérard Oury, plus connue pour ses comédies franchouillardes (« La Bûche », « Décalage horaire », « Fauteuils d’orchestre ») que pour sa profondeur historique, qui l’a eue.

Elle abat la tâche besogneusement. Avec un découpage faussement compliqué. En 1888, le peintre toujours maudit rend visite au romancier déjà célèbre et lui reproche d’avoir utilisé leur amitié pour nourrir son œuvre « L’Oeuvre » (non ! je ne bégaie pas). Cette rencontre est l’occasion de revisiter par flash-backs l’histoire de leur vie depuis leur rencontre à l’école communale d’Aix : les premières amours, la réussite littéraire pour Zola, l’insuccès pour Cézanne. Le procédé devient vite répétitif.

« Cézanne et moi  » – qui aurait aussi bien pu s’appeler « Zola et toi » ou « Cézanne, Zola et nous » – est-il sauvé par l’interprétation des deux Guillaume ? Même pas. Gallienne en fait trop qui surjoue le génie incompris avé l’accent. Canet, n’en fait pas assez, exagérant l’austérité de l’auteur des Rougon-Macquart.

Si « Cézanne et moi » décroche un César, ce sera pour les costumes, impeccables, et pour les maquillages (le postiche de Zola est criant de vérité). Sauf que, vérification faite, il n’y a pas de César du meilleur maquillage.

La bande-annonce

Where To Invade Next ★★☆☆

Qui ne connaît Michael Moore, sa casquette de baseball, son humour décapant, ses documentaires hilarants qui sont autant de pièces à charge sur les maux de l’Amérique : « Bowling for Columbine », « Fahrenheit 9/11 » (Palme d’or 2004), « Sicko »… Quelques années plus tard – et quelques kilos en plus – le comique américain est toujours aussi mordant.

Le titre du dernier opus de son œuvre pourrait induire en erreur. Il n’y est pas question, après l’Irak et l’Afghanistan, de campagnes militaires. Fions nous plutôt au sous-titre : « Et si le meilleur venait d’ailleurs ? ».

L’ailleurs dont il est ici question c’est l’Europe que Michael Moore sillonne à sauts et à gambades. À chaque étape de cette collection de cartes postales, le procédé est le même : Michael Moore recueille, stupéfait, le témoignage d’un autochtone sur ses « bonnes pratiques » : les congés payés en Italie, le système éducatif en Finlande, la dépénalisation de l’usage de la drogue au Portugal, les droits des femmes en Islande. Et en France la qualité de nos cantines scolaires. L’Europe serait-elle un paradis comme l’affirme une employée allemande rencontrée par Michael Moore ? Le documentariste n’a pas la naïveté de le croire. Il recueille « les fleurs, pas les mauvaises herbes » comme il le dit joliment. Mais en ces temps d’euroscepticisme à tout crin, il n’est pas désagréable de se voir rappeler d’un Persan de passage les avantages de notre système.

Le meilleur, c’est le meilleur pour l’Amérique et ses habitants. On ferait fausse route en pensant que « Where to Invade Next » est un hymne à l’Europe et à son modèle social. C’est, comme tous ces précédents documentaires, un procès à charge de l’Amérique – peinte en creux comme le royaume de la malbouffe, des violences policières, des discriminations faites aux femmes – et un appel aux armes lancé à ses ressortissants. Et s’il donne une image bien irénique de notre continent, ne mégotons pas !

La bande-annonce

Juste la fin du monde ☆☆☆☆

Xavier Dolan me gonfle. Voilà bientôt une dizaine d’années que le petit génie canadien fait monter le buzz. Cannes lui a fait la courte échelle, sélectionnant la quasi-totalité de ses films et les couvrant de prix – seule la Palme d’Or lui a échappé – qui sont autant d’occasions de discours de remerciements hauts en couleurs. Sans doute faut-il reconnaître à « Laurence Anyways » (2012) un certain coffre ; mais j’ai déjà dit ici tout le mal que je pensais de l’insipide « Tom à la ferme » (2013) et du surcoté « Mommy » (2014).

Ce n’est pas « Juste la fin du monde » qui me réconciliera avec Xavier Dolan. Pourtant, j’avais aimé sa bande-annonce, diffusée en boucle durant tout le mois de septembre et son beau crescendo. Las ! le film en est l’homothétie inutilement étirée sur quatre-vingt-quinze minutes. Soit un fils prodigue (Gaspard Ulliel) – dont on connaît le lourd secret dès la première scène du film – qui revient dans sa famille et y retrouve sa mère (Nathalie Baye), sa sœur cadette (Léa Seydoux), son frère aîné (Vincent Cassel) et l’épouse de celui-ci (Marion Cotillard).

Pendant une heure trente cette petite famille va hystériquement se couper la parole. Ça parle beaucoup. mais on comprend vite que le sujet est précisément celui de l’incommunicabilité. Chaque personnage est enfermé dans son stéréotype.
Gaspard Ulliel = la bonté sulpicienne
Nathalie Baye = la mère ripolinée
Vincent Cassel = le prolo brutal
Léa Seydoux = la jeunesse révoltée
Marion Cotillard = la soumission compatissante

Comme dans « La Chanson de l’éléphant » dont il interprétait le rôle principal, Xavier Dolan filme une pièce de théâtre. Pour « faire cinéma », il filme ses personnages en très gros plans – qui laissent parfois planer le doute d’un plan de tournage découpé de façon à accommoder l’agenda sans doute très chargé de chacune de ces cinq stars. Comme à son habitude, il égaie cette mise en scène oppressante de quelques envolées lyriques (un flash back au flou hamiltonien) et d’une musique racoleuse (Camille, Moby et – il fallait oser – O-zone). Au bout de trente minutes, on a compris et on étouffe.

La bande-annonce

Comancheria ★★☆☆

Pour rembourser le crédit immobilier qui les étouffe, deux frères s’improvisent braqueurs de banque. Deux Rangers opiniâtres les traquent.

Terre traditionnelle des Comanches, la Comancheria est située à l’ouest du Texas. C’est une région aride et inhospitalière. C’est le cadre de ce film hybride, à l’intrigue volontairement minimaliste, à la confluence du drame social, du polar et du western.

Drame social. L’Écossais David MacKenzie filme l’Amérique profonde. L’Amérique des petits bleds paumés, des motels poisseux, des casinos glauques. L’Amérique écrasée par la crise de subprimes. L’Amérique obsédée par les armes à feu et la liberté d’en faire (mauvais) usage. La terre regorge de pétrole comme dans Giant ; mais la misère partout menace comme dans Promised Land.

Polar. Toby (Chris Pine beau comme un Dieu) et son frère  (Ben Foster chien fou) braquent des banques avec l’amateurisme des néophytes et l’audace de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Un peu Bonnie and Clyde. Un peu Thelma et Louise. Deux Rangers, un pré-retraité (Jeff Bridges au sommet de son art) et un sang-mêlé, mènent l’enquête à leur façon. Violence en moins, on pense à No Country for Old Men.

Western. Dans sa dernière partie, Comancheria subvertit les codes du western. Difficile d’en dire plus sans dévoiler le dénouement de l’intrigue. Moins prévisible que la sanglante confrontation finale : le face à face qui la suit donne au film une profondeur inattendue.

La bande-annonce