Dunkerque ★★★★

Mai 1940. Les Alliés sont en déroute. Acculés dans la poche de Dunkerque, face aux falaises anglaises si proches et pourtant inaccessibles, ils sont coincés entre la mer et le feu ennemi.

C’est peu dire que le film de Christopher Nolan était attendu. Première en a même fait sa couverture quatre mois avant sa sortie. Après avoir réinventé le film de super héros avec la trilogie des Batman, après avoir dynamité la science fiction avec Inception et Interstellar, le génial réalisateur, véritable Kubrick des temps modernes, allait-il réaliser LE film de guerre ?

Les critiques, qui en attendaient peut-être un peu trop, semblent faire la fine bouche. Elles sont excellentes, mais pas dithyrambiques. Elles sont uniformément construites sur le même modèle du « Oui… mais », énumérant dans une première partie toutes les incontestables qualités de Dunkerque avant d’en déplorer dans une seconde, plus courte, les regrettables défauts.

Tournant le dos au savant balancement binaire auquel j’ai pourtant un attachement viscéral, je serai moins chipoteur et accorderai volontiers quatre étoiles à ce film extraordinaire – même s’il ne dépasse pas l’indépassable La La Land dont vous savez, fidèle lecteur, l’enthousiasme délirant qu’il a suscité chez moi au cœur de l’hiver 2017.

Dunkerque est un vrai bonheur de cinéma qu’il faut à tout prix aller voir dans une salle obscure THX Dolby etc. Amateurs de DVD ou de streaming, remisez vos pantoufles et venez en prendre plein les yeux et les oreilles ! Car Dunkerque est un expérience profondément sensorielle. Après avoir dit tant de mal de Voyage of Time, le documentaire boursouflé de Terrence Malick, voilà que je me fais l’avocat du film de Christophe Nolan qui ressemble plus à une symphonie guerrière qu’à un film d’action.

Loin de raconter une histoire – dont on connaît par avance le dénouement – Christopher Nolan veut nous faire ressentir des émotions : la soif, l’épuisement, la peur, le froid… Un torpilleur qui coule, une plaque de mazout qui brûle des noyés, un aviateur pris sous le feu d’un avion ennemi, les balles qui sifflent et qui tuent, les bombes qui tombent … On fait grand cas – à bon droit – de la première scène de Il faut sauver le soldat Ryan. Dunkerque étend cette scène-là sur une heure et quarante sept minutes – une durée relativement brève pour un blockbuster.

Comment construire une scène d’action d’une heure quarante-sept ? En la filmant de trois points de vue : les soldats à terre, les marins en mer, les aviateurs en l’air. Puis en la diffractant, chaque scène étant revisitée depuis le point de vue, à chaque fois différent et enrichi, d’un des protagonistes. On n’y prête pas attention au début, mais on réalise rapidement la subtile marqueterie du scénario, qui rend intelligible d’immenses scènes de bataille qui auraient pu ne pas l’être.

Loin d’être une faiblesse, l’une des richesses du film est de ne pas raconter d’histoire – comme le faisait par exemple Spielberg dans Il faut sauver… ou Malick dans La Ligne rouge. Les héros se réduisent à une silhouette, à tel point qu’on peine à reconnaître Tom Hardy ou Cillian Murphy. Les scènes sont quasiment muettes. Et la musique de Hans Zimmer – que j’adore mais que certains détestent – est omniprésente.

Cloué à son fauteuil, on ne regarde pas sa montre un seul instant. Et au sortir de la salle, encore étourdi par autant de bruit et de fureur, on emporte avec soi le souvenir durable d’un film qui laissera une trace profonde.

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The Circle ★★★☆

La jeune Mae (Emma Watson) est engagée à « The Circle » un géant du web. Elle y découvre avec ravissement une entreprise qui, tout en se souciant du bien-être de ses employés, essaie d’œuvrer pour le bien-être de l’humanité en tirant le meilleur parti des nouvelles technologies. Sa devise : « Secrets are Lies. Sharing is caring. Privacy is Theft ».
Sous l’amicale pression de son PDG, Eamon Bailey (Tom Hanks), Mae accepte de participer à une expérience révolutionnaire : elle portera en permanence une mini-caméra qui permettra à tous les membres de sa communauté de suivre en direct ses moindres faits et gestes.

Le film de James Ponsoldt est l’adaptation du best-seller éponyme de Dave Eggers. Moins de quatre ans se sont écoulés entre la sortie du livre et celle de son adaptation cinématographique. Preuve du retentissement de cet ouvrage. Preuve aussi de l’évidence de le porter à l’écran tant son écriture était déjà organisée avec la même efficacité que celle d’un scénario.

Si The Circle a eu un tel succès. c’est parce qu’il traite d’un sujet d’une actualité brûlante : les atteintes aux libertés individuelles que les technologies de l’information sont susceptibles de porter. Il le fait sans didactisme pesant, sans manichéisme. Mieux : il nous fait toucher du doigt combien séduisantes sont a priori les stratégies des firmes qui, au nom de valeurs aussi irréprochables que la démocratie, la transparence, le partage du savoir, menacent notre droit à l’intimité.

Quelques exemples bien trouvés ont été repris dans le film. Des caméras miniatures installées dans l’appartement des parents de Mae permettent d’alerter les secours en cas d’accident… mais leur interdisent la moindre vie privée. La popularité soudaine de Mae lui permet d’attirer de nombreux clients aux lustres réalisés à partir de bois de cerf (sic) que son ex-boyfriend confectionne … mais lui attire aussi des menaces de mort de la part d’écologistes radicaux qui lui font le procès d’avoir tué ces innocents mammifères.

Un autre exemple, qui m’avait marqué à la lecture, n’est pas repris dans le film, qui est obligé de s’attacher à l’essentiel et ne prend pas le temps de s’éloigner de son héroïne : l’application PastPerfect qui permet de retrouver toute la généalogie de ses ancêtres. Une amie de Mae découvrira ainsi que ses aïeuls étaient marchands d’esclaves au début du dix-neuvième siècle. Cette funeste ascendance lui attire l’opprobre de tous ses collègues.

Le film hélas n’a pas, par construction, la profondeur ni donc la subtilité du livre. Emma Watson réussit fort bien à jouer l’idiote utile, qui tombe sous le charme du Moloch bienveillant qui la recrute. Elle montre un bel enthousiasme à se faire la complice consentante des pratiques de sa firme, motivées en première approche par le Bien commun (rendre communicables tous les mails échangés par les élus au nom de la transparence de la vie politique, inscrire automatiquement sur les listes électorales les titulaires d’un compte YouTru au nom de la lutte contre l’abstentionnisme). On attend que le voile se déchire et que les vrais motifs des actes des dirigeants de « The Circle » se révèlent. La manière assez décevante dont le film – à l’instar du livre – se conclut est paradoxalement révélatrice : si le voile ne se déchire qu’à moitié c’est peut-être qu’il ne cachait rien sinon le désir sincère des pères fondateurs des GAFA d’œuvrer pour le bien commun.

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Love Hunters ★★☆☆

Vicki est une adolescente que le récent divorce de ses parents laisse sans boussole. Alors qu’elle fait le mur pour aller en soirée, elle est prise en voiture par un couple trentenaire. Evelyn et John White sont en fait de dangereux psychopathes qui trouvent leur plaisir à enlever des jeunes filles, les séquestrer et les tuer.

Des survival movies ayant pour héros des jeunes gens séquestrés par des geôliers sadiques, on en a vu treize à la douzaine depuis Massacre à la tronçonneuse jusqu’à Get Out en passant par Split, le dernier Shyamalan, ou l’excellent Room [auquel je découvre avec stupéfaction que je n’avais mis qu’une seule étoile alors que j’en ai gardé le meilleur souvenir] ou le dispensable Green Room.

Pas facile d’innover. Le jeune réalisateur australien Ben Young s’y essaie en mettant en scène un couple meurtrier. Moins glamour que Bonnie et Clyde. Moins schizophrène que Jekyll et Hyde. Plutôt Marc et Michelle Dutroux. Un couple dont les failles constituent la seule planche de salut pour l’ingénieuse Vicki, promise à une mort affreuse.

Love Hunters est un film australien dont l’action se déroule à la fin des années 80. Il a la même patine vintage que Animal Kingdom, The Proposition  ou Wolf Creek. Ben Young joue la carte du réalisme poisseux, qui ne nous épargne quasiment rien des sévices infligées à Vicki. L’interdiction -16 qui frappe le film n’est pas imméritée. Ce réalisme frôle le voyeurisme malsain s’il n’était pas au service d’un dessin : nous faire toucher du doigt l’horreur d’une séquestration, l’espoir d’une évasion, le désespoir de son échec.

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Une femme fantastique ★★☆☆

Mise à part leur différence d’âge, Marina, jeune et sexy, et Orlando, la cinquantaine grisonnante, forment un couple ordinaire. Ils dînent ensemble au restaurant, font l’amour, partagent le même lit. Sauf que Marina n’est pas une femme tout à fait ordinaire. Elle est transgenre et la famille d’Orlando n’a jamais accepté son existence.
Tout se complique pour Marina lorsque Orlando est victime d’une rupture d’anévrisme qui le tue. Seule avec son chagrin, Marina doit se battre pour être respectée. Se battre avec la famille d’Orlando qui refuse qu’elle assiste à ses funérailles. Se battre contre la société toute entière qui n’accepte pas son identité.

« Une femme fantastique » est un film à thèse. C’est ce qui fait sa force. C’est ce qui constitue aussi sa principale faiblesse.

Sa thèse est belle : l’identité transgenre et le droit d’être reconnue pour ce que l’on est. Nul doute que « Une femme fantastique » fera un tabac dans les festivals LGTB ou en introduction d’un séminaire queer. C’est à ma connaissance la première fois que la tête d’affiche est jouée, avec autant de justesse, par un acteur transgenre. De tous les plans Daniela Vega est parfait/e. Elle a l’ambiguïté qui fait la crédibilité de sa composition. Sa féminité va de soi et ne va pas de soi. Dans un plan elle coule de source ; dans un autre elle sonne faux.

Où le bât blesse-t-il ? Dans la perfection morale de Marina. Sa dignité dans le deuil, sa colère rentrée sont admirables. Trop. Eût-elle montré quelques failles, Marina aurait été plus humaine. Plus touchante. Et au final, comme Gloria dans le précédent film de Sebastián Lelio, plus convaincante.

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Le Dernier vice-roi des Indes ★★★☆

Lord Mountbatten fut le dernier vice-roi des Indes. Il prit ses fonction à Delhi en mars 1947 alors que Londres avait déjà décidé d’octroyer aux Indes leur indépendance. Mais il incomba à cet arrière-petit-fils de la reine Victoria la délicate mission d’assurer le retrait pacifique de l’ancienne puissance coloniale. Les Musulmans, minoritaires au sein de l’Empire, exigeaient la création d’un État séparé. Les Hindous y étaient violemment hostiles.

Le Dernier vice-roi des Indes est bâti sur un faux suspense. On sait en effet que, le 15 août 1947, naquirent deux États : l’Inde et le Pakistan. On sait aussi que cette scission provoqua d’immenses et sanglants mouvements de population, les Hindous fuyant les territoires octroyés au Pakistan et les Musulmans ceux dévolus à l’Inde. On sait enfin que la méfiance et l’hostilité ont longtemps prévalu et prévalent encore entre les deux frères ennemis du sous-continent indien.

Mais ne faisons pas à ce somptueux film historique le reproche de ne pas avoir une qualité qu’il ne revendique pas. Il ne cherche pas à étonner le spectateur mais plutôt à mettre en images une histoire bien connue. Gurinder Chadha le réalise avec une application qui frise parfois l’académisme et qui caricature la réalité historique quand elle fait du dernier vice-roi la victime impuissante des milieux conservateurs britanniques et de la CIA.

Hugh Bonneville incarne Lord Mountbatten avec la même componction bienveillante que celle dont il faisait preuve dans le rôle de Lord Crawley de Downton Abbey. Les acteurs choisis pour incarner Gandhi, Nehru et Jinnah sont outrancièrement grimés pour ressembler le plus possible à leurs illustres modèles. Et la romance qui réunit deux employés du palais, un majordome hindou et une demoiselle de compagnie musulmane, fleure trop son Roméo et Juliette bollywoodien pour convaincre.

Doit nous retenir le point de vue depuis lequel ce film se place – et le carton, inspiré du post-colonialisme le plus radical, qui l’introduit : « History is written by the victors ». Le Dernier vice-roi des Indes est l’œuvre d’une réalisatrice britannique d’origine indienne dont les films se situent à la confluence de ses deux cultures : Joue-la comme Beckham (2002) est un immense succès public qui relate les difficultés d’intégration dune jeune Anglo-indienne et Bride and Prejudice (2004) un remake réjouissant, à la sauve bollywoodienne, du célèbre roman de Jane Austen. Gurinder Chadha n’était donc pas la plus mal placée pour se faire l’historienne de l’indépendance sans être suspectée d’embrasser le point de vue de l’ancienne puissance coloniale ou de la nouvelle majorité hindoue.

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Creepy ★☆☆☆

Creepy s’ouvre par un court préambule qui explique comment l’inspecteur Takakura doit quitter la police après avoir laissé échapper un dangereux psychopathe qui sera abattu non sans avoir au préalable assassiné un otage. On retrouve l’ex-inspecteur, devenu professeur de criminologie, quelques années plus tard, installé avec sa femme dans un petit pavillon de banlieue.
Tandis qu’un ancien collègue lui demande de l’aider à élucider une vieille affaire, sa femme se rapproche de leur voisin au comportement inquiétant.

Kiyoshi Kurosawa est la nouvelle coqueluche du cinéma japonais. Pour être plus précis, il est la nouvelle coqueluche française du cinéma japonais. Au point d’avoir tourné en France même son dernier film, Le Secret de la chambre noire, dont Kurosawa lui-même admet volontiers les limites.

Le prolixe réalisateur revient au pays et à ses premières armes. Sur le modèle de Cure (1997), le film qui l’avait rendu célèbre, il tourne un film d’horreur sur un tueur en série.

Je m’y suis profondément ennuyé.
D’abord en raison de sa durée inutilement étirée : deux heures et dix minutes.
Ensuite par la faute de son faux suspens : il ne fait aucun doute que le mystérieux auteur des crimes irrésolus sur lesquels Takakura enquête sera précisément l’horrible voisin au sourire sardonique qui tourne mielleusement autour de sa fragile épouse.
Mon intérêt aurait pu être ranimé par le dernier tiers du film qui nous fait pénétrer dans l’antre du monstre. mais ce qu’on y découvre est à la fois tellement horrible et tellement prévisible que je me suis rendormi jusqu’au générique final.

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Voyage of Time ☆☆☆☆

« Le passé, le présent, le futur ». Rien de moins…

Terrence Malick voit grand. Trop peut-être. Voyage of Time que les producteurs français ont sous-titré, pour des motifs qui m’échappent, Au fil de la vie a l’ambition insensée de raconter l’histoire du monde depuis sa création. Docu écolo pour Disney Channel ? Pas vraiment. Terrence Malick ne s’abaisse pas à faire œuvre de pédagogue. On n’apprendra rien avec Voyage of Time : rien sur l’histoire de la Terre, son passé, son présent et encore moins son futur.

Car, hélas, Terrence Malick vise plus haut. Il veut réaliser un hymne beethovénien à la vie, une œuvre à la saisissante beauté et au puissant message panthéiste. Des images à la beauté confondante, une musique symphonique envahissante, la voix éthérée de Cate Blanchett (ou celle de Brad Pitt dans la version IMAX) qui ânonne des commentaires aussi creux que vains (« After all those years, what does that mean to be us? »).

Comme une mouche devant une lampe à lave, on peut lentement se laisser hypnotiser. On peut aussi s’endormir. Alternativement, on peut se foutre en rogne. Ou encore aller voir un autre film.

D’ailleurs les distributeurs ont opté sur une stratégie de diffusion insolite. Le film a été diffusé en « séance unique » le jeudi 4 mai à 20 heures. Il ne faut jamais dire jamais : la séance soi-disant unique a été dupliquée le jeudi 29 juin (voir l’affiche ci-contre). Pourquoi un tel choix ? Mystère…

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Kemtiyu Cheikh Anta ★★☆☆

Cheikh Anta Diop (1923-1986) fut l’un des esprits les plus brillants de son temps. Doué d’une intelligence exceptionnelle, ce Sénégalais reçut en France une double formation scientifique – auprès de Frédéric Jolliot-Curie –  et philosophique – auprès de Gaston Bachelard. Son premier ouvrage, « Nations nègres et cultures  » fit polémique à sa parution en 1954 : il y défendait la thèse de la négritude des premiers pharaons.

Documentaliste engagé, William Ousmane Mbaye raconte sa vie. Kemtiyu – en wolof le pays des hommes noirs ou la Négritie – a été diffusé en novembre 2016 sur TV5 Monde. Il a été parallèlement programmé dans quelques cinémas devant une audience clairsemée mais politiquement engagée.

La thèse de Cheikh Anta Diop suscite de vives polémiques. Qu’on y adhère ou qu’on la combatte, elle ne laisse pas indifférent.
En les plaçant à l’origine de la première civilisation de l’humanité, elle redonne une légitimité et une fierté aux populations noires que l’Histoire du monde – depuis Hegel jusqu’au discours de Dakar de Nicolas Sarkozy en juillet 2007 – a reléguées aux marges du monde.
Elle n’en repose pas moins sur des bases scientifiques fragiles. Si la génétique et la paléontologie corroborent la thèse de l’origine africaine de l’homme moderne, les arguments linguistiques développés par Cheik Anta Diop, notamment les similitudes entre l’égyptien ancien et le wolof ont depuis été remis en cause.

Les partisans et les opposant des thèses de Cheikh Anta Diop ont les uns et les autres le défaut de placer le débat sur le terrain de la race. Foncièrement antiracistes, ses partisans survalorisent paradoxalement la « race » noire ou kémite et dénoncent le soi-disant complot qui aurait depuis Champollion conduit à nier les racines nègres de l’Egypte pharaonique. Ses opposants, dont ils seraient exagéré de croire qu’ils aient fomenté un complot, sont eux prisonniers d’une vision européocentriste de l’Égypte qui n’est pas toujours exempte d’un racisme inavoué.

Au-delà de cette indépassable polémique, Kemtiyu a le mérite de redonner la parole à Cheikh Anta Diop à travers les archives de sa vie et les témoignages de ses proches. On découvre un véritable Pic de la Mirandole africain, qu’aucun domaine du savoir ne laissait indifférent. On découvre aussi un homme politique engagé toute sa vie durant contre le pouvoir de Léopold Sedar Senghor. Hélas ! Senghor, le président-poète, jouit au regard de la postérité de l’image, largement usurpée, d’un grand démocrate. Du coup, dans l’imaginaire occidental, incapable de reconnaître leur rôle à un trop grand nombre de héros africains, Cheikh Anta Diop n’a pas de place.

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K.O. ★☆☆☆

Antoine Leconte (Laurent Lafitte) travaille à la télévision. Cynique et dominateur, il exerce sur ses collaborateurs comme sur ses proches une autorité implacable. Un animateur qu’il a évincé le blesse à bout portant. À sa sortie de l’hôpital, Antoine Leconte ne reconnaît plus son environnement.

N’est pas M. Night Shyamalan ou David Fincher qui veut. Sans doute Fabrice Gobert peut-il s’enorgueillir d’être l’auteur des Revenants, l’une des plus excitantes séries françaises qui soutient sans faillir la comparaison avec ses cousins d’outre-Atlantique. Sans doute son premier film Simon Werner a disparu, enquête kaléidoscopique autour de la disparition d’un lycéen, réussissait-il à exciter l’intérêt. Mais son second déçoit.

Il déçoit parce qu’il frustre. Il frustre du plaisir qu’on croyait y prendre durant toute la première heure. Une première heure tendue par la résolution d’un mystère : que s’est-il passé ? Pourquoi un patron de chaîne se retrouve-t-il du jour au lendemain à remplacer Miss Météo ? On imagine toutes sortes de scénarios : immense complot comme dans The Game, dédoublement de personnalité comme dans Fight Club, hallucination post-mortem comme dans Sixième sens ? La clé de l’énigme, révélée à l’ultime seconde, est, si je l’ai bien comprise, d’une étonnante pauvreté. Avec elle, tout le film s’effondre, comme un château de cartes, laissant le spectateur à sa frustration et, pire, à son humiliation : tout ça pour ça…

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Kóblic ★★★☆

Tómas Kóblic est – comme son nom ne l’indique pas – pilote dans l’armée argentine sous la dictature. À l’époque les opposants politiques étaient jetés dans la mer depuis un avion. Refusant d’obéir à ces ordres iniques, Kóblic se réfugie chez un ami dans une petite ville de province. Mais sa présence suscite les soupçons du chef de la police locale.

Le cinéma argentin n’en finit pas de ressasser les années de la dictature. Sans remonter jusqu’à L’Histoire officielle (1985), Kamchatka (2002), Buenos Aires 1977 (2006), Dans ses yeux (2009), L’Œil invisible (2010), Enfance clandestine (2011), El Clan (2015) constituent chacun à leur façon des témoignages de la trace laissée par la dictature dans la psyché collective : un enfant qui voit ses parents disparaître, un joueur de football torturé dans un centre de rétention, le souvenir d’un crime sordide dont l’auteur n’a pas été identifié, une enseignante prise au piège de ses compromissions, une famille en apparence ordinaire qui mène un commerce criminel… Il y aurait un article à écrire sur ces films et, à travers eux, comme Henry Rousso l’avait fait sur la France de Vichy depuis 1945, sur l’Argentine de la dictature après 1983.

Kóblic vient enrichir cette liste déjà longue. Il le fait avec autant de talent que les films que je viens de rappeler et que j’ai tous aimés. Le mérite en revient au premier chef à Ricard Darin, le plus célèbre des acteurs argentins (il fut excellent dans Truman et dans Les Nouveaux sauvages). Son personnage est taillé dans l’étoffe qui fait les héros. Caricatural ? Peut-être. Mais caricatural comme le sont les tragédies grecques et les westerns américains. Son face-à-face avec le shériff local, ripoux répugnant, est d’anthologie. Et son coup de foudre pour une jolie autochtone, loin de verser dans la « bluette » comme lui en fait le reproche la critique du Figaro, a le goût exaltant des amours impossibles.

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