Peninsula ★★☆☆

Quatre ans ont passé depuis la pandémie qui a dévasté la péninsule coréenne et dont quelques rares survivants seulement ont réussi à s’échapper, par train ou par mer.
Parmi ceux ci, un ancien officier de l’armée coréenne végète à Hong Kong en tentant d’oublier en vain la mort de sa sœur et de son neveu. Un gang de mafieux chinois le recrute avec trois comparses pour une mission risquée : retourner en Corée pour y récupérer une camionnette remplie de billets de banque.
Arrivée sur place, l’escouade fait de surprenantes rencontres : une horde de militaires dégénérés, une veuve courageuse, ses deux filles et leur grand-père…

Dernier Train pour Busan fut, de l’avis général, un film exceptionnel. Peninsula est en train de devenir, au terme d’un arrêt tout aussi radical rendu par ce même tribunal populaire un bide retentissant. Tant pis pour ses distributeurs qui, après bien des hésitations, décidèrent de maintenir malgré le couvre-feu sa sortie à la date prévue et tant pis pour les exploitants qui ne doivent pas escompter de ses spectateurs aux abonnés absents qu’il ramène les foules en salles.

Ce double jugement appelle deux mises au point. Dernier Train pour Busan n’était peut-être pas si bien que ça et Peninsula pas si mauvais.

Dans un cas comme dans l’autre, les neurones ne sont pas très sollicités. Dans un cas comme dans l’autre, on en prend plein les mirettes avec des scènes d’action aux effets spéciaux trop voyants filmées comme de vulgaires jeux vidéo.
Leur scénario n’est pas sans point commun qui convoque à chaque fois une bande de personnages  suffisamment nombreuse pour en sacrifier une bonne partie. Dans Peninsula, on a 4 membres de l’escouade + 4 membres de la petite famille (la veuve, ses deux filles et le grand-père). Combien survivront ? Si j’étais vous, je ne parierais pas sur le grand-père…

Avec son intrigue dans un train fou, Dernier Train pour Busan louchait du côté de Snowpiercer. Peninsula regarde plutôt du côté de Mad Max : le III avec ses jeux du cirque, le IV avec ses courses-poursuites.

Peninsula s’achève dans un déluge pyrotechnique de bons sentiments. Le public coréen lui a fait un triomphe. En France, il n’aura convaincu que les mordus du genre.

La bande-annonce

Le Feu sacré ★★★☆

Ascoval est une aciérie du nord de la France placée en redressement judiciaire fin 2017 qui, grâce au soutien de l’État, a disposé de douze mois pour trouver un repreneur. Le documentariste Eric Guéret a filmé cet angoissant compte à rebours.

Des documentaires sur des usines au bord du dépôt de bilan et sur des ouvriers en grève, on en a déjà vu quelques uns : La Saga des Conti en 2013,  Des Bobines et des Hommes en 2017. On a surtout vu un film exceptionnel qui avait été accueilli avec un succès mérité : En guerre de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon dans le rôle d’un syndicaliste CGT poussé à bout.

Pour autant, Le Feu sacré – qui aurait pu tout aussi bien s’intituler Dur comme fer – parvient à nous surprendre par un scénario plus rebondissant que ne l’aurait été la plus rebondissante des fictions. Fermera , fermera pas ? Jusqu’à l’ultime seconde, le suspense est maintenu. Et n’allez pas le gâcher en suscitant votre mémoire et/ou en allant consulter Wikipédia.

Mais cette trame rebondissante n’est pas le seul atout du film. Son principal est son absence de manichéisme. Ce genre de productions souffre en effet souvent d’un handicap : opposer bloc à bloc les ouvriers, engagés dans une juste lutte pour sauver leur emploi, et des patrons, obsédés par la réduction des coûts, insensibles à la souffrance humaine – sans parler d’un État impuissant à s’opposer à cette logique capitaliste mortifère.

Le Feu sacré a l’immense vertu de ne pas céder à ces simplifications-là. Le documentaire ne nous montre pas des acteurs sociaux figés dans des rôles caricaturaux écrits d’avance mais au contraire des partenaires prêts à des concessions pour atteindre un objectif commun : la survie d’un savoir-faire industriel et la défense de l’emploi.

Les ouvriers, viscéralement attachés à leur outil de production, malades à l’idée d’abandonner une communauté qui est devenue pour eux une seconde famille, ont la clairvoyance d’accepter des concessions sur le temps de travail pour satisfaire un éventuel repreneur. Le patron est un modèle du genre, qui se bat pour réduire les coûts sans jamais ignorer le prix des efforts qu’il exige, aussi convaincant dans le documentaire qu’à l’avant-première à laquelle j’ai eu la chance d’assister en sa présence. Même les hommes politiques, qui jouent d’habitude les méchants de service, s’en tirent plutôt bien : on voit Bruno Lemaire, ministre de l’Économie, « mouiller la chemise » pendant de longues négociations, on voit surtout Agnès Pannier venir à Saint-Saulve et changer radicalement de pied sur une entreprise qu’elle croyait condamnée mais dont on lui démontre la viabilité.

Dans le débat qui a suivi la projection du film, hélas abrégé par le couvre-feu qui s’annonçait, la salle bruissait d’interventions militantes, exaltant la colère des ouvriers, attaquant la carence de l’État. Je me sentais bien seul dans mon costume-cravate passe-muraille qui trahissait trop visiblement mon appartenance à la caste honnie des énarques dominateurs et sûrs d’eux-mêmes. Je sais gré au réalisateur, à son producteur et au patron, Cédric Orban, d’avoir salué le rôle de la haute fonction publique dans la reprise d’Ascoval : une haute fonction publique qui, contrairement à ce qu’imaginent les complotistes de tous bords, n’est pas gangrenée par la corruption et minée par l’incompétence, mais qui essaie, tant bien que mal, d’œuvrer chaque jour au bien commun.

Le Feu sacré est un documentaire touchant et intelligent dont on regrettera qu’il ne sorte malheureusement que sur deux salles à Paris. À voir absolument.

La bande-annonce

A Dark-Dark Man ★☆☆☆

Dans l’immense plaine kazakhe, au milieu de nulle part, un jeune garçon est violé et tué. La police corrompue maquille les lieux du crime et inculpe un benêt. C’est à Bekzat, un jeune policier fraîchement émoulu, qu’il incombera de faire disparaître l’inculpé comme avaient disparu dans des circonstances tout aussi fumeuses les précédents accusés de crimes similaires.
Mais l’arrivée d’Ariana, une belle journaliste, va perturber cette mécanique bien rodée et obliger Bekzat à une impossible rédemption.

Né en 1982, originaire de Karaganda dans le centre du Kazakhstan, Adilkah Yerzhanov a déjà tourné neuf longs métrages. A Dark, Dark Man est le deuxième sorti en France. Le premier, La Tendre Indifférence du monde, avait été sélectionné dans la section Un certain regard à Cannes en 2018.

La Tendre Indifférence du monde racontait une histoire d’amour impossible. Avec A Dark, Dark man, Yerzhanov change de registre. Il tourne un film noir sous le soleil froid de la steppe kazakhe. Son ironie muette rappelle Kaurismäki, la violence décomplexée de ses porte-flingues Kitano. La sublime Dinara Baktybaeva, une star au Kazakhstan, déjà remarquée dans La Tendre Indifférence… porte le même trench-coat que les héros du Samouraï de Melville.

Malheureusement, l’intrigue minimaliste de A Dark, Dark Man a tôt fait de lasser le spectateur. L’évolution intérieure de son héros est lourdement prévisible. La sophistication des cadrages vire vite au maniérisme. Aussi exotique soit-il, A Dark, Dark Man n’est pas plaisant, il est complaisant.

La bande-annonce

Miss ★☆☆☆

Alexandre se cherche. La mort de ses parents pendant son enfance l’a laissé sans boussole. Sans travail, sans argent, il ne peut guère que s’appuyer sur l’amitié chaleureuse de ses colocataires : Lola, un vieux travelo philosophe (Thibault de Montalembert méconnaissable), Yolande (Isabelle Nanty), sa proprio soixante-huitarde…
Alexandre a depuis toujours un rêve : devenir Miss France. Seul problème : Alexandre est un homme.

Ruben Alves, le réalisateur franco-portugais de La Cage dorée, le succès surprise de 2013, a raté le coche. Il avait l’ambition de réussir un film grand public. Sans doute l’affiche manque-t-elle de stars pour attirer le chaland : un Jean-Pierre Rouve comme dans Les Tuche, un Omar Sy comme dans Intouchables, un Christian Clavier comme dans Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu ?

Mais Miss peut compter sur une étonnante révélation : Alexandre Wetter, le mannequin androgyne qui vient de défiler pour Jean-Paul Gaultier, bon acteur et d’un charme fou. Son seul défaut : il est presque trop féminin, trop sexy, nimbé d’une féminité éclatante qui gomme le trouble que le thème de Miss aurait pu maintenir tout le long du film avec une héroïne plus masculine.

Le film aborde des sujets riches. La transidentité qui, décidément, est devenue un thème à la mode au cinéma depuis Laurence Anyways, Girl, Lola vers la mer … Le concours des Miss France, ses paillettes qui font rêver et ses stéréotypes qui font vomir : Little Miss Sunshine ou le méconnu film géorgien Keep Smiling sorti en 2013…

Hélas, il ne fait que les caresser.
Prisonnier d’un scénario trop politiquement correct, ponctué de rebondissements attendus et sans saveur, Miss s’englue bien vite dans la bien-pensance.

La bande-annonce

Adieu les cons ★★★★

Suze Trapet (Virginie Effira), la petite quarantaine, apprend qu’elle n’en a plus que pour quelques mois à vivre. Son dernier désir : retrouver le fils dont elle a accouché sous X quand elle avait quinze ans à peine. Un farfelu concours de circonstances la met en contact avec un informaticien dépressif (Albert Dupontel) et avec un archiviste aveugle (Nicolas Marié). L’improbable trio, poursuivi par la police, réussira-t-il à retrouver le fils de Suze ?

J’ai toujours adoré Albert Dupontel. Je me souviens de son premier film, Bernie en 1996 comme d’un Ovni dans le paysage cinématographique bien sage de l’époque. Une énergie folle s’en dégageait, un humour dévastateur, un regard volontiers provocateur sur les maux de nos sociétés. Cette marque de fabrique se retrouvait dans ses films suivants : Le Créateur en 1998, Enfermés dehors en 2005, Neuf mois ferme en 2009 avec Sandrine Kibertlain qui m’avait fait hurler de rire.

Dupontel a connu la consécration en 2017 avec l’adaptation de Au revoir là-haut, le Goncourt de Pierre Lemaître. Le réalisateur avait de l’or en main. Le film fut un immense succès critique et public, raflant cinq Césars dont celui du meilleur réalisateur.

Mais Au revoir là-haut est peut-être le moins dupontélien des films de Dupontel. Adieu les cons lui ressemble plus. Il retrouve la galopante énergie de Bernie et sait nous raconter une histoire qui nous arrache des larmes sans verser dans la mièvrerie.

Pourtant cette histoire, à y regarder de près, n’a ni queue ni tête. Elle est construite autour d’une accumulation de coïncidences toutes aussi peu crédibles les unes que les autres.

Ces incohérences n’enlèvent pourtant rien au plaisir qu’on prend à suivre les personnages. Il faut dire que le trio d’acteurs est incroyable. Virginie Effira n’a jamais été aussi jolie ni aussi émouvante. Albert Dupontel donnerait presqu’envie de tomber dépressif et de se mettre à l’encodage. Quant à Nicolas Marié, il introduit avec son personnage d’aveugle clairvoyant, habillé comme le Joker de Batman, la touche de folie qui achève de faire basculer le film dans la pure BD.

Ajoutons des décors entièrement artificiels qui tournent le dos au naturalisme et donnent à Adieu les Cons un parfum de Brazil, la référence revendiquée de Dupontel. Le cocktail est parfait.

La bande-annonce

Drunk ★★★☆

Quatre enseignants danois décident de combattre leur crise de la quarantaine en s’alcoolisant. Dans un premier temps, le résultat est efficace : les inhibitions sautent, la vie devient plus gaie. mais à la longue, l’alcoolisation devient dangereuse.

La bande-annonce de Drunk m’a mis l’eau à la bouche. Quel plaisir de retrouver Thomas Vinterberg, le réalisateur de l’inoubliable Festen, dont l’aura a été injustement éclipsée par celle, un peu de trop envahissante de son iconoclaste compatriote Lars Von Trier ! Et quel plaisir de le retrouver, au moment même où le couvre-feu nous tombe dessus, dans un film qui se présente comme une ode joyeuse à la fête !

Mais le problème est que le pitch de Drunk fait long feu. Comme promis dans la bande-annonce et dans mon résumé, il comprend une thèse, une antithèse…. avant l’inévitable synthèse.
La thèse : l’alcool rend gai. C’est l’occasion de quelques scènes souvent drôles où les inhibitions dans lesquelles ces quatre quarantenaires étaient englués disparaissent. Le professeur d’histoire devient soudain populaire en évoquant l’ivrognerie de Churchill – et la sobriété de Hitler. L’époux bonnet-de-nuit redevient un amant fougueux. C’est encore l’occasion de quelques scènes pas moins drôles que les précédentes où l’on voit ces quatre même quadragénaires, complètement pafs, violer allègrement les règles de la décence publique qu’ils avaient jusqu’alors bourgeoisement respectées.
L’antithèse : l’alcool rend triste. Mais bien vite (trop vite ?), l’accoutumance produit des effets délétères. L’éthylisme des quatre professeurs ne peut plus être caché, ni dans leurs familles, ni à leur travail. L’un d’eux dépassera même les limites.
Enfin viendra l’inévitable synthèse, dans une scène finale, sagement transgressive – si l’on m’autorise l’oxymore – dont on redoute un instant que n’y soient ajoutés en surimpression les mots « Consommer avec modération ».

Cette organisation ternaire évite certes à Vinterberg les deux critiques symétriques de l’incitation à l’ivrognerie ou du moralisme prohibitionniste. Mais elle ne le sauve pas pour autant d’une certaine facilité d’écriture qui prive le film du sel qu’on espérait y trouver.

Pourquoi alors lui donner trois étoiles ? Parce que Drunk est néanmoins le meilleur film du moment, dans une programmation bien pauvre qui ne brille pas par sa qualité. Parce que Madds Mikelsen devient de plus en plus sexy en vieillissant. Et parce que je n’arrive pas à m’enlever de la tête la musique incroyablement joyeuse de la bande-annonce. (What A Life de Scarlet Pleasure)

La bande-annonce

Maternal ★★☆☆

Paola, une jeune moniale italienne, arrive dans la banlieue de Buenos Aires pour travailler dans un foyer religieux qui accueille des adolescentes et leurs bébés. Parmi celles ci, Luciana et Fatima présentent deux profils bien différents. Luciana, volontiers rebelle, est dans le conflit permanent avec les bonnes sœurs. Fatima au contraire, plus introvertie, accepte sans s’en plaindre les règles du foyer.
Quand Luciana disparaît, laissant derrière elle sa petite fille de quatre ans, sœur Paola assure la garde de l’enfant et développe des sentiments très forts qui entrent en conflit avec sa vocation religieuse.

Maternal est le titre anglais choisi par les distributeurs français d’un film italien tourné en Argentine dont le titre espagnol original, « Hogar », désigne le foyer entre les quatre murs duquel ses personnages sont cloîtrés. Son action se déroule dans un pays dont on sait, si on a vu l’été dernier le documentaire Femmes d’Argentine, qu’il n’autorise pas l’IVG et où, par conséquent, les filles-mères sont nombreuses, dans une situations sociale souvent fragile.

La jeune réalisatrice italienne avait enseigné dans de telles institutions. Son expérience lui a inspiré ce film qui flirte parfois avec le documentaire. Deux univers y sont confrontés : d’un côté celui des religieuses, toutes très âgées à l’exception de Paola, toutes d’une angélique patience dont on ne sait si elle résulte de leur immense bonté intérieure ou de leur lassitude éprouvée face à l’ingratitude du monde. De l’autre côté, des adolescentes chahuteuses propulsées trop tôt dans un rôle de mère qu’elles ne sont guère capables d’assumer.

Maternal interroge la maternité, comment des jeunes femmes tombées enceintes sans l’avoir voulu parviennent à l’accepter, comment des religieuses doivent y renoncer après leurs vœux. Le film, tout en silence et en non-dits, ne verse jamais dans le manichéisme ni dans le moralisme. Il réussit à nous toucher ; mais sa pudeur peut-être excessive bride l’émotion qu’on aurait aimé laisser couler plus intensément.

La bande-annonce

La Première Marche ★★☆☆

Quatre étudiants, Youssef, Yacine, Annabelle et Luca, membres de l’association Saint-Denis ville au cœur, ont décidé d’organiser en juin 2019 la première marche des fiertés en banlieue. Les deux co-réalisateurs les ont suivis dans la préparation de cet événement.

Voilà un documentaire sympathique avec un titre intelligent.
La « première marche » est d’abord la première Gay Pride en banlieue, dans un environnement pas franchement favorable. C’est pour lutter contre l’homophobie, mais aussi pour détruire les préjugés tenaces qui font des banlieues défavorisées un terreau de l’homophobie que cette marche a été organisée.
Mais la « première marche » désigne allégoriquement l’entrée en militantisme de ces quatre jeunes gens, dont les deux jeunes co-réalisateurs – dont c’est aussi le premier long métrage – filment non sans empathie les interrogations et les maladresses.

Des maladresses, ces quatre jeunes gender fluid en commettent, qui bafouillent durant les interviews et qui lestent leurs propos trop bavards de références pachydermiques et pas toujours bien digérées à la sociologie bourdieusienne, au post-colonialisme de Spyvak ou aux théories queer de Judith Butler. Mais ils sont tellement sympathiques, tellement enthousiastes qu’on leur pardonne les yeux fermés leurs erreurs de jeunesse.

Le plus charismatique des quatre est Youssef, homosexuel revendiqué d’origine marocaine façon La Cage aux folles. Il a retenu l’attention des deux réalisateurs au point de faire bifurquer le documentaire qui est sur le point d’abandonner son sujet pour lui consacrer un portrait. il faut dire que le personnage est solaire avec ses mimiques volontairement outrées et son enthousiasme incandescent.

D’une durée d’une heure quatre seulement, qui le fait flirter avec les formats TV, d’une diffusion confidentielle (deux écrans en région parisienne), La Première Marche se condamne à l’invisibilité. Dommage…

La bande-annonce

Yalda, la nuit du pardon ★☆☆☆

Ayat est le producteur de l’émission de téléréalité à succès « Le Prix du pardon ». Chaque semaine, un condamné vient y implorer le pardon de sa victime pour obtenir, comme la loi coranique le permet, la commutation de sa peine.
C’est le cas, le soir de « Yalda », la fête zoroastrienne qui marque le début de l’hiver, de Maryam qui a été condamnée à mort pour avoir tué Nasser, son époux. La très jeune femme s’était trouvée, à la mort de son géniteur, un père de substitution dans ce riche publicitaire, déjà père de famille. Encouragée par une mère carnassière, elle avait conclu avec lui un « mariage temporaire ». Pour ne pas spolier sa fille unique, Nasser avait interdit à Maryam de tomber enceinte. Mais la jeune femme n’avait pas respecté cette clause du contrat.

Massoud Bakhshi fait partie de ces nouveaux visages du cinéma iranien qui prospèrent sur les traces de Ashgar Ferhadi. Il montre à l’Occident, dans des films qui ne franchissent pas toujours les foudres de la censure en Iran, l’image d’un pays pris en étau entre le respect étouffant de la loi des mollahs et un désir bouillonnant de modernité.

Le pitch de Yalda était excitant. Unité de temps, unité de lieu, unité d’action : le temps d’un show de téléréalité, la lumière serait faite sur un crime sordide dont on aurait imaginé qu’il cacherait son lot de détails croustillants, révélateur de l’impasse d’une société malade de ses interdits.

Hélas, Yalda est l’exemple parfait d’un film plombé par les défauts d’une écriture brouillonne. Sauf à être familier de la loi coranique, on comprend mal les termes du débat. Dès le départ, les dés semblent pipés : si Mona, la fille de Nasser, de qui Maryam implore le pardon, a accepté de participer à cette émission, n’est-ce pas qu’elle était déjà prête à la blanchir de son crime ? On ne comprend guère mieux les rebondissements de l’intrigue qui scandent l’émission. Alors que le film voudrait – si j’en ai bien compris le sens – nous rendre sympathique Maryam, ses jérémiades produisent l’effet inverse.

Les deux actrices qui incarnent Maryam et Mona ne déméritent pas. Mais leur prestation ne suffit pas à sauver un film englué dans une intrigue trop confuse pour qu’on en comprenne les subtilités. Dommage….

La bande-annonce

L’Enfant rêvé ★★★☆

François (Jalil lespert) rêve d’avoir un enfant, un fils de préférence, pour lui transmettre la scierie familiale qu’il a héritée de son père (Jean-Marie Winling). Mais les PMA que Noémie (Mélanie Doutey), son épouse, et lui ont tentées échouent et la procédure d’adoption qu’ils débutent s’annonce longue et semée d’obstacles.
Le rêve de François semble se concrétiser quand Patricia (Louise Bourgoin) déboule dans sa vie. Il noue avec cette femme mariée, mère de deux enfants, une relation adultère passionnée. Patricia tombe enceinte. François ira-t-il au bout de son désir de paternité au risque de détruire la vie qu’il a construite avec Noémie ?

Raphaël Jacoulot n’est pas un réalisateur très connu. Avec L’Enfant rêvé, ce réalisateur formé à la Fémis sort pourtant son quatrième long métrage. J’avais eu un coup de cœur pour son précédent film, Coup de chaud, sorti au milieu de l’été 2015. Je lui avais même décerné quatre étoiles, un Graal que je ne distribue qu’avec parcimonie.

On retrouve dans L’Enfant rêvé les recettes de ses précédents films, qui m’avaient touché. Raphaël Jacoulot est un cinéaste de la province. Ses films sont solidement ancrés dans un territoire, dans un biotope, qui en détermine le cours et en influence les personnages. Dans Coup de chaud, l’action se déroulait dans un petit village du Lot-et-Garonne, chauffé à blanc par la canicule. Dans Avant l’aube, nous allions nous perdre dans un grand hôtel des Hautes-Pyrénées en plein hiver. Dans L’Enfant rêvé, nous sommes dans les forêts de conifères du Doubs, à la frontière suisse, dans une région connue pour enregistrer les températures les plus froides de France.

Raphaël Janicot filme un terroir. Il y filme aussi des hommes et des femmes qui travaillent. Dans Avant l’aube, il s’agissait d’un grand hôtel perdu dans la montagne. Dans L’Enfant rêvé, nous entrons dans une scierie dont nous regardons les énormes machines usiner des troncs d’arbres. François est né ici. Il a repris l’entreprise familiale que son père lui a léguée. On retrouve le même duo père-fils que dans l’excellent Au nom de la terre avec Guillaume Canet et Rufus : un père vieillissant, fier du fils auquel il a transmis la passion de son métier, un fils dans la force de l’âge qui , rompant avec la tradition, a massivement investi pour sauver son entreprise au risque de la surendetter.

C’est dans cet environnement très typé, digne des grands films classiques français des années soixante (on pense évidemment aux Grandes Gueules de Robert Enrico avec un Bourvil à contre-emploi dans le rôle dramatique d’un patron de scierie), que se noue un drame de l’adultère.

Dans le triangle amoureux qu’il forme avec sa femme et sa maîtresse, c’est Jalil Lespert qui a le rôle le plus important. C’est autour de lui que s’organise le film, mettant en scène son obsession de paternité. L’acteur est impressionnant. On sent bouillir en lui une rage rentrée, une accumulation de frustrations prêtes à exploser. Mélanie Doutey et Louise Bourgoin ont deux rôles difficiles. La première interprète une épouse sacrifiée, infertile et trompée. Le rôle de la seconde est plus ambigu : elle est à la fois le fruit défendu de la passion adultère et une femme qui a la tête sur les épaules, rappelant son amant à la réalité quand il se perd dans ses délires.

L’Enfant rêvé est un film à la facture très classique, sans flashback ni flash-forward, qui raconte sans se presser un drame familial. On sent confusément que son issue sera dramatique. On ignore qui de François, de Noémie ou de Patricia en sera la victime en redoutant qu’ils n’en soient les victimes tous les trois.

La bande-annonce