Indianara ★☆☆☆

Indianara est une militante brésilienne transsexuelle. Elle se bat pour les droits des LGBT. Elle a fondé la Casa Nem qui accueille à Rio les plus démuni.e.s. Aude Chevalier-Beaumel, une documentariste française, l’a rencontrée en 2014 au Brésil. Elle l’a suivie pendant deux ans, durant la présidence de Michel Temer dont le gouvernement rogne sur le droit des minorités et au moment de la victoire de Jair Bolsonaro à l’élection présidentielle d’octobre 2018.

Présenté à l’ACID au Festival de Cannes en 2019, sorti en salles en novembre dernier, Indianara nous fait découvrir une égérie de la cause LGBT, quatre mois à peine après Bixa Travesty sur une autre figure brésilienne transgenre.

L’héroïne en impose, avec sa carrure massive, sa crinière blonde, sa détermination sans faille. On la suit à la Casa Nem, auprès de ses « sœurs » menacées d’éviction, dans des manifestations où elle est la première à se saisir du mégaphone pour entretenir la mémoire de tous les LGBT victimes de crimes odieux. Marielle Branco, la conseillère socialiste dont Indianara est la suppléante à la mairie de Rio, connaîtra d’ailleurs le même sort funeste. On la suit aussi chez elle où elle mène paradoxalement une existence paisible avec son mari Mauricio et ses chiens.

Le sujet est brûlant qui nous fait comprendre les menaces qui pèsent sur cette communauté discriminée dans un pays flirtant avec l’extrémisme. Mais, murée dans sa posture de « Marianne des transgenres », Indianara ne brise pas l’armure et ne nous émeut pas.

La bande-annonce

Toute ressemblance… ★★☆☆

Depuis dix-huit ans, Cédric Saint Guérande alias CSG (Franck Dubosc) est le présentateur préféré des Français. Chaque soir, à vingt heures tapantes, il présente le journal télévisé. Il doit son succès et sa popularité à un mélange de talent, de charme, d’esbrouffe. Adulé par le public comme par sa concierge (Sylvie Testud), fidèlement secondé par son producteur (Jérôme Commandeur), tendrement aimé par sa femme (l’ancienne James Bond girl Caterina Murino), CSG est au firmament de sa gloire. Mais l’arrivée à la présidence de la chaîne de Julien Demaistre (Denis Podalydès), précédé d’une solide réputation de coupeur de têtes, menace sa toute-puissance.
Toute ressemblance avec des faits réels ne serait pas nécessairement fortuite

On a dit beaucoup de mal du film de Michel Denisot. « Caricatural et vulgaire » (Le Figaro), « affligeant » (Le Monde). Nous voilà prévenus : nous n’irons pas voir un chef d’oeuvre, tout au mieux une aimable pochade sur les petits secrets du monde de la télévision. Tant de tomates lancées sur l’un des plus célèbres animateurs de France nous inciteraient presqu’à l’indulgence. Son film mérite-t-il tant de fiel ?

Non. Toute ressemblance… ne mérite certainement pas quatre étoiles. Ni trois. Avec une indulgence coupable, on lui en mettra deux ; car c’est une gentille comédie qui se regardera volontiers un dimanche soir sur petit écran, ni meilleure ni pire que les feel-good movies qu’on y voit trop souvent.

Michel Denisot ne fait pas dans la dentelle en décrivant des stars du PAF obsédées par le pouvoir, l’argent, le sexe, le botox et la drogue. De journalisme, d’éthique du travail, il n’est guère question. Le parti pris est plus gaulois. Il n’empêche qu’il fait souvent mouche et qu’on découvre quelques scènes hilarantes que la bande-annonce n’avait pas déflorées.

La bande-annonce

The Irishman ★☆☆☆

Frank Sheeran (1920-2003) a raconté sa vie dans un livre intitulé « J’ai tué Jimmy Hoffa » dans lequel il revendique l’assassinat en 1975 du chef des Teamsters américains. Le titre original de ces mémoires est moins tonitruant : « I Heard You Paint Houses ». Tels auraient été les premiers mots adressés par Hoffa à Sheeran. Il s’agissait moins de saluer ses talents de peintre en bâtiment que d’évoquer à demi mots sa profession de tueur à gages, l’expression renvoyant au sang de ses victimes giclant sur les murs des maisons où elles étaient exécutées.

Un Irlandais devenu italien. Le sujet est posé. Il est de ceux que Scorsese affectionne, qui constitua déjà la toile de fond de quelques uns de ses plus grands films : Les Affranchis, Casino, Les Infiltrés. Il opte pour un titre différent de celui, trop elliptique, du livre qu’il adapte : ce sera The Irishman, qui donne la vedette à Robert De Niro, son acteur fétiche, même s’il partage l’affiche  avec deux autres acteurs d’anthologie, Al Pacino (qui n’avait jamais tourné avec Scorsese) et Joe Pesci (un fidèle de la première heure), sans oublier Harvey Keitel qui tenait un rôle dans le tout premier film de Scorsese tourné en….1967.

Petits meurtres entre amis. Autant dire qu’on est entre vieilles connaissances septuagénaires. Autant dire que The Irishman a des airs intemporels de testament. Martin Scorsese aurait pu signer le même film, avec les mêmes personnages, le même scénario, il y a vingt ou trente ans, à l’époque glorieuse des Affranchis ou de Casino – qui, lui, comptait une figure féminine (ah ! Sharon Stone !) dont hélas The Irishman est dépourvu.

Le maestro prend son temps. The Irishman dure plus de trois heures et avance à un rythme de corbillard. Scorsese veut bien qu’on l’enterre ; mais la cérémonie se fera au tempo qu’il aura décidé ; et le tempo n’est pas prestissimo. Du coup, on s’ennuie un peu. La première heure est languissante, qui met en place un procédé qui mélange trois temporalités (les confessions de Sheeran racontées en flashback depuis une maison de retraite, une virée automobile en 1975 des couples Sheeran et Buffalino, la vie proprement dite de Sheeran depuis la fin de la Seconde guerre mondiale), dont on peine à comprendre l’architecture. Tout s’accélère avec l’entrée en scène de Jimmy Hoffa, campé par un Al Pacino toujours aussi ébouriffant, quels que soient les toupets qui le coiffent.

Martin Scorsese fait des infidélités aux salles obscures en sortant son film sur Netflix. Le procédé, venant d’un des monstres sacrés du septième art, peut surprendre. Scorsese sur Netflix ? Et puis quoi encore ? Gracq publié en poche ? Chostakovitch en replay sur NRJ ? Soulages exposé aux Quatre Temps ?
Le problème de cette modalité de diffusion est qu’elle m’a privé du recueillement et de la concentration que la salle impose. Devant un (petit) écran d’ordinateur, distrait par toutes les sollicitations de la vie quotidienne, je ne me suis pas plongé dans le film. J’en ai saucissonné le visionnage en trois épisodes. J’ai du coup eu l’impression de regarder une mauvaise mini-série. L’aurais je vu en salle trois heures de rang, je me serais peut-être forgé une toute autre opinion.

La bande-annonce

J’aimerais qu’il reste quelque chose ★☆☆☆

Les personnes qui le souhaitent peuvent déposer au Mémorial de la Shoah à Paris les archives personnelles des déportés juifs et de leurs familles. Des bénévoles les accueillent, les écoutent et prennent en dépôt les documents (photos, lettres, objets) qui leur sont confiés, les classent, les archivent.

Ludovic Cantais a travaillé en 2012 au Mémorial de la shoah à une exposition consacrée aux Enfants de la shoah. C’est là qu’a germé l’idée de ce reportage : filmer les personnes qui déposent des archives et filmer celles qui les reçoivent, comprendre les motivations des unes et des autres.

Le documentaire n’atteint qu’en partie son objectif. Sans doute voit-on et entend-on les témoignages souvent poignants de rescapés de la déportation – souvent très jeunes à l’époque des faits – ou de leurs descendants immédiats. La motivation de leur démarche : faire en sorte « qu’il reste quelque chose » de leurs souvenirs ou du souvenir de leurs proches décédés.

En revanche, on n’apprend pas grand-chose des bénévoles qui accueillent à Paris le public ou qui vont à leur rencontre en province. On constate leur immense patience face à la logorrhée désordonnée des déposants qui leur racontent des vies souvent tragiques et leur livrent dans le désordre des masses de documents. Mais on ne saura rien de leurs vies à eux et des motifs pour lesquels ils ont accepté bénévolement la responsabilité de cette tâche. Dommage…

La bande-annonce

Knives and skin ★☆☆☆

Dans une petite ville sans histoire de l’Illinois, une jeune fille disparaît. Le garçon dont elle a repoussé les avances et qui est le dernier à l’avoir vue vivante est rongé par la culpabilité. Ses amies s’inquiètent pour elle. Sa mère, qui dirige la chorale du collège, perd vite pied.

Jennifer Reeder se revendique de David Lynch. Son Knives and Skin emprunte aux mêmes recettes que Twin Peaks : une disparition, une enquête policière, une bourgade assoupie et ses habitants plus ou moins chtarbés. Autre filiation assumée : Gregg Araki et ses apocalypses adolescentes (Totally F***ed Up, The Doom Generation, Nowhere). Pour donner à son film une touche psychédélique, elle a porté un soin particulier à l’image – saturée de violet, de magenta et de cyan – et à la musique – la chorale interprète sur un tempo lent et triste les tubes les plus sucrés des 80ies (Girls Just Want To Have Fun de Cindy Lauper, Birds Fly de The Icicle Works).

Hélas, la sauce ne prend pas. Le scénario se disperse entre trop de personnages : la mère folle, le clown dépressif, la copine lesbienne, le séduisant demi de mêlée, etc. Le sous-texte féministe n’imprime pas. L’interprétation est anonyme.  L’ultra-stylisation reste vaine. L’émotion ne perce jamais.

La bande-annonce

Les Enfants d’Isadora ★☆☆☆

Isadora Duncan (1877-1927) est une danseuse américaine à laquelle on prête l’invention de la danse moderne libérant le corps du carcan imposé par le tutu et les pointes. Le 19 avril 1913, ses deux enfants, Deirdre, six ans, et Patrick, trois ans, ont trouvé la mort dans un accident de voiture. Isadora Duncan ne se remit jamais de ce drame qui lui inspira dix ans plus tard un solo déchirant intitulé La Mère sur la musique de Scriabine.
Il n’existe ni photo ni  enregistrement vidéo d’Isadora Duncan dansant La Mère.

Danseur de formation, le réalisateur Damien Manivel revient à ses premières amours après un détour par la fiction (Le Parc). Mi-fiction, mi-documentaire, Les Enfants d’Isadora suit quatre femmes parties à la rencontre de ce solo : une jeune danseuse (Agathe Bonitzer) qui déchiffre la partition en notation Leban au Centre national de la danse à Pantin avant d’en esquisser les premiers mouvements avec une grâce infinie, une professeure de danse (Marika Rizzi) et son élève trisomique (Manon Carpentier) qui en préparent la mise en scène, et une spectatrice anonyme (Elsa Wolliaston) qui assiste au spectacle monté par les deux précédentes, le visage raviné de larmes, et rentre chez elle le pas lourd à la nuit tombée.

Ainsi présenté, Les Enfants d’Isadora est à la fois poignant et beau. Ne lui en retirons pas le mérite. Mais, son rythme est si lent, son sujet si glaçant, la juxtaposition de ces trois histoires si pesante, que l’heure vingt quatre de film finit par s’étirer interminablement et que le charme n’opère plus.

La bande-annonce

Sympathie pour le diable ★★☆☆

En 1992, l’ex-Yougoslavie est à feu et à sang. Sarajevo est en état de siège. La communauté internationale, impuissante, compte les morts. Quelques journalistes, parqués à l’hôtel Hilton, informent le monde au péril de leurs vies. Parmi eux, Paul Marchand, reporter freelance pour France Info, la RTBF, Radio Suisse romande et Radio Canada. Il a trente ans à peine, un cigare (cubain) cloué au bec, un bonnet de marin vissé sur le crâne. Son éthique intransigeante le force à rendre compte avec autant d’objectivité que possible d’une guerre fratricide. Sa sensibilité l’empêche de rester neutre dans un conflit qui s’éternise.

Paul Marchand est une figure du journalisme contemporain. Avant d’arriver en Bosnie, il avait couvert pendant près de huit ans la guerre au Liban. À Sarajevo, après dix huit mois de séjour, un sniper lui arrache le bras, l’obligeant à une retraite forcée. Paul Marchand se donnera la mort en 2009. Après avoir lu son livre Sympathie pour le diable publié en 1997, le canadien Guillaume de Fontenay l’avait rencontré. Il aurait pu réaliser un documentaire. Il choisit finalement une œuvre de fiction, très fidèle aux faits, qu’il est allé tourner, non sans difficultés, en plein hiver à Sarajevo.

Récemment, un film d’animation passé inaperçu et pourtant admirable avait pris un parti différent. Chris the Swiss racontait dans un noir et blanc expressionniste la vie de Christian Wurtemberg, un journaliste de guerre, son départ pour la Croatie en 1991 et sa mort en Slavonie dans des conditions restées obscures.

L’autre référence qui vient immédiatement à l’esprit, c’est bien sûr le récent Camille de Boris Lojkine sur la photographe française tuée en mai 2014 en République centrafricaine. Nina Meurisse y interprétait une jeune femme profondément empathique, curieuse, faisant ses premiers pas dans le journalisme de guerre, dévorée par le doute sur le sens de son métier. Niels Schneider campe tout le contraire : un professionnel pénétré par la haute idée qu’il se fait de lui-même et de sa tâche, refusant les concessions, péremptoire et souvent cassant. Bien sûr, son humanité perce, dans sa relation avec sa traductrice, la belle Ella Rumpf, dont il réussit à exfiltrer de Sarajevo l’oncle catarrheux. Mais son refus d’être aimable est tellement efficace que c’est son autoportrait qu’à la fin on peine à aimer.

La bande-annonce

Proxima ★☆☆☆

Le rêve de Sarah Loreau est sur le point de se réaliser. Cette brillante astronaute a été retenue pour participer à la prochaine mission internationale Soyouz vers la Station spatiale internationale (ISS) en orbite autour de la Terre. Objectif : préparer la conquête de Mars.
Sarah, qui travaille à Cologne, à l’Agence spatiale européenne (ESA) va devoir quitter sa fille unique pour se préparer. D’abord à la Cité des étoiles près de Moscou puis à Baïkonour sur le pas de lancement. Même si elle est séparée, elle peut compter sur Thoma, le père de Stella, pour prendre soin d’elle.

Depuis quelques années, suite peut-être au succès de Gravity et d’Interstellar, la conquête spatiale redevient à la mode. Mais elle n’est pas traitée sur le mode épique des décennies passées façon L’Étoffe des Héros ou Appolo 11. Le genre est plutôt le prétexte à une introspection métaphysique – comme l’était déjà en son temps le génial 2001. C’est le cas du très raté High Life comme des très réussis Ad Astra ou Premier contact.

Proxima explore le même filon, sur un mode quasi-documentaire. On y suit le parcours d’obstacles que doit franchir un astronaute avant son départ. Et l’épreuve est d’autant plus éprouvante que c’est une femme qui la subit, en proie non seulement à la dureté objective d’un programme épuisant, mais aussi au machisme ambiant – incarné ici par Matt Dillon. Le film du coup se teinte de féminisme.

Mais le vrai sujet du film est, comme l’annonce son affiche, dans la relation mère-fille. Le plus dur pour Sarah Loreau ne sera pas en effet de s’arracher à l’attraction terrestre, mais de couper le cordon ombilical qui l’unit à son enfant. Le dilemme est cruel qui l’oblige à choisir entre vivre l’accomplissement de sa carrière professionnelle et abandonner sa fille pendant une longue année.

Le dilemme est sans doute poignant quoique – et j’écris la phrase qui suit en tremblant de me faire arracher les yeux par mes lectrices et par la moitié de mes lecteurs – il le soit sans doute plus pour une mère que pour un père. Mais plus grave, il ne fonctionne pas ; car, pas l’ombre d’un instant on ne doute de la détermination de la froide astronaute à aller au bout de sa mission.

Proxima ne décolle pas. Il ne quitte pas la surface de la Terre pas plus qu’il ne suscite de vraie émotion.

La bande-annonce

Gloria Mundi ★☆☆☆

Osons le dire de but en blanc : Gloria Mundi est raté. Pourtant la critique est unanime, des Cahiers du Cinéma à L’Humanité (évidemment), en passant par Elle, Marianne et Les Inrocks. Le film a fait un triomphe à la Mostra de Venise où Ariane Ascaride s’est vu décerner le Prix de la meilleure actrice. Seul émet une voix dissidente Le Figaro – ce qui serait plutôt de nature à accréditer l’idée d’une partialité suspecte du grand quotidien de droite pour cet inlassable porte-voix de la cause prolétarienne.

Il ne s’agit ici de critiquer ni l’homme ni l’œuvre . Un homme dont la saine colère contre les injustices de notre monde force l’admiration. Une œuvre qui compte vingt-et-un films en près de quarante ans, dont un immense succès populaire (Marius et Jeannette en 1997) et plusieurs grandes réussites (ma préférence va aux Neiges du Kilimandjaro qui m’avait ému aux larmes fin 2011).

Comme Ken Loach, Robert Guédiguian vieillit. Et, comme Ken Loach dont j’ai dit ici tout le mal que je pensais de son dernier film, il vieillit mal. Je lui en avais déjà fait le reproche fin 2017 à la sortie de La Villa. Les mêmes défauts sont toujours là. Pire, ils sont amplifiés.

À commencer par le scénario. Regardez la bande-annonce. On y voit un bébé, Gloria, sa mère Mathilda (Anaïs Demoustier en rage contre l’injustice du monde), son père Nicolas (Robinson Stévenin, victime naïve des sirènes de l’ubérisation), sa grand-mère Sylvie (Ariane Ascaride qui nettoie les WC des ferry-boats en pull cachemire avec un brushing impeccable), sa tante (Lola Naymark, cagole égoïste qui se ridiculise dans une sextape embarrassante) et le mari de celle-ci (Grégoire Leprince-Ringuet, « premier de cordée » carburant à la coke et au stupre). Élevée par son beau-père Richard (Jean-Pierre Darroussin, un bloc d’humanité généreuse), Mathilda n’a pas connu son père biologique Daniel (Gérard Meylan, sorte de Jean Valjean amateur de haïkus) qui revient à Marseille après avoir purgé une longue peine de prison juste à temps pour donner à Gloria l’amour paternel qu’il n’a pas su manifester à sa fille.
Tout est dit, avec une économie admirable, en une minute trente. Tout est dilué, avec du fil très blanc, des coutures épaisses, une lourdeur pachydermique, des rebondissements prévisibles, durant les cent-sept minutes que dure le film. [Attention spoiler : la fin de Gloria Mundi est inutilement tragique. Un crime accidentel sera commis. Je vous laisse deviner qui en sera la victime, qui en sera l’auteur et qui acceptera, dans un ultime sacrifice, d’en assumer la responsabilité. Ce n’est pas très difficile.]

La bande-annonce

Vivre et chanter ★☆☆☆

Zhou Li dirige une troupe de théâtre à Chengdu dans le Sichuan. Les acteurs, qui vivent et travaillent ensemble, forment une famille unie par une longue solidarité. Mais leur répertoire est passé de mode. Chaque jour, ils se produisent devant un parterre de fidèles vieillissants de plus en plus clairsemé.
Zhou Li reçoit un avis de démolition du local où la troupe est installée. Elle ne se résout pas à annoncer la mauvaise nouvelle et va chercher tous les moyens de s’y opposer.

C’est un lieu commun de le dire : la Chine a connu ces dernières décennies une mue radicale, passant du sous-développement à l’hyper-capitalisme. Il n’était pas surprenant que le cinéma chinois contemporain évoque les traumatismes causés par ces transformations brutales. La thématique est au cœur de l’oeuvre de Jia Zhangke, notamment dans Still Life et dans 24 City. On la retrouvait dans Derniers jours à Shibati, tourné, comme Vivre et chanter, au Sichuan ou dans Madame Fang, le documentaire de Wang Bing sur les derniers jours d’une patriarche.

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs lors du dernier festival de Cannes, Vivre et chanter est un film hybride, mi-fiction, mi-documentaire. Il souffre de ce statut bâtard. La fiction tourne vite en rond qui raconte les efforts désespérés de Zhou Li pour repousser une inévitable expulsion. Quant au documentaire, il ne suscitera l’intérêt que des seuls inconditionnels de l’opéra traditionnel chinois.

La bande-annonce