Lupin ★☆☆☆

Assane Diop (Omar Sy) est orphelin. Vingt ans plus tôt, son père est mort en prison, dans d’obscures circonstances, après avoir été injustement soupçonné du vol du Collier de la reine, propriété de ses patrons, M. et Mme Pellegrini. Assane a grandi solitairement. Fan d’Arsène Lupin dont il a lu toutes les Aventures, il utilise ses dons pour la cambriole pour commettre, toujours avec élégance, mille larcins. Quand on annonce que le Collier de la reine a été retrouvé et qu’il sera bientôt mis en vente, Assane n’a plus qu’une idée en tête : le dérober afin de laver l’honneur de son père.

Les cinq premières épisodes de la série Lupin arrivent sur Netflix avec tambours et trompettes. Rassemblant quelques unes des plus grandes stars du moment, soigneusement choisies pour séduire toutes les tranches d’âge (Omar Sy, l’acteur préféré des Français, Clotilde Hesme pour les trentenaires, Ludivine Sagnier pour les quadragénaires, Nicole Garcia pour les plus vieux, Shirine Boutella et Soufiane Guerrab pour les plus jeunes), tournée dans les décors les plus touristiques qui soient (le Louvre, le jardin du Luxembourg, la falaise d’Étretat), la mini-série affiche sans détour ses intentions : séduire le plus large public, en France et au-delà.

Y est-elle parvenue ? Les avis se déchirent depuis deux jours, prenant parfois une dimension polémique lorsque les récentes positions défendues par Omar Sy dans le débat public sont évoquées. D’un côté, les plus enthousiastes se réjouissent de retrouver le plaisir régressif qu’ils avaient pris, enfant, à la lecture des romans de Maurice Leblanc et/ou à la vision de la série avec Georges Descrières (dont les plus âgés se souviennent tous du générique chanté par Jacques Dutronc). De l’autre, les plus chagrins reprochent à Lupin sa vulgarité, l’accumulation des clichés, la pauvreté des dialogues téléphonés et son rythme poussif.

Je me classe hélas dans cette seconde catégorie.
Bien sûr, j’ai ressenti ce petit frisson régressif à retrouver le « gentleman cambrioleur » – dont le machisme revendiqué de mâle blanc cisgenre pourrait légitimement encourir les foudres de la génération #MeToo. Je me suis aussi laissé bluffer à la distribution brillante, au sourire séducteur d’Omar Sy et à l’argent dépensé sans compter dans une réalisation qui n’a pas mégoté son budget. Mais le plaisir fut de courte durée.

Lupin reprend les codes des romans-feuilletons et des vieilles séries. Ses personnages sont archétypiques : le gentleman cambrioleur, l’ignoble milliardaire, la jolie jeune femme, l’ami fidèle…. Hélas, le temps a passé et les modes ont changé. L’œil du spectateur, qui en a beaucoup vu, a évolué. Depuis le début du vingt-et-unième siècle et la multiplication des séries américaines, les personnages ont gagné en profondeur, les intrigues sont sans cesse plus complexes. Le temps n’est plus des personnages tout d’une pièce. Les intrigues tracées d’avance ne séduisent plus.

Le casse du Louvre par lequel commence la série s’annonçait spectaculaire. Hélas, tout le déroulement nous en est révélé par avance. Et le tour de passe-passe par lequel il se termine est tellement prévisible qu’il ne nous surprend pas.

Autre exemple dans le deuxième épisode : Quand Assane Diop recueille les dernières volontés d’un mourant qui lui demande de faire sourire sa femme, la scène suivante, où notre héros, fidèle à sa parole, laisse à la veuve un diamant, est insupportable. Elle l’est encore plus quand, en voix off, résonnent une seconde fois les paroles du mourant – au cas où on n’ait pas compris qu’il s’agisse de sa veuve.

Dernier élément à charge : avoir flanqué notre héros d’un gamin, avec lequel il essaie tant bien que mal de renouer une relation que sa séparation avec sa mère a mis en péril, pèse une tonne et mérite incontestablement la palme de la plus éculée idée de scénario.

La bande-annonce

Pieces of a Woman ★★☆☆

Martha Carson (Vanessa Kirby) va accoucher. En plein accord avec son mari, Sean (Shia LaBeouf), elle a opté pour un accouchement à la maison. Hélas les choses tournent mal et sa petite fille décède à la naissance. Pour Martha commence un impossible travail de deuil qui l’oblige à reconsidérer sa relation avec son mari et avec sa mère envahissante (Ellen Burstyn) et qui culminera dans le procès de sa sage-femme accusée de négligence.

En concluant la critique de La Lune de Jupiter, le précédent film de Kornél Mundruczó, j’avais prédit à ce jeune et brillant réalisateur hongrois un avenir tout tracé à Hollywood, aux manettes de Fast & Furious 10 ou Star Wars 11. Je ne m’étais pas trompé de beaucoup. Kornél Mundruczó a bien été repéré à Hollywood ; mais il n’y a pas été recruté pour y tourner un énième blockbuster mais plutôt un drame intimiste pour Netflix qui, décidément, accroche à son tableau de chasse toutes sortes de trophées.

Il pourrait s’agir d’une pièce de théâtre dont l’action ne quitte guère une poignée de décors : la maison des Carson où, pendant un magistral plan séquence de près d’une demie heure, on assiste à un accouchement dont on sait déjà la funeste issue, la maison cossue de la mère de Martha où toute la famille va se déchirer, le tribunal où se déroule le procès d’Eva la sage-femme…

Mais à la différence du Blues de Ma Rainey dont j’ai dit tant de mal, Pieces of a Woman n’est pas prisonnier de son dispositif. L’action a beau y être très statique, on n’a jamais le sentiment de s’engluer dans ces longs tunnels de dialogues étouffants qui lestent d’une tonne les adaptations des pièces de August Wilson. Le mérite en revient à la caméra virevoltante de Kornél Mundruczó qui, sans jamais nous donner la nausée, réussit à rendre vivantes des scènes qui couraient le risque de l’engourdissement. Le mérite en revient aussi au trio d’acteurs en tête d’affiche : Vanessa Kirby dans le rôle de la parturiente, dont la beauté hors normes occultait jusqu’à présent la qualité de son jeu (son rôle lui a valu la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à la Mostra de Venise), Shia LaBeouf qui réussit lentement à s’extraire des rôles de jeune premier dans lesquels sa carrière menaçait de s’enliser et Ellen Burstyn en douairière toxique.

Pourtant, malgré ses évidentes qualités, Pieces of a Woman ne m’a pas autant touché que je l’aurais imaginé. Je suis resté extérieur aux tourments de son héroïne. J’ai assisté en spectateur à son accouchement sans en ressentir au tréfonds de mon être la douleur. Je n’ai pas communié à son deuil. Une spectatrice aurait-elle différemment réagi ?

La bande-annonce