Ma fille ★★★☆

Vittoria a bientôt dix ans. Elle est l’enfant unique de Tina (Valeria Giolini) qui lui voue une affection étouffante et de Umberto. À quelque distance du petit village portuaire de Sardaigne où la famille est installée vit dans une ferme isolée Angelica (Alba Rohrwacher).

Le deuxième film de Laura Bispuri a des faux airs de tragédie grecque. Unité de temps. Unité de lieu. Unité d’action. Avec une économie de moyens admirable, qui ne vire jamais au minimalisme, la realisatrice filme à l’os. Son sujet est ténu et se devoile rapidement : l’ecartelement d’une enfant entre sa mère biologique et sa mère adoptive.

Ma fille – un titre aussi simple qu’intelligent – aurait pu aussi bien s’intituler Ma mère. La petite Vittoria hésite entre deux modèles : la maman (Tina) et la putain (Angelica). L’opposition pourrait sembler simpliste. Elle ne l’est pas. Car la réalisatrice réussit, sans effet de manches ni dramaturgie inutile, à nous toucher.

Sa réussite doit beaucoup à son trio d’actrices. Valeria Giolino, découverte il y a une trentaine d’années dans Rain Man, vieillit merveilleusement bien. Alba Rohrwacher, curieux alliage de blondeur germanique et de sensualité méditerranéenne, confirme son talent. Et la jeune Sara Casu évite l’écueil du cabotinage. Une réussite sur toute la ligne.

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Filles du feu ★☆☆☆

L’ethnologue Stéphane Breton a rencontré les combattantes kurdes avant qu’elles deviennent les symboles de la résistance à Daech. Il les a filmées au quotidien, marchant à travers une ville en ruines, bivouaquant sur un point haut, préparant une offensive.

Le documentaire de Stéphane Breton est déroutant. On ne mettra pas en cause son authenticité là même où celle de Peshmerga, le documentaire réalisé en 2016 par Bernard-Henri Lévy, pouvait l’être du fait de l’identité de son auteur et de sa réputation polémique. Mais on lui adressera d’autres reproches.

Stéphane Breton se refuse à nous expliquer le conflit qui oppose, au nord de la Syrie, les forces kurdes à celles de l’État islamique. Sans voix off, sans carton explicatif, son documentaire se contente de nous immerger dans le quotidien de ses combattantes. Un quotidien qui n’a rien d’héroïque ou de belliqueux : on y fait la guerre sans passion et sans peur, comme s’il s’agissait d’un acte normal. Un quotidien où les différences de sexe ne comptent pas, où les relations étonnamment apaisées entre combattants et combattantes sont dépourvues de toute tension amoureuse ou érotique.

Le procédé a deux inconvénients majeurs. Le premier est d’être terriblement ennuyeux. Suivre, en caméra subjective, deux combattantes qui marchent à travers une ville en ruines et n’y rencontrent personne sinon des chiens errants, n’est pas très intéressant. Ce l’est encore moins si le plan séquence s’étire interminablement pendant une dizaine de minutes. Et le documentaire a beau être d’une remarquable brièveté (quatre-vingts minutes seulement), les cinq ou six scènes qu’on voit sont, prises isolément, d’une lenteur désespérante.

Le second est qu’il nous laisse avec beaucoup de questions sans réponse. On aurait aimé savoir d’où viennent ces femmes dont le treillis empêche de deviner l’âge. Ont-elles été requises de force ou se sont-elles enrôlées volontairement ? Quelle famille ont-elles quittée ? quel fiancé ? quel mari ? Comment sont-elles intégrées aux forces armées ? Font-elles l’objet de discriminations ? de harcèlement ? Exercent-elles les mêmes fonctions que celles dévolues à leurs frères d’armes ?

L’émotion naît à la toute dernière seconde. Où l’on apprend par un ultime carton que la commandante que l’on vient de voir organiser, avec patience et autorité, le plan de bataille de ses troupes, a trouvé la mort. Trop tard.

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Tully ★★★☆

Marlo (Charlize Theron) est sur le point d’accoucher. Elle est à bout de forces. Son mari (Ron Livingston) et elle ont déjà deux enfants qui prennent toute leur énergie, surtout Jonah, le cadet, qui présente un syndrome autistique.
À la naissance de Mia, sa fille, Marlo se décide à recruter une nounou de nuit. Aussi efficace qu’amicale, Tully (Mackenzie Davis) va lui changer la vie.

Jason Reitman documente depuis une dizaine d’années les âges de la vie de l’Amérique contemporaine. Juno retraçait le parcours d’une adolescente tombée accidentellement enceinte qui décidait de garder son enfant. Young Adult – avec Charlize Theron déjà dans le rôle titre – mettait en scène une femme célibataire revenant dans la petite ville où elle avait grandi. Avec Tully, on fait un bond d’une dizaine d’années et on se retrouve dans les affres de la conjugalité quarantenaire.

Le pitch de Tully m’avait rebuté et j’ai mis plus d’un mois à me convaincre d’aller voir ce film. Je n’avais pas envie d’être le témoin du baby blues de Charlize Theron, de son ventre vergeturé et de ses montées de lait. Je n’avais pas envie non plus d’assister ensuite à sa renaissance au contact d’une moderne Mary Poppins.

Je me trompais sur ce film, beaucoup plus subtil qu’il n’en a l’air. La présence de Diablo Cody au scénario aurait dû me mettre la puce à l’oreille, qui avait déjà signé ceux de Juno et Young Adult. Elle y met une intelligence rare qui évite les ponts-aux-ânes attendus. Et Charlize Theron est bluffante, l’une des plus belles actrices du monde qui ose sans vergogne s’enlaidir – et n’y parvient pas tout à fait – pour convaincre.

Surtout Tully est illuminé par une idée de génie, un twist dont je ne dirai rien… mais dont j’ai déjà trop dit en vous révélant son existence… mais que je ne pouvais pas taire car c’est lui qui donne au film un relief inattendu et bouleversant.

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Bécassine ! ★★☆☆

Bécassine (Emeline Bayart) est née dans un foyer modeste. Son oncle Corentin (Michel Vuillermoz) tente sans y parvenir à la guérir de son indécrottable naïveté. Bécassine n’a qu’un rêve : quitter sa Bretagne natale et découvrir la capitale. Mais, en chemin, elle est recrutée par la marquise de Grand-air (Karin Viard) et par M. Proey-Minans (Denis Podalydès) qui viennent d’adopter la fille de leur jardinier. Bécassine va se révéler une nourrice aimante et une domestique pleine de ressources tandis que ses maîtres ont maille à partir avec un marionnettiste grec peu scrupuleux (Bruno Podalydès).

Gaston Lagaffe, Lucky Lucke, Astérix, Spirou, les Bidochon, les Schtroumpfs… il n’est quasiment aucun héros de bande dessinée française (et belge) qui n’ait donné lieu, avec un succès variable, à son adaptation cinématographique. La recette est paresseuse qui consiste à parier sur leur popularité pour espérer attirer les foules. C’est exactement le même principe qu’Avengers et ses avatars suivent d’ailleurs aux Etats-Unis.

Sans doute le même soupçon d’opportunisme peut-il peser contre le dernier film de Bruno Podalydès. Sauf que le réalisateur de Versailles Rive gauche, Liberté-Oléron et Adieu Berthe n’est pas le premier venu, qui a tissé depuis plus de vingt ans, une œuvre d’une grande cohérence caractérisée par son humour décalé et sa grande tendresse. Aussi, qu’on lui ait confié le soin de porter à l’écran cette icône de la culture populaire n’est-il pas sans pertinence.

Témoignage de la collision de deux mondes, de deux classes, le bon sens de la paysannerie d’un côté, la sophistication de la bourgeoisie urbaine en plein essor qui découvre avec ravissement le confort de la modernité (l’automobile, l’électricité, l’eau courante…), Bécassine née en 1905 de la plume de Jacqueline Rivière et de Joseph Pinchon est un personnage de son temps, cette Belle-Epoque que Bruno Podalydès avait déjà filmée en adaptant l’œuvre de Gaston Leroux (Le Mystère de la chambre jaune, Le Parfum de la dame en noir). Mais c’est aussi un personnage intemporel qui, comme Tintin, séduit les petits et les grands à travers les âges.

Le personnage a deux volets. À première vue, c’est une cruche, une bécasse. Quelques bretons régionalistes bas du front s’y sont arrêtés pour critiquer sans l’avoir vu ce film, invoquant une scandaleuse atteinte à leur identité picrocholine. Mais si Bécassine est naïve, elle est plus que cela. Sa naïveté révèle la pureté de son cœur. Son absence de malice ne fait pas d’elle une idiote ou une simple. Car Bécassine a du bon sens, de l’énergie et de l’amour à revendre.

Le personnage, donc, est attachant, sans même qu’il soit besoin d’évoquer sa robe verte blanche et rouge. Mais le problème est qu’un personnage ne suffit pas à faire un film. Il faut le mettre en action, lui faire jouer une histoire. Hélas, Bécassine ! en est cruellement dépourvu. Sans doute est-il construit autour du couple que la domestique zélée joue avec la petite Loulotte. Les mésaventures de la frivole marquise de Bel-Air viennent étoffer le récit. Mais, la succession de saynètes, empruntées en désordre à la trentaine d’albums que compte la série, ne suffit pas à construire un récit. Bécassine ! dure une heure et quarante deux minutes. Il aurait pu en durer vingt de plus ou de moins, avoir une suite… ou pas.

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The Strange Ones ★★☆☆

Sam part camper avec son grand frère Nick. C’est du moins ce que l’on pourrait penser. Sauf que Nick n’est pas son frère et que les deux garçons ne partent pas vraiment camper.

The Strange Ones est construit sur un principe efficace quoiqu’il complique considérablement la tâche du critique : son sujet se découvre lentement. Sauf à dévoiler les ressorts de l’intrigue et le sel de son sujet, on ne dira pas quel lien unit Sam à Nick, quelle menace ils fuient, quel objectif ils poursuivent.

Dans ces conditions là, il est difficile de parler de The Strange Ones. Sinon pour dire qu’il vaut plus par l’ambiance malaisante qu’il crée que par l’enchaînement des faits qu’on découvre progressivement – et qu’on n’est pas d’ailleurs absolument certain d’avoir réussi à reconstituer si on en croit les interprétations qui sont avancées par certains spectateurs.

La plus intéressante serait que Nick n’existe pas et que Sam s’est inventé cet ami imaginaire pour rendre la réalité plus douce – un peu comme Tayler Durden dans Fight Club (oh ! zut ! vous ne saviez pas ? désolé !) ou le petit Bonzi de Sorj Chalandon. Si j’en parle aussi ouvertement c’est que je ne crois pas crédible cette hypothèse, aussi stimulante soit-elle. Je n’irai pas revoir The Strange Ones pour la tester. Mais je serais curieux de savoir ce que vous en pensez.

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Parvana ★★☆☆

Nous sommes en 2001. Parvana a onze ans. Elle vit à Kaboul que contrôlent pour quelques mois encore les Talibans. Son père, un ancien professeur qui a perdu sa jambe dans la guerre contre les Soviétiques, est arrêté par la milice. La mère de Parvana et sa sœur aînée ne peuvent quitter le domicile familial sans violer la règle qui interdit aux femmes de se déplacer seules sans mari ou sans frère. Seule solution pour permettre au foyer de survivre : déguiser Parvana en garçon.

Co-produit par Angelina Jolie, Parvana est l’adaptation du bestseller de jeunesse de la canadienne Deborah Ellis, The Breadwinner (littéralement : le soutien de famille), écrit à partir des témoignages recueillis dans les camps de réfugiés du Pakistan. Sa réalisation est signée de Nora Twomey, une réalisatrice Irlandaise remarquée pour sa participation au très beau Brendan et le secret de Kells, un conte gaélique.

C’est du côté du conte que Nora Twoney tire Parvana. Simplifiant volontiers la trame narrative du livre de Deborah Ellis, elle choisit d’entrelacer l’histoire de la jeune Parvana, dont le courage et la malice viennent à bout des obstacles semés sur son chemin, avec celle de Suleiman, le héros d’un conte traditionnel qui, pour récupérer les semences volées à son village, défia un terrible roi-éléphant perché au sommet d’une montagne mystérieuse. Chaque histoire est racontée selon une technique différente : la ligne claire et les couleurs pastels pour celle de Parvana, les collages inspirés des marionnettes persanes ou indiennes dans des tons violemment contrastés pour celle de Suleiman.

Les techniques utilisées et le public visé ne sont pas les mêmes que dans Persépolis ou Téhéran Tabou, deux films d’animation qui, eux aussi, nourrissaient une ambition politique. Il s’agit ici de toucher le (très) jeune public au risque de décevoir les spectateurs plus âgés que le simplisme de l’histoire risque de rebuter. Parvana n’en reste pas moins une fable humaniste et universelle, une ode pudique à la dignité humaine et aux droits des femmes, qui émouvra tous les âges.

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3 jours à Quiberon ★☆☆☆

Avril 1981. Romy Schneider a quarante-deux ans. Elle est au faîte de sa gloire mais au bout du rouleau. Elle enchaîne les films à succès. Mais sa vie privée est un champ de ruine. Son fils aîné David, dont le père vient de se suicider, refuse de la voir. Elle est en train de divorcer du père de sa fille cadette Sarah. L’actrice abuse de l’alcool et des médicaments qui la tueront un an plus tard.
Elle décide de partir en cure au Sofitel de Quiberon. Hilde, une amie d’enfance, l’accompagne. Un journaliste du Stern, Michael Jürgs, et un photographe Robert Lebeck, la rejoignent pour une longue interview.

Voilà l’exemple d’un film construit autour d’une fausse bonne idée : reconstituer l’ultime interview à la presse allemande de Romy Schneider. On aurait pu imaginer un documentaire. La frappante ressemblance de Marie Bäumer avec l’interprète de Sissi, l’usage du noir et blanc entretiennent le doute. Ce documentaire aurait été l’occasion de faire retour à la fois sur sa riche carrière et sa tumultueuse vie privée : ses débuts en Allemagne sous l’emprise d’une mère possessive, sa gloire précoce, sa « fuite » en France, sa rencontre avec Alain Delon, les chefs d’œuvre tournés avec Deray, Zulawski, Visconti, Sautet, ses mariages, ses enfants…

Mais la réalisatrice Emily Atef n’a pas recours au flash-back. Elle préfère filmer un huis clos interrompu par quelques trop rares échappées sur la Côte sauvage ou dans les rues de Quiberon à la nuit tombée. Les scènes s’enchaînent et le film fait du surplace.

Aussi habitée soit-elle, Marie Bäumer n’a pas grand chose d’intéressant à dire, pas grand chose qu’on n’escomptait pas et qui du coup ne nous surprend pas. L’actrice est tour à tour exubérante et catatonique, aimante et égoïste, candide et manipulatrice. Malgré son talent, elle ne réussit pas à rendre émouvante la solitude d’une star malheureuse.

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Football infini ★☆☆☆

Marre du foot à la télé ? Allez en voir au cinéma !

Laurentiu Ginghina habite Vaslui, en Roumanie près de la frontière de la Moldavie. Considérant que le football est trop violent, la circulation du ballon pas assez « libre », il propose d’en modifier les règles.

Depuis que Cristian Mungiu a décroché la Palme d’or à Cannes en 2007 pour Quatre mois, trois semaines, deux jours, le cinéma roumain ne cesse de nous étonner.
Parmi les réalisateurs de cette Nouvelle vague, Corneliu Porumboiu ne nous est pas inconnu. Son premier film, 12h08 à l’est de Bucarest, aux frontières du documentaire et de la fiction, disséquait les réactions des Roumains à l’annonce de la chute de Ceaucescu. Son dernier, Le Trésor, était un modèle d’humour noir, raillant les travers d’une société gangrenée par la corruption.

Fils d’un ancien arbitre professionnel, Corneliu Porumboiu avait consacré un documentaire à un match opposant les deux équipes de Bucarest durant les dernières heures du communisme sous la neige. C’est à nouveau au football qu’il s’intéresse avec un documentaire au format court (soixante-dix minutes seulement) dont la sortie coïncide avec la Coupe du Monde 2018.

Laurentiu Ginghina fut victime durant son adolescence sur un terrain de football d’un tacle meurtrier qui lui fractura le péroné et compromit son avenir professionnel. Faute d’avoir entrepris des études de sylviculture, faute d’avoir réussi à s’installer durablement aux Etats-Unis, Ginghina a pris un obscur poste de bureaucrate dans l’administration de Vaslui. On le voit, encravaté derrière son bureau, tentant sans conviction de démêler les tracas administratifs d’une vieille babouchka.

Ginghina se rêve en super-héros dont le train-train ennuyeux serait en fait une couverture. Ginghina aspire à une autre vie, dans laquelle il ne croupirait pas derrière un bureau. Ginghina imagine d’autres règles au football comme il fantasme d’autres règles à sa vie.

Du coup, après avoir écouté un temps avec amusement ses propositions, d’ailleurs pas si saugrenues, on s’en désintéresse vite pour se focaliser sur celui qui les énonce. On comprend que le sujet du film n’est pas le football mais la folie douce d’un homme plein d’imagination.

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How To Talk To Girls At Parties ★★★☆

En 1977. À Croydon dans la banlieue de Londres. Enn (Alex Sharp) étouffe chez sa mère et ne vit que par le punk avec ses deux inséparables amis.
Après un concert organisé par Boadicea (Nicole Kidman), le trio débarque dans une soirée organisée par des hôtes à la tenue et au comportement déroutants. Il s’agit en fait d’une colonie d’extraterrestres venus étudier les mœurs des humains avant de sacrifier à un funeste rite de passage.
Enn tombe sous le charme de Zan (Elle Fanning), une extra-terrestre qui se révolte contre le sort qui lui est promis.

John Cameron Mitchell s’est taillé la réputation d’une icône gay par quelques films devenus cultes : Hedwig and the angry inch, Shortbus, Rabbit Hole… À cinquante ans passés, il revient avec un film assagi qui n’en garde pas moins un zeste de folie qui en fait le charme.

How to talk to girls at parties pourrait être une gentille bluette punk, l’histoire du déniaisement d’un ado londonien dans les années 70. C’est ce que le titre et l’affiche laissent croire.

Mais il ne faut s’arrêter à cette première impression. Il s’agit en fait de l’adaptation d’une courte nouvelle de Neil Gaiman, un célèbre auteur de sciences fiction. Il y raconte comment Enn et son ami Vic (le duo du livre est devenu trio dans le film) débarquent dans une soirée et y draguent des filles dont on comprend progressivement la bizarrerie. La nouvelle se termine lorsque Enn et Vic fuient la soirée, horrifiés de leur découverte. Mais le film va plus loin avec le personnage de Zan, absent du livre, ses rêves de révolte qui recoupent ceux de Enn.

How to talk to girls at parties emprunte à plusieurs sources. Son héros, fou de musique rappelle John Cusack dans High Fidelity ou le jeune groopie de Almost Famous. Les scènes de concert évoquent celles que John Cameron Mitchell avait filmées dans Hedwig… ou celles du biopic consacré au leader du groupe Joy Division, Control. L’ambiance décalée qui règne dans la demeure des extraterrestres évoque les décors du tournage de Moonwalkers. Le personnage de Zan et de ses congénères n’est pas sans évoquer Scarlett Johansson dans Under the skin. Mais nul besoin pour apprécier How to talk… de connaître ces références qu’un critique prétentieux égrène comme d’autres enfilent des perles…

Car Elle Fanning mérite à elle seule le déplacement. Le rôle de Zan lui va comme un gant : un peu d’ici, un peu d’ailleurs, encore enfant, déjà adulte. Sa beauté laisse pantois, qui a quelque chose de surnaturel : sa blondeur, sa peau translucide, son cou interminable. À vingt ans à peine, Elle Fanning a déjà une filmographie qui force l’admiration. Dès ses tout premiers films (Somewhere en 2010, Super 8 en 2011), l’acteur-enfant impressionnait par son aisance face à la caméra sans jamais sombrer dans le cabotinage qui gâte si souvent le jeu des plus jeunes stars. Avec The Neon Demon, elle se révélait dans un rôle adulte, avec quelle troublante efficacité. Si besoin était How To Talk… le confirme : le bébé-star est devenue une grande star.

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Rétrospective Dario Argento ★★☆☆

A l’initiative du distributeur Les Films du Camélia, six films de Dario Argento ressortent en salles le 27 juin. C’est l’occasion de découvrir ou de redécouvrir sur grand écran l’œuvre du maître italien de l’épouvante peu ou mal distribué – ainsi Opéra (1987) était-il jusqu’à ce jour inédit.

Né en 1940, Dario Argento est le maître incontesté du giallo, ce genre italien inimitable qui doit son nom à la couverture jaune des polars. À la frontière du film policier, du film érotique et du film d’horreur, le giallo transcende les genres. Les Frissons de l’angoisse (1975) en constitue sans doute l’apogée. Le personnage principal est un pianiste de jazz à la poursuite d’un mystérieux assassin. Le film bluffe par ses audaces visuelles, ses scènes gore, ses mouvements de caméra renversants, sa musique angoissante signée par le groupe de rock progressif Goblin. Mais sa durée excessive et l’accumulation de scènes sanglantes risquent de lasser même les plus endurants.

Dario Argento a tiré le giallo vers le fantastique. C’est le cas dans Suspiria (1977), considéré parfois comme son meilleur film. 1001 Movies You Must See Before You Die le classe d’ailleurs dans son anthologie. C’est un film d’une grande violence visuelle et sonore dont l’action se déroule dans une école de danse allemande où une jeune ballerine enquête sur une succession de crimes atroces. Un remake vient d’en être tourné par le réalisateur de Call me by your name et A bigger splash avec Dakota Johnson, Chloë Grace Moretz et Tilda Swinton, excusez du peu, au casting. Il sortira sur nos écrans à l’automne.

Opéra (1987) est le film le plus récent distribué dans cette rétrospective. La violence y est plus moderne, plus impressionnante. Dario Argento y laisse parler son goût pour la musique lyrique, imaginant des crimes en série autour d’une représentation de Macbeth à la Scala de Milan. Comme dans les deux films précédents, l’intrigue ne brille pas par son originalité. Une fois encore, il s’agit d’une série de crimes, tous plus violents les uns que les autres. Le film est gâché par son dernier quart d’heure où le scénario en roue libre perd toute crédibilité, provoquant des fous rires dans la salle au lieu des cris d’horreur qu’il est censé susciter.

Dario Argento suscitera l’enthousiasme ou la détestation. Musique stridante, effets de caméras étourdissants, jeu outré des acteurs, hémoglobine grossièrement artificielle, fétichisme… On pourra lui reprocher ses outrances. On ne saurait critiquer sa cohérence.

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