Beyond Clueless ★☆☆☆

Sur le papier Beyond clueless s’annonçait jubilatoire. Un documentaire qui plonge dans le teen movies, qui monte des extraits de plus de 270 films du genre, qui en scande les principales étapes (la rentrée des classes, les soirées alcoolisées, le bal de fin d’année…) et en décline les grandes thématiques : la difficile intégration, la transgression, la découverte de la sexualité, la maturité… Ça donne envie !

Mais à vouloir jouer sur tous les tableaux, le jeune Charles Lyne nous perd.
Il nous bombarde à un rythme effréné des extraits kaléidoscopiques qu’on n’a pas le temps de reconnaître avant d’être déjà passé au suivant. Pourtant Lindsay Lohan avant sa cure de detox ou Alicia Liverstone avant sa conversion au véganisme étaient fichtrement mignonnes (et je suis poli !)
Ces images sont commentées par la voix de velours de Fairuza Balk, elle-même ancienne actrice de teen movie. Un commentaire très savant et d’autant plus pédant que les neurones consacrés à identifier les images nous font défaut pour comprendre le son.
Bref, Beyond clueless est beaucoup trop intelligent pour moi !

La bande-annonce

Made in France ★☆☆☆

Un journaliste d’investigation décide d’intégrer un groupe de jeunes salafistes. Les choses se corsent quand ils décident de fomenter un attentat.

Made in France est un film maudit. Sa sortie est une première fois repoussée par les attentats de janvier 2015. Elle est fixée au mercredi 18 novembre 2015. Son affiche, dévoilée le 12 novembre, fait polémique. Elle sera prestement retirée du métro au lendemain des attentats du Stade de France et du Bataclan et la sortie du film une seconde fois repoussée. Finalement Made in France ne trouvera jamais le chemin des salles et sortira directement en DVD.

Avec un don presque prophétique, Made in France documente la dérive meurtrière d’un groupe de jeunes. Comme le soutient Olivier Roy, leur nihilisme générationnel et révolutionnaire précède leur djihadisme. Driss est un voyou que ses petits trafics ont conduit en prison ; Sidi un Renoi qui étouffe dans un HLM sans âme ; Christophe un rejeton bon teint d’une famille BCBG. Celui qui mettra le feu aux poudres, c’est Hassan, un camarade de détention de Driss, qui ne parle même pas l’arabe mais qui est allé un mois au Pakistan et en est revenu avec des projets délirants.

Le problème de Made in France est la modicité de ses moyens et l’indigence de son scénario.
Un budget si riquiqui que les rares scènes d’action prennent vite l’allure des pires téléfilms.
Un scénario centré autour d’un journaliste infiltré qui n’est guère crédible.

J’ai beaucoup aimé la conclusion du film qui révèle la mythomanie, les pouvoirs autodestructeurs et, tout bien considéré, l’innocuité de ces Pieds Nickelés nihilistes. Message difficile à entendre au lendemain de l’hécatombe du Bataclan.
Mais je conseille plutôt à ceux qui aimeraient comprendre les ressorts du terrorisme djihadiste né dans les banlieues le remarquable La Désintégration de Philippe Faucon (2011).

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Ex Machina ★☆☆☆

Ex Machina avait tout pour plaire.
Un réalisateur talentueux, Axel Garland, scénariste à succès (The Beach, 28 Days Later, Never let me go) qui passe pour la première fois derrière la caméra.
Un film de genre : la Sci-fi sans extra-terrestres aux oreilles vertes et combats intergalactiques
Un sujet métaphysique qui louche du côté de Blade Runner et de A.I. : l’intelligence artificielle et son impossible humanité.

Hélas j’avoue m’être copieusement ennuyé devant ce huis-clos étouffant, bavard et fumeux.
La faute au film trop touffu ? la faute à moi qui n’y ai rien compris et qui, à la lecture de l’article de Whatculture.com suis en train de mesurer ce à côté de quoi je suis passé ! À lire évidemment après avoir vu le film – le risque étant que vous n’y compreniez rien (si si ! soyez solidaire et évitez-moi de me sentir très bête).

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La Porte d’Anna ★★★☆

Produit par mon ami Henri Magalon « La Porte d’Anna » est un documentaire tourné à la fondation Vallée dans le Val-de-Marne. Cet établissement pédopsychiatrique accueille des adolescents autistes et psychotiques.

Les premières images sont rudes tant ces patients, dont certains ne maîtrisent même pas le langage, semblent lourdement affectés. Leur retard fait peur. Leur violence effraie.

Mais, avec douceur, la caméra de Patrick Dumont et François Hebrard nous les rend familier. On s’attache à ce petit groupe. On suit leurs progrès sinon leur guérison que l’on sait impossible.

Et surtout on reste pantois d’admiration devant la patience et le dévouement du personnel soignant. Sans doute face à la caméra s’efforçait-il de faire bonne figure. Il n’en donne pas moins l’image d’un service public de la santé admirable d’humanité et de professionnalisme.

Reste un grand absent : les parents.

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Un Français ★★★☆

Un Français est un film à voir ou à revoir. Mais pas pour les raisons qu’on croit.

On serait déçu en espérant y voir la radioscopie d’une France rongée par les démons de l’extrême droite. Car ce film  sorti en 2015 ne parle pas des millions de Français qui avaient voté ou voteraient pour le Front national au point de permettre à son leader d’accéder au second tour de l’élection présidentielle de 2017. Ce film parle d’une minorité de skinheads historiques qui, depuis les années 80, professent une xénophobie radicale et une violence nihiliste.

L’intérêt du film est ailleurs : dans sa façon de raconter – en une heure trente-huit seulement – près de trente ans d’histoire de France depuis la montée de l’extrême droite dans les années quatre-vingts jusqu’à la Manif Pour Tous. Diastème procède par un mélange de lenteur et d’ultra-rapidité. Lenteur des longs plans séquences qui accompagnent, jusqu’à la nausée des scènes répétitives de ratonnade, aussi violentes que bêtes. Ultra-rapidité dans la juxtaposition très cut de ces scènes séparées par des ellipses de plusieurs années qu’on ne saisit pas immédiatement mais qui deviennent en quelques secondes aisément compréhensibles.

Un Français n’est pas encore le (grand) film français sur l’extrême droite que l’on attend, mais c’est un modèle de cinéma. Et c’est déjà beaucoup.

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Le Souffle ★★★☆

Vous vous riez de mon goût immodéré des films kirghiz muet en noir et blanc.
Je vous parlerai donc aujourd’hui d’un film kazakh muet… mais en couleurs !

Le Souffle de Alexander Kott.
C’est le souffle du vent sur la plaine nue
C’est le souffle de la passion qui embrase les cœurs : celui de Elena An (une beauté à couper… le souffle !) et de ses deux courtisans, un Kazakh cavalier et un Russe poète.
C’est hélas aussi le souffle des explosions nucléaires effectuées par l’Armée rouge pendant plus de quarante ans dans ces zones désertiques.

Le Souffle est un film d’une beauté austère. D’immenses plans en Scope de la plaine kazakhe. Pas un mot n’est échangé entre quatre personnes mutiques : un père, sa fille et deux prétendants. Ce silence confine à l’exercice de style. Il est pourtant d’une grande cohérence : la beauté intimidante des paysages n’aurait pas supporté des dialogues futiles et envahissants.
Face à la plaine kazakhe infinie, on se tait… et on savoure.

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Valley of Love ★★★☆

Tous les ingrédients étaient réunis pour que je déteste Valley of Love : des critiques calamiteuses, deux acteurs que je n’aime pas (Depardieu et Huppert dans leur propre rôle), un scénario dénué de crédibilité (un fils suicidé donne rendez vous à ses parents dans la Vallée de la mort) et un titre à deux balles.

Et pourtant la magie a opéré.
Je me suis laissé prendre au faux rythme du film de Guillaume Nicloux. Et surtout je suis tombé sous le charme du jeu de nos deux monstres sacrés : Huppert chafouine et larmoyante, Depardieu plus obèse que jamais. J’ai beau ne plus les aimer parce que je les ai trop vus, chapeau les artistes !

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Mustang ★★★☆

Pour avoir été se baigner à la sortie des cours avec des garçons de leur école, cinq sœurs sont cloîtrées chez leur oncle jusqu’à leur mariage.

Mustang est à la fois très cohérent et très disparate.
La cohérence : l’histoire linéaire depuis leur exclusion du lycée jusqu’à leurs noces de cinq sœurs organiquement liées par les liens du sang et le partage de la réclusion.
L’éclectisme : Mustang fait rire, pleurer, trembler. Rire de la malice que déploient, pendant le premier tiers du film, ces gamines pour tromper la vigilance de leurs geôliers débonnaires. Pleurer du drame qui frappe l’une d’entre elles, qu’on avait senti venir, mais dont la soudaine brutalité, au milieu du film, surprend. Trembler devant la tentative d’évasion des deux benjamines, filmée comme un film d’aventures et qui occupe le dernier tiers du film.

Salué par la critique, plébiscité par le public ce premier film d’une jeune réalisatrice franco-turque fut le succès surprise de l’été 2015. Un succès amplement mérité.

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The Duke of Burgundy ★★☆☆

The Duke of Burgundy traite – comme son titre ne l’indique pas – de la relation sadomasochiste qui unit une lépidoptériste et sa jeune collaboratrice

A première vue, on dirait du porno chic. Dans une grande demeure hors du temps, Cynthia, une maîtresse sévère et raffinée accueille Evelyn, une domestique timide et en retard, lui ordonne de laver son linge et la menace de la punir si elle le fait mal.

Mais à regarder de plus près, on s’éloigne des canons de Marc Dorcel – même si les deux actrices (Sidse Babett Knudsen, la Première ministre de Borgen en Domina sévère, et Chiara D’Anna en soumise plus manipulatrice qu’il n’y paraît) le sont.
Peter Strickland interroge le sado-masochisme, toujours menacé de sombrer dans le ridicule. Comment ne pas éclater de rire en entendant « I just… might tie you up
and use you as my chair for the afternoon. » ?! Mais comment ne pas aussi, dans le même temps, être troublé ?

Dans un mouvement très hégélien, la dominatrice est asservie par les pulsions de son esclave. Evelyn, la soumise, exige de sa maîtresse des scenarii toujours plus compliqués dont Cynthia, qui aspire à une relation plus spontanée, se lasse.

Le sadomasochisme est-il une impasse ou une issue de secours ? C’était la question posée par Lune de fiel de Brückner/Polanski. La fin du film donne, à sa façon, une réponse. Autrement plus intelligente que Cinquante nuances …

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