Connasse, princesse des cœurs ☆☆☆☆

Egocentrique et prétentieuse, Camille, la trentaine, a une (très) haute d’idée d’elle-même, de sa beauté, de son intelligence et de la vie merveilleuse qu’elle pourrait avoir loin de la  France qu’elle juge trop médiocre pour elle. Aussi décide-t-elle de partir au Royaume-Uni pour y épouser le prince Harry.

Pendant deux ans, Camille Cottin a été l’héroïne d’une série shortcom diffusée à une heure de grande écoute sur Canal. Elle y interprétait le rôle d’une pétasse imbue d’elle-même. Les mini-épisodes de deux minutes à peine, tournés en caméra cachée, la plaçaient dans des situations hilarantes. Son humour irrévérencieux y faisait souvent mouche.

Le succès de la série a immanquablement conduit ses réalisatrices, Eloïse Lang et Noémie Saglio, à passer au long. Le film a attiré près de 1,2 millions de spectateurs en salles au printemps 2015.

Pourtant, Connasse est doublement décevant. Son scénario poussif peine à s’assumer pour ce qu’il est : un prétexte à aller tourner outre-Manche des scènes en caméra cachée que la notoriété de Camille Cottin ne permettait plus de tourner en France. Il devient la trame sans grand intérêt d’une succession de saynètes plus ou moins réussies. Prises isolément, elles nous faisaient sourire au beau milieu du Grand journal de Canal dont elles partageaient l’humour potache. Mais mises bout à bout, elles deviennent vite répétitives et l’héroïne, dont les outrances nous avaient d’abord fait sourire, finit bientôt par nous sortir des yeux.

Il y a de mon point de vue plus grave : le tournage en caméra cachée. Il repose sur un pacte implicite avec le spectateur : ce que nous allons vous montrer est drôle parce que vrai, spontané, non joué. Ce pacte me semble être la négation du cinéma, de ce qu’il autorise, de ce qu’il permet : la recréation, poussée à la perfection, de moments de vérité. La caméra cachée qui court après une chimère – l’émotion que créerait la réalité – se condamne irrémédiablement, aussi virtuose soit le montage, à une mauvaise lumière, un mauvais son, un mauvais jeu d’acteurs….

L’humour suscité par ces saynètes tournées en caméra cachée, qu’il s’agisse de celles, innocentes, qu’on nous passe en boucle dans les vols low cost quand ils ont plus d’une heure de retard, ou celles jouées par Sacha Baron Cohen, François Damiens ou Camille Cottin, repose sur un ressort qui me met énormément mal à l’aise : le Rhooooo qui nous échappe face à une situation choquante. Pourquoi rit-on ? De quoi rit-on ? De l’abattage, du culot des acteurs dont on reconnaît le talent à se mettre en danger – par exemple, dans Connasse, ceux de Camille Cottin pour escalader les grilles de Kensington Palace ou pour aller perturber la Relève de la garde ? Ou bien de la réaction des passants, filmés à leur insu, qui manifestent face aux situations dans lesquelles on les place un mélange d’abasourdissement et de désapprobation muette ?

Je me souviens de la gêne que j’avais éprouvée en regardant Borat, entre deux éclats de rire. C’est la même gêne que j’ai éprouvée face à Connasse, les éclats de rire en moins.

La bande-annonce

Un moment d’égarement ★☆☆☆

Amis de toujours, divorcé pour le premier ou sur le point de l’être pour le second, Antoine (Vincent Cassel) et Laurent (François Cluzet) passent leurs vacances en Corse. Leurs filles les accompagnent : Marie (Alice Isaaz), dix-huit ans, et Louna (Lola Le Lann), dix-sept. Tandis que Marie prend du bon temps sur la plage, Louna, plus romantique, se met en tête de séduire le père de son amie.

Un moment d’égarement est lesté d’une longue série de défauts. Son premier est d’être le remake pas vraiment nécessaire d’un film de Claude Berri sorti en 1977 avec Victor Lanoux et Jean-Pierre Marielle dans le rôle des pères, Agnès Soral et Christine Dejoux dans celui des filles. La comédie bourgeoise un peu lourde, vaguement égrillarde, façon Un éléphant, ça trompe… est passée de mode. Ses ressorts ne font plus rire ; le machisme qui la sous-tend met mal à l’aise. On se demande ce qu’est allé faire dans cette entreprise Jean-François Richet, le cinéaste des banlieues qui craquent, le réalisateur de Mesrine (avec Vincent Cassel déjà)

Un autre défaut est l’interprétation désastreuse de François Cluzet, qui s’enferre dans le rôle stéréotypé du vieux râleur, obsédé par la virginité de sa fille, prêt à tout pour défendre son honneur, et celle qui ne l’est pas moins de Lola Le Lann (dont la carrière n’a d’ailleurs pas décollé alors que celle de Alice Isaaz, ici dans un rôle moins valorisant, continue son cours prometteur). Un dernier défaut : Un moment d’égarement est une comédie estivale tournée dans une Corse de carte postale qui tire le film vers le clip pour office de tourisme.

Pour autant, si l’on fait le – gros – effort de passer par-dessus ces défauts, il faut reconnaître à ce film, produit par le propre fils de Claude Berri, une qualité. Il rend assez bien, au risque parfois de les caricaturer, les affres du désir. Désir de la jeune Louna, aussi brouillon qu’entier, aussi sentimental que sensuel, pour Antoine, si beau, si mature. Désir teinté de culpabilité d’Antoine, en pleine crise de la quarantaine, pour Louna, belle comme le diable, fraîche comme le jour. C’est cette veine là qui aurait dû être exploitée. Il aurait fallu tourner le dos aux ressorts usés de la comédie vieillotte de 1977 de Berri père, aux quiproquos, à l’affrontement des deux mâles. C’eût été un crime de lèse-majesté pour son fils.

La bande-annonce

La Sapienza ★★☆☆

Il y a deux façons de considérer La Sapienza d’Eugène Green.
L’une est de détester un film totalement artificiel où les personnages, leur diction empruntée, leur raideur ampoulée, leurs états d’âme embourgeoisés feraient passer Rivette ou Rohmer pour des boulevardiers putassiers.
L’autre est au contraire d’applaudir un chef d’œuvre de sensibilité, un merveilleux voyage dans l’Italie de la Renaissance, des bords du Lac Majeur aux terrasses de la Villa Médicis, au son de la musique sublime (forcément sublime) de Monteverdi.

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Le Labyrinthe du silence ★★☆☆

À Francfort, à la fin des années cinquante, un jeune procureur enquête sur les crimes contre l’humanité commis à Auschwitz. Dix ans après le procès de Nuremberg, c’est la première fois que la justice allemande accepte de regarder son passé en face.

Le cinéma allemand – ou du moins celui qu’on connaît en France – n’en finit pas de revisiter l’histoire contemporaine : La Vie des autres, Good Bye, Lenin !, Barbara, Phoenix, Fritz Bauer, un héros allemand, Elser, un héros ordinaire, L’Œuvre sans auteur, La Révolution silencieuse, Le Vent de la liberté … La liste est longue.

Le Labyrinthe du silence révèle une monstruosité : en 1958, le nom d’Auschwitz ne signifiait rien à la majorité des Allemands (de l’Ouest). La priorité était à la reconstruction. Elle nécessitait de tourner la page du passé et de taire la compromission des Allemands dans les crimes nazis.

Le Labyrinthe du silence raconte la préparation du procès de Francfort de 1963-1965 qui a révélé à l’opinion publique allemande le génocide juif et la responsabilité des soldats allemands dans son exécution.

Pour donner plus de force à son sujet, le réalisateur a fondu les figures des trois procureurs en une seule : un jeune et brillant juriste, épris de vérité, mais dont le passé familial cache de lourds secrets.

Le film est d’un classicisme éprouvé, suivant méthodiquement les étapes de l’enquête judiciaire, avec son lot de gentils (la fraîche fiancée, la secrétaire dévouée…) et de méchants (l’opportuniste procureur en chef, le méchant Nazi reconverti dans l’industrie…). Il relève la gageure de filmer les témoignages des survivants – témoignages archi-connus dont la répétition aurait fatalement lassé – sans leur laisser la parole : la caméra s’éloigne de la salle, la musique se fait plus grave, la porte se referme… jusqu’à ce que la greffière ne la rouvre, écrasée par le chagrin des confessions qu’elle vient de retranscrire.

Cette mise en scène trop classique, le jeu des acteurs trop lisse, l’histoire trop manichéenne sont les écueils que ce sujet en or ne parvient pas à éviter.

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Le Challat de Tunis ★★★☆

Le Challat de Tunis est un documenteur, une enquête menée par une réalisatrice dans les rues de Tunis qui entremêle la réalité et la fiction.
Son point de départ : une légende urbaine. En 2003, un mystérieux motocycliste terrorisait Tunis en balafrant de sa lame (« challat ») les fesses des femmes qu’il jugeait impudiques.

Qui était le « challat » ? A-t-il été appréhendé ? Jugé ? Condamné ? Relâché depuis ? Kaouther Ben Hania mène l’enquête. Elle retrouve Jallel Dridi, qui prétend être le challat et qui, en effet, avait été arrêté en 2003.

Tout n’est pas vrai dans son film.
Le témoignage des femmes balafrées par le challat l’est assurément. En revanche cette mère maquerelle qui commercialise un virginomètre à l’efficacité douteuse est un personnage de fiction. Comme ce jeune islamiste qui conçoit un jeu vidéo inspiré des exploits du challat.

Le machisme le plus primitif semble encore dominer les mentalités en Tunisie. Maman ou putain, la femme n’a pas la maîtrise de son corps. C’est elle qui pêche en l’exposant dans l’espace public et en excitant le regard du mâle.

On rit souvent devant Le Challat de Tunis tant les situations sont excessives tel les efforts déployés par Jallel Dridi pour plonger son virginomètre dans les urines de sa fiancée. Mais le malaise domine face à ce que ce documenteur nous dit de la misère sexuelle qui semble prévaloir dans les rues de Tunisie, printemps arabe ou pas.

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Microbe et Gasoil ★☆☆☆

Tous deux élèves en quatrième, parias des cours de récré, Daniel et Théo sympathisent au premier regard. Le chétif Daniel est surnommé Microbe par ses camarades. Le grand Théo n’est pas à meilleure enseigne : les effluves de carburant qui l’accompagnent au collège après qu’il aide chaque matin son père dans son travail lui valent le sobriquet guère flatteur de Gasoil.
Les deux adolescents sont de joyeux rêveurs. Daniel est passionné de dessin. Théo est un bricoleur génial. Ils décident de construire une voiture de bric et de broc et de partir sur les routes du Morvan.

Le confinement a cet avantage : il laisse le temps de voir les films qu’on avait ratés à leur sortie en salles. Microbe et Gasoil était de ceux-là car j’ai toujours aimé le cinéma de Michel Gondry et vu tous ses films depuis Human Nature. Comme beaucoup, je classe Eternal Sunshine of the Spotlesse Mind au panthéon de mes films préférés. J’aime l’incroyable imagination de ce réalisateur, son audace créative et volontiers iconoclaste.

Faisant l’aller-retour entre la France et Hollywood, Gondry a posé ses valises à Versailles, sa ville natale, pour y filmer Microbe et Gasoil. Il a puisé dans ses souvenirs d’enfance au lycée Hoche et s’est projeté dans le personnage de Microbe, affublé d’un père électronicien et d’une mère fantasque (interprétée par Audrey Tautou qui tenait le rôle iconique de Chloé dans L’Écume des jours).

Hélas le résultat est décevant. Microbe et Gasoil est un Diabolo Menthe qui n’émeut pas, un Petit Nicolas qui ne fait pas rire. La faute à une direction d’acteurs hésitante (on se demande lequel de Ange Dargent ou de Théophile Baquet, les interprètes des deux héros, qu’on n’a d’ailleurs plus revus depuis, est le plus mauvais). La faute à un scénario languide qui peine à démarrer : on tourne en rond pendant trois quarts d’heure avant de prendre enfin la route comme la bande-annonce du film nous en faisait la promesse.

Depuis ce film sorti en 2015, Gondry n’a plus tourné de long métrage. Espérons qu’il ne nous laissera pas sur ce mauvais souvenir.

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Beyond Clueless ★☆☆☆

Sur le papier Beyond Clueless s’annonçait jubilatoire. Un documentaire qui plonge dans le teen movies, qui monte des extraits de plus de 270 films du genre, qui en scande les principales étapes (la rentrée des classes, les soirées alcoolisées, le bal de fin d’année…) et en décline les grandes thématiques : la difficile intégration, la transgression, la découverte de la sexualité, la maturité… Ça donne envie !

Mais à vouloir jouer sur tous les tableaux, le jeune Charles Lyne nous perd.
Il nous bombarde à un rythme effréné des extraits kaléidoscopiques qu’on n’a pas le temps de reconnaître avant d’être déjà passé au suivant. Pourtant Lindsay Lohan avant sa cure de detox ou Alicia Liverstone avant sa conversion au véganisme étaient fichtrement mignonnes (et je suis poli !)
Ces images sont commentées par la voix de velours de Fairuza Balk, elle-même ancienne actrice de teen movie. Un commentaire très savant et d’autant plus pédant que les neurones consacrés à identifier les images nous font défaut pour comprendre le son.
Bref, Beyond clueless est beaucoup trop intelligent pour moi !

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Made in France ★☆☆☆

Un journaliste d’investigation décide d’intégrer un groupe de jeunes salafistes. Les choses se corsent quand ils décident de fomenter un attentat.

Made in France est un film maudit. Sa sortie est une première fois repoussée par les attentats de janvier 2015. Elle est fixée au mercredi 18 novembre 2015. Son affiche, dévoilée le 12 novembre, fait polémique. Elle sera prestement retirée du métro au lendemain des attentats du Stade de France et du Bataclan et la sortie du film une seconde fois repoussée. Finalement Made in France ne trouvera jamais le chemin des salles et sortira directement en DVD.

Avec un don presque prophétique, Made in France documente la dérive meurtrière d’un groupe de jeunes. Comme le soutient Olivier Roy, leur nihilisme générationnel et révolutionnaire précède leur djihadisme. Driss est un voyou que ses petits trafics ont conduit en prison ; Sidi un Renoi qui étouffe dans un HLM sans âme ; Christophe un rejeton bon teint d’une famille BCBG. Celui qui mettra le feu aux poudres, c’est Hassan, un camarade de détention de Driss, qui ne parle même pas l’arabe mais qui est allé un mois au Pakistan et en est revenu avec des projets délirants.

Le problème de Made in France est la modicité de ses moyens et l’indigence de son scénario.
Un budget si riquiqui que les rares scènes d’action prennent vite l’allure des pires téléfilms.
Un scénario centré autour d’un journaliste infiltré qui n’est guère crédible.

J’ai beaucoup aimé la conclusion du film qui révèle la mythomanie, les pouvoirs autodestructeurs et, tout bien considéré, l’innocuité de ces Pieds Nickelés nihilistes. Message difficile à entendre au lendemain de l’hécatombe du Bataclan.
Mais je conseille plutôt à ceux qui aimeraient comprendre les ressorts du terrorisme djihadiste né dans les banlieues le remarquable La Désintégration de Philippe Faucon (2011).

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Ex Machina ★☆☆☆

Ex Machina avait tout pour plaire.
Un réalisateur talentueux, Axel Garland, scénariste à succès (The Beach, 28 Days Later, Never let me go) qui passe pour la première fois derrière la caméra.
Un film de genre : la Sci-fi sans extra-terrestres aux oreilles vertes et combats intergalactiques
Un sujet métaphysique qui louche du côté de Blade Runner et de A.I. : l’intelligence artificielle et son impossible humanité.

Hélas j’avoue m’être copieusement ennuyé devant ce huis-clos étouffant, bavard et fumeux.
La faute au film trop touffu ? la faute à moi qui n’y ai rien compris et qui, à la lecture de l’article de Whatculture.com suis en train de mesurer ce à côté de quoi je suis passé ! À lire évidemment après avoir vu le film – le risque étant que vous n’y compreniez rien (si si ! soyez solidaire et évitez-moi de me sentir très bête).

La bande-annonce