Les Fleurs amères ★★★☆

Ignorant les réserves de son mari, Lina (Qi Xi) part du nord-est de la Chine pour Paris où elle espère trouver un emploi. Hélas, ses premières semaines en France sont difficiles et elle doit quitter brutalement la famille qui l’exploite comme bonne à tout faire. À la rue, Lina rencontre une compatriote qui lui offre un toit partagé avec d’autres Chinoises clandestines. Sans emploi stable, ces femmes n’ont d’autre alternative pour survivre que de se livrer à la prostitution.

Le réalisateur belge Olivier Meys vient du documentaire. Les Fleurs amères en porte la trace et en a la patine. Il s’agit de raconter l’histoire d’immigrées chinoises venues de Mandchourie. Elles ont la réputation de parler un excellent mandarin, ce qui fait d’elles des recrues de choix pour éduquer les enfants ; mais, faute d’emplois, un grand nombre se retrouve sur le trottoir.

Olivier Meys aurait pu choisir de tourner un documentaire. Il a la bonne idée de réaliser un film en confiant le rôle principal à Qi Xi qu’on vient de voir dans So Long, My Son. De tous les plans, l’actrice est bouleversante. On partage tous les états qu’elle traverse : l’excitation à son arrivée à Paris, le découragement face aux premières difficultés, l’écartèlement devant le choix qui s’offre à elle (rentrer piteusement en Chine ou se vendre ?), la culpabilité face au mensonge que Lina sert à son mari et à sa famille pour expliquer l’origine des fonds qu’elle leur envoie.

Pour éviter que l’action ne s’enlise, le scénario invente une cousine qui décide de rejoindre Lina à Paris et à laquelle il faudra bien révéler la réalité. Conséquence : Lina devra revenir en Chine. Le film, qui s’était construit sur les trottoirs parisiens et autour de la petite communauté de femmes solidaires qui avaient accueilli Lina, en perd en unité. Mais il va au bout de la trajectoire de Lina qui devra assumer les conséquences de ses choix. Jusqu’à un plan ultime d’une infinie douceur.

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Bacurau ★☆☆☆

Bacurau est un village perdu dans le sertão brésilien délaissé par les pouvoirs publics. L’alimentation en eau potable y est aléatoire.
Teresa y revient pour les funérailles de sa grand-mère décédée à 94 ans. Des phénomènes inquiétants se succèdent : les habitants d’une ferme isolée sont sauvagement assassinés, le camion-citerne est criblé de balles, le réseau téléphonique est coupé.

On avait découvert de ce côté-ci de l’Atlantique Kleber Mendonça Filho avec ses deux précédents films : Les Bruits de Recife (2012) et Aquarius (2016). Projeté en Cannes, ce film-là avait provoqué un enthousiasme que je n’avais pas partagé. Mais ma réticence n’ôtait rien à mon impatience de découvrir la suite de son oeuvre.

Sur le papier, Bacurau a tout pour séduire. Empruntant à la fois au western, au film d’anticipation façon John Carpenter – dont l’école primaire du village porte ironiquement le nom – à la science-fiction, Bacurau ne se présente pas seulement comme un film d’action mais comme une métaphore des forces qui s’opposent dans le Brésil contemporain. C’est tout à la fois une critique du patriarcat, du népotisme électoral, de la relation inégalitaire aux États-Unis et un éloge du peuple et de la résistance.

Ca, c’est sur le papier. Mais le résultat est autre, qui s’étire interminablement sur plus de deux heures. Bacurau n’est au final qu’une banale série Z dont les pauvres ressorts se dévoilent assez vite. Si, pendant une demie-heure, on s’interroge sur l’origine des événements mystérieux qui s’enchaînent, on perd tout intérêt dans le film dès qu’elle nous est révélée. La violence éclate alors. Le gore prend le pas sur le reste. Le Prix du jury obtenu à Cannes en mai dernier semble bien indulgent sauf à considérer qu’il récompensait Aquarius reparti bredouille trois ans plus tôt.

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Music of my life ★★☆☆

1987. Luton : une ville sans âme du Bedfordshire au nord-ouest de Londres.
Javed a dix-sept ans. Il entre en terminale. Le walkman vissé sur les oreilles, il est fan de musique, tient un journal, écrit des poèmes et rêve de devenir journaliste. Mais ses rêves se heurtent aux interdits de son père, un immigré pakistanais qui a pour son fils d’autres ambitions.

On avait découvert Gurinder Chadha en 2002 avec Joue-là comme Beckham, l’histoire d’une jeune fille britannique d’origine indienne qui s’émancipe grâce au football féminin. Après quelques détours par l’Inde (elle avait réalisé en 2004 Bride and Prejudice un remake réjouissant de Jane Austen à Bollywood et en 2017 Le Dernier Vice-roi des Indes, une biographie de Lord Mountbatten), elle revient à ses premières amours. À l’instar de Joue-là comme Beckham, Music of my life est un feel-good movie qui raconte l’émancipation d’un jeune immigré de la deuxième génération, qui cherche à desserrer l’étau culturel dans lequel il a grandi.
Le film a pour fil directeur les chansons du Boss, Bruce Springsteen, dont les textes aident le jeune lycéen à mettre des mots sur sa rebellion.

L’ensemble, qui flirte parfois avec la comédie musicale, est noyé dans les meilleures intentions. La crise existentielle de Javed est l’occasion de passer en revue les grands enjeux du débat politique économique et social : racisme, communautarisme, amours mixtes, patriarcat, émancipation par l’école et le savoir… Tout se terminera, comme de bien entendu, dans une réconciliation générale, aussi prévisible qu’émouvante.

Une confession : j’avoue le rouge au front aimer presqu’autant les tubes sucrés qu’on écoutait dans nos années lycées et qu’on  entend – trop brièvement – dans le premier quart du film (Pet Shop Boys, Tiffany, The Human League, A-ha…) que les titres de Springsteen.

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Steve Bannon – Le Grand Manipulateur ★☆☆☆

Steve Bannon est une des figures les plus emblématiques de l’extrême-droite américaine. Il fut l’un des plus proches conseillers de Donald Trump pendant sa campagne victorieuse et durant la première année de son mandat à la Maison-Blanche.
La documentariste Alison Klaymann – qui avait déjà filmé le dissident Ai Weiwei et qui ne peut être suspectée d’aucune complaisance avec son sujet – l’a suivi pendant un an.
Évincé de la Maison-Blanche en août 2017, mais toujours financé par de riches donateurs, le fondateur du site Breitbart News défend encore la politique du Président. Il sillonne l’Europe pour y coaliser les mouvements nationalistes et conservateurs.

Steve Bannon est une personnalité sulfureuse. Il fut l’âme damnée, le logiciel de Donal Trump, celui qui fournit à cet anti-intellectuel les concepts et les mots pour conquérir le pouvoir et administrer le pays. Michael Wolff en a fait le personnage central de Fire and Fury, l’essai sulfureux qu’il a consacré à la première année de la présidence Trump et qui se clôt par le départ de ce conseiller très spécial.

On était intéressé à aller y voir de plus près, à regarder sous le capot, à comprendre la personnalité de cet homme et la logique de ses idées. Las ! Alison Klaymann s’est perdue. Elle a voulu dresser le portrait d’un sale type. Et elle y réussit : Steve Bannon, mal rasé, mal fagoté, perfusé au RedBull, le nez collé à son téléphone portable (on ne le voit jamais lire un livre), insultant ses collaborateurs, ne ressort pas grandi de ce documentaire dont on se demande bien pourquoi il a autorisé le tournage.

Mais, que Steve Bannon fut un sale type, on s’en doutait. Qu’il ait de sales fréquentations, on l’imaginait sans peine. Et on s’en fiche un peu. Ce qui est intéressant dans le personnage, ce sont ses idées. Et c’est d’idées dont ce documentaire manque cruellement. Obnubilée à démasquer le bad guy, Alison Klaymann oublie de nous montrer le smart guy. On ne le voit quasiment jamais dérouler un argumentaire. Tout au plus l’entend-on répéter quelques mots sur le « nationalisme économique » présenté comme l’alpha et l’oméga de la vulgate trumpienne. Du coup, on n’apprend rien sur ses idées, sur leur force de persuasion et sur les façons d’y répondre.

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Ne croyez surtout pas que je hurle ★☆☆☆

Entre avril et octobre 2016, le cinéaste Frank Beauvais a vécu seul, cloîtré chez lui, dans un petit village des Vosges du Nord, victime d’une grave dépression après une rupture amoureuse. Pour tuer le temps, il a compulsivement visionné plus de quatre cents films sur son ordinateur, des DVD achetés au supermarché, des films téléchargés plus ou moins légalement sur Internet, des classiques hollywoodiens, des raretés soviétiques, des gialli sanguinolents…
Il a tenu son journal qu’il lit devant des micro-extraits de ces films.

Le journal est un genre littéraire à part entière. Son passage à l’écran ne va pas de soi. Quelles images pour raconter la lente succession des jours ? Comment illustrer les subtiles variations du moi intérieur ? Alain Cavalier s’y est essayé dans ses dernières œuvres de plus en plus expérimentales.
Le parti retenu par Frank Beauvais est plus simple – même si on mesure admirativement le travail de montage qu’il a nécessité : trouver dans l’immense base que constitue la foultitude de films qu’il a vus pendant sa réclusion des images qui illustrent, plus ou moins fidèlement, son journal.

Même si Le Monde et Télérama parlent de « chef d’œuvre », mon enthousiasme n’est pas si délirant. Pour deux raisons.

La première est de forme. Elle questionne la plus-value de l’œuvre filmée sur le journal écrit. Pour le dire moins obscurément : qu’apportent ces images au texte ? Ne se suffisait-il pas à lui-même ?  Sa lecture – et les respirations qu’elle aurait autorisée alors que l’audition d’un texte lu, en salles sinon devant un DVD, nous interdit toute pause – n’aurait-elle pas été aussi roborative que le visionnage d’un film ?

La seconde est de fond. Raconter la dépression est une contradiction en soi. Le dépressif ne se raconte pas. Il se noie dans son noir silence. Le rythme de Ne croyez surtout pas…, l’espérance vers laquelle il s’ouvre (on apprend très vite que la réclusion de Frank Beauvais sera temporaire et qu’il prépare activement son retour à Paris), son existence même sont la preuve que la dépression du réalisateur n’était pas si profonde. On s’en réjouit pour lui… mais le film en perd en gravité.

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Lucky Day ★★☆☆

C’est la quille pour Red. Après avoir purgé deux ans de prison pour un cambriolage qui a mal tourné, il est libéré aujourd’hui. Il retrouve sa femme, sa fille, son meilleur ami – qui lui révèle qu’une partie du butin a été sauvée. Mais les bonnes nouvelles s’arrêtent là : Luc Chaltiel, un tueur psychopathe, est à ses trousses, qui lui reproche la mort de son frère dans le braquage. Et nul n’échappe à Luc Chaltiel.

Le Canadien Roger Avary a eu une étrange carrière . Ami de Quentin Tarantino, il co-signe les scénarios de Reservoir Dogs et de Pulp Fiction. Son premier film, Killing Zoe, avec July Delpy et Jean-Hugues Anglade, est une oeuvre purement tarantinesque, qui reçut en 1994 le prix très spécial à Cannes. Avec Les Lois de l’attraction, Roger Avary adapte l’inadaptable Bret Easton Ellis. Et c’est la chute. Avary sombre dans l’alcool et la drogue. Il passe par la case prison après un accident de voiture qui entraîne la mort de l’un de ses passagers. La rédemption est lente. Seize ans se seront écoulés depuis son dernier film.

Lucky Day n’est pas exactement la suite de Killing Zoe que Roger Avary et son producteur, le regretté Samuel Hadida, avaient en tête. Mais il n’en est pas éloigné. Zed est devenu Red, Zoe Chloe. Le perceur de coffres a épousé la jolie Française et a eu une fille prénommée Béatrice.

Lucky Day renoue avec l’esprit Tarantino, comme si le temps n’avait pas passé depuis Killing Zoe et Pulp Fiction. Il en reprend les codes et les tics : héros cartoonesques, érotisme pop, ultraviolence pulp…
Le scénario de cette série B sinon Z tient sur un timbre-poste. Il se déroule l’espace d’une journée, tient en trois ou quatre scènes déjantées. Le film n’a pas d’autre ambition que de divertir. Il y réussit.

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De cendres et de braises ☆☆☆☆

Chercheuse en sciences sociales, Manon Ott a décidé de poser sa caméra aux Mureaux. Cette ville des Yvelines a accueilli dans les années soixante les populations immigrées employées à la chaîne dans les usines Renault à Flins. Elle présente la triste litanie des pathologies urbaines de la banlieue parisienne : chômage, ghettoïsation, stigmatisation culturelle…

On ne pouvait a priori qu’être intéressé par le projet de recherche de Manon Ott. Radiographer une banlieue, interroger son passé à partir de documents d’archives (le documentaire Oser lutter, Oser vaincre de Jean-Pierre Thorn tourné en 1968 durant l’occupation de l’usine), confronter le poids des luttes historiques avec la réalité du temps présent (Flins a employé jusqu’à 23 000 ouvriers dans les années 1970 mais n’en compte plus que 4 000 aujourd’hui) : le projet était séduisant.

Mais le résultat est une amère déception. Il ne s’agit pas de remettre en cause la sincérité de la démarche de la réalisatrice. Elle a voulu rompre avec les cadres du documentaire, se tenir à distance de tout discours explicatif, rechercher une autre forme de décrire une réalité sociale. Elle a pris le parti de la poésie, en utilisant le noir et blanc, une bande musicale jazzy, des décors souvent nocturnes.

De cendres et de braises a beau durer une heure treize seulement, on s’y ennuie vite à poings fermés.

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Ad Astra ★★★☆

La Terre est menacée par de mystérieux éclairs électriques. Après avoir manqué mourir dans l’accident qui détruit une station orbitale, Roy MacBride (Brad Pitt) est missionné sur les traces de son père, l’astronaute Clifford MacBride (Tommy Lee Jones), qui seize ans plus tôt avait disparu à la tête d’une mission spatiale chargée d’entrer en contact avec d’autres formes d’intelligence. C’est pour Roy le début d’une odyssée aux confins de la galaxie.

La science-fiction est un genre étonnant. On l’assimile trop vite à une pyrotechnie puérile façon La Guerre des étoiles ou Avengers. Le genre est beaucoup plus sérieux qui s’autorise plus qu’aucun autre de flirter avec la métaphysique.
Ce n’est pas un hasard si les films les plus profonds – et les plus réussis – de ces dernières années (La La Land mis à part évidemment) sont des films de science-fiction : Interstellar, GravitySolaris, Premier contact… On pourrait rajouter à cette brochette exceptionnelle des œuvres moins convaincantes mais qui explorent la même veine de la SF existentielle sinon dépressive : First Man (avec Ryan Gosling), High Life (avec Robert Pattinson), Annihilation (avec Natalie Portman), Sunshine (avec Chris Evans et Cillian Murphy).

James Gray est un grand réalisateur. Il n’avait jamais tourné de films de science-fiction. Mais il n’est pas sûr que Ad Astra en soit vraiment un. Ce qui intéresse le réalisateur et son co-scénariste n’est pas d’explorer les étoiles. Le voyage auquel nous sommes conviés de la Terre à Neptune, en passant par la Lune et par Mars, est une odyssée intérieure. Le thème du film n’est pas la conquête de l’espace, ni la découverte d’autres formes d’intelligence. Il s’agit pour James Gray, comme dans ses précédents films, de raconter la quête du père.

Cette remarque préalable permettra de lever les malentendus qui ont brouillé la réception de ce film exigeant. Les spectateurs en escomptaient, comme pour les films du même genre, de l’action et des scènes à couper le souffle. Ils en ont d’ailleurs pour leur argent : une course poursuite muette sur la Lune dont on parle beaucoup, une scène d’ouverture que je trouve plus impressionnante encore et qu’aucune critique n’a saluée.

Mais l’essentiel n’est pas là. Ad Astra est un film sidérant mais pas un film sidéral. Comme dans Apocalypse Now et Au Coeur des ténèbres, le film parle d’un long voyage aux sources, peu importe qu’il se déroule sur le Mékong, sur le Congo ou dans l’espace interstellaire. Ce voyage-là, on peut le trouver sublimement beau ou terriblement chiant, il n’en reste pas moins d’une ambition folle.

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Ceux qui travaillent ★★☆☆

Chaque matin, le réveil de Frank Blanchet (Olivier Gourmet) sonne à 5h45. Dans une maisonnée endormie, il se lève le premier, passe sous une douche glacée, prépare le café de sa femme et de ses enfants, revêt costume et cravate et s’en va travailler. Cet autodidacte s’est fait une place dans une société suisse de transport maritime. Sa vie s’écroule après qu’il a pris une décision difficile dont sa direction lui fait porter seul la responsabilité.

Ceux qui travaillent est un drame social sur le monde du travail. Ce n’est pas le premier. Ce ne sera sans doute pas le dernier. Dans Le Couperet de Costa-Gavras, José Garcia incarnait un cadre prêt à assassiner ses concurrents pour retrouver un emploi. In the Air mettait en scène un consultant cynique, joué par George Clooney, chargé d’aider des employés licenciés à rebondir. Jean-Paul Darroussin interprétait dans De bon matin le rôle d’un employé de banque suicidaire.

Comment réagit-on à la perte de son travail lorsqu’on a organisé sa vie autour de lui ? Comment regagne-t-on l’estime de soi ? Comment annonce-t-on la nouvelle à sa famille ? Comment réagit-elle ? Telles sont les questions que pose Ceux qui travaillent qui a une façon surprenante d’y répondre, dans un dénouement aussi sobre que glaçant. Mais le problème de ce film est qu’il installe son héros dans une situation bien particulière.

Franck Blanchet, on l’a dit, travaille dans le transport maritime. Un capitaine le contacte en urgence : un clandestin s’est glissé à bord de son bateau durant l’escale de Monrovia. L’équipage l’a isolé, craignant le virus d’Ebola. Que faire ? Revenir au Liberia et débarquer le clandestin discrètement ? Continuer la route jusqu’à Marseille avec le risque que le bateau et son équipage soient mis en quarantaine ? Ces deux options présentent un coût que la compagnie de Franck Blanchet, en situation financière fragile, ne peut supporter. Le dilemme auquel il est confronté est déchirant.

Antoine Russbach aurait pu se focaliser sur ce sujet : comment les lois du capitalisme obligent-elles ses acteurs à des choix cornéliens ? Il choisit d’en traiter un autre, plus convenu. Dommage…

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Le Dindon ☆☆☆☆

Pontagnac (Guillaume Galienne), dragueur invétéré, harcèle Victoire (Alice Pol), une jolie interprète à l’Unesco. Il la poursuit jusqu’à son domicile où il découvre qu’elle est l’épouse de Vatelin (Danny Boom), un vieil ami du Racing. Son embarras grandit encore quand arrive son épouse (Laure Calamy), qui questionne à bon droit la fidélité de son époux.
Victoire a un autre soupirant, Ernest Rédiop (Ahmed Sylla), le fils d’un premier ministre centrafricain (sic). Mais sa vertu est sans tâche. Elle n’acceptera de tromper son mari qu’à condition d’avoir la preuve que celui-ci la trompe. C’est le moment que choisit Suzy Wayne, une Américaine avec qui Vatelin a eu une aventure d’un soir, pour débarquer à Paris accompagnée de son Yankee de mari.

Le Dindon de Georges Feydeau a été représenté pour la première fois le 8 février 1896 au Théâtre du Palais-Royal (merci Wikipedia). C’est une des pièces les plus jouées du répertoire français contemporain. Elle a été adaptée plusieurs fois au cinéma : en 1913, en 1951, en 1986.

Quelle mouche a donc piqué Jalil Lespert de l’adapter aujourd’hui, dans une version qui en respecte, à la virgule près, le texte ? On connaissait le réalisateur, qui avait signé Yves Saint-Laurent en 2016, plus inspiré.
Seule innovation : l’action se déroule dans le Paris du début des 60ies que Pontagnac, aux trousses de Victoire, traverse dans une introduction joyeusement polychrome.

Las ! si cette première scène augure bien de la suite, le reste du film n’est pas à l’avenant. Malgré le soin porté aux décors et aux costumes, malgré la qualité des acteurs, choisis parmi les plus bankables du moment, on a l’impression de se retrouver au Théâtre ce soir – cette retransmission télévisée hebdomadaire qui n’éveillera guère d’écho parmi les moins de cinquante ans (« les décors sont de Roger Harth et les costumes de Donald Cardwell »).

Tout sent l’antimite dans ce vaudeville recuit, aux quiproquos pas drôles, au sexisme d’un autre âge. Les hommes sont des lâches et des queutards incapables de fidélité, les femmes des gourdes superficielles qui ne mettent jamais en œuvre leurs menaces de vengeance. Quelques réparties font mouche (« les maris des femmes qui nous plaisent sont toujours des imbéciles ») ; mais inutile d’aller voir cette purge : elles sont dans la bande-annonce.

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