Mon frère ★☆☆☆

Teddy (MHD) est incarcéré dans un centre éducatif fermé pour avoir assassiné son père violent en protégeant son petit frère de ses coups. Il y est accueilli par un éducateur bienveillant (Jalil Lespert) et par une psychologue attentive (Aïssa Maïga). Mais la cohabitation avec les autres mineurs placés ne va pas de soi.

Le film de prison est un genre cinématographique à lui seul. Il compte un sous-genre qui lui est plus ou moins directement rattaché : le film sur des jeunes en prison ou dans des structures alternatives à l’incarcération. On pourrait à la limite y rattacher Orange mécanique ou If. On pense au film britannique Dog Pound sorti en 2010 ou au slovène Conséquences sorti au début de l’été. Plus près de nous, La Tête haute est la référence qui vient la plus spontanément à l’esprit. Succès critique et public, il suivait le parcours d’un adolescent tourmenté pris en charge par la Protection judiciaire de la jeunesse.

Mon frère creuse le même sillon. Le rôle principal est interprété par le jeune rappeur MHD – dont on apprend qu’il est actuellement incarcéré pour homicide volontaire. Le rôle joué par Benoît Magimel dans La Tête haute est repris, à la virgule près par l’excellent Jalil Lespert – que j’ai croisé l’autre jour devant le MK2 Hautefeuille. Seule innovation : le rôle joué par la toujours parfaite Aïssa Maïga qui permet à ses patients d’exprimer leur violence par la pratique de la boxe anglaise.

Racontant la prévisible intégration de Teddy à une communauté qui lui était a priori hostile, Mon frère n’innove guère. Grâce à une direction d’acteurs impeccable, la tension est maintenue tant que l’action se déroule entre les murs du centre. Elle se dilue quand les héros en sortent pour une échappée belle qui les conduira jusqu’à Amsterdam pour un épilogue aussi peu crédible qu’inutilement pathétique.

La bande-annonce

Diego Maradona ★★★☆

Diego Maradona est peut-être le plus grand joueur de football de tous les temps. Sa gloire fut aussi grande dans les années quatre-vingt que sa déchéance sordide sur fond de cocaïne et d’obésité morbide dix ans plus tard.
À partir d’images inédites et des interviews du footballeur et de ses proches, le documentariste britannique Asif Kapadia retrace la vie de Diego Maradona.

Emir Kustirica, double Palme d’Or et grand amateur de ballon rond, avait déjà consacré au footballeur un documentaire en 2008. Son Maradona par Kusturica en disait plus sur son réalisateur que sur son sujet : il s’intéressait égocentriquement plus au fan qu’au footballeur.

La facture de Diego Maradona est plus classique, qui reprend les recettes déjà utilisées pour raconter la vie d’Ayrton Senna (Senna) et de Amy Winehouse (Amy).
Manifestement, Asif Kapadia ne brille pas par son imagination à concevoir les titres de ses films. Mais il se cache derrière celui-ci une thèse. Diego Maradona était un peu Dr Jekyll et Mr Hyde. Diego = le gentil gamin d’un bidonville portègne, timide et charmant, dernier fils d’une fratrie de quatre sœurs aînées. Maradona = le jet-setter frivole, l’amant domjuanesque, le tricheur, le drogué. Bref, vous l’aurez compris, le documentaire d’Asif Kapadia explore la double face d’une personnalité guettée par la schizophrénie.

Asif Kapadfia se concentre sur les sept années que Maradona a passées à Naples. Quand il y arrive en 1984, après un passage raté au FC Barcelona, le club est au bord de la relégation. La ville, gangrenée par la corruption, souffre de sa mauvaise réputation.
Maradona va vite en devenir la coqueluche. Grâce à lui, Naples sera sacrée deux fois champion d’Italie en 1987 et en 1990 et décrochera même la coupe de l’UEFA. Entretemps Maradona est entré dans la légende en remportant, sous le maillot national, la Coupe du monde au Mexique en 1986 – grâce notamment à un but contestable face à l’Angleterre en quart de finale. En 1990, le Mondial se déroule en Italie et la demi-finale oppose la Squadra Azzura et l’Albiceleste au stade San Paulo de Naples. Dilemme cornélien pour le public (qui de Maradona ou de l’équipe nationale doit-il soutenir ?) et pour Maradona lui-même (perdre, c’est s’attirer les foudres de l’Argentine, gagner, c’est s’attirer celles de l’Italie). J’avais oublié l’issue de cette demi-finale et laisse à ceux qui iront voir le documentaire – ou qui ont plus de mémoire que moi – le plaisir de la (re)découvrir.

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Midsommar ★★★★

Dani (Florence Pugh qui tenait déjà le haut de l’affiche dans The Young Lady) vient de vivre le pire des traumatismes. Elle peine à trouver auprès de Christian (Jack Reynor), son boyfriend, le réconfort dont elle a besoin.
Etudiant en anthropologie, Christian était sur le point de partir en Suède avec des camarades assister à une cérémonie folklorique. Dani l’y accompagne.
Les cinq jeunes gens découvrent une communauté accueillante, coupée du monde. Mais lorsque les festivités commencent, elles prennent bientôt un tour de plus en plus inquiétant.

L’histoire d’une bande de post-ados américains perdus dans un environnement hostile et lentement décimés par une force invisible, on en a vus treize à la douzaine. Mais le génie de Ari Aster est de réaliser, à partir de cette trame ultra-classique, un film complètement original.
Nuit ténébreuse, maison hantée, monstre effrayant aux pouvoirs surnaturels : il n’utilise aucun des ingrédients qui constituent la recette traditionnelle des films dits « de genre ».
Midsommar se déroule en plein été. La Midsommar est un ensemble de célébrations qui marque en Scandinavie le solstice d’été. C’est la période de l’année où les jours sont les plus longs et, à ces latitudes, des « nuits blanches » où le soleil ne se couche quasiment jamais. C’est donc sous un soleil de plomb, sans jouer sur notre peur du noir, que l’action se déroulera. Que ceux qui les ont en horreur soient rassurés et que ceux qu’ils font délicieusement sursauter ne les attendent pas en vain : nul jump scare ne fera hurler de terreur la salle.
Quant aux « méchants », il n’y en a pas vraiment. Les hôtes de Dani et de Christian, une bande d’aimables suédois jodlant en longues robes blanches en sirotant des jus de baies plus ou moins hallucinogènes, vieillards barbichus et jeunes filles en fleurs, tiennent plus de la communauté hippie que de la secte satanique.

La terreur, Ari Aster la distille autrement. L’an passé, son premier film , Hérédité, avait fait sensation. On l’a retrouvé dans bon nombre de Top10 2018. Quant à moi, je n’y avais rien compris. J’en étais manifestement passé à côté.
Car force est de reconnaître le génie – un terme bien emphatique que j’utilise déjà pour la deuxième fois dans cette critique – de ce jeune réalisateur de trente ans à peine.

Midsommar s’étire sur 2h27, une durée hors norme, de nature à dissuader le public zappeur auquel les films d’horreur sont traditionnellement destinés. Sa durée excessive, loin d’être un handicap, est son principal atout. Car elle nous oblige à nous plonger dans ce huis clos paradoxal, tourné en plein air. Une fois arrivés sur place, les personnages n’en partiront plus, alors qu’aucune enceinte, aucun gardien ne les y retient.

Ces 2h27, on ne les voit pas passer, tant on est happé par le trou noir que le film ouvre sous les pieds de ses personnages. Au son d’une musique incantatoire, une atmosphère de plus en plus lourde s’installe. Les journées de la cérémonie se succèdent apportant chacune leur lot de bizarreries et de mystères. Elles sont filmées avec une maniaquerie géométrique dans des compositions d’une sinistre beauté où Ari Aster démontre, avec parfois la vanité qui caractérise les jeunes génies (et de trois !), sa maîtrise du cadre.

On craint un instant que le film ne se termine, comme c’est hélas souvent le cas, par une révélation sinistre qui déchirerait le voile d’ignorance dans lequel le spectateur a été maintenu : le chef du village est la réincarnation de l’Antéchrist ? les chers disparus de Dani vont se réincarner en Suède ? Ce n’est pas le cas. Et c’est tant mieux. Midsommar suit sa logique implacable jusqu’à sa conclusion qui ne l’est pas moins.
On en comprend alors tout le sens. Il ne s’agissait pas, comme dans les films d’horreur ordinaires, de comptabiliser la lente décimation d’une bande de jeunes héros. Le propos du film est plus psychologique : par une catharsis, l’héroïne achève un travail de deuil et sanctionne un manque d’amour. Monstrueux et dérangeant point d’orgue à une expérience qu’on n’oubliera pas de sitôt.

Midsommar est interdit aux moins de 18 ans au Royaume-Uni, en Australie, en Espagne.
Interdit aux -16 ans au Québec, aux Pays Bas, au Brésil, en Finlande
Rated R aux USA
Et en France… -12 ans à l’instar d’autres films à l’affiche actuellement autrement inoffensifs : Les Baronnes ou Le Gangster, le flic et l’assassin.
Triste constat des errements de la classification cinématographique en France et de l’urgence d’une réforme.

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Rêves de jeunesse ★☆☆☆

Salomé revient dans la région des Alpes où elle a grandi. Elle y a trouvé un job d’été dans une déchetterie quasiment tombée à l’abandon. Jess l’y rejoint bientôt qui vient d’être disqualifiée d’une émission de télé réalité.
Salomé retrouve Clément, le frère cadet de Mathis qui fut, plus jeune, son ami et qui était parti vivre sur une ZAD par militantisme.

Le troisième long métrage d’Alain Raoust a quelques qualités.
La principale est son actrice principale, Salomé Richard. On l’avait déjà remarquée début 2016 dans Baden Baden un film français qui m’avait fait chavirer. Je ne l’avais pas immédiatement reconnue dans Rêves de jeunesse car elle y joue un rôle plus effacé. Elle y est d’une justesse absolue.

Mais il a aussi de nombreux défauts.
Le moindre n’est  pas de vouloir jouer sur deux registres. Il s’agit d’une part, très classiquement, de brosser le portrait de quelques jeunes, à la recherche d’une place dans un monde qui ne les a pas attendus. Mais cette quête se double d’une autre : la recherche d’un monde meilleur, débarrassé des faux-semblants de notre société hypocrite et fonctionnant selon des règles moins inhumaines que celles du capitalisme triomphant.

Rêves de jeunesse se veut politique. Cette ambition n’est pas en soi criticable. Mais elle le devient lorsque le film ne s’en donne pas les moyens.

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Les Faussaires de Manhattan ★★☆☆

Lee Israel (Melissa McCarthy) a cinquante ans passé. Elle vit seule avec son chat dans un appartement miteux de l’Upper East Side. Auteure de biographies à succès, sa renommée littéraire l’a quittée et, avec elle, sa compagne. Lee a vieilli, a grossi, s’est aigrie. Sans ressources, elle en est réduite à contrefaire des lettres d’écrivains célèbres pour les revendre à des bibliophiles.
Elle n’a qu’un seul confident, qui devient son complice : Jack Hock (Richard E. Grant), homosexuel flamboyant, cocaïnomane et mythomane.

Les Faussaires de Manhattan est inspirée de l’histoire vraie de Lee Israel qu’elle a racontée dans son autobiographie. Elle a contrefait quelques quatre cents lettres autographes, les a vendues avant d’être arrêtée par le FBI.

L’intérêt du film ne vient donc pas de son faux suspense. On sait, dès le début, ce qu’il adviendra de son héroïne. Mais on ne sait pas par quel chemin elle y arrivera.

Tout son charme vient du jeu de ses acteurs. Brune gironde, passée par le seul-en-scène, Melissa McCarthy s’était fait remarquer en interprétant des rôles comiques de personnages sympathiques en surpoids dans des comédies souvent grasses : 40 ans : mode d’emploi,Very Bad Trip 3, Les Flingueuses… C’est une révélation dans le rôle dramatique d’une vieille fille revêche en colère contre le monde entier. Son rôle lui a valu une nomination aux Oscars 2019. On la retrouvera la semaine prochaine dans Les Baronnes dont on dit le plus grand bien. Richard E. Grant, des faux airs de Christopher Walken, lui renvoie la balle à merveille.

Les Faussaires de Manhattan est le premier film de Marielle Heller. Il ne vaut ni par l’audace de sa mise en scène ni par l’inventivité de son scénario. Il ose un classicisme sans esbroufe, une narration platement chronologique à une époque où la déconstruction du récit et des points de vue est devenue la règle [c’est celui qui a encensé Ricordi ? la semaine passée qui parle]. Et il a raison d’oser.

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Ricordi ? ★★★☆

Elle (Linda Caridi brindille gracile) et Lui (Luca Marinelli grands yeux tristes), dont les prénoms ne seront jamais prononcés, se sont rencontrés un soir de fête sur une île méditerranéenne. Le coup de foudre fut immédiat. Les deux amoureux s’installent dans l’appartement où Lui a passé une enfance douloureuse.
Mais des tensions bientôt se font jour. Lui est trop triste ; Elle est trop gaie. Leurs différences semblent irréductibles.

C’est l’histoire d’un couple façon puzzle. Une narration diffractée. Le procédé n’est pas nouveau. Lawrence Durrell, dans l’avant-propos du Quatuor d’Alexandrie lançait déjà « un défi à la forme sérielle du roman conventionnel » pour raconter les amours contrariées de Justine et Darley.
Au cinéma, on ne compte plus les histoires d’amour déconstruites : Eternal Sunshine of a Spottless Mind, (500) jours ensemble, 5×2

Le procédé est casse-gueule : on perd vite le spectateur à force de jouer avec le fil du temps. Ricordi ? évite cet écueil de justesse : il faut un certain temps pour s’y retrouver, au point de se dire qu’un second visionnage ne serait pas inutile. Le montage est d’une virtuosité qui frise l’esbroufe. Mais, comme dans les puzzles les plus difficiles, les pièces finissent par s’agencer pour la plus grande joie des joueurs. L’entrelacs touffu de flashbacks et de flashforwards qui constitue la trame de Ricordi ? loin d’égarer le spectateur donne au récit, somme toute banal, d’une passion amoureuse tout son intérêt.

Mais Ricordi ? ne se borne pas à distordre la chronologie pas plus qu’il ne se réduit à son seul procédé. Comme son sous-titre l’annonce, c’est un film sur les souvenirs. Pourquoi garde-t-on de bons souvenirs ? Pourquoi la réalité est-elle plus belle passée au tamis de la nostalgie ? Parce que nos souvenirs l’embellissent ? Ou bien parce qu’elle était intrinsèquement belle mais que nous ne l’avions pas réalisé au moment de la vivre ?

Pour explorer les deux versants de la question, Ricordi ? montre les souvenirs subjectifs de chacun des deux membres du couple. Ses souvenirs à Lui, dans des coloris bleus gris, sont plus tristes ; ses souvenirs à Elle, dans des coloris marron rouges sont plus gais. Ainsi présenté, le procédé pourrait sembler simpliste. Il ne l’est pas. Les lumières et le montage sont autrement subtils qui, sans jamais nous perdre, jouent sur les temporalités et les points de vue.

On me demande souvent pourquoi je vois un film par jour, au risque d’en être déçu. Ricordi ? est une réponse. Sorti au cœur de l’été, sans publicité, ce film anonyme, au sujet sans éclat, que ne précédait aucune critique élogieuse, que ne portait aucun bouche à oreille, est un film aussi intelligent que sensible. Une lumineuse surprise. Un cadeau de cinéma.

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Pauvre Georges ! ★☆☆☆

Georges (Gregory Gadebois) est en pleine crise de la quarantaine. Il enseigne le français dans un collège privé de Montréal. Mais ni son métier, ni les disputes qui opposent ses collègues ne l’intéressent plus.
Sa femme (Monia Chokri) et lui se sont installés à la campagne loin des désagréments de la grande ville. Un jour, à son retour du travail, Georges y surprend un intrus. Zach est un adolescent sans repères qui a abandonné l’école. Contre toute raison, et en dépit des réticences de son épouse, Georges se met en tête de lui donner des leçons particulières.

Pauvre Georges ! est l’adaptation du roman éponyme de Paula Fox. Il a été écrit en 1967 et traduit en français en 1989 seulement. Son action se déroule à Manhattan et dans l’Etat de New York.

On pourrait croire, à la lecture de son pitch, qu’il s’agit d’un énième feel good movie où un enseignant en pleine crise de vocation va retrouver goût à la vie en sauvant un sauvageon de l’échec scolaire. Mais le film ne prend pas cette direction. Et c’est tant mieux. Au lieu de sombrer dans le pathos mielleux de la comédie sociale, il prend le parti du drame façon Ozon ou Chabrol. En effet, la rencontre avec Zach marque pour Georges le début d’une série de déconvenues.

Le sujet pourrait être stimulant et on imagine volontiers que le livre de Paula Fox – que je n’ai pas encore lu – sait tenir la corde entre la satire sociale mordante et le portrait désabusé d’un anti-héros. Mais le film n’y parvient pas.
Il entoure Georges d’une série de seconds rôles : une sœur lestée d’un mioche insupportable (Pascale Arbillot), un prof de maths désabusé (Stéphane De Groodt), une voisine alcoolique lassée des infidélités de son mari, un autre couple de voisins snobs jusqu’à la caricature…

L’histoire pourrait évoluer dans toutes sortes de directions. Elle choisit la plus excessive, la moins crédible. Au risque de laisser le spectateur sur le bord du chemin.

On se faisait pourtant une joie de retrouver Claire Devers, Caméra d’or à Cannes en 1986 pour son premier film Noir et Blanc, en lice trois ans plus tard dans la sélection officielle pour Chimère [j’ai un souvenir très précis de ce film, vu pourtant il y a plus de trente ans dans une salle désormais disparue du vieux Toulon : un naufrage complet malgré l’incroyable sensualité de la moindre des apparitions de Béatrice Dalle]

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Persona non grata ★☆☆☆

José Monteiro (Nicolas Duvauchelle) et Maxime Charasse (Raphaël Personnaz) sont amis d’enfance. José est fils d’immigrés espagnols ; Maxime est né dans les beaux quartiers. Mais leur amitié a eu raison jusqu’à présent de leurs différences de classes. José et Maxime n’en peuvent plus de l’autoritarisme de Eddy Laffont (Frédéric Pierrot), l’associé majoritaire de leur société de BTP, qui les a formés, qui leur a donné de plus en plus de responsabilités, mais qui se refuse à passer la main. Poussés à bout, ils complotent à sa perte et recrutent un homme de main, Moïse (Roschdy Zem).

On connaît bien l’acteur Roschdy Zem qui, depuis une vingtaine d’années, a su imposer son jeu physique, comme tête d’affiche ou second rôle (il partagera fin août avec Léa Seydoux et Sara Forestier l’affiche du prochain film d’Arnaud Desplechin Roubaix, une lumière). On connaît moins le réalisateur qui a pourtant déjà signé quatre films : Mauvaise foi (2006), Omar m’a tuer (2010), Bodybuilder (2013), Chocolat (2016).

Persona non grata est le remake d’un film brésilien sorti en France en 2002. Film noir, poisseux, il aurait pu être tourné sous le crachin des Hauts-de-France ou de la banlieue parisienne. Son action, au contraire, se déroule sur les côtes ensoleillées de l’Occitanie, à un jet de pierre de Montpellier – décrit, sans le nommer, comme un haut-lieu de la corruption d’agents publics.

Roschdy Zem a tourné dans suffisamment de films pour savoir placer sa caméra, diriger ses acteurs, monter avec nervosité un scénario qui se tient. Mais, paradoxalement, il ne s’est pas donné le meilleur rôle en interprétant Moïse, un repris de justice qui vient faire chanter ses commanditaires en se glissant dans le lit de la fille de l’homme qu’il a assassiné. Très vite l’intérêt s’étiole pour cette histoire guère crédible, pour un suspense mou, pour des personnages au destin desquels on ne s’attache pas.

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Anna ★★☆☆

C’est l’histoire d’une jeune fille dont la vie n’a pas commencé sous les meilleures auspices : droguée, violentée, elle se fait néanmoins remarquer par les services d’espionnage qui la transforment en machine de guerre.
Ce pitch ressemble à s’y méprendre à Nikita, tourné en 1990 par Luc Besson après Subway et Le Grand Bleu alors qu’il était au summum de sa gloire.
C’est pourtant celui de son dernier film. Dernier film en date et peut-être dernier film tout court.

Près de trente ans ont passé et le cinéma de Luc Besson n’a guère évolué. Sa monomanie pour ses héroïnes successives et interchangeables, jeunes, androgynes, filiformes, souvent issues du mannequinat (Anne Parillaud née en 1960, Mila Jovovich en 1975, Scarlett Johansson en 1984, Sasha Lunz en 1992…) crée un malaise alors que des enquêtes sont en cours suite aux accusations d’abus sexuels qui visent le réalisateur. Il aura bon dos de se défendre en affirmant que, de Jeanne d’Arc à Lucy, de Leeloo (l’héroïne du Cinquième Élément) à Adèle Blanc-sec, de Angel-A à Aung San Suu Kyi, il donne le premier rôle à des héroïnes fortes et magnifie leur émancipation, l’œil qui filme Anna, en talons aiguilles et porte-jarretelles, luit d’un éclat visqueux.

Aussi y aurait-il une « joie malsaine », après avoir regretté le succès immérité de l’infâme Lucy en 2014, à se féliciter de l’échec de Anna, qui a fait un bide aux Etats-Unis où il est sorti fin juin et qui ne fait guère mieux en France où sa sortie, programmée début 2019, a été retardée au 10 juillet.

Pour autant, une telle Schadenfreude serait-elle déplacée. D’abord parce que la faillite désormais quasi-certaine d’Europa Corp. constitue une mauvaise nouvelle pour le cinéma français dont ce studio avait été l’un des porte-étendard pendant une vingtaine d’années.
Ensuite, parce que Anna n’est pas si calamiteux qu’on se plait à le dire. Il s’agit d’un film d’espionnage construit autour de rebondissements qu’on découvre à travers plusieurs flash-backs. On ne retrouve pas, dans ce cinéma de la manipulation, le psychologisme dont les films d’espionnage contemporains croient devoir se lester (ainsi de The Operative dont j’ai dit il y a quelques jours les réserves qu’il m’inspirait). Et c’est tant mieux…

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Roads ☆☆☆☆

En vacances au Maroc avec sa mère et son beau-père qu’il ne supporte plus, Gyllen (Fionn Whitehead, un prénom qui n’aidera pas sa carrière de ce côté-ci de la Manche), vient de prendre la poudre d’escampette au volant du camping-car familial. Sa route croise celle de William, un réfugié congolais.
Les deux jeunes gens veulent aller en France, Gyllen pour y retrouver son père dans la région d’Arcachon, William pour son frère qui cherche depuis Calais à gagner la Grande-Bretagne.

Le précédent film de Sebastian Schipper, Victoria, qui racontait en un seul et unique plan-séquence une folle nuit berlinoise, avait été si bluffant qu’on se demandait ce que ce réalisateur allemand pourrait inventer ensuite. La réponse : rien.

Tout est décevant dans ce Roads. Son pitch qui sent la guimauve. Et le traitement qui en est fait, déroulant platement, depuis le Maroc jusqu’à la jungle de Calais un road movie sans surprise. Roads voudrait mêler plusieurs sujets : le sort fait aux réfugiés africains tant à l’entrée de l’espace Schengen à Ceuta qu’à sa sortie à Calais, la crise de l’adolescence et la détresse d’avoir perdu un frère. Mais cet assemblage de bric et de broc ne fonctionne pas.

Même l’apparition en guest star de Moritz Bleibtreu, en improbable hippie allemand, ne suffit pas à susciter l’intérêt.

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