Wonder Woman 1984 ☆☆☆☆

Diana Prince (Gal Gadot) alias Wonder Woman vit toujours parmi les humains, en 1984, à Washington. Elle n’a pas oublié Steve Trevor (Chris Pine) le bel aviateur qui s’était sacrifié pour sauver le monde quelques années plus tôt. Au Smithsonian Institute où elle travaille et où elle vient d’accueillir une collègue particulièrement maladroite (Kristen Wiig), un artefact mystérieux vient d’être livré. Il aurait l’incroyable pouvoir d’exaucer les vœux de ceux qui s’en saisissent. Il a tôt fait de susciter la convoitise de Maxwell Lord (Pedro Pascal), un businessman au bord de la faillite.

Comme Mulan, dont j’ai déjà dit beaucoup de mal, Wonder Woman 1984 a eu bien du mal à se frayer un chemin jusqu’aux salles. Le précédent film, sorti en 2017, avait enregistré un tel succès (ses recettes ont approché le milliard de dollars) que le tournage d’une suite était immédiatement lancé. Il y en aurait même deux dit-on. Le tournage en était terminé dès décembre 2018, mais la production traîna et la date de sortie mondiale en fut fixé au 5 juin 2020. Une première fois repoussée au 14 août puis au 2 octobre, Warner la fixa finalement au 25 décembre 2020 et prit une décision inédite qui risque de faire jurisprudence : Wonder Woman 1984 sortirait simultanément en salles et sur les plateformes.

J’avais déjà eu la dent dure avec le premier opus. Je serai plus féroce encore avec le second. Je n’y ai vu qu’un immense gâchis (le budget du film s’élève à deux cents millions de dollars), une histoire sans intérêt que ne réhausse même pas la musique passée d’âge de Hans Zimmer, des personnages caricaturaux (le « méchant » est ridicule de bout en bout), des scènes d’action interminables qui réussissent à endormir le spectateur, des effets spéciaux qui ne provoquent aucune magie… Il n’est rien jusqu’à la morale sur laquelle le film est construit – la dénonciation du « toujours plus » – qui ne sente pas la naphtaline.

Les résultats très décevants que Wonder Woman 1984 a engrangés, aux Etats-Unis et en Chine notamment, risquent de compromettre la réalisation d’un troisième opus.

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Mulan ★☆☆☆

La jeune Hua Mulan, l’aînée de deux sœurs, vit dans un village retiré de la Chine du nord entourée de l’affection de ses parents. Garçon manqué, elle possède des dons cachés pour le combat qui ne s’avèrent guère compatibles avec le mariage auquel elle est promise.

Tout change avec la conscription décrétée par l’Empereur pour faire face à une invasion barbare. Mulan s’enrôle à la place de son père vieillissant et malade. Au régiment, fondue dans une bande de jeunes conscrits sympathiques, elle doit non sans mal cacher son sexe et ses incroyables talents. Ils s’avèreront pourtant décisifs dans le combat que l’Empereur va mener contre les hordes de Böri Khan.

La production de Mulan, le dernier blockbuster Disney en date, fut laborieuse. L’idée de retourner en prise de vues réelles le film d’animation des années 90 a une dizaine d’années. Mais elle a mis du temps à se concrétiser. En particulier, Disney s’est vu accusé de whitewashing : on lui reprochait de vouloir confier à des acteurs blancs le rôle de personnages qui ne l’étaient pas. Si la réalisation fut finalement confiée à une néo-zélandaise, tout le casting fut tenu par des acteurs chinois, du continent ou de la diaspora, tels Gong Li rapatriée de Singapour ou Jet Li, grimé et vieilli, qu’on peine à reconnaître.

Prévue depuis près de deux ans le 27 mars 2020, la sortie mondiale de Mulan a dû être repoussée in extremis à cause de la pandémie de Covid. La date du 24 juillet 2020 est alors envisagée. Mais les cinémas américains étant encore fermés à cette date, les studios Disney y renoncent, suscitant la colère des exploitants de salles du monde entier qui l’attendaient impatiemment et ont dû se contenter du seul Tenet pour attirer cet été-là les spectateurs en salles. Finalement, le film sera distribué sur la toute nouvelle plateforme de streaming Disney +, à partir du 7 septembre aux Etats-Unis, trois mois plus tard en France. Mulan ne sortira en salles que dans les pays, tels la Chine, où Disney + n’est pas accessible.

Qu’en dire ? Pas grand chose de positif hélas.
Le film a coûté deux cents millions de dollars. Et tout cet argent se voit. Chaque plan, retravaillé à la palette graphique par quelques milliers d’animateurs, se veut plus beau, plus léché, plus ébouriffant que le précédent.
Le dessin animé valait par sa musique : Reflection, I’ll Make a Man Out of You, True to your Heart… Le film a renoncé à ses longs tunnels chantés décidément passés de mode.

Comme il est d’usage, Mulan promeut les valeurs Disney revisitées à la sauce confucéenne : le respect de la famille mâtiné ici d’un féminisme inoffensif qui proclame que les filles ne doivent pas se censurer et peuvent exercer des métiers réservés aux hommes.
Mulan baigne dans cette morale gentillette qui ne provoque guère d’émotion ni ne stimule l’intelligence. Réussit-il mieux du côté de l’action ? Guère. Le film est divisé en trois parties. La première, interminable, voit la jeune fille grandir dans sa famille. La deuxième, initiatique, la transporte dans le régiment qu’elle a rejoint où elle apprend l’usage des armes. La troisième la voit enfin, durant deux scènes de bataille épiques saturées d’effets spéciaux, affronter les Barbares et sauver l’Empire.

Aurait-on vu Mulan en salles, on se serait consolé de son ennui en se disant qu’il aurait plu aux enfants/filleul.e.s/ neveux ou nièces qu’on y aurait accompagnés. Mulan regardé dans son canapé ou, pire, sur son téléphone mobile, n’a en revanche même pas cet intérêt.

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Soul ★★☆☆

Professeur de musique dans un collège new yorkais, Joe Gardner a une passion, le jazz, et une ambition, rejoindre le groupe de Dorothea Williams. Alors qu’il est sur le point de réaliser son rêve, il est victime d’un accident qui le laisse pour mort. Son âme, en route vers l’Au-delà, réussit à s’échapper vers l’En-deçà, où les âmes à naître reçoivent une dernière formation avant de se voir délivrer le badge qui leur permettra d’arriver sur Terre. James se voit assigner la tâche de former 22, une âme particulièrement rebelle qui refuse de naître. Les deux personnages, aux intérêts symétriques, concluent un pacte : James profitera du badge de 22 pour réintégrer son enveloppe corporelle. Mais rien ne se passe comme prévu.

Le dernier Pixar nous parvient enfin après un parcours bien chaotique. Sa sortie en salles était prévue l’été dernier. Repoussée à l’automne, elle fut finalement annulée à cause de la pandémie. C’est donc uniquement sur la plateforme Disney + que Soul est visible depuis le 25 décembre. Maigre consolation : à la différence de Mulan, qui exige des abonnés à Disney + le paiement d’une séance spéciale, Soul leur est accessible sans obole supplémentaire.

Soul est signé par Pete Docter, le créateur de légende des studios Pixar qui avait déjà écrit et réalisé Monstres et Cie, Là-haut et Vice-versa. On y retrouve sa patte. Comme dans ses précédents films, des questions métaphysiques y sont brassées : la vie après la mort, le sens de la vie, la vocation…. Comme dans ses précédents films, il relève le plus audacieux des défis : matérialiser l’immatériel, donner à voir ce qui ne saurait être vu.

Mais l’alchimie ne fonctionne pas aussi bien dans Soul que dans Là-haut ou dans Coco qui avaient arraché des larmes à tous les spectateurs de la planète. L’émotion n’est pas au rendez-vous cette fois-ci.

Soul se présente comme un film sur le jazz où on entend pas beaucoup de musique. Il se présente aussi comme un film sur l’âme qui s’englue dans un salmigondis New Age ni convaincant ni émouvant. Et il pèche par un dernier défaut : un scénario confus, mal séquencé, qui s’achève en queue de poisson, comme un coureur de demi-fond qui n’aurait pas su trouver le bon rythme.

Ne mégotons pas. Soul a l’immense vertu de traiter un sujet original et ambitieux, loin des suites paresseuses auxquelles même Pixar s’est désormais converti. Il le fait avec une richesse visuelle assez bluffante, qu’il s’agisse des scènes new yorkaises ou de l’En deçà psychédélique. Mais dans la longue liste des chefs d’œuvre Pixar, il est à craindre que Soul pâtisse de la comparaison avec Là-haut ou Coco plus réussis.

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Le Blues de Ma Rainey ★☆☆☆

À Chicago, pendant l’été 1927. « Ma » Rainey (Viola Davies), surnommée, « la mère du blues » est au sommet de sa gloire. Elle doit enregistrer un disque dans le studio de son producteur. Ses musiciens l’attendent en discutant. Parmi eux, Levee (Chadwick Boseman) affiche fièrement ses rêves d’émancipation. Quand la diva arrive enfin, flanquée de son neveu bègue dont elle exige qu’il participe à l’enregistrement et d’une débutante à laquelle Levee fait du rentre-dedans, la tension est à son comble.

Le Blues de Ma Rainey est un produit Netflix à haute valeur ajoutée. C’est l’adaptation d’une pièce du grand dramaturge August Wilson, dont l’œuvre décrit les conditions de vie des Noirs en Amérique au XXème siècle. Fences, prix Pulitzer, avait été adapté par Denzel Washington en 2016 et avait valu à Viola Davis l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. On ne change pas une équipe qui gagne : c’est Denzel Washington qui produit Le Blues de Ma Railey et c’est Viola Davis qui en interprète le rôle principal.

Le Blues… a les mêmes qualités et les mêmes défauts que Fences. Fences était une radioscopie des années cinquante ; Le Blues… documente les années vingt, le Cotton Club, la Harlem Renaissance qui voient une bourgeoisie noire en pleine ascension sociale s’installer avec sa musique (le blues, le jazz, le charleston, le black bottom…) dans les États du Nord des Etats-Unis. Cette aisance matérielle fraîchement acquise n’occulte pas les traumatismes encore récents que cette minorité a vécus. C’est au personnage de Levee de le rappeler dans la scène la plus poignante du film où il raconte l’agression subie par sa mère quelques années plus tôt dans le Sud.

Le problème du Blues – comme celui de Fences – est d’être trop fidèle à la pièce dont il est tiré et d’en respecter scrupuleusement l’ordonnancement figé. La conséquence  est de nous infliger d’interminables dialogues auxquels des mouvements de caméra certes virtuoses ne parviennent pas à donner un peu de vie. On comprend vite qu’on ne sortira guère de ce studio confiné à l’atmosphère surchauffée et on n’a d’autre alternative que de prendre son mal en patience en attendant que des personnages stéréotypées (la diva toquée, le trompettiste révolté, l’impresario mielleux, la starlette allumeuse…) aillent au bout de leur rôle. Le film/la pièce se conclue par un coup de théâtre dramatique assez peu plausible dont le seul intérêt semble être d’avoir essayé de lui donner le piment qui lui manque.

Le Blues de Ma Rainey est le dernier film de Chadwick Bosmean, le héros de Black Panther, mort à quarante-trois ans seulement d’un cancer de colon qui y fait une ultime apparition, les traits défigurés par la maladie.

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Mort à 2020 ★★☆☆

Pour fêter – si l’on ose dire – la fin de l’année 2020, bien vite consacrée la « pire de l’histoire  » – en oubliant les deux guerres mondiales et leurs cohortes de fléaux – les créateurs de Black Mirror, Charlie Brooker et Annabel Jones, ont réalisé pour Netflix un vrai-faux documentaire. On y trouve, comme c’est la règle dans ce genre de documentaires, une alternance d’images d’archives et d’interviews d’experts ou de grands témoins. Les premières sont vraies qui, comme le font les meilleures rétrospectives (et les meilleurs bêtisiers) nous permettent, durant les fêtes, de revisiter devant un feu de bois les moments les plus marquants de l’année. Mais les secondes sont jouées par des acteurs : on reconnaît Hugh Grant dans le rôle d’un historien britannique imbu de lui-même parsemant ses commentaires de références à Game of Thrones ou au Retour du Jedi, Samuel Jackson dans celui d’un journaliste d’investigation d’un grand quotidien new yorkais, Lisa Kudrow dans celui d’une porte-parole de Trump qui profère les pire contre-vérités sans se laisser démonter, etc.

Death to 2020 vaut par ce qu’il nous montre et par ce qu’il ne nous montre pas.
Il se focalise sur trois événements : la pandémie du Covid-19, le mouvement Black Lives Matter et les élections américaines. Death to 2020 ne se prive pas de tourner en ridicule Donald Trump, qu’il s’agisse de ses décisions face au Covid-19, dont il a longtemps sous-estimé la dangerosité, ou de son entêtement à nier contre toute raison le résultat des urnes. Mais il décoche aussi quelques flèches à Joe Biden dont il se moque de l’âge. Tous ces événements sont racontés sur le même mode sarcastique qui deviendrait répétitif si Death to 2020 durait plus de soixante-dix minutes.

Death to 2020 vaut aussi par ce qu’il ne nous montre pas. Il est emblématique d’une vision extrêmement américano-centrée du monde. Rien de ce qui se passe hors d’Amérique ne semble retenir l’attention des réalisateurs, si ce n’est la coiffure en pétard de Boris Johnson. Si on y voit l’énorme déflagration de Beyrouth du 4 août, c’est plus pour illustrer le chaos du monde que la situation du Liban. Rien sur la Chine de Xi Jinping, la Russie de Poutine et l’empoisonnement de Navalny, rien sur la guerre au Haut-Karabagh, l’Allemagne de Merkel, la France de Macron….

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Petite Fille ★★☆☆

Sasha, sept ans, est une petite fille née dans un corps de garçon. Ses parents l’ont vite compris. Ils vont se battre pour que la société accepte Sasha et sa différence.

Après avoir consacré en 2013 un documentaire à Bambi, une célèbre meneuse de revue transgenre, Sébastien Lifshitz creuse le sujet de la transidentité en plantant sa caméra près de Reims dans la maison d’une famille aimante dont l’un des quatre enfants souffre de dysphorie de genre.

Petite fille est autant sinon plus un documentaire sur Sasha que sur sa mère. On y découvre une femme passionnément attachée à son enfant qui mettra tout en œuvre pour lui donner une vie heureuse. On la sent rongée par le venin de la culpabilité : qu’elle ait durant sa grossesse ardemment désirée une fille a-t-il influencé le développement de Sasha ? Mais la pédopsychiatre qu’elle consulte a tôt fait de la rassurer : si la médecine ignore les causes de la dysphorie de genre, elle a quelque certitude sur ce qui n’en est pas la cause, notamment les désirs, conscients ou inconscients des parents.

Petite fille nous montre une cellule familiale profondément aimante et soudée. Karine, la mère, est la plus pugnace dans le combat qu’elle mène contre le directeur de l’école qui refuse que Sasha soit considéré comme une fille, ou contre la directrice du cours du danse qui l’en bannit purement et simplement. Mais son mari, quoique plus mutique, est tout aussi solidaire ainsi que la fratrie de Sasha, à commencer par sa sœur aînée et son grand frère, un petit gars qui comprend sans s’en plaindre que sa mère lui consacre moins de temps qu’à Sasha.

Tant de sollicitude, tant d’amour autour de Sasha attendrirait un cœur de pierre. Mais pour autant, quitte à paraître plus insensible que je ne suis, j’émettrais deux réserves.
La première concerne la structure du documentaire qui, une fois présentés Sasha et ses parents, n’a pas grand chose d’autre à dire au risque d’en faire très vite retomber l’intérêt.
La seconde est une forme de malaise que j’hésite à articuler tant je crains d’être accusé de transphobie. Il concerne la capacité de Sasha, si jeune, à comprendre les enjeux de sa réattribution de genre et surtout la lucidité de sa mère dont on se demande parfois si l’amour si absolu qu’elle porte à Sasha et la passion qu’elle met dans son combat ne l’aveuglent pas.

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Chambre 2806 ★★★☆

Samedi 14 mai 2011. New York. Hôtel Sofitel. Nafissatou Diallo, une femme de ménage d’origine guinéenne, pousse la porte de la suite présidentielle 2806. Elle en ressort neuf minutes plus tard et accusera son occupant, Dominique Strauss-Kahn, de l’y avoir violée. Le patron du FMI que les sondages en France désignent déjà comme le favori des prochaines élections présidentielles, est arrêté le soir même à JFK alors qu’il s’apprête à décoller vers la France.

Que s’est-il réellement passé dans la chambre 2806 ? La justice américaine a renoncé à le découvrir. La parole de la victime, Nafissatou Diallo, a été fragilisée par la révélation des mensonges dont elle s’était rendue coupable pour obtenir l’asile aux Etats-Unis quelques années plus tôt. Le procureur a préféré ne pas poursuivre et un juge a ordonné en août 2011 la libération de DSK qui avait été placé jusqu’alors en résidence surveillée à Manhattan.

Mais entretemps la justice populaire avait fait son œuvre. Le passé de DSK était dévoilé ainsi que son goût effréné pour le libertinage. En 2008 déjà, à son arrivée au FMI, une liaison avec l’une de ses subordonnées avait défrayé la chronique. Le comité d’éthique du FMI avait préféré fermer les yeux : « Après tout, il est Français »….
Une jeune journaliste, Tristane Banon, avait accusé DSK de l’avoir agressée sexuellement en 2002. Mais la plainte qu’elle déposera neuf ans plus tard sera classée sans suite.
Une autre affaire judiciaire a jeté une lumière crue sur les turpitudes de DSK sans pour autant conduire à sa condamnation : celle du Carlton de Lille dont il ressort qu’il a eu régulièrement recours à des prostituées qui lui étaient fournies par des amis espérant entrer dans les grâces du futur président de la République.

Le documentaire de Netflix, découpé en quatre épisodes de quarante-cinq minutes chacun, ne contient aucune révélation inédite. Mais avec la même efficacité que le récent Gregory, il revient sur une affaire qui avait défrayé la chronique et sur une personnalité qui aura marqué son époque.

Dominique Strauss-Kahn n’en sort pas grandi. C’est le moins qu’on puisse dire. On y découvre un homme supérieurement intelligent, piégé par ses instincts et enivré par un sentiment d’invulnérabilité. C’est la journaliste Raphaëlle Bacqué, qui lui avait consacré un livre en 2012, qui en parle le mieux, dessinant en regard un portrait plein de noblesse d’Anne Sinclair qui n’a mégoté ni son amour ni son argent pour le soutenir.

Même si la justice ne l’a jamais condamné, même si des ombres de doute persistent encore autour des faits commis le 14 mai 2011 dans la suite 2806, Dominique Strauss-Kahn ne sera jamais Président de la République.

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Mank ★★☆☆

1940. Immobilisé par une jambe dans le plâtre, le scénariste Herman J. Mankiewicz est confié aux bons soins d’une secrétaire et d’une infirmière dans un ranch au milieu du désert californien. RKO lui donne carte blanche pour écrire le scénario que tournera un jeune réalisateur venu du théâtre et du cinéma, précédé d’une réputation de génie, Orson Welles. Ce sera Citizen Kane.

L’histoire a oublié Herman Mankiewicz. Le souvenir de son cadet, Joseph, le réalisateur de Eve et de Cléopâtre, a effacé sa mémoire. Pourtant il fut, dans les années trente, l’un des scénaristes les plus réputés d’Hollywood, signant pour la MGM les scénarios du Magicien d’Oz et de quelques uns des films des Marx Brothers. Mais son fichu caractère, son alcoolisme chronique devaient l’éloigner du studio et de son tyrannique patron, Louis B. Mayer. En écrivant le scénario de American – ultérieurement rebaptisé Citizen Kane – il veut régler des comptes avec le magnat William Randolph Hearst, soutien de toujours de Mayer.

Sur la base d’un vieux scénario écrit par son propre père, David Fincher se livre à un exercice virtuose. On n’en escomptait pas moins du réalisateur de Seven, de Fight Club ou de The Social Network, absent des écrans depuis six ans, dont le retour était impatiemment attendu. Il réalise un pastiche somptueux des films de l’époque dont il a repris le noir et blanc satiné et la construction en flashbacks – qui constitua une des innovations de Citizen Kane.

Que Mank ne soit pas sorti en salles, où il avait évidemment sa place, relance un vieux débat depuis Roma ou The Irishman. Après Alfonso Cuarón, après Martin Scorsese, David Fincher a à son tour vendu son âme au diable Netflix. On l’excusera en avançant que, Covid oblige, Mank n’aurait pas pu sortir en salles – même si le lancement de sa production par Netflix est antérieure à la pandémie. On invoquera un argument autrement convaincant : les majors ont refusé de prendre le risque de produire ce scénario, seul Netflix acceptant d’en prendre le risque.

Il y a fort à parier que dans une année bien pauvre en chefs d’œuvre, Mank se retrouve dans tous les palmarès. On voit mal comment l’Oscar du meilleur acteur pourrait échapper à Gary Oldman. Son rôle d’ivrogne philosophe n’est pas sans rappeler l’interprétation d’Albert Finney dans Au-dessous du volcan. Idem pour l’Oscar des décors et des costumes tant l’âge d’or d’Hollywood est filmé avec une élégante magnificence.

Pourtant, malgré toutes les raisons objectives d’encenser Mank, j’avoue une certaine déception.
Je ne suis pas rentré dans le film, comme déjà par le passé je n’étais pas rentré dans The Social Network. La faute à des dialogues à la mitraillette dont je n’ai pas eu le temps, l’âge venant, d’en lire les sous-titres ? La faute à des références pas toujours compréhensibles à une période de l’histoire du cinéma dont les détails ne m’étaient pas familiers ?

La faute aussi à une attente déçue. Mank nous est vendu – et c’est ainsi d’ailleurs que je l’ai présenté – comme l’histoire de la confection de Citizen Kane. On y apprend in extremis le vol de paternité dont s’est rendu coupable Welles en s’attribuant un scénario écrit par le seul Mankiewicz et en partageant avec lui un Oscar qu’il n’aurait pas dû recevoir. Mais on ne voit rien de Citizen Kane ou de son tournage. On n’y évoque même pas ce qui en fit un événement dans l’histoire du cinéma et dont le mérite revenait bien à Orson Welles et à personne d’autre : le recours aux flashbacks, l’utilisation innovante de la caméra (profondeur de champ, contreplongées). Rien de tout cela n’est évoqué dans Mank qui s’arrête avant le premier tour de manivelle de Citizen Kane.

Finalement, après deux heures (dont il serait malhonnête de dire qu’elles sont trop longues), si on le débarrasse de tout ce qui l’encombre, Mank se révèle pour ce qu’il est : le portrait d’un homme piégé par le pacte faustien qu’il a passé avec Hollywood. C’est déjà beaucoup mais c’est trop peu par rapport aux attentes que ce film avait fait naître.

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