Mi iubita mon amour ★★☆☆

Avant son mariage, Jeanne (Noémie Merlant) part avec trois amies en Roumanie enterrer sa vie de jeune fille. À une station-service, leur voiture leur est volée. Les jeunes filles sont recueillies par Nino, un jeune Gitan, et par sa famille qui accepte de les héberger. Entre Jeanne et Nino naît une attirance trouble.

Noémie Merlant est une étoile montante du cinéma français. Elle a été nommée aux Césars en 2017 pour Le ciel attendra et en 2020 pour Portrait de la jeune fille en feu. On l’a vu dans Les Olympiades, un des tout meilleurs films de l’année dernière. Elle crevait l’écran dans A Good Man où elle interprétait une femme transgenre.

À l’instar de Luàna Bajrami, une autre actrice dans le vent, qui a tourné son premier film au Kosovo, Noémie Merlant a embarqué une bande de copines et une équipe technique minimaliste pour le village natal de son amoureux, Gimi Covaci, en Roumanie. On imagine la part d’autobiographie que ce récit comprend, cette histoire d’amour improbable entre une Française pur jus et un Gitan qui partage sa vie entre Paris et la Roumanie.

On est touchés de partager cette intimité-là. On en est aussi vaguement gênés, craignant de commettre une intrusion dans un cercle où nous n’avons pas été invités. Ce malaise culmine dans la (très belle) scène de sexe qui réunit les deux amoureux : quand on sait que les deux acteurs sont (ou ont été ?) en couple, on se demande où commence le cinéma, où s’arrête le voyeurisme.

On pourra trouver l’intrigue un peu courte, construite autour d’un principe simpliste et bien-pensant : « il faut aller au-delà de ses préjugés ». On sent aussi que le scénario ne sait pas comment se dépêtrer de l’intrigue qu’il a nouée : Jeanne renoncera-t-elle à son mariage pour le beau Nino ? Mais on se laisse emporter par l’élan de vie qu’insuffle Noémie Merlant à son film et à ses acteurs.

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Le Rapport Auschwitz ★☆☆☆

Deux Juifs slovaques évadés d’Auschwitz en avril 1944, Rudolf Vrba et Alfred Wetzler, ont rédigé un rapport dans lequel ils témoignaient pour la première fois des crimes de masse qui y étaient commis. Ce rapport, on le sait, n’a pas convaincu les Alliés qui ont refusé de bombarder les camps pour y arrêter le génocide qui y était perpétré.

Cette histoire vraie pouvait susciter un film qui aurait raconté les motifs de cette incrédulité. Pourquoi les Alliés n’ont-ils pas cru Vrba et Wetzler ? Parce que la crédibilité des témoins, dont les Alliés auraient peut-être questionné les motivations, aurait été mise en doute ? ou bien parce que les faits qu’ils rapportaient étaient tellement monstrueux qu’ils dépassaient l’entendement ? ou bien encore parce que, quand bien même leur témoignage aurait été cru, les Alliés, par cynisme auraient sciemment laissé mourir des millions de Juifs ? ou bien enfin parce que, après de longues délibérations, la décision aurait été prise en connaissance de cause de se concentrer sur la victoire militaire contre l’ennemi nazi, dont les Alliés auraient estimé qu’elle était le meilleur moyen de mettre un terme rapide à la déportation des Juifs et à leur extermination de masse ?
Il y avait là matière à un film qui, d’Auschwitz à Bratislava, de Londres et à Washington, aurait montré des antichambres, des salles de réunions, des discussions passionnées opposant les deux ex-prisonniers lançant des appels vibrants à l’aide pour leurs camarades de captivité dont ils savaient la mort imminente à des militaires ou des hommes politiques, empathiques ou cyniques, compréhensifs ou obtus.

Mais tel n’est pas le film que tourne le réalisateur slovaque Peter Bebjak. Il préfère se concentrer sur l’évasion des deux prisonniers comme le ferait n’importe quel thriller hollywoodien. Il les filme d’abord à l’intérieur du camp puis durant leur longue odyssée. C’est seulement dans le tout dernier quart d’heure  et avec le carton final qu’est expédié sans surprise le récit de leur cruelle déconvenue.

Par conséquent, Le Rapport Auschwitz se condamne à une énième description sans originalité de la monstrueuse inhumanité des camps de la mort avec ses figures convenues : le nazi sadique, les baraquements miteux, le prêtre sacrificiel… La Liste de Schindler ou Le Fils de Saül ont définitivement filmé l’infilmable. Il ne fallait pas attendre mieux du Rapport Auschwitz.

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After Yang ★★☆☆

Dans un futur dystopique, des « techno-sapiens » assistent les humains dans leur vie quotidienne. Jake (Colin Farrell) et Kyra (Jodie Turner-Smith) en ont acquis un pour les aider dans l’éducation de Mika, la petite fille d’origine chinoise qu’ils viennent d’adopter, et pour lui transmettre les références culturelles asiatiques qu’ils ne possèdent pas. Leur techno-sapiens se prénomme Yang. Lorsqu’il tombe en panne, Mika est dévastée. Son père va tout faire pour réparer Yang… au risque de biens étranges découvertes.

After Yang est un film de science fiction sans sabre laser ni petit bonhomme vert. Il imagine un futur proche et très réaliste où les progrès de la biomécanique auraient permis la généralisation des robots domestiques. C’est un thème très fréquent au cinéma, qu’on a vu tout récemment dans le film allemand I’m Your Man, maintes fois utilisé avant cela : 2001, Odyssée de l’EspaceBlade RunnerI.A.Her… Il est ici traité avec une immense douceur dans une Amérique futuriste influencée pour le meilleur par le Japon (j’ai pensé à la dystopie dickienne Le Maître du haut château) : vêtements, alimentation, aménagement intérieur, jusqu’au niveau sonore des échanges chuchotés loin des tonitruantes interpellations yankees.

La séduction exercée par cette ambiance feutrée agit puissamment. Elle nous plonge dans une délicieuse ataraxie. Mais l’histoire qui en découle est moins séduisante. Très classiquement, Jake découvre chez le robot des sentiments qu’il n’était pas supposé développer et un passé qu’il n’était pas censé avoir vécu. Cette découverte attendrissante nous ramollit encore un peu plus au risque de nous faire perdre tout esprit critique sur un film qui, tout bien considéré, n’apporte pas grand-chose.

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Dédales ★★★☆

Cristina, une jeune novice, quitte son monastère en taxi pour une consultation à l’hôpital.

Il est difficile d’en dire plus de Dédales, un film qui est entièrement construit sur l’accumulation de coups de théâtre qui donnent à l’action, à chaque fois, un tour nouveau et surprenant.

Son affiche est détestable qui campe certes ses deux principaux personnages mais qui les fige dans une posture réductrice. Cristina y a l’air d’être une islamiste sur le point de commettre un attentat suicide, tandis que Marius contemple son arme avec un regard vide.
Son affiche laisse également entendre que Dédales serait un polar. Or, il s’éloigne des canons du genre – et sa sélection au festival Reims Polar est d’ailleurs sujette à caution. Qui irait le voir en imaginant une énigme policière et sa patiente résolution serait vivement déçu.

Qui irait le voir sur la base de son pitch comme une dénonciation implacable des infâmes secrets qui gangrènent l’Eglise orthodoxe roumaine serait également déçu. Pour cela, mieux vaut voir ou revoir le film si âpre de Cristian Mugiu Au-delà des collines.

Ni polar, ni film à thèse, qu’est donc Dédales ? Un film difficile à présenter, difficile à résumer, difficile à critiquer.
Sa forme est peut-être aussi importante que son fond.
Et elle est exigeante sinon rébarbative : Dédales est construit en longs plans-séquence. Le premier, le seul dont on se sent autorisé à parler, se déroule dans le taxi qui conduit Cristina de son couvent à l’hôpital. Il dévoile très progressivement son histoire et les motifs, qu’on devine vite, de sa sortie. Ce plan là se reproduira trois fois, quasiment au même endroit, presque dans la même configuration. On n’en dira pas plus.

Dédales se conclut par un plan séquence magistral filmé à 360°, avec lequel le réalisateur joue avec nos nerfs et avec la chronologie. On en sort sidéré…. avant l’ultime image du film qui achève de nous figer.

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Sundown ★★☆☆

Une riche famille anglaise passe ses vacances dans un hôtel de luxe à Acapulco au Mexique qu’un appel téléphonique vient brutalement interrompre : la mère de Alice (Charlotte Gainsbourg) est en train de mourir. Toute la famille prend le chemin de l’aéroport pour sauter dans le premier avion. Mais Neil (Tim Roth), prétextant l’oubli de son passeport, n’embarque pas. Au lieu de retourner à son hôtel l’y chercher, il prend le premier taxi venu et se fait déposer dans une pension interlope. Il esquive les appels de plus en plus pressants d’Alice qui organise seule les obsèques de sa mère. Il embrasse une vie léthargique dont ne réussit même pas à le distraire la rencontre d’une accorte Mexicaine.

Michel Franco est un réalisateur mexicain dont le style emprunte, de film en film, les mêmes recettes. C’est quasiment le même procédé qu’il utilise dans Sundown et dans Después de Lucía et dans Les Filles d’Avril : une histoire en apparence anodine est brutalement percutée par un coup de théâtre qui en modifie radicalement le sens. On n’oubliera pas l’incroyable violence du dernier plan de Después de Lucía (qui lui avait valu une interdiction aux moins de douze ans). De la même façon on restera longtemps hanté par le personnage de Neil dans Sundown.

Tout le film est construit autour d’une seule interrogation : pourquoi Neil refuse-t-il de quitter Acapulco et soutenir sa sœur ? pourquoi se mure-t-il dans le silence ? pourquoi est-il devenu indifférent à tout ce qui l’entoure ? (les esprits chagrins me feront remarquer qu’il n’y a donc pas une seule interrogation mais trois ou quatre !).
Son principal défaut est que, la clé de cette énigme une fois révélée – dont il ne faut évidemment rien dire sauf à gâcher le plaisir de ceux qui n’ont pas encore vu Sundown – elle pourra sembler un peu mince. Une autre faille est de prétendre qu’on en avait pressenti l’issue…. mais une telle prescience excède de beaucoup mes capacités d’imagination.

Sundown est un film masochiste pour le spectateur qui exige d’accepter un rythme très lent pendant plus d’une heure, une énigme que rien n’éclaire et, brutalement, en deux plans muets, sa résolution et sa conclusion qui nous laisse, quand apparaît le générique de fin, incrédules et déconcertés.

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Magdala ★☆☆☆

La Légende dorée de Jacques de Voragine raconte que Marie Madeleine aurait vécu seule la fin de sa vie dans une forêt. Damien Manivel, le réalisateur du Parc ou des Enfants d’Isadora, reprend la légende à son compte.

À la place de la sulfureuse rousse que l’iconographie chrétienne a souvent peinte, il donne à la pécheresse les traits d’Elsa Wolliaston, la danseuse jamaïcaine aujourd’hui âgée de près de quatre-vingts ans. Son corps noir, massif, presqu’impotent ne saurait plus contraster avec l’image qu’on se fait de Marie Madeleine.

Magdala est radical. Aucune intrigue. Aucune histoire sinon celle minimaliste d’une vie qui s’achève. La caméra se borne à suivre son héroïne dans ses derniers jours. On la voit déambuler d’un pas lourd dans la forêt. Elle se nourrit de baies ; elle boit l’eau de la rosée qui perle à l’aube sur les feuilles de châtaignier. Sentant sa fin venir, elle se réfugie dans une grotte et meurt lentement, veillée par une angélique sylphide.

Au crépuscule de sa vie Marie Madeleine pense à Jésus, l’amour de sa vie. Elle lui parle, en araméen. Elle en rêve – occasion d’un flashback malaisant où on la revoit jeune et nue près de son amant. Elle lui offre son cœur sanglant au sommet d’une montagne battue par les vents, dans une scène empruntée à la plus gore des iconographies sulpiciennes.

Même si Magdala dure 1h18 à peine, il faut une sacrée patience pour le regarder. Les rares spectateurs – ou plutôt spectatrices car j’y étais le seul homme – de la petite salle parisienne climatisée qui le diffuse encore, y sont parvenus. Personne n’a capitulé en chemin. Quelle est la part de masochisme dans cette endurance ? Pour moi, elle était majoritaire. Pour d’autres, qui se récrieront à la lecture de ma critique acariâtre, il s’agissait d’une expérience certes exigeante mais ô combien originale de mysticisme contemplatif. À chacun sa came….

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As bestas ★★★☆

Antoine (Denis Ménochet) et Olga (Marine Foïs), ont tout quitté pour s’installer dans les montagnes de Galice. Sur leur propriété, ils font pousser des légumes bio qu’ils vendent au marché. Ils réhabilitent bénévolement les maisons du village, frappé par la désertification rurale, pour en encourager le repeuplement. Malgré leurs efforts pour s’intégrer, ils se sont déchirés avec leurs plus proches voisins autour du projet de construction d’un parc d’éoliennes. Entre le couple français de néo-ruraux et les deux frères butés, la rancœur le cède bientôt à la haine, distillant une ambiance délétère.

Avez-vous déjà eu un conflit de voisinage, avec un voisin qui laisse déborder sa haie sur votre jardin, qui met la musique trop fort ou qui joue de la perceuse chaque dimanche matin ? Avez-vous – gentiment – essayé de lui signaler que son comportement vous gênait ? Vous a-t-il – méchamment – rembarré – en vous expliquant qu’il avait le droit pour lui ? Comment avez-vous réagi à cette rebuffade ? Avez-vous haussé les épaules et oublié dans l’heure cette algarade ? ou avez-vous au contraire lentement développé une obsession paranoïaque vis-à-vis de chaque fait et geste de ce voisin inamical ?

Si vous faites, comme moi, qui ai failli déménager il y a une vingtaine d’années d’un appartement situé en dessous de celui d’un pianiste fou, partie de la seconde catégorie, As bestas vous dérangera au tréfond. Car il raconte précisément une querelle de voisinage qui rend l’air irrespirable et pose des questions sans issue : peut-on demander l’aide de la police ? sinon que faire ? se défendre ? partir ? On essaie de relativiser, de se dire que ce n’est pas si grave…. mais on n’y arrive pas et on finit par tourner comme un lion en cage, impuissant.

C’est précisément ce qui arrive à Antoine et Olga qui voient leur rêve, un peu naïf, de retour à la terre, se fracasser contre l’hostilité de leurs voisins. Un rêve d’ailleurs pas très glamour tant Rodrigo Sorogoyen s’emploie à peindre les montagnes de Galice non pas comme un paradis vierge, mais au contraire comme un amphithéâtre inhospitalier sinon étouffant.

Dès la première scène, qui, quand on la reconsidère, semble presque hors sujet, le ton est donné. Elle se déroule dans le café du village – mais s’agit-il à proprement parler d’un café ? – et Xan, le voisin d’Antoine, y débine méchamment un commerçant dont il critique la qualité du service. Des longues scènes dialoguées comme celle-ci, on en retrouvera à trois ou quatre reprises dans le film. Elles sont toutes aussi prenantes, aussi asphyxiantes les unes que les autres.

Le succès du film doit beaucoup à ses acteurs. Denis Ménochet est un buffle qui souffle et qui rue. L’acteur – dont le physique massif rappelle celui de Grégory Gadebois – vient d’être au sommet de l’affiche de Peter von Kant. C’est aussi le cas de Marina Foïs, qu’on voit partout cet été (En roue libre sorti le 29 juin, L’Année du requin sorti le 3 août). À noter la présence de Marie Colomb qui interprétait une lumineuse Laëtitia dans la mini-série adaptée du livre de Ivan Jablonka. Mais celui qui leur vole la vedette à tous, c’est Luis Zahera, l’interprète de Xan, l’inquiétant voisin, dont chaque apparition est lourde de menaces.

As bestas fait penser à Chiens de paille de Peckinpah ou, bien sûr, à Delivrance de Boorman. Mais il n’en reste pas moins profondément original, tant dans son sujet que dans son traitement. Un film comme celui-ci, filmé comme cela, on n’en avait jamais vu !

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L’Esprit sacré ★☆☆☆

La petite ville d’Elche en Espagne est traumatisée par la disparition de la jeune Vanessa. Pendant ce temps, l’association UFO-Levante, qui réunit quelques ufologues déjantés, organise la succession de son leader, Julio, qui vient de décéder brutalement. José Manuel, l’oncle de Vanessa, un membre actif d’UFO-Levante, entend mener à bien avec Veronica, la sœur jumelle de Vanessa, l’entreprise engagée par Julio.

L’Esprit sacré est un film déconcertant. Son thème pourrait laisser augurer une comédie loufoque mettant en scène quelques cinglés pas franchement sympathiques unis par des croyances insensées. Mais le film prend une autre voie plus déroutante. À la comédie, il préfère la tragédie. À l’ambiance joyeusement décalée, il préfère installer lentement un malaise qui culminera dans la révélation qui accompagnera l’épilogue tristement pressenti.

Ce malaise n’a rien de très agréable. D’autant qu’il s’étire interminablement sans que rien dans le scénario ne vienne en relancer le rythme. Il n’a rien de très intéressant non plus. Qu’apprend-on sur le conspirationnisme ? sur la surmédiatisation ? Les cinq paumés d’UFO-Levante auraient pu être drôles. Ils ne le sont pas. Ils auraient pu être touchants. Ils ne le sont pas non plus. Ces minables, à commencer par le premier d’entre eux, José Manuel, qui semblent dépourvus de tout sens moral, sont tout bonnement détestables. Et avec eux ce film dont on peine à comprendre l’objet.

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Music Hole ★★★☆

Francis est le nouveau comptable d’un cabaret miteux de Charleroi que dirige un patron autoritaire aux pratiques mafieuses. Le couple qu’il forme avec Martine, son épouse, bat de l’aîle. Mais leur mésentente conjugale n’explique pas que Francis découvre, au lendemain d’une nuit bien arrosée, dans son congélateur, la tête tranchée de son épouse. Comment est-elle arrivée là ? Comment Francis réussira-t-il à s’innocenter du crime dont on l’accuse immédiatement ?

Music Hole nous vient de Belgique précédé d’une réputation flatteuse et en tous points méritée. C’est une étonnante réussite.
Comme d’autres films d’outre-Quiévrain (C’est arrivé près de chez vous, Dikkenek, La Merditude des choses, Ni juge ni soumise, Belgica…), Music Hole manie un humour belge volontiers scatologique, qui choquera peut-être les bégueules, mais fera hurler de rire tous les autres.

Mais Music Hole ne se réduit pas à une enfilade de blagues grasses. C’est un scénario complètement déjanté, qui rappelle Fargo ou Pulp Fiction, qui voit se croiser des losers sympathiques, des tueurs à gages maladroits et de fausses femmes fatales.

Le montage du film est sa troisième et sa plus grande qualité. Le scénario, complètement déstructuré, multiplie les flashbacks et les flash-forwards. Il faut s’accrocher dans les premières minutes pour ne perdre aucun détail. Mais bien vite, les pièces du puzzle s’agencent les unes aux autres donnant à un récit, pourtant sacrément alambiqué, sa parfaite lisibilité.

Une réussite enthousiasmante à consommer bien frais pour oublier la canicule estivale !

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Les Nuits de Mashhad ★★☆☆

À Mashhad, la ville sainte d’Iran, à la frontière de l’Afghanistan, un tueur en série a assassiné en 2000 et en 2011 une quinzaine de prostituées. Il les attirait chez lui, les étranglait et se débarrassait de leurs dépouilles dans des terrains vagues. Son procès déchira l’opinion publique iranienne, une partie d’entre elle prenant fait et cause pour lui, estimant qu’il faisait œuvre de salubrité publique en libérant la ville de femmes de mauvaise vie.

Le réalisateur Ali Abbasi, né en Iran, mais aujourd’hui installé en Suède, s’est saisi de ce fait divers. Il n’a pas eu le droit de tourner en Iran et a reconstitué les lieux en Jordanie. Son film  précédent, Border, m’avait enthousiasmé – au point de figurer dans mon Top 10 en 2019 ; mais Les Nuits de Mashhad ne lui ressemble en rien.

Impressionné par ce fait divers, Ali Abbasi a eu l’idée d’inventer une courageuse journaliste. Palliant l’impéritie de la police qui, par incompétence ou par refus tacite, néglige l’enquête, elle traque elle-même le tueur en série au risque de sa vie. Le rôle joué par Zar Amir Ebrahimi lui a valu le prix d’interprétation féminine à Cannes. Sans doute le personnage est-il courageux et l’actrice l’interprète-t-elle avec une belle conviction. Mais de là à lui décerner un prix, il y a un pas que seule la bien-pensance – et l’absence de toute autre récompense octroyée à ce film au palmarès cannois – permet d’expliquer.

Les Nuits de Mashhad est un film violent. Il est d’ailleurs à bon droit interdit aux moins de douze ans. Il filme longuement l’agonie de trois femmes selon le même modus operandi. Certaines critiques lui reprochent, non sans motif, sa complaisance et son voyeurisme.
Il ne s’agit pas d’un polar à proprement parler. Il n’y a aucun doute sur l’identité du meurtrier, Saeed, un maçon, marié et père de famille, dont la caméra suit la vie sans histoire. Parallèlement, elle suit cette journaliste qui rencontre plusieurs obstacles pour mener à bien son enquête, le moindre n’étant pas l’inertie des autorités religieuses.

Quitte à déflorer le scénario – lecteurs allergiques aux spoilers, n’allez pas plus loin – il faut dire que le film compte une seconde partie après l’arrestation de Saeed. Il change de registre : il passe du thriller nocturne et poisseux au procès et aux enjeux politiques qu’il soulève. Hélas, Les Nuits de Mashhad est déjà bien entamé et semble manquer de temps pour développer cette partie-là. C’est d’autant plus dommage que c’était peut-être le plus intéressant. On est frustré d’un procès bâclé en quelques minutes à peine. On aurait aimé que le réalisateur prenne son temps pour nous raconter, en changeant peut-être de focale, et en se plaçant cette fois-ci du point de vue des autorités, le défi posé par un meurtrier invoquant la même idéologie moralisatrice et misogyne que celle de ses juges.

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