Tom of Finland ★★☆☆

Touko Laaksonen est devenu mondialement célèbre dans les années soixante-dix par ses dessins homo-érotiques. Il a inventé un univers fétichiste de chair et de cuir, hyper viril et hyper sexué, qui a durablement influencé l’iconographie gay. Tom of Finland raconte sa vie depuis la Seconde Guerre mondiale où il a combattu les Russes jusqu’à l’épidémie du Sida dans les années quatre-vingts.

Pas besoin d’être exposé au musée d’Orsay pour avoir son biopic. Après Gauguin, Rodin et Lautrec, ce biopic finlandais est arrivé sur nos écrans à l’été 2017 et est rediffusé ces jours-ci au MK2 Beaubourg. Il n’est pas sans similitude, dans sa construction par exemple, avec ceux consacrés aux grands maîtres de l’impressionnisme. Mais il décrit un artiste et une époque si différents que la comparaison s’arrête là.

Avant d’être la description d’une œuvre, Tom of Finland est l’histoire d’un homme qui dessine pour sublimer une homosexualité que la société condamne. Sa vie est filmée dans les mêmes tons gris et marrons auxquels le cinéma finlandais de Aki Kaurismäki nous a habitué. Il ne faisait pas bon être homo à Helsinki dans les années cinquante. On se frôlait dans les parcs. On se retrouvait dans des bars clandestins. On vivait dans la peur des raids de police (non ! ce n’est pas une contrepèterie … quoique). On habitait chez sa sœur pour donner le change.

Tom of Finland prend une toute autre orientation – et s’éclaire d’une toute autre lumière – dans sa dernière partie. Touko Laaksonen s’exile en Californie où il rencontre le succès. Il y découvre une société libérée où des flics peuvent débouler dans une orgie gay sans arrêter personne. On le sent en décalage face à cette société trop libérale, trop libérée. Comme si, l’auto-censure à laquelle l’avait condamné la Finlande était devenue une seconde peau.

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Avant la fin de l’été ★☆☆☆

Arash, Hossein et Ashkan sont Iraniens. Ils vivent en France. Alors qu’Arash a décidé de rentrer au pays, ses deux amis réussissent à le convaincre de partir une dernière fois en vacances dans le sud de la France. Ils espèrent le faire revenir sur son projet.

Avant la fin de l’été est un film profondément sympathique. Par sa réalisatrice au patronyme imprononçable, moitié-belge, moitié-suisse, moitié iranienne (subtil clin d’œil à Marcel Pagnol) qui l’a filmé avec deux bouts de ficelle. Par ses acteurs amateurs et improbables au premier rang desquels Arash et son débonnaire quintal. Par son sujet enfin : le mal-être d’étudiants étrangers qui, après plusieurs années passées en France ne se sentent plus tout à fait iranien mais pas vraiment français.

Le problème de Avant la fin de l’été est que, une fois planté ce décor sympathique, il fait du surplace. C’est ennuyeux pour un road movie. Sans doute nos joyeux drilles se déplacent-ils : ils assistent aux cérémonies du 15-août à Noirétable (Loire), ils musardent dans les Corbières, ils se baignent dans l’étang de Thau. Mais l’action, elle, n’avance pas. L’arrivée de deux filles rencontrées dans un restoroute (sic) n’y fera rien. On finit par s’ennuyer. Le comble pour un film de quatre vingts minutes qu’on aurait pourtant tant aimé aimer.

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Été 93 ★☆☆☆

Frida a six ans. Elle a perdu sa mère d’une maladie dont, en 1993, on n’ose toujours pas prononcé le nom. Son père aussi est mort. Elle quitte l’appartement familial de Barcelone pour la campagne catalane où son oncle, Esteve, sa tante, Marga, et sa cousine, Anna, la prennent sous leur garde. L’été commence.

Vous avez aimé Jeux Interdits ? Crias Cuervos ? Vous adorerez Été 93. Le sujet en est le même : un orphelin confronté à la mort de ses parents. Le traitement en est le même : un lent travail de deuil filmé à travers les yeux de l’enfant qui l’accomplit. Le problème est que Été 93 arrive après ces deux immenses chefs d’œuvre – et n’a pas une bande originale aussi mythique.

Sans doute, Carla Simón réussit-elle à éviter toute mièvrerie. Son héroïne ne cabotine pas comme le font si souvent les acteurs mal dirigés de cet âge. Frida est une enfant de six ans, avec ses incohérences, son chagrin rentré et la méchanceté qu’elle laisse parfois échapper, à l’égard de ses nouveaux parents d’adoption et de leur petite fille.

Les défauts du film découlent de son parti pris qui trouve vite ces limites. L’histoire de Frida est filmée à travers ses yeux. Mais il y a une différence entre ce qu’elle voit ou entend – et que le spectateur voit et entend avec elle – et ce qu’une enfant de six ans en comprend. Pour le dire autrement : le film donne à voir la réalité confuse qu’une enfant perçoit mais ne nous met pas à égalité avec elle dans ses difficultés à l’analyser.

Autre défaut : un scénario qui ne cède pas à la facilité de ponctuer cette chronique d’un été sans histoires de tout événement mais qui du coup s’enferme lentement dans un émollient ennui. On me rétorquera que la scène finale est bouleversante. Sans doute ferait-elle pleurer les pierres. Mais, tout bien considéré, elle est trop prévisible pour être pleinement convaincante.

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Entre deux rives ★★☆☆

Le moteur du bateau d’un pêcheur nord-coréen, Nam Chul-woo, tombe en panne. Son embarcation dérive vers le Sud de l’autre côté de la frontière.

Le titre du film, son affiche et son résumé m’avaient induit en erreur. J’avais cru que Entre deux rives se déroulerait dans un temps très bref, sur cette rivière frontalière, avec un héros pris entre deux feus, la caméra s’évadant du huis clos de sa barque pour filmer alternativement les protagonistes des deux rives.

C’eût fait un bon film. Kim Ki-Duk en filme un autre qui n’est pas mal non plus. Car au bout de quelques minutes, le film que j’avais à tort imaginé est terminé : la barque du pêcheur s’échoue sur la rive méridionale et est récupérée par la police sud-coréenne qui arrête son occupant et l’emmène à Séoul. Commence un long interrogatoire qui vise à vérifier s’il est ou pas un espion infiltré.

Ici encore, Entre deux rives aurait pu prendre une direction qu’il ne prend pas : le film d’espionnage. En effet, le pêcheur apparaît vite moins innocent qu’il n’en avait l’air. Il cache à ses interrogateurs un passé militaire. Il démontre une étonnante force musculaire. On se demande un instant si les soupçons des Sud-Coréens ne seraient pas fondés.

Mais le film revient dans son lit : celui d’une chronique kafkaïenne à hauteur humaine de la division de la péninsule coréenne. Nam Chul-woo est un bon père et un bon mari. Parce que le moteur de sa barque est tombé en panne, il devient suspect au nord comme au sud. Ici on le prend pour un défecteur, là pour un espion. Avec un parallélisme corrosif, Kim Ki-duk montre les mécanismes de protection que les deux systèmes, chacun à leur façon, suscitent. La dernière scène du film n’est pas la moins émouvante.

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My Cousin Rachel ★★☆☆

En Angleterre, au début du XIXème siècle, Philip apprend coup sur coup le mariage de son cousin en Italie et son décès. Il en impute immédiatement la responsabilité à sa « cousine » Rachel. Mais lorsqu’elle arrive en Angleterre, son charme vient à bout des préventions de Philip.

« Did she ? did she not ? » Les premiers mots du film donnent le ton. la traduction en français n’est pas mauvaise (« Est-elle coupable ? était-elle innocente ?) même si elle n’a pas la force percutante de l’original. Tout le roman de Daphné du Maurier écrit en 1951 reposait déjà sur ce seul mystère. La belle Rachel est-elle ou non responsable de la mort du cousin de Philip ?

Cette ambiguïté a été très souvent utilisée au cinéma. Notamment par Hitchcock – qui adapta avec la maestria qu’on sait le Rebecca de du Maurier : Gaslight (Hantise), Suspicion (Soupçons). Puis le cinéma nous a habitués à des personnages plus complexes, à des intrigues plus rebondissantes. On a inventé les twists, ces retournements de situation qui renversent du tout au tout les perspectives.

Aussi l’ambiguïté du personnage de Rachel peut sembler bien pauvre. Car de deux choses l’une. Soit elle est coupable ; soit elle ne l’est pas. La mise en scène fort académique de Roger Michell ne donne guère de piment à cette sauce. Le désastre est évité grâce à Rachel Weisz : elle joue sur le fil cette femme dont on ne sait jamais ce qui, de la rouerie ou de la sincérité, l’emportera. My Cousin Rachel vaut par la qualité de son interprétation. C’est le plus grand intérêt du film. C’est le seul.

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Peggy Guggenheim ★★☆☆

Peggy Guggenheim (1898-1979) fut une grande mécène. Elle fit connaître certains des plus grands artistes du vingtième siècle, tels Pollock ou Rothko. Elle s’est installée à Venise et y a fondé une musée.

Quelle personnalité ébouriffante ! Elle est née dans l’une des familles les plus riches d’Amérique. Mais à sa mort – il périt sur le Titanic après avoir cédé son gilet de sauvetage – la situation financière de son père s’est dégradée. Peggy Guggenheim n’est donc pas immensément riche comme la légende le colporte ; mais elle est suffisamment fortunée pour choisir de mener sa vie comme elle l’entend.

Elle arrive à Paris en 1921. La capitale française est à l’époque en pleine ébullition artistique. C’est dans les milieux littéraires qu’elle évolue d’abord, croisant Gertrude Stein, Ezra Pound, James Joyce. Grâce à Cocteau, elle découvre l’art moderne et le surréalisme. Elle ouvre à Londres en 1938 une galerie d’art qui remporte immédiatement un vif succès.

Elle est à Paris pendant la drôle de guerre. Elle y multiplie les acquisitions à des prix dérisoires. Elle parvient à envoyer sa collection aux États-Unis où elle retourne en 1941 avec Max Ernst, qu’elle épousera sans l’aimer. En 1942, elle ouvre à New York une galerie où elle expose la nouvelle génération d’artistes américains. Puis c’est l’installation à Venise et l’ouverture de son musée en 1952.

Lisa Immordino Vreeland a eu accès à des sources inédites : les enregistrements des discussions entre Peggy Guggenheim et sa biographe. On y entend la voix chevrotante de l’excentrique mécène au crépuscule de sa vie. On y découvre une femme paradoxale : riche mais radine, plutôt laide (elle était affublée d’un nez disgracieux qu’une opération ratée de chirurgie esthétique avait rendu plus laid encore) mais croqueuse d’hommes, sans éducation artistique mais ayant pris soin de s’attacher les conseils des critiques les plus aiguisés.

Platement chronologique, émaillé d’interviews sans originalité, Peggy Guggenheim – La Collectionneuse a le défaut d’être trop sage pour décrire une personnalité qui ne l’était pas.

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On The Milky Road ★★☆☆

Quelque part en Yougoslavie au milieu des années 90. La guerre fait rage. Kosta (Emir Kusturica himself), un peu poète, un peu musicien, traverse chaque jour la ligne de front sur son âne, au péril des balles perdues et des serpents, pour aller livrer le lait. Milena attend pour l’épouser le retour de son frère qui doit se marier avec une réfugiée, mi-Serbe mi-Italienne. Mais l’horreur de la guerre rattrapera les amoureux.

Les oies cacardent, les poules caquettent, les soldats boivent, les gitans chantent, les femmes dansent. Dès la première scène, le doute n’est plus permis : Kusturica est de retour. Il revisite les mêmes situations, les mêmes personnages, les mêmes fantasmes. Depuis Underground (1995), Chat noir chat blanc (1998), La Vie est un miracle (2004), il tourne le même film. La critique, sévère, n’a pas manqué de lui en faire le reproche : « Où en est aujourd’hui le cinéma d’Emir Kusturica ? À un état de folklorisation avancée, si l’on en croit son dernier long-métrage, On the Milky Road, fable poussive sur l’amour en temps de guerre. » (Le Monde) « Tout semble ici si kitsch, fatigué, faux et forcé qu’il semble peu probable que Kusturica nous inflige à nouveau ce genre de mascarade sans révéler, sous le vernis décati de ses atroces visions numériques, l’obscénité idéologique de ce cinéma. » (Les Cahiers du cinéma)

Une telle salve me donne envie de saluer le verre à moitié plein plutôt que de railler l’à moitié vide. Certes, on ne comprend pas grand chose à cette histoire embrouillée. Mais Kusturica ne s’est jamais soucié de raconter des histoires. Certes Monica Bellucci et Emir Kusturica jouent comme des pelles ; mais la direction d’acteurs n’a jamais été le point fort du réalisateur multi-palmé. Son génie n’est pas là. Il est dans des scènes d’un onirisme débridé : une horloge qui tourne à l’envers, des amants qui s’envolent, une masure au bord d’un lac, des moutons qui sautent sur un champ de mines… Sans doute, cet onirisme-là a un goût de déjà-vu. On the Milky Road ne produit plus en 2017 l’effet de tourbillonnant chamboulement qu’avait causé Underground vingt ans plus tôt. Mais faut-il reprocher à un artiste de creuser son sillon ? Reproche-t-on à Bach ses fugues ou à Monet ses nymphéas ?

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Dunkerque ★★★★

Mai 1940. Les Alliés sont en déroute. Acculés dans la poche de Dunkerque, face aux falaises anglaises si proches et pourtant inaccessibles, ils sont coincés entre la mer et le feu ennemi.

C’est peu dire que le film de Christopher Nolan était attendu. Première en a même fait sa couverture quatre mois avant sa sortie. Après avoir réinventé le film de super héros avec la trilogie des Batman, après avoir dynamité la science fiction avec Inception et Interstellar, le génial réalisateur, véritable Kubrick des temps modernes, allait-il réaliser LE film de guerre ?

Les critiques, qui en attendaient peut-être un peu trop, semblent faire la fine bouche. Elles sont excellentes, mais pas dithyrambiques. Elles sont uniformément construites sur le même modèle du « Oui… mais », énumérant dans une première partie toutes les incontestables qualités de Dunkerque avant d’en déplorer dans une seconde, plus courte, les regrettables défauts.

Tournant le dos au savant balancement binaire auquel j’ai pourtant un attachement viscéral, je serai moins chipoteur et accorderai volontiers quatre étoiles à ce film extraordinaire – même s’il ne dépasse pas l’indépassable La La Land dont vous savez, fidèle lecteur, l’enthousiasme délirant qu’il a suscité chez moi au cœur de l’hiver 2017.

Dunkerque est un vrai bonheur de cinéma qu’il faut à tout prix aller voir dans une salle obscure THX Dolby etc. Amateurs de DVD ou de streaming, remisez vos pantoufles et venez en prendre plein les yeux et les oreilles ! Car Dunkerque est un expérience profondément sensorielle. Après avoir dit tant de mal de Voyage of Time, le documentaire boursouflé de Terrence Malick, voilà que je me fais l’avocat du film de Christophe Nolan qui ressemble plus à une symphonie guerrière qu’à un film d’action.

Loin de raconter une histoire – dont on connaît par avance le dénouement – Christopher Nolan veut nous faire ressentir des émotions : la soif, l’épuisement, la peur, le froid… Un torpilleur qui coule, une plaque de mazout qui brûle des noyés, un aviateur pris sous le feu d’un avion ennemi, les balles qui sifflent et qui tuent, les bombes qui tombent … On fait grand cas – à bon droit – de la première scène de Il faut sauver le soldat Ryan. Dunkerque étend cette scène-là sur une heure et quarante sept minutes – une durée relativement brève pour un blockbuster.

Comment construire une scène d’action d’une heure quarante-sept ? En la filmant de trois points de vue : les soldats à terre, les marins en mer, les aviateurs en l’air. Puis en la diffractant, chaque scène étant revisitée depuis le point de vue, à chaque fois différent et enrichi, d’un des protagonistes. On n’y prête pas attention au début, mais on réalise rapidement la subtile marqueterie du scénario, qui rend intelligible d’immenses scènes de bataille qui auraient pu ne pas l’être.

Loin d’être une faiblesse, l’une des richesses du film est de ne pas raconter d’histoire – comme le faisait par exemple Spielberg dans Il faut sauver… ou Malick dans La Ligne rouge. Les héros se réduisent à une silhouette, à tel point qu’on peine à reconnaître Tom Hardy ou Cillian Murphy. Les scènes sont quasiment muettes. Et la musique de Hans Zimmer – que j’adore mais que certains détestent – est omniprésente.

Cloué à son fauteuil, on ne regarde pas sa montre un seul instant. Et au sortir de la salle, encore étourdi par autant de bruit et de fureur, on emporte avec soi le souvenir durable d’un film qui laissera une trace profonde.

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The Circle ★★★☆

La jeune Mae (Emma Watson) est engagée à « The Circle » un géant du web. Elle y découvre avec ravissement une entreprise qui, tout en se souciant du bien-être de ses employés, essaie d’œuvrer pour le bien-être de l’humanité en tirant le meilleur parti des nouvelles technologies. Sa devise : « Secrets are Lies. Sharing is caring. Privacy is Theft ».
Sous l’amicale pression de son PDG, Eamon Bailey (Tom Hanks), Mae accepte de participer à une expérience révolutionnaire : elle portera en permanence une mini-caméra qui permettra à tous les membres de sa communauté de suivre en direct ses moindres faits et gestes.

Le film de James Ponsoldt est l’adaptation du best-seller éponyme de Dave Eggers. Moins de quatre ans se sont écoulés entre la sortie du livre et celle de son adaptation cinématographique. Preuve du retentissement de cet ouvrage. Preuve aussi de l’évidence de le porter à l’écran tant son écriture était déjà organisée avec la même efficacité que celle d’un scénario.

Si The Circle a eu un tel succès. c’est parce qu’il traite d’un sujet d’une actualité brûlante : les atteintes aux libertés individuelles que les technologies de l’information sont susceptibles de porter. Il le fait sans didactisme pesant, sans manichéisme. Mieux : il nous fait toucher du doigt combien séduisantes sont a priori les stratégies des firmes qui, au nom de valeurs aussi irréprochables que la démocratie, la transparence, le partage du savoir, menacent notre droit à l’intimité.

Quelques exemples bien trouvés ont été repris dans le film. Des caméras miniatures installées dans l’appartement des parents de Mae permettent d’alerter les secours en cas d’accident… mais leur interdisent la moindre vie privée. La popularité soudaine de Mae lui permet d’attirer de nombreux clients aux lustres réalisés à partir de bois de cerf (sic) que son ex-boyfriend confectionne … mais lui attire aussi des menaces de mort de la part d’écologistes radicaux qui lui font le procès d’avoir tué ces innocents mammifères.

Un autre exemple, qui m’avait marqué à la lecture, n’est pas repris dans le film, qui est obligé de s’attacher à l’essentiel et ne prend pas le temps de s’éloigner de son héroïne : l’application PastPerfect qui permet de retrouver toute la généalogie de ses ancêtres. Une amie de Mae découvrira ainsi que ses aïeuls étaient marchands d’esclaves au début du dix-neuvième siècle. Cette funeste ascendance lui attire l’opprobre de tous ses collègues.

Le film hélas n’a pas, par construction, la profondeur ni donc la subtilité du livre. Emma Watson réussit fort bien à jouer l’idiote utile, qui tombe sous le charme du Moloch bienveillant qui la recrute. Elle montre un bel enthousiasme à se faire la complice consentante des pratiques de sa firme, motivées en première approche par le Bien commun (rendre communicables tous les mails échangés par les élus au nom de la transparence de la vie politique, inscrire automatiquement sur les listes électorales les titulaires d’un compte YouTru au nom de la lutte contre l’abstentionnisme). On attend que le voile se déchire et que les vrais motifs des actes des dirigeants de « The Circle » se révèlent. La manière assez décevante dont le film – à l’instar du livre – se conclut est paradoxalement révélatrice : si le voile ne se déchire qu’à moitié c’est peut-être qu’il ne cachait rien sinon le désir sincère des pères fondateurs des GAFA d’œuvrer pour le bien commun.

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Love Hunters ★★☆☆

Vicki est une adolescente que le récent divorce de ses parents laisse sans boussole. Alors qu’elle fait le mur pour aller en soirée, elle est prise en voiture par un couple trentenaire. Evelyn et John White sont en fait de dangereux psychopathes qui trouvent leur plaisir à enlever des jeunes filles, les séquestrer et les tuer.

Des survival movies ayant pour héros des jeunes gens séquestrés par des geôliers sadiques, on en a vu treize à la douzaine depuis Massacre à la tronçonneuse jusqu’à Get Out en passant par Split, le dernier Shyamalan, ou l’excellent Room [auquel je découvre avec stupéfaction que je n’avais mis qu’une seule étoile alors que j’en ai gardé le meilleur souvenir] ou le dispensable Green Room.

Pas facile d’innover. Le jeune réalisateur australien Ben Young s’y essaie en mettant en scène un couple meurtrier. Moins glamour que Bonnie et Clyde. Moins schizophrène que Jekyll et Hyde. Plutôt Marc et Michelle Dutroux. Un couple dont les failles constituent la seule planche de salut pour l’ingénieuse Vicki, promise à une mort affreuse.

Love Hunters est un film australien dont l’action se déroule à la fin des années 80. Il a la même patine vintage que Animal Kingdom, The Proposition  ou Wolf Creek. Ben Young joue la carte du réalisme poisseux, qui ne nous épargne quasiment rien des sévices infligées à Vicki. L’interdiction -16 qui frappe le film n’est pas imméritée. Ce réalisme frôle le voyeurisme malsain s’il n’était pas au service d’un dessin : nous faire toucher du doigt l’horreur d’une séquestration, l’espoir d’une évasion, le désespoir de son échec.

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