Soudain ☆☆☆☆

Marie-Lou (Virginie Efira) dirige une maison de retraite en proche banlieue parisienne. Elle s’investit corps et âme dans son travail au risque de s’y épuiser. Elle fait par hasard la connaissance d’une dramaturge japonaise dont la pièce est représentée à Paris. Mari (Tao Okamoto) souffre d’un cancer en phase terminale. Marie-Lou va l’aider à mourir.

Soudain – un titre dont je n’ai pas compris la signification – a été acclamé à Cannes. Il se dit qu’il aurait raté de peu la Palme d’or. Ses deux actrices ont partagé le prix d’interprétation féminine.

Son réalisateur est la nouvelle coqueluche du cinéma japonais. Né en 1978, Ryūsuke Hamaguchi a été découvert grâce à Senses, un film de plus de cinq heures sur les rapports hommes-femmes dans un Japon encore largement patriarcal. Prix du scénario à Cannes, Drive My Car a décroché le Golden Globe et l’Oscar du meilleur film étranger. En 2023 Le mal n’existe pas s’est vu décerner le Grand Prix du jury à la Mostra.

Je n’avais aimé aucun de ces films, pas même Drive My Car qui a reçu pourtant un accueil unanimement enthousiaste (poke Lynn). Je n’ai pas non plus aimé Soudain.

Il est difficile de lui reprocher son thème : la qualité des soins dispensés à nos aînés en maison de retraite est sans doute l’un des sujets les plus brûlants de notre temps. On a en mémoire les scandales qui émaillent l’actualité sur les mauvais traitements infligés dans les établissements Orpéa, sur le manque de moyens, sur les personnels mal formés, sous-payés et trop peu nombreux. Un défi qui s’aggravera avec le vieillissement de la population et les progrès de la médecine. Nous mourrons de plus en plus tard ; mais dans quel état et auprès de qui vieillirons-nous ?

Mais pour brûlant que soit ce thème, était-il nécessaire de le traiter avec autant de mielleuse bienveillance ? Qu’il faille traiter avec « humanitude » (sic) nos aînés, personne n’en disconviendra. Fallait-il en faire un film larmoyant et sans enjeu ? Fallait-il le lester d’une pesante démonstration marxiste sur l’impasse du capitalisme, façon Toni Negri et Giorgio Agamben, tableau blanc à l’appui ? Fallait-il que la démonstration dure plus de trois heures, une durée obèse que rien ne vient justifier ?

La bande-annonce

Les Vacances de Golo & Ritchie ☆☆☆☆

Toujours inséparables, Golo, le grand frère souriant et protecteur, aux biscoteaux impressionnants, et Ritchie, autiste à l’humour désarmant, partent en vacances en Camargue.

Les deux amis de la Cité de la Grande Borne à Grigny (91) sont devenus célèbres grâce aux réseaux sociaux : ils ont plus d’un million et demi de followers sur Snapchat, 850.000 sur TikTok, 750.000 sur Instagram. Leur célébrité avait mis la puce à l’oreille à Chi-Fou-mi, la société de production de Hugo Sélignac qui avait demandé à Ahmed Hamidi et à Martin Fougerol de les filmer dans un Marseille-Grigny en tandem. Le film, sobrement intitulé Golo et Ritchie, avait cartonné au box-office en août 2024, dépassant les 400.000 entrées.

Le succès était trop grand pour rester sans suite. Ce second volet sent hélas à plein nez la stratégie marketing : « puisque ça a marché une fois, recommençons ! » Et du succès de ce deuxième/second volet dépendra quasi-mathématiquement le tournage d’un troisième. Hélas, encore hélas….

On avait déjà fait pédaler le duo. Cette fois-ci, on l’envoie en Camargue. Et on lui adjoint un troisième drille, John Café, lui aussi autiste léger. Pourquoi la Camargue ? Pour y retaper un vieux voilier qui sera vendu aux enchères pour financer les vacances des jeunes défavorisés de la Grande Borne ? ou parce que l’office du tourisme du coin a fait à la production un pont d’or, en lui suggérant de mettre en valeur toutes les attractions qu’offre un séjour tout compris chez la torera Marie Sara, l’ex-compagne de Henri Lecomte et du publicitaire Christophe Lambert ? Tout y passe : séance d’aquafitness, initiation à l’équitation, sortie à Aqualand, soirée aux arènes, pèlerinage des Gitans, bird-watching en camouflage (sans doute la scène la plus drôle du film)…

Le résultat dure une heure vingt à peine mais est déjà trop long. Cette accumulation de saynètes ressemble à un long dépliant touristique – qui a certes l’avantage de montrer un éventail de jolies images. On voudrait nous faire rire et nous attendrir. Hélas on ne rit pas souvent. Et quand on rit, c’est avec une certaine gêne pour la part de moquerie qui s’y mêle.

Le film, nous dit Télérama, « fait preuve de pédagogie sur la question de l’autisme ». Il est vrai que l’amitié protectrice de Golo pour Richie, la patience qu’il déploie sont admirables – et auraient justifié qu’on s’y arrête et qu’on l’interroge : d’où lui vient cette empathie ? Mais, pour le surplus (comme on dit au Conseil d’Etat), le regard porté sur l’autisme, les rires que le film veut à tout prix susciter en plaçant Richie et John Café dans des situations propices à les faire naître, m’ont souvent semblé plus malaisants que bienveillants.

La bande-annonce

L’Aventure rêvée ☆☆☆☆

Veska, la soixantaine, est archéologue. Elle travaille à Svilengrad, dans le sud de la Bulgarie, près de la frontière turque, sur un chantier de fouilles. Elle retrouve Said, un vieil ami, dans cette ville où se livrent toutes sortes de trafics et qu’un caïd, Iliya, a mis sous sa coupe.

Si je suis allé voir L’Aventure rêvée, c’est parce que le jury de Cannes lui a décerné son Prix, une sorte de consolation pour le film qui n’a pas décroché la Palme et un gage de qualité (il fut attribué à Sirāt l’an dernier, à Emilia Perez l’année d’avant). D’autant que j’avais particulièrement aimé le précédent film de Valeska Grisebach, une cinéaste allemande rare, Western, sorti fin 2017, qui se déroulait lui aussi dans un coin perdu de la Bulgarie.

Mais j’aurais dû me méfier de sa durée obèse (deux heures quarante quatre) et des mauvaises critiques que j’en ai lues – même si Jacques Mandelbaum dans Le Monde crie au chef d’œuvre ! Je me suis vite perdu dans ce film illisible qui part dans tous les sens, prend des chemins de traverse, fait disparaître son personnage principal avant sa soudaine et inexplicable réapparition. J’ai trouvé bien pataud le jeu des acteurs non-professionnels et ne comprends pas les louanges qu’on tresse à Yana Radeva, l’actrice principale. Je me suis surtout formidablement ennuyé à ce film trop long dont la fin brutale laisse sans réponse les questions qu’il avait soulevées.

La bande-annonce

The Fin ☆☆☆☆

L’action de The Fin (en anglais, l’aileron) se déroule dans une Corée dystopique, réunifiée, claquemurée derrière une muraille censée la protéger des agressions extérieures, réduite par la crise climatique et la carence en eau à un état de pauvreté effroyable. Des mutants ichtyoformes, les Omégas, chargés de nettoyer les rivages de leurs déchets toxiques, sont bannis et impitoyablement traqués par la police. L’un d’entre eux réussit pourtant à se glisser en ville pour y retrouver Mia, qui travaille dans un magasin de pêche clandestin. Il lui transmet un lourd secret. Sujin, une nouvelle recrue de la police, est à leurs trousses.

La bande annonce de ce film coréen m’avait mis l’eau à la bouche. Son affiche évoque Blade Runner et Jia Zhang-Ke. pas moins. Hélas, il ne suffit pas d’avoir un scénario incompréhensible pour se revendiquer de Tarkovski.

The Fin est une série B ou Z filmée avec des moyens dérisoires, dont le sujet aurait pu inspirer une super-production hollywoodienne. Hélas, son scénario vraiment trop confus a tôt fait de perdre le spectateur : on passe la première moitié du film à essayer de comprendre qui est qui et la seconde à s’en désintéresser en attendant que cette purge se termine. Et les affèteries d’une photographie prétentieuse (j’aurais dû me méfier de la boule à facettes et des couleurs saturées de l’affiche) achèvent de détruire le capital que ce film raté possédait pourtant.

La bande-annonce

Miss Mermaid ☆☆☆☆

La vie n’est pas très gaie pour Fanny (Aloïse Sauvage). Récemment divorcée, elle est retournée vivre chez ses parents. Cette jeune fécampoise tire le diable par la queue. Son travail de nuit dans une poissonnerie industrielle ne lui suffit pas pour rembourser ses dettes. Mais Fanny découvre via Internet un monde qui la fait rêver : le mermaiding.

J’aurais appris grâce à ce film un mot et un monde dont j’ignorais tout. Le mermaiding, la nage artistique en costume de sirène, nous vient des Etats-Unis.

Au départ, Pauline Brunner et Marion Verlé ont eu l’idée de consacrer un documentaire à Alexia Colibert, la « sirène de Fécamp ». Cette personnalité haute en couleurs a ensuite suscité chez les deux jeunes réalisatrices l’idée d’une fiction.

Celle-ci est noyée (c’est le cas de le dire !) de bons sentiments. Tout y est : divorce, surendettement, condition ouvrière… On se croirait dans un film des frères Dardenne passé à la moulinette de Plus belle la vie. Aloïse Sauvage a beau donner de sa personne et mouiller le maillot (sic !), son énergie sacrément communicative, couplée à celles de Thomas VDB en pêcheur grincheux au grand cœur et d’Annie Mercier en Mamie Nova de combat, ne suffisent pas à hisser cette comédie racoleuse au-dessus du tout-venant télévisuel.

Le film fait pschitttt…. ou splash.

La bande-annonce

Fils de personne ☆☆☆☆

Que vient faire Thomas (Romain Duris) en Thaïlande avec Mapring, un garçonnet de quatre ans mutique ?

Les ressorts de l’intrigue se dévoilent lentement mais pour certains resteront mystérieux. On comprend rapidement que Mapring est l’orphelin thaï que Thomas et sa compagne ont adopté il y a quelques mois à peine. On comprendra un peu plus tard que Thomas est devenu veuf et qu’il est revenu en Thaïlande pour retrouver la mère biologique de Mapring. Pour lui restituer l’enfant qu’il n’a plus la force d’élever ? Pour comprendre les raisons qu’elle a eues de l’abandonner ?

Fils de personne est la lointaine adaptation d’un film norvégien réalisé en 2017 et resté inédit en France, Hjertestart/Handle with Care. Son héros, employé sur une plate-forme pétrolière, devenu brutalement veuf, repartait en Colombie avec son fils adoptif de six ans à la recherche de ses parents biologiques. Safy Nebbou, réalisateur inégal (Celle que vous croyez, Dans les forêts de Sibérie, L’Empreinte de l’ange…) s’est emparé de cette trame pour réaliser un film qui lui tenait à coeur.

Son problème est peut-être de contenir trop d’affect et pas assez de cinéma. Son seul suspens est divulgâché par son affiche : au terme d’un long périple du nord au sud d’une Thaïlande de carte postale, le fils de personne deviendra le fils de son père, nonobstant les liens du sang. Sa seule morale – « les enfants aussi adoptent leurs parents » – pour touchante qu’elle soit, est trop convenue pour suffire à elle seule à faire tenir debout un film sans enjeu.

La bande-annonce

Disclosure Day ★☆☆☆

Les extra-terrestres sont depuis des décennies parmi nous ! Mais le Gouvernement américain, de peur que cette révélation ne destabilise l’humanité, a confié à Wardex et à son directeur (Colin Firth) le soin de garder secrète cette information. Quelques anciens employés de Wardex, entrés dans la clandestinité, œuvrent toutefois à sa divulgation au nom du droit de savoir. Parmi eux, Daniel Kellner (Josh O’Connor), un expert en cybersécurité passé par la prison, et son amie Jane (Eve Hewson révélée dans la série The Knick). Partis de Washington D.C., ils vont rejoindre Margaret Fairchild (Emily Blunt) dans le Missouri. Cette présentatrice météo d’une chaîne TV locale a soudainement développé un don miraculeux qui la voue à devenir la voix de la révélation.

Steven Spielberg est une légende vivante. Depuis un demi-siècle, il a signé quelques-uns des plus grands blockbusters de l’histoire du cinéma et plusieurs de ses chefs d’oeuvre. Avec cinq films dans le Top 100 de l’American Film Institute, il y est le réalisateur le plus cité devant Hitchcock, Kubrick et Wilder :  La Liste de Schindler, E.T., l’extra-terrestre, Les Dents de la mer, Les Aventuriers de l’arche perdue, Il faut sauver le soldat Ryan

Disclosure Day est son trente-septième long métrage. Il s’est entouré de vieux complices : John Williams à la musique (c’est leur trentième collaboration), David Koepp au scénario. Spielberg revient à la S.F., sur les traces de ses films iconiques qui ont défini pour longtemps la grammaire du genre : Rencontres du troisième type, E.T., La Guerre des mondes… Il y soutient une thèse qu’il a toujours défendue : d’autres formes de vie extra-terrestre dans l’univers qui essaient d’entrer en contact avec nous.

Il le fait sans forcer son talent. Spielberg sait y faire. Il sait raconter une histoire et nous tenir en haleine avec une succession bien rodée de scènes d’action et de face-à-face théâtraux. Pourtant l’intrigue réussit à la fois à être cousue de fil blanc et emberlificotée. Son héros est accompagné non pas d’une, comme c’est l’usage, mais de deux partenaires interchangeables (qu’advient-il de Jane après la scène du motel ?). L’histoire culmine dans une scène ridicule où sont convoqués les traumas enfouis de Margaret Fairchild (la bien-nommée !) qui rappelle autant Narnia que les contes de Grimm. Certes, on ne regarde pas sa montre ; mais on n’est jamais ému ni a fortiori transporté comme on est censé l’être et comme on l’aurait tant aimé.

Ce qui m’a le plus gêné, c’est le vieux fond complotiste sur lequel Disclosure Day prospère. L’idée sur laquelle repose le film est la suivante : on nous cache des choses. Conspiracy Watch a raison de le dénoncer : « Les nationaux-populistes du monde entier ont fait du « on vous ment » leur fonds de commerce : contre les juges, contre la presse, contre la science du climat, contre les élections quand ils les perdent. Un public convaincu qu’on lui dissimule l’existence des soucoupes volantes est un public déjà à moitié acquis à l’idée qu’on lui dissimule le reste. »

Certes, de nombreux films, et non des moindres, sont construits autour d’un complot et de sa révélation. C’est d’ailleurs un des ressorts cinématographiques les plus efficaces. Mais, on a devant Disclosure Day l’impression malaisante que Spielberg ne se borne pas à utiliser un ressort simplement, mais qu’il défend une thèse dont il est convaincu : la vérité existe et on nous la cache. Comme Mel Gibson dans La Passion du Christ ou Leni Riefenstahl dans Le Triomphe de la volonté.

La bande-annonce

Die My Love ☆☆☆☆

Grace (Jennifer Lawrence) et Jackson (Robert Pattinson) s’aiment d’un amour fou. Ils décident de quitter New York pour s’installer dans un coin perdu du Montana dans la ferme que l’oncle de Jackson leur a laissée. Grace tombe bientôt enceinte et accouche d’un ravissant bambin. Mais Grace s’enfonce dans un baby blues dont rien ne semble pouvoir la sauver.

Disons-le tout de go : le visionnage de Die My Love a été pour moi une épreuve pénible, au point que j’ai failli, fait rarissime, quitter la salle en cours de route. Pourquoi une telle irritation ? Parce que Die My Love raconte la lente et inexorable plongée d’une femme dans l’abîme noir de la dépression.

Le sujet est pénible, asphyxiant. Die My Love est-il pour autant un mauvais film ? Cela se discute.

Je considère en effet que le cinéma n’a pas vocation à faire du bien. Je déteste la mode actuelle du feel-good-movie qui se nourrit de la prémisse, à mon sens fallacieuse, que la vie est dure et que le spectateur cherche avant tout à se détendre. « Mais non, Jojo, la vie n’est pas si dure ! Tu pourrais être né au Sud-Soudan ou en Somalie dans un shtetl polonais en 1895 ou en pleine épidémie de peste noire au XIVe siècle ! ». Et à quoi bon aller au cinéma pour se détendre ? Pour se détendre, il y a le yoga, l’alcool, la fumette… Le cinéma, ça peut servir à bien d’autres choses : s’évader, s’émouvoir, pleurer, rire, s’instruire, s’indigner, questionner ses préjugés….

Je m’égare….
Posons donc que le cinéma n’ait pas pour unique fonction de délasser. Faut-il être à ce point masochiste pour y aller et s’y faire du mal ? C’est une question à laquelle je dois bien concéder qu’il est difficile de répondre par l’affirmative.

La question en cache une autre, plus cinématographique. Le visionnage de Die My Love m’a-t-il été pénible parce que son sujet est désagréable ou parce que Die My Love est un mauvais film ? On peut faire un bon film sur un sujet déplaisant. Lynne Ramsay, la réalisatrice, en a déjà fait l’expérience en adaptant le livre extraordinaire de Lionel Shriver, We Need to Talk About Kevin. Je commençais ma critique de ce roman en écrivant : « Voici peut-être l’un des meilleurs livres que j’aie jamais lus ; pourtant j’ai détesté chacune de ses pages. »

Les plus grands réalisateurs ont filmé la dépression : Ingmar Bergman avec Persona, Roman Polanski avec Répulsion, Sam Mendes avec Revolutionary Road, Lars von Trier avec Melancholia… Des films plus récents s’y sont frottés : Un heureux événement adapté d’un (mauvais) roman d’Eliette Abecassis, Tully avec Charlize Theron ou, il y a quelques mois à peine, le catalan Salve Maria. En sélection officielle à Cannes l’an dernier, dont il est revenu sans la moindre récompense, Die My Love apporte-t-il quelque chose à cette longue généalogie ? Hélas non. Son scénario n’a rien de bien original. Son duo d’acteurs tellement bankables est son seul atout. Robert Pattinson a l’élégance de s’effacer devant sa partenaire. Jennifer Lawrence donne de sa personne et fait le pari (dé)culotté de la nudité intégrale. Un tel engagement hélas sent un peu trop la performance. Elle espérait un Oscar ; elle n’a même pas été nominée.

La bande-annonce

Morlaix ★☆☆☆

Gwen (Aminthe Audiard) a grandi à Morlaix dans le Finistère. Elle enterre sa mère. Son père absent, elle élève seule son petit frère. Elève en terminale, elle est en couple avec Thomas, un apprenti boulanger ; mais Gwen est attirée par un nouveau lycéen, Jean-Luc (Samuel Kircher).

Jaime Rosales est un réalisateur espagnol aguerri qui a tourné plusieurs longs métrages remarqués dans son pays (Petra, Les Tournesols sauvages) avant de venir en France réaliser le dernier. La bande-annonce de Morlaix m’avait fait de l’œil avec son beau noir et blanc nostalgique, sa construction en flashback et, en tête d’affiche, Mélanie Thierry, omniprésente ces jours-ci (La Femme de le 8 avril, C’est quoi l’amour ? le 6 mai) et toujours parfaite. Une amie cinéphile au goût très sûr m’en avait chanté les louanges, évoquant une construction subtile, une mise en abyme vertigineuse, un film dans le film….

Quelle ne fut ma déception devant ce long verbiage bavard et insipide, horriblement mal joué, si l’on met de côté la susnommée Mélanie Thierry et un Samuel Kircher au visage d’ange. En particulier, la jeune Aminthe Audiard (petite-nièce de Jacques et arrière-petite fille de Michel) administre la preuve qu’il ne suffit pas d’avoir un joli minois et une illustre parentèle pour être une bonne actrice.

Morlaix rappelle les films de Rohmer et leurs cénacles de jeunes gens en fleurs. Mais il n’en a ni l’intelligence ni l’élégance. La bande d’amis de Gwen disserte interminablement autour du sens de la vie et du sens de l’amour comme de médiocres bacheliers. Le curieux film dans le film annoncé s’avère, comme chez le Smoking/No smoking de Resnais, un exercice vain de scénariste hésitant entre plusieurs alternatives et choisissant finalement de nous les présenter toutes, à charge pour le spectateur de faire le tri dans ce fatras. Quant à Mélanie Thierry, il faut attendre une heure trente pour qu’elle apparaisse enfin dans ce film interminable qui dépasse les deux heures.

La bande-annonce

L’Affaire Abdallah ☆☆☆☆

Pierre Carles est un cinéaste engagé à l’extrême gauche. Il ne s’en cache pas. Il a pris fait et cause pour Georges Ibrahim Abdallah, militant marxiste arrêté en 1984, condamné à perpétuité en 1987 pour les meurtres à Paris d’un attaché militaire américain et d’un conseiller israélien d’ambassade, soupçonnés de travailler l’un pour la CIA et l’autre pour le Mossad. Ces deux meurtres avaient été revendiqués par la Fraction armée révolutionnaire libanaise (FARL) qu’Abdallah dirigeait à l’époque.

Pierre Carles soutient que Georges Abdallah a été victime d’une double injustice.
La première selon lui est la condamnation très lourde qui lui a été infligée en 1987, alors qu’Abdallah n’était pas l’auteur des meurtres qui lui étaient reprochés et que l’avocat général avait requis dix ans seulement. Ce reproche est mal fondé : la cour d’assises n’a pas condamné Georges Abdallah pour assassinat mais pour complicité. D’ailleurs Abdallah, tout en clamant son innocence, ne s’est jamais désolidarisé de ces crimes. Pour Pierre Carles, la condamnation à perpétuité de 1987 trouve sa cause dans la vague d’attentats terroristes commandités en 1986 par l’Iran et dont la responsabilité a été à tort imputée aux frères Abdallah par une presse peu scrupuleuse, notamment par Edwy Plenel au Monde. Abdallah aurait été moins condamné pour les crimes de 1982 que sur le soupçon d’avoir mouillé dans ceux de 1986. Le reproche n’est pas sans fondement.

La seconde injustice dont Georges Abdallah aurait été victime est la durée anormalement longue de sa détention. Pierre Carles lui confère le titre de « plus ancien prisonnier politique de France », oubliant qu’en France, on n’emprisonne personne pour ses idées, que si Abdallah est en prison, ce n’est pas pour ses idées mais pour les crimes qu’il est complice d’avoir commis et que plusieurs détenus sont en prison en France depuis plus longtemps que Georges Abdallah.
Il était libérable depuis 1999 mais toutes ses demandes de libération anticipée ont été rejetées, nous dit Pierre Carles, à cause de l’ingérence américaine. C’est donner beaucoup d’influence aux Etats-Unis et oublier que la Justice est indépendante – d’autant que, lorsqu’on l’interroge sur les motifs pour lesquels Abdallah a été finalement libéré en 2025 malgré les pressions américaines, il invoque sans crainte de se contredire l’indépendance des juges. La libération anticipée d’un criminel condamné à perpétuité n’est pas un droit ; elle dépend de critères (le comportement pendant la détention, la manifestation d’un repentir, la disponibilité à indemniser les parties civiles, la prévention de la récidive) qu’Abdallah ne remplissait pas.

Pour Pierre Carles, Abdallah était un militant, un résistant qui défendait son pays contre l’occupant étranger. En assassinant des agents des services secrets américains et israéliens sur le sol français, il exerçait, soutient Pierre Carles, une violence légitime en représailles à celle qu’avait fait subir à son peuple l’occupant israélien soutenu par les Etats-Unis. Dans le débat qui a suivi le film, Pierre Carles n’hésite pas à faire un parallèle avec la Résistance française à l’occupant nazi et avec les actions de Missak Manouchian.
Le parallèle donne froid dans le dos. Il est d’une mauvaise foi évidente et d’une myopie historique sidérante. Il est surtout la porte ouverte à tous les dévoiements. N’importe qui pourrait l’invoquer pour commettre en toute impunité les crimes les plus sordides.

La bande-annonce