
Le procès de Nuremberg est un incroyable matériau cinématographique. Tout y est. Les trois unités : unité de lieu, unité de temps et unité d’action. L’affrontement manichéen du bien et du mal. Le suspense (sauf pour ceux qui connaissent déjà l’issue du procès) : les vingt-deux inculpés nazis seront-ils condamnés à mort ? seront-ils exécutés ? Des personnages hauts en couleurs : Göring, Hess qui feint l’amnésie, Speer qui feint la contrition, les juges américain, britannique, français et soviétique, le gotha de la presse internationale…
On fêtera cette année le quatre-vingtième anniversaire de ce procès hors norme qui jugea les dirigeants de l’Allemagne nazie et jeta les bases encore fragiles du droit pénal international. Y faire retour en ces temps où l’ordre international est secoué et où la loi du plus fort cherche à supplanter la règle de droit n’est pas une si sotte idée.
James Vanderbilt choisit de le faire via un personnage au rôle bien particulier : Douglas Kelley, le psychiatre de l’armée américaine, chargé de s’assurer de la santé mentale des inculpés, de prévenir d’éventuels suicides voire de mener des études pour rechercher si l’inclination au Mal de ses dirigeants ne trouvait pas sa source dans une quelconque tare physique. La suite de sa vie après Nuremberg et les conditions de sa mort sont brièvement évoquées dans le dernier plan du film et auraient mérité de plus amples développements.
Hélas ce parti pris s’avère vite mauvais. La faute en revient largement à Rami Malek qui joue son personnage avec un demi-sourire figé et une insupportable énergie rebondissante. Le film tourne au face-à-face psychologique, façon Le Silence des agneaux, entre un prisonnier manipulateur et l’auxiliaire de justice novice qui menace de tomber dans ses rets. Face à lui se dresse Hermann Göring. Russell Crowe, dont les rares apparitions dans de mauvais blockbusters hollywoodiens servent probablement à payer ses impôts et ses pensions alimentaires, y est impressionnant, tour à tour matois, séducteur et carnassier. Un troisième personnage s’invite à ce duel : le procureur américain Robert Jackson, interprété par Michael Shannon, dont le rôle est de mener l’accusation.
Le problème de ce parti-pris n’est pas tant de travestir les faits. On serait bien en peine de prendre Nuremberg en flagrant délit d’erreur historique. Il est de réduire l’histoire à un affrontement entre trois hommes et d’en psychologiser l’enjeu. Il est aussi de faire du génocide et de son dévoilement le seul enjeu de ce procès alors qu’il y en eut beaucoup d’autres, à commencer par la méfiance grandissante entre les Alliés d’hier, complètement passée sous silence dans le film.