Ma frère ★★★☆

Shai (Shirel Nataf) et Djenaba (Fanta Kebe) ont vingt ans. Au-delà de leurs différences – Shai est blanche et juive, Djenaba est noire et musulmane – les deux jeunes femmes sont amies depuis l’enfance. Cet été, elles accompagnent toutes les deux une colonie de vacances dans la Drôme.

Il n’y a pas grand chose dans le pitch de Ma frère. Il n’y a pas grand chose non plus dans sa bande-annonce. Sinon la perspective d’un énième film de banlieue qui fera l’éloge bien-pensant du vivre-ensemble, dans le même style qu’Un p’tit truc en plus qui, avec le succès dont on se souvient, avait en 2024 battu tous les records du box-office en racontant une semaine de colo d’enfants handicapés.

Pourtant, mine de rien, Ma frère est une réussite totale. Tout le mérite en revient à l’écriture très fine des deux coréalisatrices, Lise Akoka et Romane Guéret. Elles étaient déjà à l’œuvre ensemble dans Les Pires. La même recette marche une seconde fois – au point, et c’est la seule mise en garde qu’on pourrait leur adresser, de leur conseiller d’éviter sa redite une troisième.

Il ne se passe pas grand chose dans Ma frère, qui aurait pu durer une demi-heure de plus ou de moins sans en modifier l’économie. Pourtant, tout bien considéré, il réussit à évoquer un sacré nombre de sujets, sans verser pour autant dans le didactisme pesant que leur énumération peut laisser redouter : l’amitié, les premiers émois amoureux, le consentement, la virginité, l’identité de genre (le personnage transgenre de Naël interprété par Yuming Hey est d’une étonnante justesse), la maternité, la filiation, la religion, la mort…

Lise Akoka et Romane Guéret étaient directrices de casting et coaches d’enfants. Elles n’ont pas leur pareil pour filmer sans verser dans la mièvrerie cette bande d’enfants, de les rendre immédiatement identifiables et attachants, de tisser entre eux les brins de leurs histoires individuelles. Pour les encadrer, une demi-douzaine de jeunes adultes, acteurs débutants ou confirmés, parmi lesquels la révélation Shirel Nataf, qui ressemble tellement à Mallory Wanecque, révélée dans Les Pires, qu’on attend le générique pour lever ce doute, Idir Azougli, déjà vu dans Shéhérazade et dans Météors, et l’étonnante Suzanne de Baecque, une sorte de Valérie Lemercier jeune ou de Rossy de Palma française.

La bande-annonce

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