Dreams ★★★☆

Au péril de sa vie, Fernando (Isaac Hernandez), un jeune Mexicain, franchit la frontière américaine et rejoint à San Francisco son amante Jennifer (Jessica Chastain). Le couple vivait jusqu’alors sa brûlante liaison à distance : lui à Mexico où il apprend la danse classique, elle à San Francisco où cette richissime héritière dirige avec l’argent de son père une fondation artistique qui a une antenne au Mexique où elle se rend de temps en temps. Mais, contre l’avis de Jennifer, Fernando veut vivre aux Etats-Unis.

Michel Franco est un réalisateur mexicain dont les précédents films m’ont terriblement secoué. Je ne me suis toujours pas remis de l’épilogue de Después de Lucia. On aurait pu croire avec son film précédent, Memory, où jouait déjà Jessica Chastain, qu’il avait atteint une forme d’apaisement. Mais fort heureusement ce n’est pas le cas. Dreams nous secoue tout autant. Il le fait à la façon unique des films de Michel Franco, avec un effet retard qui se manifeste après le film, lorsqu’on y réfléchit et qu’on remet les éléments du puzzle ensemble.

À ceux qui ne l’ont pas encore vu, il serait criminel de trop en dire. On les invitera donc à se ruer en salles et à ne pas lire les lignes qui suivent. Avec les happy few qui l’ont déjà vu, on peut partager les réflexions qui suivent.

Commençons par ce titre bizarre. À quoi renvoie-t-il ? Ou, pour le dire plus précisément, à quels rêves renvoie-t-il ? Aux rêves de Fernando ? ou à ceux de Jennifer ? Des rêves d’amour ? Car de l’amour, il y en a. Nous y reviendrons. Des rêves d’ailleurs ?

Dreams raconte une histoire d’amour. Se serait-il intitulé « Love », un tel titre aurait eu autant sinon plus de sens. Car il n’y a pas que du sexe entre Fernando et Jennifer. Du sexe, il y en a beaucoup, filmé avec une rare crudité : on ne montera plus un escalier intérieur de la même façon et on imagine ce qu’on ne voit pas d’une dernière scène de sexe traumatisante. Mais la relation entre Jennifer et Fernando ne se résume pas à cela. Ce serait trop facile d’y voir seulement pour elle l’expression d’une libido envahissante et pour lui le moyen d’accéder à une vie meilleure. Il y a de l’amour qui circule entre eux et qui rend leur relation d’autant plus troublante.

Car ce couple est inégalitaire.
Inégalité d’âge. Elle lui rend une bonne vingtaine d’années – même si leur âge précis n’est jamais mentionné (le goujat que je suis est allé vérifier sur Wikipédia l’âge de Jessica Chastain et trouve qu’elle porte très bien ses quarante-huit ans) – s’inscrivant ainsi dans une lignée décidément très contemporaine de femmes mûres en couple avec des hommes plus jeunes qu’elles (Nicole Kidman dans Babygirl, Virginie Efira dans Victoria, Emma Thompson dans Mes rendez-vous avec Léo, Fanny Ardant dans Les Jeunes Amants, Cécile de France dans La Passagère…).
Inégalité d’origine : Fernando vient du Mexique, est entré illégalement aux Etats-Unis et vit sous la menace permanente d’en être expulsé.
Et surtout inégalité de statut : Jennifer est immensément riche alors que Fernando n’a pas le sou. Elle  dépense le PIB du Burundi en toilettes toutes plus époustouflantes les unes que les autres. J’ai passé le film à écarquiller les yeux devant chacune de ses apparitions dans des tailleurs d’une élégance folle, dans des robes de soirée d’une géniale simplicité, chaussée sur des talons vertigineux.

Dreams pose une question : cette relation-là est-elle viable ? L’amour sera-t-il le plus fort ? On sait la réponse que tous les films hollywoodiens sans exception y auraient donné depuis Cendrillon en passant par My Fair Lady et Pretty Woman. Elle aurait été positive. J’y ai d’ailleurs cru moi-même, convaincu de la force du lien qui unit Fernando à Jennifer, et peut-être formaté par les scénarios auxquels Hollywood nous a habitués. Mais, évidemment, rien ne s’est passé comme prévu. Dans son dernier quart d’heure, Dreams bifurque vers autre chose que je n’avais pas prévu. Il y a deux coups de théâtre. Le premier, c’est l’attitude de Fernando, qui n’est guère crédible, qui ne se comprend que si elle caractérise le comportement en dernier recours d’un individu aux abois : le viol, la réclusion, la vengeance. Le second, c’est la réaction de Jennifer, aidée par son frère. Et cette dernière scène quasi muette dans laquelle résonne pour longtemps un cri désespéré de souffrance restera durablement inscrite dans ma mémoire.

La bande-annonce

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