
Chauve mais bas du front, Alex (Laurent Lafitte) habite avec sa femme Nathalie (Blanche Gardin) dans un pavillon de banlieue. Un couple de voisins, Axel et Tatiana (Olga Kurylenko) s’installe dans le pavillon mitoyen. Alex est frappé de sa ressemblance avec son nouveau voisin dont il est semble-t-il le seul à s’émouvoir. Alex est surtout très jaloux d’Axel, si séduisant, si sympathique, si sportif, qui le surpasse sur tous les plans et qui vient même d’être embauché par son entreprise où les deux voisins partagent bientôt le même bureau.
Alter Ego sort sur les écrans au lendemain du César du meilleur acteur décerné à Laurent Lafitte pour son interprétation du fantasque photographe François-Marie Banier dans La Femme la plus riche du monde. La récompense, longtemps attendue (jamais nominé pour le César du meilleur acteur, Laurent Lafitte l’avait été trois fois sans succès pour le César du meilleur acteur dans un second rôle) était largement méritée. Mais elle l’aurait plus encore été pour son interprétation incroyable dans Alter Ego. Car les deux rôles gémellaires qu’il interprète, à une moumoute près, lui offrent l’occasion de déployer toute la riche palette de son jeu. Un sourcil dressé, le coin des lèvres qui s’abaissent suffisent à faire pétiller son regard et à donner une physionomie tout autre à Alex/Axel.
Alter Ego est une réalisation de Nicolas & Bruno, un duo de réalisateurs venus de la télévision qui doit sa célébrité aux Messages à caractère informatif, désopilante parodie des films d’entreprise, diffusée sur Canal, raillant l’esprit managérial à la mode durant les années Tapie. Ils avaient pour cadre la Cogip, une société à l’activité floue, qu’on retrouve dans Alter Ego – et dont l’activité demeurera à jamais tout aussi floue. La Cogip est dirigée par un personnage interprété par Zabou Breitman qui arbore une moustache aussi incongrue que drôle. Le reste d’Alter Ego baigne dans une atmosphère étrange, absurde voire fantastique dans la veine des films de Quentin Dupieux (j’ai pensé à Incroyable mais vrai avec Alain Chabat).
Pendant la première demi-heure d’Alter Ego, je me suis imaginé sa fin. Avec la prescience souvent pontifiante qui me caractérise, j’étais certain qu’Alter Ego serait un film sur la perception, reposant sur la distorsion de la réalité chez Axel. J’ai parié qu’il s’agirait d’une hallucination, d’un cauchemar paranoïaque, comme La Moustache de Carrère (un homme se rase la moustache qu’il a toujours portée sans que personne autour de lui ne note ce changement). Je me trompais lourdement. Et c’est tant mieux.
Un scénario rebondissant nous entraîne dans une tout autre voie. On n’en dira pas plus pour ne pas divulgâcher. On se permettra toutefois une question : n’en fait-il pas trop ? le dernier quart d’heure d’Alter Ego est-il une fin à la fois imprévisible et inéluctable ? ou bien un grand n’importe quoi ?