Les Rayons et les Ombres ★★★☆

Né en 1901, Jean Luchaire état un journaliste et un pacifiste, ardent promoteur des relations franco-allemandes, un flambeur, un homme à femmes. En 1940, il devient collaborationniste. Otto Abetz, l’ambassadeur du Reich à Paris, était son ami et lui faisait profiter de ses généreux subsides. Jean Luchaire avait une fille, Corinne, née en 1921, qui devint, très jeune, star de cinéma, sous la direction notamment de Léonid Moguy.

Xavier Giannoli (Illusions perdues, L’Apparition, Marguerite…) s’empare des vies de Jean et Corinne Luchaire pour brosser une immense fresque. Sa durée en impose : trois heures quinze. Cette durée est un choix voire un manifeste. Elle nous dit par avance que nous verrons un grand film et se condamne à l’être, sauf à décevoir gravement nos attentes.

C’est long et c’est bon. Très bon ? À mon avis non. Je vais m’en expliquer.

Avec un budget de trente millions d’euros, Les Rayons et les Ombres est l’un des films les plus ambitieux de l’année. Gaumont n’avait plus investi une telle somme depuis L’Empereur de Paris, l’un de ses plus grands bides. Souhaitons lui plus de succès. Les décors sont fastueux – on reconnaît la cour de l’hôtel de Beauharnais rue de Lille. Les costumes le sont tout autant, notamment les toilettes luxueuses de Nastya Golubeva. Celle-ci, dont le seul titre de gloire était jusqu’alors d’être la fille de Leos Carax, tient la dragée haute à Jean Dujardin, moins cabotin qu’il l’est trop souvent. Un détail de son jeu m’a ravi : son phrasé tellement élégant, qui rappelle tout à la fois celui de Marie-France Pisier et celui des actrices de l’époque. Est-ce sa voix au naturel ou le résultat d’un patient travail pour retrouver la tonalité des actrices de l’époque ?

Xavier Giannoli est un bon faiseur. On ne saurait lui en faire le reproche. Les Rayons et les Ombres est de la belle ouvrage. Soit. Il nous montre, comme son titre lourdement programmatique l’annonçait, que les hommes et les femmes ne sont pas tout d’une pièce, qu’entre le saint et le salaud, l’humanité se décline en gris. Jean Luchaire n’était certainement pas un saint. Les Rayons et les Ombres nous explique pourquoi l’Histoire a fait de lui un salaud et comment il a entraîné sa fille dans sa chute.

Mais, ce film n’a pas la profondeur d’un Lacombe Lucien et ne laissera pas la même marque. La raison en est peut-être moins cinématographique qu’historique. Lacombe Lucien est sorti en 1974, à une époque bien particulière du Syndrome de Vichy de 1944 à nos jours pour reprendre le titre de l’ouvrage d’Henry Rousso : après la mort de De Gaulle, après que le mythe du « résistancialisme » – un néologisme forgé par Rousso – se fut évaporé, après la sortie du Chagrin et la Pitié et la publication par Paxton de La France de Vichy. Même si l’extrême droite frappe aujourd’hui à nos portes, l’actualité des Rayons et les Ombres est moins brûlante et, par conséquent, sa place dans l’histoire du cinéma et l’histoire de Vichy depuis 1944 sera, je pense, moins marquante.

La bande-annonce

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