L’Engloutie ★★☆☆

Une jeune institutrice, Aimée Lazare (Galatea Bellugi), est missionnée en 1899 dans un hameau reculé des Hautes-Alpes pour y faire la classe aux rares enfants qui y passent l’hiver. Elle se retrouve coupée de la vallée par la neige, au milieu de paysans qui parlent à peine le français. Trois bergers lui prêtent une attention qui la flatte et l’inquiète.

Ce premier long-métrage d’une réalisatrice venue du documentaire a été tourné in situ dans les vallées reculées de la Clarée et de la Vallouise. Louise Hémon a poussé l’authenticité au maximum. Même si elle a dû renoncer à son intention de tourner exclusivement, comme Robert Bresson ou Alain Cavalier avant elle, avec des amateurs, elle a demandé à ses acteurs d’utiliser un patois quasiment oublié, l’occitano-alpin, qui se parlait encore au début du siècle dernier dans les Alpes du Sud. Pour magnifier les paysages enneigés, elle a tourné en éclairage naturel, même la nuit à la lumière de la nuit et, dans les intérieurs, à la lueur de l’âtre.

L’Engloutie hésite entre plusieurs genres. Ce pourrait être, façon L’Arbre aux sabots, un film naturaliste documentant les heures et les jours d’une communauté paysanne montagnarde au tout début du XXe siècle. Ce pourrait être, façon Mission, l’histoire d’une entreprise de civilisation hasardeuse menée dans un décor sauvage et hostile. Ce pourrait être encore le roman d’initiation d’une jeune fille en fleurs. Ce pourrait être aussi un film fantastique voire un thriller autour de la mort inexpliquée de plusieurs paysans emportés par une avalanche ou bien ensorcelés par un rite satanique.

L’Engloutie est tout à la fois. Il souffre de son indécision et de son incapacité à opter clairement pour l’un de ces choix. Son ultime scène, dont je ne suis pas sûr d’avoir compris le sens, porte le poids de ces incertitudes. Je lui ai néanmoins donné deux étoiles pour l’interprétation de Galatea Bellugi, qu’on vient de voir il y a deux semaines à peine dans La Condition. Ce film-là se déroule à quelques années près à la même époque et je l’ai trouvé beaucoup plus intéressant que ce film-ci.

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Une enfance allemande ★☆☆☆

La minuscule île d’Amrum, au large du Schleswig-Holstein, vit en avril 1945 les dernières heures du IIIe Reich. La majorité de la population accueille avec joie la fin du régime ; mais pour Hille, qui attend son quatrième enfant et dont le mari, idéologue nazi, est en captivité, c’est un monde qui s’écroule. Nanning, son fils aîné, regarde le monde des adultes et, pour faire plaisir à sa mère, se met en tête de lui trouver une tartine de pain blanc, de beurre et de miel.

Né en 1935, Hark Bohm, acteur fétiche de Fassbinder sous la direction duquel il tourna une dizaine de films, avait écrit ce scénario en partie autobiographique. Mais la maladie et la mort le rattrapèrent et c’est Fatih Akin, le réalisateur germano-turc de De l’autre côté et de Golden Glove, qui a pris les rênes du projet.

Présenté à Cannes, le film arrive sur les écrans précédé d’excellentes critiques. Une amie cinéphile au goût très sûr vient même d’en faire son film préféré de l’année. Aussi j’en attendais beaucoup, suspendant jusqu’au dernier jour de l’année la publication de mon Top 10 2025 dans l’espoir qu’il s’y glisse peut-être.

Je suis resté sur ma faim. Certes, les paysages sont magnifiques, filmés sous le soleil rasant de la fin de l’après-midi ; mais on les a déjà vus dans plusieurs films récents tels que La Leçon d’allemand, Paula ou Les Oubliés. Certes, Fatih Akin a poussé l’authenticité jusqu’à utiliser un dialecte frison quasiment tombé en désuétude. Certes le gamin qui joue le rôle de Nanning fait correctement son travail ; mais il ne réussit pas à faire oublier l’inoubliable héros du Tambour de Schlöndorff. Certes la chute du IIIe Reich met les personnages de cette histoire, ainsi des figures opposées de la mère de Naninnng et de la solide paysanne interprétée à contre-emploi par Diane Kruger, face à des choix cornéliens.

Mais le film choisit un fil – la quête par Nanning d’un peu de farine, de miel et de beurre pour faire un cadeau à sa mère qui relève de couches – trop ténu et trop simpliste. Ce prétexte est l’occasion pour Nanning de faire le tour de l’île et d’y faire plusieurs rencontres déterminantes. Le procédé devient vite répétitif et laborieux. L’ennui s’installe.

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Mektoub my Love : Canto Due ★☆☆☆

Amin (Shaïn Boumedine) a abandonné ses études de médecine pour se consacrer à la photographie et au cinéma. Il est revenu passer quelques jours à Sète chez sa mère et y retrouve ses amis. Ophélie (Ophélie Bau), la plus proche d’entre eux, est sur le point de se marier avec Clément, un soldat parti outre-mer, mais vient de tomber enceinte de Tony (Salim Kechiouche), le cousin d’Amin. Deux riches Américains, une starlette (Jessica Pennington) et son mari, un vieux producteur hollywoodien (André Jacobs), louent une luxueuse villa sur les hauteurs de Sète et se régalent du couscous préparé par la mère d’Amin.

Plus de sept ans après son premier volet nous parvient enfin le deuxième de Mektoub, my love. Le deuxième ou le troisième ? Car entretemps avait été monté un « intermezzo », projeté à Cannes en 2019 sous les lazzis et jamais distribué. Etaient reprochés en vrac à Abdellatif Kechiche son « male gaze » désormais inadmissible à l’ère #MeToo et la maltraitance de ses acteurs sur ses tournages. La liquidation judiciaire de sa société de production compromettait définitivement la diffusion d’Intermezzo.

Aussi, tous ceux qui avaient adoré le Canto Uno – et j’en fus plus qu’à mon tour – se sont-ils réjouis d’apprendre que le Canto Due serait projeté au festival de Locarno avant de sortir en salles, même si son réalisateur, affaibli par un AVC, n’a pas pu assister à sa première. Il fut tourné dans la foulée du premier en 2018 et aura donc mis plus de sept ans à nous parvenir.

L’éblouissement ressenti devant le premier volet se reproduirait-il ? hélas non.

La raison première est que l’effet de surprise est passé. On avait été troublé, désorienté par les scènes très longues de Mektoub my love qui étaient venues à bout de la patience de plus d’un spectateur, les autres finissant au contraire par trouver dans ce faux rythme une respiration autrement plus authentique que celle, artificielle, hachée, à laquelle le cinéma nous a habitués. Si le deuxième volet dure seulement deux heures vingt – le premier approchait les trois heures – il a le même rythme, les mêmes gros plans qui caressent les peaux si belles de ses acteurs – en évitant toutefois cette fois-ci les gros plans complaisants sur les fesses des jeunes femmes qui lui avaient valu tant de reproches. La caméra de Kechiche a le don de prendre la lumière. C’est une qualité qu’il faut lui reconnaître. Mais c’est à cette qualité rare qu’on peut se raccrocher faute de trouver dans ce second volet rien de bien neuf par rapport au premier.

Le premier ne racontait pas grand-chose. Le second a le mérite de narrer une histoire dont ce couple d’Américains bizarrement délocalisé à Sète (quel Américain vient passer ses vacances à Sète ?) est le héros. Cette histoire hélas est bien mince. Elle ressemble à un mauvais roman-photo, à une comédie adultère à la Feydeau où le mari trompé vient interrompre les joyeuses galipettes du couple adultère (Jessica Pennington a fait ses premières armes dans le X). Elle instille certes un petit suspens dans ce film languissant mais qui se termine en queue de poisson. Porte ouverte à un troisième opus ?

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Bardot ★☆☆☆

Bardot n’a pas attendu la fatale échéance. Présenté au dernier festival de Cannes, il est sorti le 3 décembre avec trois semaines d’avance sur la date du décès de la star. Je me demande s’il sera programmé dans plus de salles ce mercredi.

Bardot est une documentaire très académique. Il rassemble des images d’archives qui nous replongent dans la furie que chaque apparition de la star suscitait. Il convoque des témoins dont on se demande bien quels liens ils avaient avec elle (Naomi Campbell, Marina Abramovic…). On y entend la voix de Brigitte Bardot ; mais on ne la voit pas. Et on en est réduit à conjecturer sur les causes de cette invisibilité.

Bardot ne nous apprend rien que nous ne sachions pas déjà sur l’icône des sixties : son incroyable sensualité, le parfum de scandale qu’elle a fait souffler dans la France compassée de René Coty et de Charles De Gaulle, sa vie privée mouvementée, la frénésie médiatique qu’elle a déchaînée au point de la pousser vers le suicide et dont elle s’est libérée en interrompant brutalement sa carrière en 1973, son engagement viscéral pour la cause animale, ses dérapages qui lui valurent plusieurs condamnations…

Ce qui reste est la sincérité absolue d’une star que son incroyable célébrité a mise au dessus du qu’en dira-t-on. Son statut l’a emprisonnée ; il lui a aussi donné l’immense privilège de pouvoir faire ce qu’elle a voulu. Elle en a sans doute abusé.

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Lady Nazca ★★☆☆

À la fin des années trente, une jeune Allemande polyglotte, Maria Reiche (Devrim Lingnau), venue enseigner les mathématiques à Lima, se lie avec un archéologue français (Guillaume Galienne) qui étudie un chantier de fouilles près de Nazca, dans le sud du Pérou.

Lady Nazca aurait pu être un biopic. La vie de Maria Reiche (1903-1998) qui traverse le siècle s’y serait sans doute bien prêtée. Mais le film choisit à raison de se concentrer sur la découverte des géoglyphes de Nazca dessinés par une civilisation pré-inca au début de notre ère.

Lady Nazca fait le portrait d’une jeune femme torturée – par l’époque troublée qu’elle traverse, par son homosexualité refoulée, par sa vocation ratée – qui trouve enfin un sens à donner à sa vie et un lieu où s’épanouir. Il raconte l’âpre combat qu’elle doit mener face à un archéologue français qui ne mesure pas l’importance de sa découverte et face au propriétaire latifundiaire péruvien qui revendique la propriété de ces terres et veut les transformer en champs de coton.

Lady Nazca est un film très classique qui ne révolutionnera pas le cinéma. Mais il nous fait voyager dans des paysages à couper le souffle et m’a fait découvrir un personnage historique dont je ne savais rien.

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Resurrection ★☆☆☆

Dans un futur indéterminé, l’humanité a résolu le mystère de l’immortalité en prohibant le rêve. Mais certains individus, des « rêvoleurs », s’entêtent à rêver au péril de leur vie. Une femme (Shu Qi) se glisse dans l’esprit de l’un d’entre eux (Jackson Yee) et entreprend avec lui un voyage dans le temps et à travers les cinq sens en cinq tableaux depuis le début jusqu’à la toute fin du vingtième siècle.

Resurrection n’est pas un film facile à présenter. Car c’est une œuvre monstre qui entend échapper aux canons traditionnels du cinéma. Prix spécial à Cannes, il a suscité des réactions très contrastées. Certains ont crié au génie, d’autres à l’esbroufe. La division de la critique trouve son écho dans celles, radicalement différentes des deux piliers de la rubrique cinéma de Télérama, Jacques Morice et Frédéric Strauss, dithyrambique et assassine.

J’ai bien failli, comme je l’ai déjà fait parfois, comme pour le dernier film de Terrence Malick, lui mettre à la fois zéro  et quatre étoiles. Mais je trouve cette pratique irresponsable et j’ai préféré finalement une étoile unique qui témoigne à la fois du profond ennui dans lequel ce film m’a plongé et du scrupule à le considérer comme nul.

Son visionnage fut une épreuve douloureuse. D’autant plus douloureuse qu’elle dura deux heures et quarante minutes. Une durée obèse pour un film hors normes qui se revendique comme un hommage au cinéma et qui entend, dans ses cinq tableaux, en revisiter tous les genres : le film muet des débuts, le film noir, le film d’arnaque et le plan-séquence de trente-six minutes.

On peut être fasciné par une telle maîtrise ; on peut se laisser entraîner par une telle histoire sans chercher à en comprendre le sens ; on peut aussi, comme ce fut mon cas, n’y rien comprendre, s’en détacher, s’ennuyer ferme et ressortir furieux de la salle en pensant avoir été victime d’une énorme arnaque…. tout en nourrissant vaguement au fond de soi le regret d’être peut-être passé à côté d’un chef d’œuvre incompris.

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La Petite Cuisine de Mehdi ★☆☆☆

Mehdi (Younés Boucif) vit entre deux mondes soigneusement cloisonnés. D’un côté, son travail dans un restaurant « bistronomique » à Lyon, et ses amours avec Léa (Clara Bretheau). De l’autre ses origines algériennes, sa mère et ses trois sœurs. Que dire à Léa qui veut à tout prix rencontrer sa famille ? Que dire à sa mère qui vit très mal que son fils ne l’ait jamais invitée dans son restaurant ?

La réponse à ces deux questions semble aller de soi : dire la vérité. Mais, si le scénario suivait cette voie, il n’y aurait pas de film. Aussi les scénaristes en ont-ils soufflé une autre à Mehdi : il demande à Souhila (Hiam Abbas), la patronne d’un troquet algérien dans son jus où il a ses habitudes, de jouer le rôle de sa mère.

De ce point de départ, dépourvu de la moindre crédibilité, naît une série de quiproquos qui se voudraient drôles mais qui le sont rarement et qui conduisent le malheureux Mehdi à s’enferrer de plus en plus dans ses mensonges. Comme de bien entendu, l’imbroglio se résoudra et, à la fin, comme dans un Astérix, tout le monde se réconciliera autour d’un grand banquet.

Si l’on était pédant, on dirait de La Petite Cuisine de Mehdi qu’il dissèque les questionnements identitaires des immigrés de la seconde génération, à cheval entre leurs racines maghrébines et leur intégration en France. Ce serait faire trop d’honneur à cette comédie franchouillarde, qui se démodera bien vide. Seule l’interprétation joyeusement loufoque de Hiam Abbas réussit à la sauver du naufrage.

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La Femme de ménage ★☆☆☆

Millie (Sydney Sweeney) accepte de devenir la femme de ménage d’Andrew et Nina Winchester, un couple de riches New-Yorkais. Mais très vite la paranoïa de Nina (Amanda Seyfried) dégrade les  conditions de travail de Millie qui se sent irrésistiblement attirée par le charme d’Andrew.

Il faut habiter la planète Mars pour ignorer le succès mondial du livre de Freida McFadden. Aux États-Unis puis dans le monde entier, notamment en France, ce thriller s’est hissé au premier rang des ventes. L’été dernier, semble-t-il, tous les estivants l’ont glissé dans leur sac de plage, à l’exception de quelques snobinards comme moi qui ont jugé, sans l’avoir lu, ce livre trop vulgaire pour s’abaisser à le lire.

Aussi snobinard que je sois, je me suis abaissé à aller voir son adaptation au cinéma. Je suis même allé en avant-première dans une salle dont j’étais peut-être le plus vieux spectateur. Signe réjouissant que la jeunesse ne dédaigne pas la lecture ? ou signe affligeant qu’elle lit des navets ?

Le succès de La Femme de ménage interroge. Le livre, m’a-t-on dit, est horriblement mal écrit, au point qu’on se soit demandé s’il n’était pas l’œuvre d’une intelligence artificielle. Le film n’est guère mieux filmé. Il coche plusieurs des cases censées lui garantir un grand succès. La romance stéréotypée à souhait qui lie Millie à Andrew s’inscrit dans la veine des Harlequin tendance Cinquante nuances de gris. Mais le scénario s’inscrit dans un genre plus ancien ouvert par les cultissimes Rebecca et Hantise d’Hitchcock et poursuivi par le tout autant cultissime mais nettement plus mauvais La Main sur le berceau ou plus près de nous Gone Girl ou La Fille du train. Un genre qui a peut-être un nom que je ne connais pas et que je qualifierais faute de mieux de thriller psychologique domestique puisqu’il se déroule dans un home pas si sweet home.

Ayons l’honnêteté de reconnaître que, même s’il dure plus de deux heures, on ne s’ennuie pas à ce film. On s’ennuie d’autant moins avec le twist en son milieu qui en renverse les enjeux et qui provoque toute une série de rebondissements jusqu’à la fin. Mais les personnages sont si caricaturaux, les situations si peu crédibles, le gore dans lequel le film verse si sanglant, qu’on finit par se demander s’il faut le prendre au premier ou au second degré, en rire ou en pleurer.

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L’Âme idéale ★★★☆

Médecin au Havre dans une unité de soins palliatifs, Elsa a hérité de sa mère un don extraordinaire : elle peut voir les morts en peine et les aider à quitter définitivement notre Terre. Mais ce don encombrant a mis à mal sa vie amoureuse. Jusqu’au jour où elle fait la connaissance d’Oscar et entame avec lui une relation passionnée.

La bande-annonce de L’Âme idéale vend la mèche : on y apprend qu’Oscar est mort. Et on pressent déjà ce que le reste du film, privé de ce qui en faisait sans doute le sel, sera : un mélo sirupeux qui se conclura fatalement par le « grand départ » d’Oscar vers un au-delà apaisé. C’était déjà ainsi que se terminait, on s’en souvient Ghost avec Demi Moore et Patrick Swayze.

Oui, mais voilà : le rouge au front, je dois confesser avoir adoré Ghost malgré ses pesantes références eschatologiques ! Vous l’aviez, cher lecteur, déjà pressenti en notant mon penchant coupable pour les comédies musicales genre Les Parapluies de Cherbourg et La La Land : les mélos sirupeux me font fondre.

Aussi, j’ai eu un coup de cœur pour L’Âme idéale, un film qui ne mérite certainement pas les trois étoiles que je lui donne. Pourtant son histoire, j’en ai eu la confirmation, ne réserve aucune surprise : on sait dès le commencement comment elle se terminera.

L’héroïne a le don de voir et de dialoguer avec les morts. La situation pourrait sembler dénuée de toute crédibilité. Combien de fois d’ailleurs dans mes critiques en fais-je le reproche ? Ainsi tout récemment pour Louise. Ici cela ne m’a pas dérangé. Car dès lors que le postulat – aussi peu crédible soit-il comme d’ailleurs dans L’homme qui rétrécit – est posé, le reste de l’histoire s’enchaîne logiquement. Un tel point de départ pourrait donner lieu à des situations comiques. Le scénario d’ailleurs hésite un instant à s’engager dans cette direction. Mais il s’auto-censure et reste dans une veine mélodramatique.

L’Âme idéale n’est pas seulement un mélo. Son sujet invite à une réflexion sur l’attachement, la mort, la séparation. Plus inattendu : l’évolution du personnage d’Elisa invite à une réflexion sur la folie, sur la vie et ce qui en fait le prix.

Son duo d’acteurs est épatant. La Québécoise Magalie Lépine-Blondeau, dont la voix a parfois les mêmes accents graves que celle, envoutante, d’Anna Mouglalis, franchit avec succès l’Atlantique. Jonathan Cohen a presque réussi à me convaincre qu’il est un acteur dramatique. Dommage que ce duo ne laisse pas suffisamment de place aux seconds rôles.

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L’Agent secret ★★★☆

À Recife, au Brésil, en 1977, sous la dictature militaire, un homme se cache. Que fuit-il ?

Double prix de la mise en scène et de la meilleure interprétation masculine, amplement mérité, à Wagner Moura au dernier festival de Cannes, L’Agent secret arrive enfin sur nos écrans précédé d’un bouche à oreille louangeur. Il représentera le Brésil aux Oscars. Santo subito, il figure au sommet des Top 2025 qu’on voit fleurir depuis quelques jours dans les meilleures revues de cinéma, au milieu de Sirat, The Brutalist, Une bataille après l’autre et Life of Chuck.

C’est ainsi avec une immense impatience que je suis allé le voir hier avec mes amis cinéphiles du dimanche soir. Près de trois heures plus tard, nous étions quasiment tous d’accord : L’Agent secret est un grand film… qu’aucun d’entre nous n’a pourtant adoré. Nous n’avions bizarrement pas grand-chose à en dire, si bien que notre discussion a rapidement bifurqué vers La Femme de ménage – que je critiquerai le jour de sa sortie en salles.

Un grand film donc. Par sa durée d’abord : deux heures et quarante minutes. Par son ambition : ressusciter une époque et des lieux qui marquèrent la prime enfance de Kleber Mendonça Filho, né à Recife en 1968 et qui voue à sa ville natale, qu’il filme dans la quasi totalité de ses films (Les Bruits de Recife, Aquarius, Portraits fantômes), une fidélité irréfragable. Par sa cohérence artistique, à travers le choix de la musique, allant des tubes disco de l’époque à la musique brésilienne, et des décors : les couleurs primaires, le rouge, le jaune, claquent. Par son sujet qui, comme déjà avant lui Je suis toujours là de Walter Salles, résonne avec les dérives fascisantes du régime Bolsonaro.

Pour autant, deux raisons m’ont empêché d’adorer L’Agent secret et de lui donner les quatre étoiles que j’espérais ardemment qu’il décroche pour finir en beauté cette année. La première : sa durée trop longue, qui aurait pu largement être raccourcie et qui présente un ventre mou durant lequel je crois bien m’être assoupi – me privant ainsi de comprendre les motifs précis de la cavale de Marcelo/Armando. La seconde : sa conclusion. Alors même que le film dans sa dernière demi-heure s’engage dans une course poursuite haletante, L’Agent secret s’achève en épingle à cheveux avec une photo floue en noir et blanc qui laisse en suspens bien des questions [qui est le meurtrier ?] et un flash forward inutile qui casse le rythme du film.

La bande-annonce