Los Tigres ★★☆☆

Antonio et Estrella vivent depuis leur plus tendre enfance au bord de l’eau. Leur père était plongeur professionnel. Ils ont repris sa maison et son travail, même si un accident de plongée a endommagé l’ouïe d’Estrella (Bárbara Lennie) et lui interdit les grands fonds. Antonio (Antonio de la Torre) continue, malgré l’âge, à mener les opérations les plus périlleuses, même si sa santé présente des signes préoccupants. Son divorce se passe mal. Sa femme lui reproche de ne pas lui verser de pension alimentaire. Aussi est-il tenté de détourner une cargaison de drogue avec la complicité de sa sœur.

Le duo efficace de La Isla Minima, un polar poisseux qui se déroulait dans la chaleur écrasante du delta de Guadalquivir, se reforme quelques kilomètres plus au nord, devant le port pétrolier de Huelva : Alberto Rodriguez derrière la caméra, Antonio de la Torre devant. Comme dans leur précédent film, le décor est un personnage à part entière. Ici l’industrie pétrolière, le trafic incessant des supertankers et la maintenance portuaire assurée par une nuée de sous-traitants se livrant entre eux une concurrence féroce.

Cette dimension documentaire n’est qu’une toile de fond. Mais elle constitue la principale qualité de ce film, le trait distinctif dont je garderai le souvenir. Le reste est plus banal.

Il y a d’une part une vague intrigue policière autour d’une cargaison de drogue que Antonio et Estrella détournent grâce à un procédé ingénieux. Tout évidemment ne se passera pas comme prévu. Mais rien dans les rebondissements convenus n’est vraiment surprenant.

Il y a d’autre part un mélodrame familial qui met aux prises un frère et sa sœur cadette qui vont solder de vieux contentieux. Plus le film avance plus le personnage d’Estrella prend une dimension inattendue, au point pour Bárbara Lennie de voler la vedette au pourtant excellent Antonio de la Torre (El Reino, Compañeros, Une vie secrète…).

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Le Chant des forêts ★☆☆☆

Vincent Munier est un photographe animalier. Il arpente la planète et en ramène des clichés incroyables, rassemblés dans les beaux livres que la maison d’édition qu’il a fondée en 2010, Kobalann, publie ou montés dans des documentaires qui lui ont valu une célébrité grandissante.

L’avant-dernier en date, La Panthère des neiges, lui a été inspiré par un voyage au Tibet avec Sylvain Tesson. Gros succès public avec près de 500.000 spectateurs, il a emporté le César 2022 du meilleur documentaire.

Le Chant des forêts est moins exotique et plus personnel. Il n’a pas été tourné au Tibet mais dans les Vosges où ce natif d’Epinal a grandi. Le photographe y filme des chouettes, des cerfs aux ramures majestueuses, un lynx qui vient de tuer un chamois, des araignées qui filent patiemment leurs toiles et des pics verts. Il part en quête du grand tétras, un gallinacé en voie de disparition – ma belle-mère moins sensible à la poésie des sous-bois parle plus trivialement de « grosse dinde » – et faute de le retrouver dans les Vosges s’autorise un détour par la Norvège pour le montrer à Simon, son fils.

Car Le Chant des forêts n’entend pas se limiter à ses (belles) images. Il nous propose un « message » : celui d’une transmission intergénérationnelle, depuis Michel, le père de Vincent, jusqu’à Simon, son fils qui, à l’âge où Vincent a été initié par son père, est initié à son tour. Le petit-fils marche dans les pas de son grand-père, comme nous le montre une scène qui, au cas où nous n’en ayons pas compris la symbolique, est répétée et expliquée.

Le Chant des forêts voudrait nous faire ressentir l’excitation de l’affût, la longue et patiente attente dans le froid, dans la nuit, la frustration de l’échec et la joie de la réussite. Il y parvient parfois en jouant avec le spectateur, qui comme le guetteur, va chercher dans un long plan immobile l’indice d’une présence animale qui finit par surgir. Mais la structure même du film limite l’exercice : le spectateur confortablement installé dans son siège, mâchant son popcorn, a compris qu’après quelques secondes à peine apparaîtra immanquablement l’animal parfaitement cadré que le documentariste a pris des jours à traquer.

On peut bien sûr, si l’envie de dormir n’est pas la plus forte, s’extasier à la beauté des images, comme on s’extasie à celle des chatons mignons qui battent les records de Like sur Insta. On peut aussi se montrer moins réceptif au gloubi-boulga idéologique qui sous-tend ce spectacle, mélange de maurrassisme rassis (« La terre, elle, ne ment pas »), d’antispécisme en croisade contre l’anthropocentrisme et de new age.

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Train Dreams ★★☆☆

Robert Grainier (Joel Edgerton) est coupeur de bois dans l’Idaho au début du XXe siècle. Son mariage avec Gladys (Felicity Jones) et la naissance d’un enfant viennent interrompre la solitude dans laquelle il avait jusqu’alors vécu. Mais un drame bouleverse cette vie sans histoires.

Train Dreams est l’adaptation d’un bref roman d’une centaine de pages à peine – que je vais m’empresser de lire – publié en 2011 et placé sous l’influence de Thoreau et d’Hemingway. Projeté à Sundance en janvier 2025, ce film est disponible sur Netflix exclusivement et n’a pas fait l’objet d’une sortie en salles.

Train Dreams est un film atmosphérique, panthéiste qui rappelle les œuvres de Terrence Malick. Il raconte, en style indirect, avec une voix off, la vie d’un homme sans histoires, sinon celle d’un double traumatisme dont je ne peux rien dire sauf à spoiler ce film.

Le titre du film peut déconcerter. De quel train s’agit-il ? De quels rêves s’agit il ? On peut penser que Robert a consacré sa vie à couper des arbres pour permettre la construction des voies de chemins de fer qui desservent désormais le nord-ouest des États-Unis. On peut aussi imaginer que tout le film est un rêve, le rêve d’un homme endormi dans un train qui revisite sa vie. On peut enfin laisser ce titre poétique nimbé dans son mystère.

Train Dreams est porté de bout en bout par son acteur principal, Joel Edgerton (Animal Kingdom, Zero Dark Thirty, Gatsby le magnifiqueExodus, Loving…) qui a amplement mérité sa nomination dans la catégorie des meilleurs acteurs pour un film dramatique aux Golden Globes qui seront remis le 11 janvier. À signaler aussi, dans un rôle secondaire qui n’apparaît que dans la seconde moitié du film, la toujours excellente Kerry Condon vue dans les séries Rome et Better Call Saul ainsi que dans Les Banshees d’Inisherin et F1.

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Le Temps des moissons ★★★☆

Un garçonnet d’une dizaine d’années a été confié par ses parents, partis travailler en ville, à la garde de ses grands-parents maternels, des paysans d’un petit village. C’est là qu’il passe une année entière, en 1991.

J’ai eu l’opportunité de vivre et travailler six mois à Pékin en 1994. Je garde de ce séjour et de la découverte fascinée d’un monde qui m’était si étranger un souvenir très vif. Je réalise avec effroi que ce souvenir a maintenant plus de trente ans et que 1991, une date qui pour moi semble si récente, a pour la quasi totalité des spectateurs des airs de préhistoire, comme si on m’avait parlé des années cinquante pendant mon adolescence.

La Chine que nous montre Le Temps des moissons n’a rien de moderne. Rythmée par le passage des saisons, elle semble prisonnière d’un temps sans cesse recommencé, même si certains signes de changement sont perceptibles : l’exode rural vers les villes où des emplois mieux rémunérés sont désormais accessibles, la découverte du pétrole dans les champs de coton…

Le Temps des moissons est presqu’un film ethnologique qui documenterait la vie dans les campagnes, les jours et les heures des paysans qui les peuplent et qui en tirent les fruits selon des pratiques millénaires (pas l’ombre d’une machine agricole en vue !). C’est aussi une saga qui met en scène une famille élargie : les grands-parents de Chuang, son arrière-grand-mère, sa tante, si jolie, qui sera forcée à se marier pour sauver son autre tante qui vient de donner naissance à un troisième enfant en violation de la politique de l’enfant unique prônée par le Parti, son oncle, l’idiot du village, ses cousins et cousines…. Il y a du Pagnol dans cette joyeuse cousinade, dans l’amour querelleur qui la lie, dans les anecdotes gaies ou tristes qui en rythment la vie quotidienne.

Le Temps des moissons dure plus de deux heures. Mais loin de me plaindre de cette durée, comme je le fais si souvent, je m’en félicite ici. Elle donne au film le temps de se déployer. Pourtant on aurait pu s’y ennuyer ferme, faute de fil narratif pour nous tenir en haleine. Mais on se prend au jeu des lents panoramiques de la caméra qui embrasse les scènes de groupes qui tissent le film. Les personnages ne sont en effet quasiment jamais seuls à l’écran. Ils font toujours partie d’un groupe dans lequel ils réussissent pourtant à acquérir une visibilité.

Ours d’argent de la meilleure réalisation à Berlin en février dernier, Le Temps des moissons a subi les foudres de la censure qui en a restreint la diffusion en Chine. La raison en est peut-être qu’il peint une Chine intemporelle sur laquelle le Parti a peu de prise. C’est un film superbe qui survivra à l’épreuve du temps et qu’on pourra dans trente ans regarder avec la même fascination.

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L’Engloutie ★★☆☆

Une jeune institutrice, Aimée Lazare (Galatea Bellugi), est missionnée en 1899 dans un hameau reculé des Hautes-Alpes pour y faire la classe aux rares enfants qui y passent l’hiver. Elle se retrouve coupée de la vallée par la neige, au milieu de paysans qui parlent à peine le français. Trois bergers lui prêtent une attention qui la flatte et l’inquiète.

Ce premier long-métrage d’une réalisatrice venue du documentaire a été tourné in situ dans les vallées reculées de la Clarée et de la Vallouise. Louise Hémon a poussé l’authenticité au maximum. Même si elle a dû renoncer à son intention de tourner exclusivement, comme Robert Bresson ou Alain Cavalier avant elle, avec des amateurs, elle a demandé à ses acteurs d’utiliser un patois quasiment oublié, l’occitano-alpin, qui se parlait encore au début du siècle dernier dans les Alpes du Sud. Pour magnifier les paysages enneigés, elle a tourné en éclairage naturel, même la nuit à la lumière de la nuit et, dans les intérieurs, à la lueur de l’âtre.

L’Engloutie hésite entre plusieurs genres. Ce pourrait être, façon L’Arbre aux sabots, un film naturaliste documentant les heures et les jours d’une communauté paysanne montagnarde au tout début du XXe siècle. Ce pourrait être, façon Mission, l’histoire d’une entreprise de civilisation hasardeuse menée dans un décor sauvage et hostile. Ce pourrait être encore le roman d’initiation d’une jeune fille en fleurs. Ce pourrait être aussi un film fantastique voire un thriller autour de la mort inexpliquée de plusieurs paysans emportés par une avalanche ou bien ensorcelés par un rite satanique.

L’Engloutie est tout à la fois. Il souffre de son indécision et de son incapacité à opter clairement pour l’un de ces choix. Son ultime scène, dont je ne suis pas sûr d’avoir compris le sens, porte le poids de ces incertitudes. Je lui ai néanmoins donné deux étoiles pour l’interprétation de Galatea Bellugi, qu’on vient de voir il y a deux semaines à peine dans La Condition. Ce film-là se déroule à quelques années près à la même époque et je l’ai trouvé beaucoup plus intéressant que ce film-ci.

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Une enfance allemande ★☆☆☆

La minuscule île d’Amrum, au large du Schleswig-Holstein, vit en avril 1945 les dernières heures du IIIe Reich. La majorité de la population accueille avec joie la fin du régime ; mais pour Hille, qui attend son quatrième enfant et dont le mari, idéologue nazi, est en captivité, c’est un monde qui s’écroule. Nanning, son fils aîné, regarde le monde des adultes et, pour faire plaisir à sa mère, se met en tête de lui trouver une tartine de pain blanc, de beurre et de miel.

Né en 1935, Hark Bohm, acteur fétiche de Fassbinder sous la direction duquel il tourna une dizaine de films, avait écrit ce scénario en partie autobiographique. Mais la maladie et la mort le rattrapèrent et c’est Fatih Akin, le réalisateur germano-turc de De l’autre côté et de Golden Glove, qui a pris les rênes du projet.

Présenté à Cannes, le film arrive sur les écrans précédé d’excellentes critiques. Une amie cinéphile au goût très sûr vient même d’en faire son film préféré de l’année. Aussi j’en attendais beaucoup, suspendant jusqu’au dernier jour de l’année la publication de mon Top 10 2025 dans l’espoir qu’il s’y glisse peut-être.

Je suis resté sur ma faim. Certes, les paysages sont magnifiques, filmés sous le soleil rasant de la fin de l’après-midi ; mais on les a déjà vus dans plusieurs films récents tels que La Leçon d’allemand, Paula ou Les Oubliés. Certes, Fatih Akin a poussé l’authenticité jusqu’à utiliser un dialecte frison quasiment tombé en désuétude. Certes le gamin qui joue le rôle de Nanning fait correctement son travail ; mais il ne réussit pas à faire oublier l’inoubliable héros du Tambour de Schlöndorff. Certes la chute du IIIe Reich met les personnages de cette histoire, ainsi des figures opposées de la mère de Naninnng et de la solide paysanne interprétée à contre-emploi par Diane Kruger, face à des choix cornéliens.

Mais le film choisit un fil – la quête par Nanning d’un peu de farine, de miel et de beurre pour faire un cadeau à sa mère qui relève de couches – trop ténu et trop simpliste. Ce prétexte est l’occasion pour Nanning de faire le tour de l’île et d’y faire plusieurs rencontres déterminantes. Le procédé devient vite répétitif et laborieux. L’ennui s’installe.

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Mektoub my Love : Canto Due ★☆☆☆

Amin (Shaïn Boumedine) a abandonné ses études de médecine pour se consacrer à la photographie et au cinéma. Il est revenu passer quelques jours à Sète chez sa mère et y retrouve ses amis. Ophélie (Ophélie Bau), la plus proche d’entre eux, est sur le point de se marier avec Clément, un soldat parti outre-mer, mais vient de tomber enceinte de Tony (Salim Kechiouche), le cousin d’Amin. Deux riches Américains, une starlette (Jessica Pennington) et son mari, un vieux producteur hollywoodien (André Jacobs), louent une luxueuse villa sur les hauteurs de Sète et se régalent du couscous préparé par la mère d’Amin.

Plus de sept ans après son premier volet nous parvient enfin le deuxième de Mektoub, my love. Le deuxième ou le troisième ? Car entretemps avait été monté un « intermezzo », projeté à Cannes en 2019 sous les lazzis et jamais distribué. Etaient reprochés en vrac à Abdellatif Kechiche son « male gaze » désormais inadmissible à l’ère #MeToo et la maltraitance de ses acteurs sur ses tournages. La liquidation judiciaire de sa société de production compromettait définitivement la diffusion d’Intermezzo.

Aussi, tous ceux qui avaient adoré le Canto Uno – et j’en fus plus qu’à mon tour – se sont-ils réjouis d’apprendre que le Canto Due serait projeté au festival de Locarno avant de sortir en salles, même si son réalisateur, affaibli par un AVC, n’a pas pu assister à sa première. Il fut tourné dans la foulée du premier en 2018 et aura donc mis plus de sept ans à nous parvenir.

L’éblouissement ressenti devant le premier volet se reproduirait-il ? hélas non.

La raison première est que l’effet de surprise est passé. On avait été troublé, désorienté par les scènes très longues de Mektoub my love qui étaient venues à bout de la patience de plus d’un spectateur, les autres finissant au contraire par trouver dans ce faux rythme une respiration autrement plus authentique que celle, artificielle, hachée, à laquelle le cinéma nous a habitués. Si le deuxième volet dure seulement deux heures vingt – le premier approchait les trois heures – il a le même rythme, les mêmes gros plans qui caressent les peaux si belles de ses acteurs – en évitant toutefois cette fois-ci les gros plans complaisants sur les fesses des jeunes femmes qui lui avaient valu tant de reproches. La caméra de Kechiche a le don de prendre la lumière. C’est une qualité qu’il faut lui reconnaître. Mais c’est à cette qualité rare qu’on peut se raccrocher faute de trouver dans ce second volet rien de bien neuf par rapport au premier.

Le premier ne racontait pas grand-chose. Le second a le mérite de narrer une histoire dont ce couple d’Américains bizarrement délocalisé à Sète (quel Américain vient passer ses vacances à Sète ?) est le héros. Cette histoire hélas est bien mince. Elle ressemble à un mauvais roman-photo, à une comédie adultère à la Feydeau où le mari trompé vient interrompre les joyeuses galipettes du couple adultère (Jessica Pennington a fait ses premières armes dans le X). Elle instille certes un petit suspens dans ce film languissant mais qui se termine en queue de poisson. Porte ouverte à un troisième opus ?

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Bardot ★☆☆☆

Bardot n’a pas attendu la fatale échéance. Présenté au dernier festival de Cannes, il est sorti le 3 décembre avec trois semaines d’avance sur la date du décès de la star. Je me demande s’il sera programmé dans plus de salles ce mercredi.

Bardot est une documentaire très académique. Il rassemble des images d’archives qui nous replongent dans la furie que chaque apparition de la star suscitait. Il convoque des témoins dont on se demande bien quels liens ils avaient avec elle (Naomi Campbell, Marina Abramovic…). On y entend la voix de Brigitte Bardot ; mais on ne la voit pas. Et on en est réduit à conjecturer sur les causes de cette invisibilité.

Bardot ne nous apprend rien que nous ne sachions pas déjà sur l’icône des sixties : son incroyable sensualité, le parfum de scandale qu’elle a fait souffler dans la France compassée de René Coty et de Charles De Gaulle, sa vie privée mouvementée, la frénésie médiatique qu’elle a déchaînée au point de la pousser vers le suicide et dont elle s’est libérée en interrompant brutalement sa carrière en 1973, son engagement viscéral pour la cause animale, ses dérapages qui lui valurent plusieurs condamnations…

Ce qui reste est la sincérité absolue d’une star que son incroyable célébrité a mise au dessus du qu’en dira-t-on. Son statut l’a emprisonnée ; il lui a aussi donné l’immense privilège de pouvoir faire ce qu’elle a voulu. Elle en a sans doute abusé.

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Lady Nazca ★★☆☆

À la fin des années trente, une jeune Allemande polyglotte, Maria Reiche (Devrim Lingnau), venue enseigner les mathématiques à Lima, se lie avec un archéologue français (Guillaume Galienne) qui étudie un chantier de fouilles près de Nazca, dans le sud du Pérou.

Lady Nazca aurait pu être un biopic. La vie de Maria Reiche (1903-1998) qui traverse le siècle s’y serait sans doute bien prêtée. Mais le film choisit à raison de se concentrer sur la découverte des géoglyphes de Nazca dessinés par une civilisation pré-inca au début de notre ère.

Lady Nazca fait le portrait d’une jeune femme torturée – par l’époque troublée qu’elle traverse, par son homosexualité refoulée, par sa vocation ratée – qui trouve enfin un sens à donner à sa vie et un lieu où s’épanouir. Il raconte l’âpre combat qu’elle doit mener face à un archéologue français qui ne mesure pas l’importance de sa découverte et face au propriétaire latifundiaire péruvien qui revendique la propriété de ces terres et veut les transformer en champs de coton.

Lady Nazca est un film très classique qui ne révolutionnera pas le cinéma. Mais il nous fait voyager dans des paysages à couper le souffle et m’a fait découvrir un personnage historique dont je ne savais rien.

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Resurrection ★☆☆☆

Dans un futur indéterminé, l’humanité a résolu le mystère de l’immortalité en prohibant le rêve. Mais certains individus, des « rêvoleurs », s’entêtent à rêver au péril de leur vie. Une femme (Shu Qi) se glisse dans l’esprit de l’un d’entre eux (Jackson Yee) et entreprend avec lui un voyage dans le temps et à travers les cinq sens en cinq tableaux depuis le début jusqu’à la toute fin du vingtième siècle.

Resurrection n’est pas un film facile à présenter. Car c’est une œuvre monstre qui entend échapper aux canons traditionnels du cinéma. Prix spécial à Cannes, il a suscité des réactions très contrastées. Certains ont crié au génie, d’autres à l’esbroufe. La division de la critique trouve son écho dans celles, radicalement différentes des deux piliers de la rubrique cinéma de Télérama, Jacques Morice et Frédéric Strauss, dithyrambique et assassine.

J’ai bien failli, comme je l’ai déjà fait parfois, comme pour le dernier film de Terrence Malick, lui mettre à la fois zéro  et quatre étoiles. Mais je trouve cette pratique irresponsable et j’ai préféré finalement une étoile unique qui témoigne à la fois du profond ennui dans lequel ce film m’a plongé et du scrupule à le considérer comme nul.

Son visionnage fut une épreuve douloureuse. D’autant plus douloureuse qu’elle dura deux heures et quarante minutes. Une durée obèse pour un film hors normes qui se revendique comme un hommage au cinéma et qui entend, dans ses cinq tableaux, en revisiter tous les genres : le film muet des débuts, le film noir, le film d’arnaque et le plan-séquence de trente-six minutes.

On peut être fasciné par une telle maîtrise ; on peut se laisser entraîner par une telle histoire sans chercher à en comprendre le sens ; on peut aussi, comme ce fut mon cas, n’y rien comprendre, s’en détacher, s’ennuyer ferme et ressortir furieux de la salle en pensant avoir été victime d’une énorme arnaque…. tout en nourrissant vaguement au fond de soi le regret d’être peut-être passé à côté d’un chef d’œuvre incompris.

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