The Circle ★★★☆

La jeune Mae (Emma Watson) est engagée à « The Circle » un géant du web. Elle y découvre avec ravissement une entreprise qui, tout en se souciant du bien-être de ses employés, essaie d’œuvrer pour le bien-être de l’humanité en tirant le meilleur parti des nouvelles technologies. Sa devise : « Secrets are Lies. Sharing is caring. Privacy is Theft ».
Sous l’amicale pression de son PDG, Eamon Bailey (Tom Hanks), Mae accepte de participer à une expérience révolutionnaire : elle portera en permanence une mini-caméra qui permettra à tous les membres de sa communauté de suivre en direct ses moindres faits et gestes.

Le film de James Ponsoldt est l’adaptation du best-seller éponyme de Dave Eggers. Moins de quatre ans se sont écoulés entre la sortie du livre et celle de son adaptation cinématographique. Preuve du retentissement de cet ouvrage. Preuve aussi de l’évidence de le porter à l’écran tant son écriture était déjà organisée avec la même efficacité que celle d’un scénario.

Si The Circle a eu un tel succès. c’est parce qu’il traite d’un sujet d’une actualité brûlante : les atteintes aux libertés individuelles que les technologies de l’information sont susceptibles de porter. Il le fait sans didactisme pesant, sans manichéisme. Mieux : il nous fait toucher du doigt combien séduisantes sont a priori les stratégies des firmes qui, au nom de valeurs aussi irréprochables que la démocratie, la transparence, le partage du savoir, menacent notre droit à l’intimité.

Quelques exemples bien trouvés ont été repris dans le film. Des caméras miniatures installées dans l’appartement des parents de Mae permettent d’alerter les secours en cas d’accident… mais leur interdisent la moindre vie privée. La popularité soudaine de Mae lui permet d’attirer de nombreux clients aux lustres réalisés à partir de bois de cerf (sic) que son ex-boyfriend confectionne … mais lui attire aussi des menaces de mort de la part d’écologistes radicaux qui lui font le procès d’avoir tué ces innocents mammifères.

Un autre exemple, qui m’avait marqué à la lecture, n’est pas repris dans le film, qui est obligé de s’attacher à l’essentiel et ne prend pas le temps de s’éloigner de son héroïne : l’application PastPerfect qui permet de retrouver toute la généalogie de ses ancêtres. Une amie de Mae découvrira ainsi que ses aïeuls étaient marchands d’esclaves au début du dix-neuvième siècle. Cette funeste ascendance lui attire l’opprobre de tous ses collègues.

Le film hélas n’a pas, par construction, la profondeur ni donc la subtilité du livre. Emma Watson réussit fort bien à jouer l’idiote utile, qui tombe sous le charme du Moloch bienveillant qui la recrute. Elle montre un bel enthousiasme à se faire la complice consentante des pratiques de sa firme, motivées en première approche par le Bien commun (rendre communicables tous les mails échangés par les élus au nom de la transparence de la vie politique, inscrire automatiquement sur les listes électorales les titulaires d’un compte YouTru au nom de la lutte contre l’abstentionnisme). On attend que le voile se déchire et que les vrais motifs des actes des dirigeants de « The Circle » se révèlent. La manière assez décevante dont le film – à l’instar du livre – se conclut est paradoxalement révélatrice : si le voile ne se déchire qu’à moitié c’est peut-être qu’il ne cachait rien sinon le désir sincère des pères fondateurs des GAFA d’œuvrer pour le bien commun.

La bande-annonce

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