Drunk ★★★☆

Quatre enseignants danois décident de combattre leur crise de la quarantaine en s’alcoolisant. Dans un premier temps, le résultat est efficace : les inhibitions sautent, la vie devient plus gaie. mais à la longue, l’alcoolisation devient dangereuse.

La bande-annonce de Drunk m’a mis l’eau à la bouche. Quel plaisir de retrouver Thomas Vinterberg, le réalisateur de l’inoubliable Festen, dont l’aura a été injustement éclipsée par celle, un peu de trop envahissante de son iconoclaste compatriote Lars Von Trier ! Et quel plaisir de le retrouver, au moment même où le couvre-feu nous tombe dessus, dans un film qui se présente comme une ode joyeuse à la fête !

Mais le problème est que le pitch de Drunk fait long feu. Comme promis dans la bande-annonce et dans mon résumé, il comprend une thèse, une antithèse…. avant l’inévitable synthèse.
La thèse : l’alcool rend gai. C’est l’occasion de quelques scènes souvent drôles où les inhibitions dans lesquelles ces quatre quarantenaires étaient englués disparaissent. Le professeur d’histoire devient soudain populaire en évoquant l’ivrognerie de Churchill – et la sobriété de Hitler. L’époux bonnet-de-nuit redevient un amant fougueux. C’est encore l’occasion de quelques scènes pas moins drôles que les précédentes où l’on voit ces quatre même quadragénaires, complètement pafs, violer allègrement les règles de la décence publique qu’ils avaient jusqu’alors bourgeoisement respectées.
L’antithèse : l’alcool rend triste. Mais bien vite (trop vite ?), l’accoutumance produit des effets délétères. L’éthylisme des quatre professeurs ne peut plus être caché, ni dans leurs familles, ni à leur travail. L’un d’eux dépassera même les limites.
Enfin viendra l’inévitable synthèse, dans une scène finale, sagement transgressive – si l’on m’autorise l’oxymore – dont on redoute un instant que n’y soient ajoutés en surimpression les mots « Consommer avec modération ».

Cette organisation ternaire évite certes à Vinterberg les deux critiques symétriques de l’incitation à l’ivrognerie ou du moralisme prohibitionniste. Mais elle ne le sauve pas pour autant d’une certaine facilité d’écriture qui prive le film du sel qu’on espérait y trouver.

Pourquoi alors lui donner trois étoiles ? Parce que Drunk est néanmoins le meilleur film du moment, dans une programmation bien pauvre qui ne brille pas par sa qualité. Parce que Madds Mikelsen devient de plus en plus sexy en vieillissant. Et parce que je n’arrive pas à m’enlever de la tête la musique incroyablement joyeuse de la bande-annonce. (What A Life de Scarlet Pleasure)

La bande-annonce

2 commentaires sur “Drunk ★★★☆

  1. Bonjour, d’accord pour votre critique élargie, mais il manque à mon avis une dimension sociétale danoise dans votre critique. La phrase « tout le monde boit dans ce pays » des dialogues fait allusion à la consommation excessive occasionnelle mais habituelle danoise : « consommer avec modération » n’est pas danois. Celle-ci est autorisée, bienveillante car toujours maîtrisée en ne sortant pas de la sphère festive. Consommer parfois sans modération mais pas sans limites est plus près de l’esprit danois et du film.
    Merci à vous

    • Vous avez certainement raison : je connais trop mal le Danemark pour porter sur la relation des Danois à l’alcool et à l’alcoolisme un regard suffisamment informé.

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