Sœurs ★★★☆

Zorah (Isabelle Adjani), Djamila (Rachida Brakni) et Norah (Maïwenn) sont sœurs. Elles vivent en France auprès de leur mère. Leur père les a quittées brutalement vingt huit ans plus tôt en kidnappant leur frère cadet, Redah, dont elles n’ont depuis aucune nouvelle. Ce choc a provoqué chez elles un traumatisme qu’elles ont plus ou moins bien vécu. Norah, la benjamine, que son père avait kidnappée avec son frère mais qui a réussi à revenir en France, ne s’en est jamais remise et n’est pas arrivée à se stabiliser. Djamila, la cadette, s’est intégrée à la société française au-delà de toute espérance et est devenue maire de Saint-Quentin. Zorah l’aînée est dramaturge. Elle monte actuellement, malgré l’hostilité de ses sœurs et de sa mère, une pièce autobiographique racontant la jeunesse de ses parents. Sa fille, Farah (Hafsia Herzi) y interprète le rôle de sa mère.
C’est alors qu’une nouvelle leur parvient d’Alger d’une lointaine cousine : leur père vient de subir un AVC. Elles décident d’aller à son chevet pour découvrir enfin le sort de leur petit frère.

Yamina Benguigui a un profil original. Cette documentariste, venue à la fiction sur le tard (Sœurs est son deuxième long métrage en bientôt trente ans de carrière) a fait un détour par la politique. Adjointe au maire de Paris, elle est même devenue ministre entre 2012 et 2014. Chargée de la francophonie au Quai d’Orsay, elle y a laissé un souvenir mitigé que le devoir de réserve m’interdit de détailler.

Son film s’est fait étriller par la critique. Sorti le 30 juin, il a vite disparu des écrans. Lui furent reprochés en vrac le manque de direction de ses actrices, le didactisme de son message, sa ressemblance avec ADN de Maïwenn.

C’est un procès injuste. En particulier, on ne saurait reprocher à Sœurs les hasards du calendrier qui ont retardé sa sortie après celle de ADN qui traite en effet de la quête par son héroïne de ses racines algériennes et avec lequel il partage le même mouvement : de la France vers l’Algérie où il se conclut en pleines manifestations populaires du Hirak.

Que dire du jeu des artistes ? Yamina Benguigui a eu la chance de réunir trois stars – quatre si on inclut Hafsia Herzi injustement bannie de l’affiche. Qu’elle leur fasse la part belle n’a rien de blâmable, filmant longuement leurs déchirements. C’est l’inverse qui aurait été décevant. Maïwenn fait du Maïwenn : en colère contre le monde entier. Rachida Brakni a un peu de mal à trouver sa place. C’est Adjani qui est la plus étonnante, la peau diaphane et lisse d’une adolescente, jouant sur un mode un peu décalé le rôle de la grande sœur cathartique.

Reste le didactisme du message. Sœurs parle d’une famille franco-algérienne écartelée entre deux cultures et deux pays, traumatisée par l’amputation de l’un de ses membres, kidnappé par son père. Un tel thème n’est pas léger. Il se serait mal prêté à un traitement sur un mode mineur. Sans doute les flashbacks qui émaillent le film manquent-ils parfois de subtilité ; mais ils ont le mérite d’illustrer une histoire familiale complexe qui se déroule à trente ans de distance. D’autant que s’y superposent les répétitions de la pièce de Zorah qui produit une mise en abyme particulièrement efficace.

Sœurs ne mérite peut-être pas les trois étoiles que je lui décerne avec trop de laxisme. Mais il a reçu une telle volée de bois vert que je veux, par mon indulgence, essayer de contrebalancer cette injustice.

La bande-annonce

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