La Disparition ★☆☆☆

À l’occasion du quarantième anniversaire de l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand en mai 1981, le bédéiste Mathieu Sapin (sans lien de parenté avec l’ancien ministre socialiste) décroche de Libération une commande : raconter ces quarante années de socialisme. Son ami, le réalisateur Jean-Pierre Pozzi, le filme dans les rendez-vous qu’il prend avec quelques grands témoins pour lui raconter cette histoire.

La réputation de Mathieu Sapin, le plaisir que j’avais pris à lire sa BD Le Château (où il racontait la première année du quinquennat Hollande observée de l’intérieur même de l’Elysée) m’avaient laissé augurer le meilleur. J’attendais un documentaire sur la disparition – ou la « diPSarition » comme le suggérait ironiquement l’affiche – du Parti socialiste. Le film commençait bien dont les premières images sont filmées rue de Solférino, dans le bâtiment qui fut l’ongtemps le siège de l’appareil militant et que le parti dut quitter en 2022, faute d’avoir les moyens d’en payer le loyer, pour s’installer dans le Val-de-Marne. Cruelle métaphore d’un mouvement obligé de se remettre en cause après une cinglante défaite (son candidat à l’élection présidentielle venait d’obtenir le score peu enviable de 6.4 %) et courant le risque de disparaître corps et biens.

Mais hélas le documentaire prend une autre direction. Revenant à la commande passée avec Libération, il fait retour sur l’élection de mai 1981, sur les espoirs que la victoire de François Mitterrand avait fait lever chez le peuple de gauche et les désillusions en cascade qui lui ont succédé avec la « pause » de 1984, les années Tapie, la ratification du traité de Maastricht, c’est-à-dire la mue du socialisme français en une social-démocratie émasculée acceptant bon an mal an l’ordre mondial capitaliste et ses règles d’airain.
Cette histoire n’est pas inintéressante. Elle aurait d’ailleurs mérité à elle seule plus de développements qu’un documentaire de quatre-vingt cinq minutes. Mais elle nous éloigne du sujet qui croyais-je devait constituer le cœur du propos : le PS est-il en voie de disparition ?

Ce choix critiquable laisse nombre de questions palpitantes en jachère : le PS a-t-il été victime du combat d’égos qui a opposé pendant vingt ans ses éléphants ? y a-t-il à gauche la possibilité d’un discours alternatif à la doxa ordolibérale ? la diversité des gauches est-elle un atout ou un handicap irréductible (on aurait tendance, face à l’émiettement des candidatures aux élections présidentielles de 2022 et aux scores pitoyables de chacun, d’opter plutôt pour la seconde réponse) ? comment le PS doit-il parler de l’écologie et parler aux écologistes ? quel défi Macron et son élection-surprise, qui semble nier la dichotomie droite-gauche qui structurait les institutions de la Vème République, lance-t-il au socialisme ? etc.

Julien Drai accompagne les déambulations de Mathieu Sapin dans les rues glacées de Paris. C’est un guide hors pair, aussi truculent qu’informé – qui dit-on aurait inspiré la figure du « baron noir ». Les anecdotes qu’il distille sur ses quarante ans de socialisme sont passionnantes. Mais on est frustré de ne pas avoir passé ce temps avec lui à réfléchir au présent et à l’avenir du socialisme plutôt qu’à ressasser son passé.

La bande-annonce

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